Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

jeudi 4 août 2011

Bachar al-Assad fait sa perestroïka

Le parlement de Damas : bientôt de nouveaux visages, mais pas de barbus...
C’est incontestablement une journée historique pour la Syrie que ce 4 août qui voit Bachar al-Assad promulguer officiellement le décret autorisant la création de nouveaux partis politiques indépendant du Baas et de la coalition dite du « Front national Progressiste » avec qui il co-dirige le pays depuis des décennies. Bien sûr, les contempteurs du régime ne manqueront pas de brocarder les restrictions encadrant la nouvelle législation : en effet, les nouvelles formations ne devront pas se créer sur des bases tribales ou religieuses, et ne devront pas procéder d’une organisation non syrienne. Ces restrictions visent évidemment la Confrérie des Frères musulmans syriens, calquée sur le modèle égyptien et recrutant exclusivement dans la communauté sunnite. Et ce sont encore les « Frères » qui sont visés par le décret quand il interdit aux nouveaux partis de disposer de formation paramilitaire : la plupart des activistes armés qui ont provoqué l’armée et la police – mais aussi menacé et parfois tué les civils suspectés de tiédeur révolutionnaire ou de sympathies bacharistes – dans plusieurs villes du pays sont à l’évidence dans la mouvance islamiste, essentiellement représentée en Syrie par la Confrérie.
On pourra toujours dire que par ces dispositions, le gouvernement Bachar condamne au silence – et à la violence – tout une partie de l’opinion syrienne : les Frères musulmans ont une implantation incontestable à Hama. Mais ce sera faire preuve de mauvaise foi – ou de naïveté irresponsable – dans la mesure où les Frères prônent un État islamique radicalement opposée à la laïcité qui demeure malgré tout le modus vivendi de la société syrienne, et appellent par ailleurs au renversement violent de l’actuel régime : la Confrérie s’est positionnée assez clairement comme un parti de guerre civile et religieuse, et aucun gouvernement syrien responsable – baasiste ou pas – ne pourrait prendre le risque de la légaliser, compte tenu du fragile équilibre et de la société syrienne et de la région.


En tout cas, la loi est immédiatement applicable : on verra très bientôt ce qu’il en sort concrètement, et si la frange modérée – et intérieure – de l’opposition accepte la « main tendue » du pouvoir. Une chose est sûre : Bachar al-Assad a symboliquement déclenché, ce jeudi 4 août, une sorte de « perestroïka à la syrienne ». Le chef de l’État entame là une route difficile, entre résistances au changement et provocations extrémistes, le tout dans un contexte international un rien « chargé ». Les observateurs et commentateurs extérieurs devraient, s’ils ont une once d’honnêteté et de connaissance de la Syrie, lui faire crédit de sa bonne volonté. Mais la plupart des commentateurs ont-ils envie d’être honnêtes sur le sujet ?

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