sur le sentier de l'âne, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes… qui ne risque rien n'est rien
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

mercredi 7 décembre 2016

Avec la Communauté syrienne de France, à Tartous capitale des martyrs…












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C'est encore par un véhicule public, un minibus, que depuis Masyaf nous rejoignons Tartous [طرطوس]… Là notre petit groupe de la Communauté syrienne de France est accueilli par notre ami Setih qui nous invite chez lui pour quelques instants de repos… Setih nous parle alors longuement de sa ville… de ses martyrs. Jusqu'au 5 septembre dernier, Tartous avait été relativement épargnée par le terrorisme islamique. Ce jour-là au moins 30 personnes ont été tuées et 45 blessées dans un double attentat. Cette attaque a été menée sur un pont à la périphérie de la ville de Tartous à l'aide d'une voiture piégée puis d'un kamikaze qui a déclenché sa ceinture d'explosifs lorsque des personnes se sont rassemblées pour secourir les blessés de la première explosion. Longtemps relativement épargnée, Tartous n'en a pas moins payé un lourd tribut à la guerre depuis 2011… à tel point d'être considérée comme la Capitale des Martyrs. De tous les gouvernorats syriens, Tartous est celui qui compterait le plus fort ratio de morts pour la patrie syrienne dans l'Armée et la milice des Force de défense nationale. "Les frontières de Tartous ne sont pas les limites de la province, mais celles de la Syrie." La veille de notre visite, notre ami Setih apprenait la mort au front d'un de ses cousins très proches…

Malgré une douleur encore vive, Setih tient à assumer ses "obligations" d'hôte… il nous entraîne alors dans une longue promenade, de la vieille ville à la cathédrale Notre-Dame de Tortose, devenue musée archéologique, puis flânerie sur le front de mer. Tartous est aussi un centre balnéaire… tout en abritant une base importante, la seule en Méditerranée, de la flotte militaire russe. Pour rester dans le rêve d'une station balnéaire nous élisons pour hôtel le fondouk de la Mer face, pour notre réveil, au grandiose spectacle des flots déchaînés…

Syrie, pays de l'amour et de la rose : partout, à votre arrivée on vous aura offert une rose






















La cathédrale romane Notre-Dame de Tortose, devenue musée archéologique


Face au musée, un clocher et un minaret !












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Général Valéri Guérassimov
Originaire du Tatarstan, le général Valéri Guérassimov, chef d’état-major des forces armées de la Fédération de Russie et vice-ministre de la Défense, connait bien l’islam. En outre, il a réprimé des crimes commis par d’autres militaires russes en Tchétchénie et combattu victorieusement les djihadistes de l’Émirat islamique d’Itchkérie.











Septembre 2015 :  l'Infanterie de marine russe débarquait à Tartous

Vendredi matin 4 septembre un premier contingent de 40 soldats de l'Infanterie de marine russe aurait débarqué dans la base navale russe de Tartous. Officiellement ce premier groupe de soldats russes aurait pour tâche de former les unités des forces de défense nationale syriennes dans les provinces de Lattaquié, Tartous et Homs. Quoique laisse entendre la désinformation infligée en Occident par l'opposition syrienne alliée des rebelles, les troupes russes ne seront pas engagées au combat mais auraient une mission de formation et de renseignement auprès des forces armées syriennes. Ce premier contingent serait actuellement alloué aux villes de Slunfeh [صلنفة], Jableh [جبلة] (Lattaquié) et Homs.
Source : Fronte Europeo per la Siria





mardi 6 décembre 2016

Avec la Communauté Syrienne de France, à Masyaf siège d'assassins d'un autre temps…



Les familiers du jeu vidéo "Assassin's Creed®" s'imaginent bien connaître le château de Masyaf [مصياف]… Ceux-là aussi, qui en France, se rueront sans doute dans les salles de cinéma dès le 21 décembre prochain jour de la sortie du film Assassin's Creed avec Michael Fassbender…

Pourtant quiconque aura voyagé avec la Communauté syrienne de France aura l'avantage sur tous ces amateurs murés dans le virtuel de leurs jeux vidéos de connaître ce château de Masyaf et d'avoir appris sur son histoire in situ… De plus en voyageant avec la Communauté syrienne de France ils auront eu la satisfaction d'avoir directement manifesté un soutien solidaire concret aux victimes… d'assassins, ceux du temps présent à la solde de la communauté dite "internationale"…



À la fin du XIème siècle, un ordre chiite dissident les ismaéliens Nossaïri - branche chiite qui reconnaît la lignée des successeurs d'Ali jusqu'à IsmaïI, le septième imam - se constitue en Perse et en Syrie sous l'autorité d'Hassan-ibn Sabbah. Ces ismaéliens gagnaient des fidèles à leur cause, aidés secrètement par les califes fatimides du Caire qui partageaient leur croyance.

Hassan ibn Sabbah, après un séjour au Caire, parcourait le nord de la Perse. Il cherchait moins à convaincre de nouveaux adeptes qu'à se rendre
 maître d'une place forte d'où il pourrait régner sur ses fidèles. Ces ismaéliens s'emparèrent ainsi de nombreuses forteresses en montagne, menaçant l'autorité des sunnites Seldjoukides de Perse… En définitive Hassan ibn Sabbah se fixa à Alamout, citadelle inexpugnable au fond d'une vallée isolée, qu'en 1090 il prit par ruse à son gouverneur abbasside. Il consacra les 35 dernières années de sa vie à l'étude et à la prière, reclus dans sa cellule qu'il ne quitta, dit-on, qu'à deux occasions mais depuis son nid d'aigle, il dirigeait une secte d'initiés, des combattants de l'ombre obéissant aveuglément à leur chef. Ce sont les célèbres Hashshashins [حشاشين]. Une sévère discipline faisait d'eux une arme redoutable contre les Abbasides et leurs serviteurs seldjoukides. 

Après la mort de Hassan ibn Sabbah en 1124, une lignée d'imams lui succéda, à la tête d'une véritable principauté qui négociait avec les puissances du temps. Il fallut attendre les invasion des Mongols au XIIIème siècle pour mettre un terme à l'existence politique de la secte. En 1256, les Mongols s'emparèrent d'Alamout, et le dernier imam fut assassiné. II pourtant un de ses fils en réchappa. Il fonda une lignée d'imams d'où sortirent au XIVème siècle les Agha khans.

Au début du XIIème, Hassan ibn Sabbah, le maître d'Alamout, envoie une mission en Syrie. Le pays lui semble propice : plusieurs communautés chiites sont réfugiées dans des montagnes difficiles d'accès, où les fidèles d'Alamout pourront édifier leurs repaires. Quelques décennies plus tard, c'est chose faite : les ismaéliens contrôlent un chapelet de forteresses dans les montagnes, menaçant tout autant les Francs du littoral que les musulmans orthodoxes de l'intérieur. Très vite la secte acquiert une terrible réputation dont les chroniques franques et musulmanes se font les échos épouvantés. Elle s'illustre par une série d'assassinats politiques perpétrés pour son propre compte ou pour celui de riches commanditaires, chrétiens comme musulmans. Nul n'est à l'abri de ces combattants fanatisés : le grand Saladin, qui a déjà échappé à deux attentats, est contraint lorsqu'il est en campagne de passer les nuits au sommet d'une tour de bois. Le pouvoir militaire de la secte ne fut anéanti en Syrie qu'au XIIIème siècle par les Mamelouks peu après la prise d'Alamout, en Perse, par Mongols.

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Élevée sur une colline détachée du djebel Anṣarieh, la forteresse de Masyaf contrôlant la partie méridionale de la plaine du Gharb fut la plus importante des citadelles de la redoutable secte des Assassins, qui l'acquirent vers 1140. Elle servit à plusieurs reprises de résidence à Rachid ed-Din Sinan, le Vieux de la Montagne…

Le Vieux de la Montagne, Rachid ed-Din Sinan, fut envoyé de Perse en Syrie par l'imam de Perse, son compagnon d'études depuis l'enfance. Sinan était chargé d'une mission secrète : succéder à l'actuel chef des ismaéliens de Syrie après sa mort. Il vint en Syrie, vêtu tel un mendiant, évitant les villes de crainte d'être reconnu et arrêté. Arrivé dans la montagne syrienne, il s'installa dans une modeste cabane au pied du château (al-Qalat) Al-Kahf (château de la Grotte) [قلعة الكهف] où résidait le maître des Assassins. Il y resta sept ans, dissimulant le but de sa présence. Apprenant que l'imam était mourant, il se rendit à son chevet et lui présenta la lettre qui le nommait à la tête de la branche syrienne de la secte.

C'était en l'an 1162. Sinan allait régner plus de 30 ans depuis son terrible repaire, s'affranchissant définitivement de la tutelle des ismaéliens de Perse. Il mourut vers 1193, quelques mois après l'assassinat de Conrad de Montferrat, le tout nouveau roi de Jérusalem.

Des recherches archéologiques ont établi que le château de Masyaf avait été construit du temps des Byzantins, au faîte d'une colline calcaire dominant plaines et villages environnants. Était assurée au château une position stratégique de surveillance et contrôle de tout le sud de la dépression du Ghab.

Au pied du djebel Anṣarieh ou Nossaïri, le château de Masyaf est la mieux conservée des forteresses des ismaéliens. Sous la conduite de leur chef le Vieux de la Montagne, ils s'étaient établis à la période des croisades dans d'imprenables nids d'aigle, tel Masyaf conquis en l'an 1141, après la chute de Shayzar (près de l'actuelle Maharda). De là, ils terrorisaient leurs ennemis, musulmans orthodoxes ou Francs du littoral, n'hésitant pas à conclure des alliances momentanées avec tel ou tel au gré de leurs intérêts.

Les assassins étant redoutés dans toute la région pour leur efficacité à éliminer leurs ennemis et parce qu'ils avaient acquis un certain pouvoir politique, les autres puissances du Moyen-Orient les combattirent avec acharnement. Ainsi, Masyaf devenait la cible première pour tous ceux qui eurent le courage de tenter de briser le pouvoir des Assassins. Dans ce combat s'illustra Saladin, premier sultan d'Égypte et de Syrie, et fondateur de la dynastie Ayyoubide.

Le siège de Saladin devant le château de Masyaf en 1176 fut cependant un échec. Selon la légende, alors que Saladin dormait sous Masyaf, un Assassin réussit à s'introduire dans sa tente. Saladin se réveillant aperçut l'intrus fuyant de la tente. Des gâteaux empoisonnés et un poignard avaient été laissés à côté du lit de Saladin et un billet accompagnait ces pâtisseries jurant que Saladin serait tué s'il ne levait pas le siège. Craignant pour sa vie, Saladin choisit de faire la paix avec les Assassins.

Néanmoins, les Assassins n'étaient pas invincibles. En 1260, Masyaf et trois autres forteresses d'Assassins se sont rendues aux envahisseurs mongols. La victoire mongole fut de courte durée. Ils ont été vaincus par les mamelouks à la bataille de 'Ayn Jalut dans la même année. Une fois les Mongols expulsés de Syrie, les Assassins prirent à nouveau le contrôle de Masyaf. Dix ans plus tard, en 1270, ce sont les Mamelouks sous leur sultan, Baybars, qui prennent le contrôle de Masyaf.

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En 2000, des travaux de conservation ont été entrepris sur le château de Masyaf. Ce projet, achevé en 2006, a consolidé et restauré la structure en ruine. De plus, ce projet a permis de mieux comprendre les Assassins qui occupèrent le château. A ainsi été découvert un tunnel censé avoir été un passage d'échappement secret. En outre, un système de canaux conçus pour transporter l'eau de pluie dans des citernes sous le château a également été mis à jour. Cela apporte une preuve supplémentaire que le château a été conçu pour résister à de longues périodes de siège ennemi. Pourtant, le château n'est pas sans ses luxes, comme en atteste la découverte d'une maison de bain traditionnelle.

Soulignons que le château de Masyaf n'existe pas comme un point isolé dans le paysage, mais coexiste avec la vieille ville voisine de Masyaf. Ainsi, le projet de restauration a intégré le contexte urbain du château. Un effort a été fait pour conserver et embellir la vieille ville, rendre attractifs les marchés, autant d'actions et d'autres en faveur du tourisme… Malheureusement les épreuves infligées aujourd'hui à la Syrie laissent en suspens les bénéfices d'une telle opération en faveur des populations locales… dans une région où se concentre encore aujourd'hui la majorité des ismaéliens de Syrie.


Simplicité de la réception d'un hôtel où chacun sera vraiment chez soi


Salwa et Hazem, nos amis d'Ain El-Kroum tout proche sont venus nous accueillir à Masyaf,
lors d'un précédent voyage, membres du Croissant rouge de Syrie,
ils nous avaient accompagnés à Hama dans nos visites auprès des déplacés.


La ville de Masyaf vue de son château




Sur les pentes de la citadelle, ils ont tenu à partager leur maigre pic-nique, quelques tranches d'orange pour chacun






À l'intérieur de la citadelle, comme partout ailleurs sur les sites analogues :
nombreux tunnels et souterrains, abris et voies de communication toujours exploités lors d'une occupation ennemie










Dans la soirée visite aux blessés à l'hôpital de Masyaf


Le hall d'accueil de l'hôpital


Sans doute triste de notre départ si tôt,  il est venu nous dire au-revoir lors de notre petit-déjeuner dans les jardins de l'hôtel

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La citadelle de Masyaf  il y a près d'un siècle… D'importantes restaurations ont été faites entre 2000 et 2006


Références

State of War: Syria’s Crusader Castles and Medieval Fortresses

Le territoire du Vieux de la montagne

Château de Shayzar ou Shaîzar - Qal'at Seijar

La Cannabis nel mondo islamico

Masyaf Castle, the Seat of the Assassins


Ancient Origins, 2014. Masyaf Castle, the Seat of the Assassins [Online]
Available at: http://www.ancient-origins.net/ancient-places-asia/masyaf-castle-seat-assassins-001888

Atlas Obscura, 2014. Musyaf Castle. [Online]
Available at: http://www.atlasobscura.com/places/castle-of-musyaf

Perry, T., 2007. Secrets of Assassins' Fort Unearthed in Syria. [Online]
Available at: http://www.reuters.com/article/2007/07/13/us-syria-castle-assassins-idUSL1114464920070713

Submissions, 2012. Historical Accuracy of Video Games: Assassin’s Creed’s Masyaf. [Online]
Available at: http://www.hbhud.com/2012/03/02/historical-accuracy-of-video-games-assassins-creeds-masyaf/

Tharoor, I., 2012. State of War: Syria’s Crusader Castles and Medieval Fortresses. [Online]
Available at: http://world.time.com/2012/08/08/state-of-war-syrias-crusader-castles-and-medieval-fortresses/slide/masyaf-the-seat-of-the-assassins/

The Institute of Ismaili Studies, 2013. Castle of Masyaf. [Online]
Available at: http://www.iis.ac.uk/view_article.asp?ContentID=105103

Wikipedia, 2014. Assassins. [Online]
Available at: http://en.wikipedia.org/wiki/Assassins

Wikipedia, 2014. Masyaf. [Online]
Available at: http://en.wikipedia.org/wiki/Masyaf

Wikipedia, 2014. Masyaf Castle. [Online]
Available at: http://en.wikipedia.org/wiki/Masyaf_Castle

www.akdn.org, 2014. The Citadel of Masyaf. [Online]
Available at: http://www.akdn.org/publications/hcp_syria_brief4.pdf

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Cities and towns during the Syrian Civil War 


lundi 5 décembre 2016

À Alep, avec la Communauté syrienne de France et Horizon de l'Espoir…



Hello vous tous… des pétromonarchies… d'Occident… de Turquie… barbus and co… Ici Alep !


La Communauté Syrienne de France, forte de l'expérience de cinq voyages de "Solidarité avec le peuple syrien" organisés depuis mars 2015 proposait en cette fin octobre et début novembre 2016 un nouveau voyage dans le cadre de son  projet "Solidarité Syrie". Le dynamisme de son animatrice, Rima, apte à saisir immédiatement toute opportunité a assuré à ce nouveau voyage, effectué encore dans des conditions très différentes de tous les précédents un plein succès… Un voyage orienté vers de nouveaux horizons… Ainsi les participants à ce sixième voyage avec la Communauté Syrienne de France ont eu le privilège de se rendre et séjourner à Alep-Ouest et de visiter Palmyre libérée…

Programme intense… Aucune perte de temps… Dès le lendemain notre arrivée en Syrie, tôt le matin, notre petit groupe réuni par la Communauté syrienne de France prend la route d'Alep… Un visite tant attendue… Une destination qui n'avait pu être atteinte auparavant dans aucun des précédents voyages…
L'effectif de ce dernier groupe, ayant été délibérément voulu par la Communauté Syrienne de France un peu moins nombreux que les précédents, a permis d'innover quant au choix des moyens de transports… Pour la première fois, avec la Communauté Syrienne de France, un groupe a pu voyager en dehors de Damas et sur de longues distances en empruntant des transports en commun… Une solution proposée par notre organisatrice qui s'est révélée et la plus simple et la plus opportune… Voyage comme des Syriens ordinaires… par un des nombreux bus assurant régulièrement la liaison entre Damas et Alep… Chacun s'est allégé de ses bagages, gros sacs et valises ont été laissés en consigne à notre hôtel de Damas, reste le minimum nécessaire pour quelques jours…

Était ainsi offerte aux membres du groupe une occasion unique de contacts libres et proches de la population, celle des voyageurs, et à l'occasion des nombreuses haltes de contrôle, de détente, de restauration…



Notre bus, du grand confort… service parfait à bord

Nombreux contrôles sur la route… mais très vite l'information de notre présence dans le bus est répercutée sur les contrôles suivants… et en définitive un trajet prévu ordinairement pour 10 heures n'a été effectué qu'en 8 heures, pour la plus grande satisfaction de nos compagnons de voyage syriens. En fait il n'y a eu aucun laxisme dans les contrôles - et nous ne pouvons que nous en féliciter. Notre bus a simplement eu la priorité dans les files d'attente à chaque checkpoint. C'est dire combien sont appréciées les visites d'étrangers - même français - perçus authentiquement amis de la Syrie. Personne en Syrie ne confond l'imbécillité criminelle du gouvernement d'un pays asservi à des intérêts qui ne sont même pas les siens et la démarche personnelle de citoyens de ce même pays.

Halte restauration, la dernière peu avant notre arrivée à Alep


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Chacun d'entre nous était déjà très sensibilisé à la situation d'Alep, par ses recherches personnelles d'informations sur les réseaux sociaux, et hors des grands médias de la propagande occidentale… La Communauté Syrienne de France avait eu l'heureuse initiative, le samedi 14 mai dernier d'une vidéo-conférence simultanément depuis Alep et Damas. Contact direct avec la Syrie réelle, cette vidéo-conférence avait suscité l'intérêt d'un grand nombre de participants unanimement conscients de l'incrédibilité de grossières manipulations médiatiques. Le souvenir de cette manifestation exceptionnelle habitait chacun de nous… en particulier le témoignage courageux de Sonia Kaprielian cette mère de famille alépine ainsi que la magistrale intervention de Kamal El-Jaffa illustrée de vidéos donnant une image de la situation à Alep où aucun quartier n'a été épargné.  
Pourtant, installés pour la nuit à Alep-ouest, dans le quartier Al-Shahba [الشهباء] nous avons d'abord l'impression de découvrir une ville qui semble vivre presque normalement, quoique au ralenti. Dans ce quartier, nous pouvons circuler seuls, à pied, de nuit pour nous rendre au restaurant dans un autre quartier relativement éloigné… Quelques rares détonations entendues dans la soirée.
Malheureusement dans la nuit les déflagrations redoublent d'intensité… Nos premiers contacts au matin nous confient que jamais depuis plus de deux ans Alep-ouest n'avait subi une attaque d'une telle intensité. À l'approche des élections présidentielles américaines et pour ne pas alimenter la propagande perverse du camp états-unien le plus belliciste, l'Armée arabe syrienne et ses alliés avaient minimisé leur pression sur les groupes armés soutenus par l'étranger… Bien plus une trêve avait été unilatéralement décidée… Les groupes armés takfiris agents de l'étranger ont alors profité d'une moindre pression subie pour mener une vaste offensive contre Alep-ouest…
Malgré tout nous maintenons notre programme de visites… Dès le matin nous lisions la gravité de la situation sur les visages de nos interlocuteurs… Malgré leurs devoirs sur le terrain, malgré leurs préoccupations pour la sécurité de leurs familles tous ceux que nous avons rencontrés se sont toujours montrés disponibles, nous ont accueillis et guidés dans les meilleures conditions possibles compte tenu d'un état d'alerte élevé… Nous devons les remercier infiniment, souligner leur courage et leur détermination face à l'adversité…  Nous sommes d'abord accueillis pour un petit-déjeuner dans la maison de l'un de nos amis… 


Vue sur le quartier Al-Shahba [الشهباء] depuis la maison de nos hôtes


Petit déjeuner, quartier Al-Shahba [الشهباء],  nos hôtes


Le quartier Al-Shahba [الشهباء] vu depuis la maison de nos hôtes


Le quartier Al-Shahba [الشهباء]… 


Puis rencontre avec les responsables de la Chambre des industries textiles d'Alep… L'un des membres de la direction de la Chambre des industries textiles d'Alep, dont nous avions déjà fait connaissance à Damas en mars dernier à l'occasion d'une exposition de leurs productions à l'hôtel Dama Rose, M. Moustafa Kawaia nous reçoit au siège de la Chambre à Al-Shahba El-Djadida [الشهباء الجديدة], puis nous conduit sur le site d'Al-Layramoun  [الليرمون] des usines détruites par les agresseurs étrangers et dont les équipements ont été systématiquement démontés et transférés en Turquie… [Ce blog a publié un article spécial avec photos sur cette rencontre.]

Ensuite visite de l'hôpital universitaire où déjà le matin affluent de nombreux blessés… Nous sommes longuement reçus par le directeur de l'hôpital, en présence de plusieurs membres de son équipe, qui nous présente la situation de la ville d'Alep assiégée, agressée et partiellement occupée depuis plusieurs années et tous les problèmes rencontrés face à cette situation par les équipes médicales, leur immense courage et abnégation malgré des conditions de travail très difficiles… Répondant au désir unanimes des membres du groupe de faire un geste de solidarité, le directeur préfère nous diriger vers une association qui œuvre directement sur le terrain en faveur des victimes du terrorisme, l'association humanitaire "Al-Ihssan"…

Nous nous rendons donc au siège de l'association humanitaire "Al-Ihssan Charity" [جمعية الإحسان الخيرية التنموية بحلب]‎ au quartier Al-Mougambou [الموغامبو]. Kamal El-Jaffa nous a rejoint, il nous expose la situation présente à Alep tandis que les responsables d'Al-Ihssan nous présentent les nombreuses missions de l'association et les défis auxquels elle doit faire face à cause de cette guerre. Comme ils en avaient manifesté l'intention, chacun des membre du groupe a remis au comptable de l'association un modeste don de l'équivalent d'environ 100 €, au profit des enfants victimes du terrorisme.










Puis, pour répondre aux besoins urgents suscités par les nombreuses blessures liées aux combats, certains ont tenu à faire un don du sang au  Centre de transfusion sanguine de  "Nadi El Djalaa" [نادي الجلاء]…


Point de distribution d'eau de la Croix rouge, quartier Nadi El Djalaa [نادي الجلاء],
dans le fond on aperçoit le bâtiment du centre de transfusion sanguine


Quartier Nadi El-Djalaa [نادي الجلاء] -  tout proche, enflammé, le quartier El-Hamdanya [الحمدانية], sur le front avec l'Est
En fin d'après-midi, à la tombée de la nuit, le chauffeur mis gracieusement à notre disposition par l'Hôpital Universitaire nous conduit au carrefour Al-Shihanne.  Un rond-point stratégique entre plusieurs quartiers, Al-Ashraffia [الأشرفية] celui de notre chauffeur,  El-Hamdanya [ الحمدانية] le front enflammé avec Alep-est, Bény Zayd  [بني زيد]. C'est là  que nous rencontrons un groupe de personnes fuyant devant la recrudescence des combats El-Hamdanya pour tenter de trouver un abri à Bény Zayd…  Béni Zayed est ce quartier dont Sonia Kaprielian, cette mère de famille alépine, nous avait longuement parlé le samedi 14 mai dernier lors d'une vidéo-conférence simultanée depuis Alep et Damas.  Béni Zayed d'où longtemps ont été envoyés des missiles sur Alep-ouest n'a été libéré que récemment, à la fin de l'été, et n'était pas encore encore totalement déminé en ce début novembre… Quartier toujours dangereux donc provisoirement interdit à un retour des populations. Aussi l'Armée postée au carrefour n'a pas autorisé cette malheureuse famille à y accéder… Leur désarroi se lit sur le visage de ces pauvres gens ne sachant plus où se réfugier la nuit venue…



Carrefour Al-Shihanne, ils ont fui Nadi El-Djalaa [نادي الجلاء] et auraient voulu se mettre à l'abri au quartier Béni Zayd [بني زيد]


Carrefour Al-Shihanne, aux portes du quartier Beni Zayd…


Carrefour Al-Shihanne…


Carrefour Al-Shihanne…


Carrefour Al-Shihanne…


Point d'eau, carrefour Al-Shihanne, tout près d'autres personnes - enfants ou mère de famille - ont d'autres
préoccupations que ces pauvres gens bloqués dans leur pickup et ne sachant plus où se réfugier cette nuit…


Carrefour Al-Shihanne, en direction de Beni Zayd [بني زيد]


Point d'eau, carrefour Al-Shihanne

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Notre hôtel, face à l'hôpital universitaire… Quartier animé, l'atteste le nombre de cafés et restaurants.
Notre préféré : le café "C'est la Vie" [سيلافي كافيه -  شارع وضاح اليمن]. 
Pour agrandir cette carte, naviguer dans le quartier et aussi découvrir les autres quartiers d'Alep cliquez : ICI

Lors de notre arrivée à Alep-ouest nous avions cru découvrir une ville semblant vivre presque normalement, quoique au ralenti. Nous avons circulé seuls, à pied, de nuit pour nous rendre au restaurant dans un quartier relativement éloigné… De nombreux restaurants restent ouverts, et accueillent des convives jusque tard dans la nuit… Nous savons par expérience, et nous le réalisons une fois de plus, combien en temps de guerre pour les peuples - et celui d'Alep le confirme - il est une nécessité vitale d'affirmer sa force en maintenant ses activités habituelles, et notamment malgré tout des activités festives. Chacun ne sait de quoi demain sera fait… Malgré la gravité de la situation aucun d'entre nous n'a le droit de sombrer dans la morosité… C'est cela aussi affirmer sa solidarité avec un peuple qui se bat.

Nous réalisons combien une situation de guerre est faite de contrastes… Lutte des extrêmes entre la vie et la mort… Tout combattant ne peut qu'être habité par une extraordinaire force de vie pour affronter victorieusement l'adversaire… De même chacun… - tous les autres - se doit de garder une volonté constante de goûter pleinement à la vie quels que soient les malheurs… Affirmer une joie de vivre c'est vaincre la mort qui rode. Tout au moins garder l'espérance constante en une vie meilleure…









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Gare routière, départ d'Alep vers Hama


Gare routière, nombreux étaient les départs ce matin-là,
mais l'affluence était à peine supérieure à l'ordinaire malgré l'intensité des combats…


En route, encore tout près d'Alep… les combats ne sont pas loin

Nous quittons Alep…  Joie d'avoir découvert, même rapidement, Alep malgré toutes les difficultés annoncées pour y accéder.  Scandalisés par la constatation de visu des méfaits du "bon boulot" et de la guerre voulus et appuyés par l'imbécillité criminelle des gouvernants de la France... Colère et consternation face à la misère de ceux qui, aujourd'hui alors que les combats ont atteint une intensité inconnue depuis plus de deux ans, n'ont pu jusqu'à présent que fuir d'un quartier à l'autre...
Pourtant tous ceux avec qui nous nous sommes entretenus ont manifesté la quasi certitude d'une victoire prochaine et d'un contexte international plus favorable… Un immense bonheur nous habite alors croyant fermement venue l'heure de la bataille finale contre les forces du mal de l'OTAN et des pétromonarchies...
C'est dans une ambiance apocalyptique que nous avons pris la route pour Hama. Des mortiers détonnent toutes les dix secondes. Des fusées telles des étoiles filantes illuminent un horizon jamais lointain. Des avions grondent dans le ciel puis des traînées blanches noires et des bâtiments perdus dans une fumée épaisse. Parfois des tirs de Kalachnikov derrière une colline… Imperturbable, notre bus fait sa route…

Croisées des colonnes de véhicules, tanks, camions transportant du matériel de lourd durant des kilomètres. Des soldats syriens, iraniens, le Hezbollah, les milices afghanes sur le pied de guerre… Tous montent vers Alep…

Malgré un fol espoir qu'arrive le combat final personne ne peut s'empêcher de penser en ce moment à ceux qui vivent toujours en craignant peut-être encore le pire dans les murs d'Alep assiégée...


Vive la Victoire !

Mère Agnès Mariam de la Croix :
"Entre Syriens, il n'y a que des solutions… aucun conflit.
Le conflit vient de l'extérieur de la Syrie."
Cela est clairement démontré dans la libération d'Alep-est des multiples bandes armées de mercenaires ralliées à l'islamisme salafiste sous le commandement du Front al-Nosra (al-Qaïda), entretenues par l'OTAN et les pétromonarchies du Golfe. Une victoire qui n'est pas seulement militaire. C'est une victoire géostratégique contre toutes les agressions du bloc OTAN-pétromonarchies du Golfe... Une victoire contre leurs sanctions économiques visant à affamer un pays, contre la désinformation de campagnes médiatiques mensongères, contre l'humanitarisme armé de prétendues ONG financées par des gouvernements. Tout un dispositif mis en échec par la libération d'Alep… et des populations qui y étaient prises en otage.


Alep, que s'est-il vraiment passé ?

26 Before-and-After Pics Reveal What War Has Done to Syria

Alep : "Il n'y a pas des tueurs plus humains que d'autres"

Dans les premiers bus vers Alep-Est, des habitants entre joie et effroi

En Syrie, la zone industrielle détruite d'Alep croit en une seconde chance


Des voyages d'avant c'est avec des cartes postales que l'on revenait…
La citadelle d'Alep… souvenir aujourd'hui encore très provisoirement inaccessible


Des voyageurs d'antan des cartes postales l'on recevait…