Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

lundi 23 janvier 2017

Le souk al-Hamidiyeh, un repère infaillible à Damas…


Qui ne connaît le souk al-Hamidiyeh ? Si vous n'y avez jamais flâné, ne vous êtes jamais arrêté dans un de ses glaciers pour y déguster une "bouzza" nulle part aussi délicieuse, si vous ne l'avez jamais arpenté pour vous rendre à la mosquée des Omeyyades… alors vite accourez à Damas… La Communauté Syrienne de France vous y conduira ! … …




En Syrie, comme partout ailleurs en Orient, la culture du pays ne vibre jamais autant que dans les marchés traditionnels, les souks… Damas offre au visiteur cette chance extraordinaire d'une plongée dans l'Histoire indissociable d'une immersion dans le bouillonnement du présent. Présent et passé s'y côtoient en parfaite harmonie. Les places historiques les plus significatives s'insèrent dans les souks. Pas de dilemme pour le voyageur, s'intéresser au passé ou vivre dans le présent ? En visitant les souks à la rencontre de gens merveilleux il pénètrera aussi dans l'Histoire.

Certes Damas abrite d'autres marchés, partout dans ses autres quartiers, et qui méritent d'être fréquentés. Mais c'est d'abord dans la vieille ville que le visiteur s'aventure. Repère infaillible pour des allées et venues en terre encore inconnue, le souk al-Hamidiyeh [سوق الحميدية]. Le souk al-Hamidiyeh se parcourt de l'extrémité ouest de la vieille ville jusqu'à la mosquée des Omeyyades (الجامع الاموي), cœur historique de Damas. Divers autres et nombreux souks, avec chacun sa spécialité, bifurquent et s'étendent à partir de cet axe central. Impossible de tous les citer, à chacun le plaisir de les découvrir tout seul… … Au sud de la mosquée des Omeyyades (الجامع الاموي), par le souk Assagha [سوق الصاغة], celui des bijoutiers, l'on se dirigera vers le Palais Azem [قصر العظم] puis dans son prolongement l'on découvrira le souk aux épices, le souk al-Bzouriyeh [سوق البزورية] bordé par Khan Assad Basha (خان اسعد باشا) et le hammam Nour ed-Din al-Shaheed [حمام نور الدين الشهيد]… À moins que vous n'ayez décidé d'aller au nord ou à l'est de la mosquée des Omeyyades !… …






Chacun aura constaté que la grande animation du souk, bien que beaucoup des photos présentées aient été prises en fin de matinée, ce qui est relativement tôt pour des Damascènes lève-tard… Mais ce qui doit frapper le plus c'est la nature des marchandises… Surtout des vêtements, des jouets, des plastiques, des produits de toilette : que des produits fabriqués en Syrie. Ici absence totale de téléphones et d'accessoires de communication : l'embargo sévit. À Damas, on ne rencontre pas (trop souvent) comme partout ailleurs dans le monde de gamins addicts de leur smartphone !… Le voyageur de passage subira aussi, à un degré infiniment moindre, les méfaits de l'embargo. Il ne pourra jamais mettre à jour ses applications sur un Iphone… Avant son départ, il ne pourra s'enquérir du cours de la livre syrienne, les applications smartphones donnant les cours de change restent bloquées à 2011. Pendant son séjour, il ne pourra jamais avoir accès à son compte bancaire, pour une simple consultation de position ou contacter son gestionnaire. Les cartes bancaires ne pourront nulle part être utilisées, il faut donc obligatoirement se munir de liquidités en dollars pour les frais de séjour… Bien plus grave, l'embargo frappe aussi les médicaments, qui font gravement défaut dans les hôpitaux. Tous les médicaments apportés de l'étranger pour en faire don aux dispensaires et œuvres humanitaires seront bienvenus !







دمشق سوق الحميديه بوظه بكداش مطعم ابوالعز


"Bakdash" [بوظة بكداش], le fameux glacier du souk al-Hamidiyeh





Tout à côté du "Bakdash" [بوظة بكداش] un escalier vous conduira à un bar-restaurant en terrasse
d'où vous aurez tout loisir de contempler la Citadelle et les minarets des Omeyyades…
Mais attention : grosse arnaque (c'est vraiment très exceptionnel à Damas)…
Faites-vous bien préciser les prix avant de vous asseoir et consommer !
















Le souk al-Hamidiyeh c'est aussi le paradis de la mode…


Dans les souks adjacents…




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29 mai 1945 : la toiture du souk al-Hamidiyeh [سوق الحميدية دمشق] garde les traces indélébiles des bombardements  de l'aviation française

Au souk al-Hamidiyeh l'Histoire interpelle aussi lorsqu'on lève les yeux… Au souk al-Hamidiyeh tout Français informé ne pourra que ressentir une émotion particulière chaque fois qu'il l'arpentera… Intrigué par cette toiture, tout au long du souk, transpercée il aura interrogé son guide ou abordé au hasard un commerçant pour savoir l'origine de cette voûte métallique transformée en passoire. C'est alors qu'il aura appris que cela est l'œuvre indélébile de l'aviation française, datée d'un 29 mai 1945… Ce 29 mai 1945, alors que DeGaulle présidait le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) son représentant à Damas donne l’ordre à ses troupes de prendre Damas. La Banque de Syrie et la direction de la police sont investies. La ville est bombardée pendant 36 heures d'affilée. On dénombre plus de 400 morts et des centaines de blessés. Une partie de la ville est détruite par ce bombardement, dont le parlement syrien et le quartier environnant. Le reste du pays subit les mêmes violences.

Il fallut attendre encore plus d'un an, le 17 avril 1946 pour que l'indépendance de la Syrie fût proclamée… Les conditions dramatiques qui ont précédé cette accession à l'indépendance provoqua la déconsidération définitive de la France aux yeux des pays arabes. Elle mit aussi en évidence l’incapacité des dirigeants français, DeGaulle tout particulièrement, à instaurer pacifiquement de nouveaux rapports de souveraineté avec les pays encore sous domination française.
Plus de 70 ans après, la toiture transpercée du souk al-Hamidiyeh rappelle cette imbécile agression française aux milliers de Damascènes qui chaque jour le parcourent…
Cette agression française n'était pourtant pas la première. Déjà le 20 octobre 1925, le général Gamelin et ses troupes avaient dévasté tout un quartier légèrement au sud du souk al-Hamidiyeh, un district depuis - et encore aujourd'hui - officiellement dénommé "al-Hariqa" [الحريقة], "La Brûlée". L'aviation de DeGaulle n'avait fait qu'étendre le périmètre de "La Brûlée" ! Du "bon boulot" ! Le "bon boulot" décidément une tradition bien française en Syrie… Stupéfiante continuité de DeGaulle à Hollande… Si DeGaulle a laissé personnellement bombarder Damas, Hollande n'a agi en Syrie que par procuration, déléguant ses basses œuvres à ses protégés takfiris. Cela ne constitue nullement circonstances atténuantes. De toute façon il était lui aussi déterminé à bombarder la Syrie. Seul Obama l'en a empêché.


Le trait rouge délimite le périmètre de "La Brûlée", "al-Hariqa" [الحريقة], ravagée le 20 octobre 1925…
L'aviation de DeGaulle, président du GPRF, étendra la zone sinistrée au nord vers le souk al-Hamidiyeh, le 29 mai 1945.

Pour l'Histoire :

Anne Bruchez : "La fin de la présence française en Syrie : de la crise de mai 1945 au départ des dernières troupes étrangères"

École spéciale militaire de Saint-Cyr (ESM) et École militaire interarmes (EMIA) : L'Armée française et la Grande Révolte druze (1925-1926)

Prise de Damas en 1920 par le général Goybet : Récit d'Henri Goybet ; Presse du Monde et reportage de l'Illustration




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