Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux faits…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

mardi 12 avril 2022

J'avais un camarade… Robert Boissières



 
Robert Boissières, 20 ans
(photo prise peu avant son assassinat)
Robert Boissières, né le 11 février 1942 à Toulouse, a été odieusement assassiné à vingt ans devant le domicile de ses parents le jeudi 12 avril 1962 à Alger par une bande d'aviateurs de l'armée française en vadrouille. Agression gratuite, lâche, imbécile, criminelle. Geste de Français très ordinaires…

Aspects de la France, jeudi 19 avril 1962


Nouvelles d’Alger 
(Copie intégrale d’un article non signé publié par Aspects de la France, le jeudi 19 avril 1962. L’original de cette coupure de journal m’a suivi jusque dans mon exil asiatique.)
Le 12 avril 1962, vers 23 heures, un peu avant le couvre-feu, un jeune Français de 20 ans, étudiant en 1ère année de Droit, Robert Boissières, a été tué par les « forces de l’ordre », une patrouille de gendarmerie de l’Air, près du Rectorat, route du Golf à Alger. 
Il venait, avec quatre camarades, dont son frère, âgé de 18 ans, d’apposer des inscriptions "O.A.S." dans le quartier.
Ils rentraient chez eux lorsque, entendant une voiture militaire, ils se cachèrent dans le rebord du talus, parmi les herbes. C’est là que sans sommation aucune, Robert Boissières fut exécuté d’une rafale de mitraillette, tandis que son camarade, Jean Zonza, 21 ans, étudiant en Médecine, était grièvement blessé.
Le quartier fut mis en émoi par cette rafale et en particulier les parents de Robert qui habitent au Clair Logis des P.T.T. Son père, inquiet, descendit immédiatement sur les lieux du drame. Il rencontra un militaire qui lui annonça froidement qu’il venait de « fusiller » un jeune, en même temps qu’il lui tendait la carte d’identité de sa victime. Douleur du pauvre père lorsqu’il reconnut que c’était celle de son fils.
Les Agences de Presse ont donné différentes versions, des versions fausses surtout. On a prétendu qu’un coup de feu avait été tiré. C’est faux. Ces garçons n’étaient pas armés. Mais on use du mensonge pour essayer d’excuser un acte odieux…
Les obsèques de la jeune victime ont été célébrées ce matin, lundi 16 avril, à 9 heures, à la "sauvette". On avait interdit tout faire-part et communiqués dans les journaux. On craignait l’affluence… J’y suis allé avec mes enfants et deux camarades de Robert Boissières.
Malgré toutes les précautions prises par les autorités, il y avait plus d’un millier de personnes à suivre ce malheureux convoi de quelques mètres dans le cimetière de Saint-Eugène, entre la morgue et le dépositoire. Mais obsèques émouvantes, bouleversantes dans leur simplicité, dans leur clandestinité. Foule digne, très impressionnée… Les martyrs de la foi en ont eu d’identiques, et de telles morts, de telles obsèques ne peuvent qu’affermir une religion ou un idéal…
Le jeune frère de Robert, retenu à l’école de police d’Hussein Dey, n’a pas été autorisé à rendre ce dernier hommage… Quelle tristesse.
Ce n’est pas avec de tels assassinats, de tels procédés pour essayer d’étouffer nos sentiments qu’on parviendra à l’apaisement d’une population française de plus en plus survoltée.
Après cette pénible cérémonie, je suis allé ensuite, seul, me recueillir sur les lieux du drame. À l’endroit où est tombé ce pauvre enfant : des bouquets de fleurs, quelques-uns avec ruban tricolore et contre le tronc d’un arbre mort trois lettres sont épinglées : celle d’une mère bouleversée, et deux autres écrites par des camarades de la victime. Lettres qui crient une indignation bien légitime…

Le rédacteur, sous la menace de la censure et de la saisie du journal, malgré son émotion, reste très réservé. Il ne précise pas que la caserne de ces aviateurs jouxte l’immeuble du Clair Logis des P.T.T. Il ne s’interroge pas sur ce que faisaient réellement à cette heure hors de leur base ces aviateurs ? Retour de beuverie ? Ce qui est avéré est que le militaire assassin qui proclama froidement qu’il venait de « fusiller » un jeune, ses acolytes et toute la troupe, jusqu’à tard dans la nuit, fêtèrent ce haut fait de guerre sous les fenêtres des familles des victimes. De plus, nous ne pouvons manquer de nous interroger sur la sanction de cet acte de bravoure. L’assassin et ses complices furent-ils par la suite décorés ? La haine gaulliste n’exclut rien.

Depuis, en France, sur le territoire français métropolitain, partout, chacun risque de croiser l’un de ces ivrognes. Pourquoi ne serait-ce pas celui-ci ? Pourquoi pas celui-là ? De toute façon par leurs votes successifs, et d’abord celui en faveur de l’abandon de l’Algérie, les Français ont sans cesse réaffirmé leur complicité avec ces assassins… Décidément, ce pays m’est définitivement infréquentable… À présent, mon vœu le plus cher reste de n'avoir jamais à vivre dans ce pays d’infâmes, la France… ni d'y crever… ni que mes cendres y soient  souillées.

Alex Nicol dans « La Bataille de l’OAS » publié dès novembre 1962 (Les Sept Couleurs) donnera une version qui rejoint celle d’Aspects de la France, et  confirme (pages 129-130) : « Jamais on n’a fait état de l’ouverture d’une enquête quelconque ni de sanctions prises contre ces militaires pour le moins nerveux sur la gâchette… »

Une version tout aussi horrible de ces faits est rapportée par Francine Dessaigne dans son « Journal d'une mère de famille pied-noir » :

Vendredi 13 avril 1962. … Le journal d'hier nous apprend la mort de Robert Boissières, dix-neuf ans. Jeudi soir, il dînait en compagnie de son frère aîné chez la fiancée de ce dernier. Vers 11 heures ils rentrent à pied dans le quartier de la Redoute. Un groupe de jeunes gens court sur la chaussée suivi de près par une patouille de métropolitains. Les Boissières s'arrêtent. Les jeunes gens prennent une petite rue et disparaissent dans la nuit. La patrouille revient sur ses pas et retrouve les deux frères. Bruit de culasse, les jeunes gens s'aplatissent sur le trottoir. Les soldats s'approchent et, presque à bout portant, tirent deux balles dans la tête de Robert et une rafale sur son frère. Robert Boissières est mort hier matin; son frère exsangue est dans un état grave. C'est ce que raconte à mon mari un de leurs cousins…

Les divergences entre ces versions des circonstances d’un même assassinat témoignent de l’extrême tension qui régnait alors à Alger et de l’intolérable pression exercée par les séides du pouvoir métropolitain d’alors désormais allié inconditionnel du FLN, tant dans le crime que dans la propagande et la manipulation de l’information. Ce même jour, ce 12 avril 1962, le général Edmond Jouhaud, arrêté à Oran peu avant, est condamné à mort. Le vendredi suivant, le 20 avril, le général Raoul Salan devait être lui aussi arrêté…


Faire-part édité et diffusé clandestinement par l’Association générale des étudiants d'Alger (AGEA) :


(Maquette réalisée par Josseline Revel-Mouroz et Hélène Mattéi - AGEA)


Instants de bonheur à l'AGEA…  Robert : le seul civil

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Le 10 octobre 1984 Robert a quitté Terre-Cabade. Il repose désormais au nouveau cimetière de Cugnaux, dans la proche banlieue de Toulouse.

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La Cavalcade a été composée en 1963 par Jean De Brem en l'honneur du lieutenant-colonel Jean-Marie Bastien-Thiry responsable de l'attentat du Petit Clamart visant le DeGaulle et fusillé le 11 mars 1963. L'air est celui du chant allemand "Ich hatt' ein Kamerade" en français "J'avais un camarade".

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Le 5 juillet 2003, en présence de plus de 1500 personnes unies dans un profond recueillement, était inaugurée, au centre du cimetière du Haut-Vernet à Perpignan, une stèle en l'honneur de 104 des "fusillés et combattants  tombés pour que vive l'Algérie française". 

Inauguration de la stèle aux "Martyrs tombés pour l'Algérie française", fin de cérémonie : appel personnel de chacun des 104 Martyrs


"Aux fusillés, aux combattants tombés pour que vive l'Algérie française",
cimetière du Haut-Vernet, Perpignan


"Aux fusillés, aux combattants tombés pour que vive l'Algérie française"… 104 martyrs auprès des fusillés  Bastien Thiry, Degueldre, Dovecar, Piegts,
 cimetière du Haut-Vernet, Perpignan

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Sur ce blog, une page spéciale est désormais dédiée à Robert Boissières [clic sur sur cette page, bouton à droite "Robert Boissières" ]. Une page qui appartient à tous ceux qui se souviennent de Robert, à tous ses amis… Qu'ils y déposent témoignages, photos, documents pour que de Robert vive le souvenir…

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Hocine Aït Ahmed et Jean-Jacques Susini, deux Algériens d'exception…

Ian Smith, le héros que n'a pas su opposer l'Algérie à l'infâme trahison de DeGaulle…

Robert Boissières sur le site de l'ADIMAD-MRAF
Jean-Jacques Susini : l'ultime espoir de l'OAS restait la négociation directe avec le FLN


Jean-Jacques Susini : fondateur et théoricien de l'OAS

Éd. IDées : "Pour une critique positive"… après "L'Algérie pacifiée sur un plateau d'argent !"



Via Recta : Éd. IDées : "Pour une critique positive"… après "L'Algérie pacifiée sur un plateau d'argent !"  … L’oubli dans lequel est aujourd’hui confiné Jean-Jacques Susini témoigne, si besoin était, une fois de plus de la victoire et de la force d'un Régime stérile, incapable d'imagination et d'innovation au service du peuple de France !… …

Le Point : Les États-Unis auraient apporté leur soutien à l'OAS en 1962 - Pour les services secrets suisses, les États-Unis auraient poussé l'OAS à s'entendre avec l'aile modérée du FLN par l'intermédiaire de Jacques Chevallier, ancien maire d'Alger et ancien secrétaire d'État à la Défense, Jean-Jacques Susini, le numéro deux de l'OAS, derrière le général Raoul Salan et le colonel Jean Gardes.

Les banlieues françaises, héritage de l'Afrique imposée par le "grand homme" DeGaulle…

Alexandre Gerbi - « La France ne serait plus la France » et « Apartheid » : Décryptage de deux énormes « lapsus » de Manuel Valls

Alexandre Gerbi - Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine : Imposture, refoulements et névroses
La France blanchit son armée en 1944… plus raciste que DeGaulle tu meurs…


mercredi 23 mars 2022

Entretien avec Erwan Castel, soldat volontaire servant au Donbass depuis février 2015…




Un entretien captivant, dense, d'une rare richesse… plus de trois heures et vingt minutes mais écouté en intégralité, en une seule séance… Erwan Castel s'interroge autant qu'il assume et présente le sens d'un combat qu'il situe dans le contexte géopolitique tant historique que présent des relations entre la Russie et le reste du monde, un contexte dans lequel le carrefour occupé par l'Ukraine actuelle a toujours été éminemment stratégique… Des faits, seulement des faits… quoiqu'un entretien également épicé de nombreuses réflexions à propos des acteurs politiques, leurs accointances,  leur culture, leur sens moral… sans oublier les peuples, trop souvent crédules et influençables… Un appel au sens commun populaire face aux a priori idéologiques… Bref, un document incontournable pour une meilleure compréhension des évènements présents… et à venir !          

Entretien depuis Donetsk
avec
Erwan Castel,
volontaire dans la Brigade internationale Piatnashka





Guy Boulianne nous invite à revoir un entretien en direct depuis la République Populaire de Donetsk avec le tireur d’élite Erwan Castel, volontaire dans la Brigade internationale Piatnashka. Cet entretien s'est tenu le dimanche 13 mars 2022 à 12 heures (Montréal) — 19 heures à Moscou, 17 heures à Paris — et a été diffusé simultanément sur les plateformes Youtube, Twitter, VKontakte. L’entretien est aussi disponible sur Internet Archive, Bitchute, Odysee, Rumble et UGEnet.

Guy Boulianne présente cet entretien avec l’assistance de François-René Milot, créateur et animateur de Zradio, un média alternatif de libre expression ayant pour mission d’analyser les enjeux médiatiques et géopolitiques qui se cachent derrière le brouillard de la guerre de l’information. Au cours de cet entretien ont été abordés différents sujets concernant le conflit qui se déroule actuellement en Ukraine : la situation militaire ; la russophobie et les médias-mensonge ; l’histoire du Donbass et de l’Ukraine ; l’expansion de l’OTAN ; la guerre du Donbass depuis 8 ans… et bien sûr l’engagement personnel de Erwan Castel.

Né le 6 juin 1963, Erwan Castel rêve d’une « Europe aux cents drapeaux » dont l’unité serait fondée sur le respect de ses peuples natifs et fondateurs et la reconnaissance de leurs identités dans une vision fédérale fondée sur les principes de subsidiarité et de démocratie participative. « Breton, polythéiste et européen », successivement officier parachutiste français, militant indépendantiste breton puis guide expédition en forêt amazonienne en Guyanne française, il a décidé de rejoindre la rébellion du Donbass s’opposant à l’opération militaire lancée contre sa population russe en 2014 par les putschistes du Maïdan.

Resté attentif à la tectonique géopolitique du monde, Erwan Castel, engagé depuis environ 25 ans dans un combat antimondialiste sans cesse plus affirmé, décide au moment du Maïdan de dénoncer la propagande de guerre occidentale sur les réseaux sociaux où il entreprend une ré-information des opinions. En juin 2014, il décide d’abandonner sa situation privée et professionnelle et de rejoindre le Donbass, ce qu’il réalisera en janvier 2015. Engagé début février 2015 dans l’armée de la République Populaire de Donetsk, il a servi sur les fronts de Debalsevo, Marinka, Dokuchaievsk et Donetsk avant de devenir volontaire en 2017 dans la Brigade internationale Piatnashka et servir sur le front de Yasinovataya en tant que tireur d’élite (sniper).

[Plus de trois heures d'entretien !… mais sa richesse fait qu'il mérite vraiment d'être écouté dans son intégralité]

mardi 15 mars 2022

Les grottes d'Ellora… où se côtoient bouddhistes, indous, jaïns



Les grottes d'Ellora sont un site du patrimoine mondial de l'UNESCO… Non loin d'Aurangabad, creusés en succession serrée dans la paroi d'une haute falaise basaltique répartie sur environ 2 km, trente-quatre monastères et temples ont été explorés sur plus d'une centaine contribuant à faire revivre une brillante civilisation ancienne dans une séquence ininterrompue de monuments datables entre les VIIe et XIe siècles. Avec ses sanctuaires consacrés au bouddhisme, à l'indouisme et au jaïnisme,  l'ensemble d'Ellora illustre l'esprit de tolérance caractéristique de l'Inde ancienne.

Sur l'ensemble exploré on recense 12 grottes bouddhistes, 17 grottes indoues et cinq grottes jaïnes.

Selon le site de l'UNESCO, l’activité d’excavation s’est déroulée en trois phases du VIe au XIIe siècle. Creusés dans le roc entre les Ve et VIIIe siècles, les premiers ouvrages (grottes 1-12) font écho à la philosophie du bouddhisme qui prévalait alors dans cette région. Les grottes du groupe brahmanique (grottes 13-29), dont le célèbre temple du Kailasa (grotte 16), ont été excavées entre les VIIe et Xe siècles. La dernière phase, entre les IXe et XIIe siècles, a vu l’excavation d’un ensemble de grottes (grottes 30–34) reflétant la philosophie jaïne.

Parmi les œuvres du groupe bouddhique, la grotte 10 (Visvakarma ou Sutar-ki-jhopari, dite grotte du Menuisier), la grotte 11 et la grotte 12 (Teen Tal ou monastère à trois niveaux, le plus grand de cette catégorie) sont particulièrement imposantes. Elles marquent l’évolution de la forme du bouddhisme vajrayana et représentent une multitude de divinités bouddhiques. Les principales grottes du groupe brahmanique sont la grotte 15 (Dasavatara ou grotte des Dix Incarnations), la grotte 16 (Kailasa, le plus grand temple monolithique), la grotte 21 (Ramesvara) et la grotte 29 (Dumar Lena). Parmi elles, la grotte 16 est un excellent exemple d’innovation structurelle qui marque l’apogée de l’architecture rupestre en Inde, caractérisée par une finesse d’exécution et des proportions impressionnantes. Le temple est orné de certaines des compositions sculpturales les plus exquises et audacieuses qui soient en Inde. La sculpture représentant Ravana qui tente de soulever le mont Kailasa, la demeure de Shiva, est particulièrement remarquable. Les traces de belles peintures de différentes époques sont préservées sur les plafonds du mandapa (salle hypostyle) dressé à l’entrée de ce temple. Les grottes du groupe jaïn (grottes 30-34) sont magnifiquement ornées de sculptures raffinées et délicates, mais aussi d’œuvres picturales dédiées à la secte Digambara. À travers leur art et leur architecture, les grottes d’Ellora servent de vitrine sur l’Inde ancienne dont elles illustrent les phénomènes socioculturels, la culture matérielle, la scène politique et les modes de vie.




 



Grottes bouddhistes (VIIe-VIIIe siècles) : 1 à 12
Grottes indoues (VIIIe-IXe siècles) : 13 à 29
Grottes jaïnes (IXe-XIe siècles) : 30 à 34




Grotte 5 : Grand monastère (vihāra)
Grotte 10 : Temple (cetiya)
Grotte 12 : Université tantrique
Grotte 16 : temple indou excavé du Kailasha
 
 
 
 

















































































































































































































































































































































































Unesco : Grottes d'Ellora

Monuments in Aurangabad : Ellora Caves