Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

jeudi 12 avril 2012

Jean-Jacques Susini : fondateur et théoricien de l'OAS

« L'exode des Pieds-Noirs est une tragédie humaine… une faute terrible pour l'avenir politique, économique, et même culturel, car notre chère patrie a perdu son identité sociale… Les religions, les cultures juive et chrétienne se trouvaient en Afrique du Nord bien avant les arabo-musulmans, eux aussi colonisateurs, aujourd’hui hégémoniques. Avec les Européens et leur dynamisme - je dis bien les Pieds-Noirs et non les Français - l’Algérie serait aujourd’hui une grande puissance africaine, méditerranéenne. Hélas ! Je reconnais que nous avons commis des erreurs politiques, stratégiques. Il y a eu envers les Pieds-Noirs des fautes inadmissibles, des crimes de guerre envers des civils innocents et dont l’Algérie devra répondre au même titre que la Turquie envers les Arméniens. » Critique tenue par Hocine Aït Ahmed, ancien chef historique du FLN, dans Ensemble, revue éducative bimestrielle de l'Association culturelle d'Éducation populaire, n° 248 - juin 2005.
Jean-Jacques Susini a été aux premières loges du combat pour l'Algérie française…
Il se confie auprès de Corse Matin

Jean-Jacques Susini : fondateur et théoricien de l'OAS

Toute sa vie démontre qu'il n'a reculé devant rien. Son parcours de résistant dans le maquis, son engagement à la tête de l'OAS, l'Organisation armée secrète qu'il a créée avec le général Raoul Salan, l'attentat qu'il a fomenté contre DeGaulle à Toulon après la guerre d'Algérie, ses deux condamnations à mort par contumace, ses nombreuses années de prison et d'exil, en Espagne et en Italie, rien ne l'a ébranlé. Pourtant, c'est d'une voix émue, larmoyante presque, que Jean-Jacques Susini évoque le souvenir de Thomasine Palmieri, sa grand-mère maternelle, institutrice érudite qui l'a élevé et qu'il a surprise un jour pleurer en écoutant Mussolini à la radio.

« C'est sans doute la femme que j'ai le plus aimée au monde. Elle m'a tout appris. Avec elle, j'ai commencé mes études à l'âge de trois ans ». Son mari, Jean Palmieri, formé à l'École militaire de Joinville, « un grand patriote », a fait sa carrière dans les douanes. Voilà pour la branche généalogique cortenaise.

Son père, Antoine-Ange-Marie, natif de Loreto-di-Tallano, près de Sartène, et sa femme Philomène l'ont élevé à Alger. « Mon arrière grand-père, mêlé à une vendetta, avait quitté la Corse pour s'installer en Kabylie où il a créé une ferme. J'ai été élevé selon les vieux principes de la Corse, famille, travail, loyauté. Une éducation jésuite stricte dans un cocon familial généreux et autoritaire. J'étais parti à Strasbourg et Lyon faire mes études de médecine, mais je suis revenu en Algérie. Ma grand-mère était malade, je ne pouvais pas lui faire défaut »

L'insurrection algérienne de 1954 le bouleverse. Les barricades d'Alger en 1960 scellent son destin.  « Je n'avais pas le choix ».

Un ressentiment mortel à l'égard de DeGaulle

Le procès, la prison, un engagement pour l'Algérie française qui sera pour lui moins politique que charnel. « Je défendais le sol, la famille, c'était un tout ».

Il n'élude pas les injustices sociales qui ont alimenté la rébellion.

« Il existait des inégalités de fait entre les deux communautés. Les Européens avaient davantage de moyens pour acheter les terres et les cultiver. Les Musulmans étaient, eux, des éleveurs. Une disparité qui exigeait des réformes profondes. Elles n'ont jamais eu lieu… »

Au comité supérieur de l'OAS, Jean-Jacques Susini est chargé de la branche Action psychologique et propagande.

« Je prenais toutes les décisions politiques internes à l'organisation et je m'occupais de diffuser l'information. Beaucoup de Corses étaient acquis à notre cause, le capitaine Jean Ferrandi en tête, le bras droit de Salan ». C'est à 27 ans que Susini, qui aujourd'hui reçoit Corse Matin dans son appartement cossu du XVIIe à Paris, fait la connaissance à Madrid du général Raoul Salan avec qui il tisse des liens privilégiés. « Il méditait, même dans des moments dramatiques. On l'appelait le Mandarin. Lors de nos tête-à-tête, je ne lui cachais rien de nos difficultés. Il doutait, se demandait parfois si le jeu en valait la chandelle. Il avait du mal à s'adapter à une situation inimaginable pour un général cinq étoiles, mais en même temps une espérance l'habitait. C'était notre drapeau, notre référence, il était le seul à bien connaître DeGaulle ».

DeGaulle… Le 19 février 1966, Jean-Jacques Susini est condamné à mort pour l'attentat manqué du mont Faron.

Pourquoi avoir voulu tuer DeGaulle ?

« J'avais rejoint son parti, le RPF, j'ai pris le maquis de la résistance avec d'autres étudiants. Je me serais sacrifié pour lui. Il nous avait promis l'Algérie française. Il était responsable des multiples massacres qui se sont produits en Algérie après notre départ, de tous ces gens égorgés comme des lapins, mais aussi de l'exode de un million de nos compatriotes dans des conditions terribles ».

Le hasard de la vie l'associe, trente ans plus tard, au petit-fils Charles au sein du FN des Bouches-du-Rhône.

« Nous nous sommes cordialement ignorés. Je ne voulais pas lui raconter que son grand-père était un coquin ».

Les attentats et exécutions imputés à l'OAS auraient fait plus de 1 600 morts, mais les confessions de Jean-Jacques Susini ne vont pas jusqu'à admettre qu'il a du sang sur les mains.

« Je suis un combattant, certes, mais les actions de terrain, que je soutenais, n'entraient pas dans mes attributions ».

« J'ai tout sacrifié, mais j'ai eu une vie unique »

En 1962, tandis que le terrorisme de l'OAS et du FLN frappe aveuglément et que s'amorce l'exode des pieds-noirs, Jean-Jacques Susini tente en vain un compromis avec Abderrahmane Farès.

« La guerre est perdue. La mort dans l'âme, j'engage des négociations avec l'aile modérée du FLN pour obtenir des garanties en faveur des Européens qui décideraient de rester en Algérie. Un exode massif risquait d'appauvrir le pays, je me suis jeté dans la gueule du lion car c'était la dernière carte à jouer ».

Il n'est jamais retourné en Algérie.

« Souvent c'est vrai, j'ai eu la tentation d'y revenir mais j'ai résisté. Je n'avais pas envie de m'attrister et d'avoir des états d'âme inutilement ». Un pays qui, selon lui, n'aura pas son printemps arabe. « C'est un régime sérieux et dur qui n'est pas près de quitter le pouvoir comme ça… » Jean-Jacques Susini a tout sacrifié à sa cause et sa cause a tout sacrifié, sa liberté, sa vie de famille, sa carrière professionnelle dans la médecine.

« J'ai toujours essayé de prendre la vie du bon côté. En exil à Rome, j'ai été pris de passion pour les recherches archéologiques. En prison, j'ai étudié et j'ai lu, beaucoup. Quand on s'organise intellectuellement, on en oublie presque l'isolement et la privation de liberté. Lorsque j'ai connu la faim et le froid, j'ai pu bénéficier de l'aide d'un médecin et de son infirmière, tous deux communistes. Mon père me rendait visite parfois. Il souffrait d'autant plus pour moi qu'il ne partageait pas mes idées ».

En 1978, il achève ses études de médecine et entame une agrégation de sciences économiques. Il publie même un ouvrage sur l'inflation aux Presses universitaires de France. Mais recruté par un ami, il devient chef d'une entreprise d'hygiène et de gestion en sécurité. La Banque Mondiale fait partie de ses clients attitrés. Ainsi, celui qui avait commencé ses études à l'âge de trois ans avec sa grand-mère Thomasine pour professeur, n'entrera dans la vie active qu'à presque cinquante ans.

Mais il n'éprouve aucun regret.

« Une existence est faite de choix, et je n'ai peut-être pas fait toujours les bons. Mais des regrets sur des décisions fondamentales, je n'en ai aucun. Oui, j'ai tout sacrifié, mais j'ai eu une vie unique ».

Le vieil homme allume cigarette sur cigarette. L'échec de ses combats passés lui laisse un goût de cendres.

Il tripote, songeur, son courrier.

Une missive l'informe que des archives des services secrets suisses viennent d'être déclassées. Selon certains documents, il aurait été à l'époque utilisé par les Américains et Jacques Chevallier, alors ministre de la Défense, pour négocier avec le FLN la constitution d'un gouvernement pro-occidental.

Il affiche une moue dubitative.

« Lorsqu'on a en charge la propagande, on se laisse difficilement manipuler ».

Une autre lettre l'invite début juin dans le village de La Colle-sur-Loup où des anciens de l'OAS se réunissent.

« J'irai sans doute. Une forme d'entraide a perduré entre tous ceux qui ont défendu l'Algérie française ».

S'il ne s'est pas installé en Corse, c'est parce que son épouse Marie-Antoinette exerce toujours son métier d'avocate à Paris. Le retour n'est qu'estival sur la terre de ses ancêtres.

Jean-Jacques Susini n'a pas renoncé à écrire ses mémoires d'Algérie. Le tome I a été censuré. Les suivants ne le seront pas. L'histoire ne le rattrape pas. En réalité, elle ne l'a jamais lâché.




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Jean-Jacques Susini : l'ultime espoir de l'OAS restait la négociation directe avec le FLN

Ian Smith, le héros que n'a pas su opposer l'Algérie à l'infâme trahison de DeGaulle…


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Rapatriés ou exilés ?


Gaston Deferre : Que les Pieds-noirs aillent se faire voir ailleurs !


Le 26 juillet 1962, Gaston Deferre, maire de Marseille, accordait un entretien à Paris-Presse dit l’Intransigeant… Un entretien reflétant largement les sentiments des "veaux" qui avaient massivement répondu "oui" à la trahison de DeGaulle livrant l'Algérie au FLN :

"Il y a 15 000 habitants de trop actuellement à Marseille. C’est le nombre des rapatriés d’Algérie, qui pensent que le Grand Nord commence à Avignon.
- Et les enfants ?
- Pas question de les inscrire à l’école, car il n’y a déjà pas assez de place pour les petits Marseillais.
- Voyez-vous une solution aux problèmes des rapatriés à Marseille ?
- Oui, qu’ils quittent Marseille en vitesse ; qu’ils essaient de se réadapter ailleurs et tout ira pour le mieux." 

En séance à l’Assemblée nationale, Gaston Deferre invitera les Pieds-noirs à "aller se faire pendre" ! Le maire de Marseille n’est pas seul à ainsi traiter les rapatriés d'Algérie. Robert Boulin, ministre en charge des Rapatriés, longtemps ne verra en eux que "des vacanciers un peu pressés d’anticiper leurs congés". "Il n’y a pas d’exode, contrairement à ce que dit la presse." Plus tard, face aux évidences, Robert Boulin affirmera que "la plupart des repliés à Marseille ne tiennent pas à travailler".

En Conseil des ministres, Louis Joxe craint qu’ils "n’inoculent le fascisme en France" et suggère de les expédier "en Argentine, au Brésil ou en Australie".

Le Premier ministre, Georges Pompidou, a une autre illumination : "Pourquoi ne pas demander aux Affaires étrangères de proposer des immigrants aux pays d’Amérique du Sud ? – Non, rétorque méchamment ironique DeGaulle, plutôt en Nouvelle-Calédonie ou en Guyane, qui sont sous-peuplées, et où l’on demande des défricheurs et des pionniers."

Toujours et unanimement que du mépris. Dès le 4 mai 1962, en Conseil des ministres, DeGaulle avait donner le ton : "L’intérêt de la France a cessé de se confondre avec celui des Pieds-noirs". Selon ce même DeGaulle, le général Edmond Jouhaud "n’est pas un Français comme vous et moi. C’est un Pied-noir".

Alain Peyrefitte interviendra : "Le spectacle de ces rapatriés hagards, de ces enfants dont les yeux reflètent encore l’épouvante des violences auxquelles ils ont assisté, de ces vieilles personnes qui ont perdu leurs repères, de ces Harkis agglomérés sous des tentes, qui restent hébétés…" DeGaulle tranche : "N’essayez pas de m’apitoyer !"

À l’aéroport d’Orly, il est interdit aux Pieds-noirs d’emprunter les escaliers mécaniques parce que "leurs valises et leurs ballots volumineux représentent une gêne pour les voyageurs". Dans le centre de Marseille, on butte sur ces panneaux : "Les pieds-noirs à la mer !"

Les dockers sabotent les cadres de déménagement débarqués des cargos… les fracturent, les pillent, les jettent à l'eau…  Comme ils auraient aimé faire des Pieds-noirs eux-mêmes…  "Les pieds-noirs à la mer !",  nombreux furent les panneaux témoignant au centre de Marseille du rejet de ces rapatriés. Et pourtant personne, et surtout pas les principaux concernés, ne parlait encore d'exil

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Le Point : Un rapport des services secrets suisses indique que les États-Unis ont poussé l'OAS à négocier en juin 1962 avec le FLN.
Ian Hamel, Genève (18/03/2012)




En juin 1962, alors que tout est perdu pour l'Organisation armée secrète (OAS), Jean-Jacques Susini, le numéro deux, tente un coup de poker. Il entre en contact avec des modérés du Front de libération nationale (FLN) en l'Algérie, son ennemi mortel, afin de négocier des garanties pour les pieds-noirs qui ne quitteraient pas le pays. L'information est connue, Fernand Carréras y a même consacré un ouvrage en 1967, L'Accord FLN-OAS. En revanche, on ignorait que ce rapprochement avait peut-être été encouragé par les États-Unis.

Dans un document de cinq pages, datant du 2 juillet 1962, intitulé "L'intervention des services américains en Algérie", le colonel EMG Musy, chef de la section des renseignements, au service de l'état-major général suisse, affirme que les Américains, redoutant que l'Algérie indépendante ne tombe dans le giron de l'URSS, auraient poussé l'OAS à s'entendre avec l'aile modérée du FLN afin de favoriser à Alger l'instauration d'un régime pro-occidental.

Intervention d'agents de la CIA

Dans ce document secret, qui vient d'être déclassé aux archives fédérales à Berne, le colonel Musy affirme à propos des artisans de ce rapprochement OAS-FLN : "Ce sont les représentants des États-Unis à Alger, avant tout le consul général américain de cette ville, qui sont intervenus, bien entendu téléguidés par Washington, appuyés dans leur action par les agents de la CIA (Central Intelligence Agency) et nantis de fonds secrets importants."

Pour les services secrets suisses, traditionnellement très proches de leurs homologues américains, cette opération a été menée du côté de l'OAS par Jacques Chevallier - ancien maire d'Alger et ancien secrétaire d'État à la Défense -, Jean-Jacques Susini - le numéro deux de l'OAS - derrière le général Raoul Salan et le colonel Jean Gardes. Ce rapprochement, très éphémère, n'aura pas de suites. Les dirigeants historiques du FLN y étant totalement opposés.

Des appuis financiers

Jean-Jacques Susini serait "l'élément capital de l'action", selon les services suisses qui ajoutent : "Nous savons qu'il réside depuis plusieurs semaines au consulat général américain. Le consul lui avait du reste donné toutes les assurances pour son départ au cas où l'affaire ne réussirait pas. Fortement appuyé financièrement, Susini a eu de premiers contacts au début de juin."

Jean-Jacques Susini, que Lepoint.fr a rencontré cette semaine à son domicile parisien, a publié en février dernier un livre d'entretiens avec Bertrand Le Gendre, ancien journaliste du Monde, intitulé "Confessions du n° 2 de l'OAS". Il y évoque ses contacts avec le FLN, notamment avec Abderrahmane Farès, le président de l'exécutif provisoire, mis en place après les accords d'Évian.

Contacts politiques et financiers

Il y a effectivement eu des contacts avec les Américains. Toutefois, ce n'est pas moi qui m'en suis occupé, mais Jacques Chevallier, l'ancien maire d'Alger. Mais en aucune façon, je n'ai logé au consulat américain ni reçu directement des fonds de la part des États-Unis", assure le docteur Susini, aujourd'hui âgé de 78 ans.

En insistant sur ses liens avec Jacques Chevallier (ils avaient fréquenté à des époques différentes le collège Notre-Dame d'Afrique), l'ancien numéro deux de l'OAS donne la précision suivante : "Comme nous évoquions ensemble les appuis que nous pourrions recevoir de l'étranger, Jacques Chevalier m'a dit : Jean-Jacques, ne perdez pas votre temps. Les contacts avec les Américains, je les ai déjà. Ce sont des contacts étroits, au niveau politique comme au niveau financier." 

Une "Histoire de l'OAS"

En novembre 1963, Jean-Jacques Susini, alors réfugié en Italie, avait publié Histoire de l'OAS, immédiatement saisie par la justice. L'ancien leader étudiant d'Alger n'a pas complètement renoncé à l'idée d'écrire un autre tome de cette histoire sanglante.

Jacques Chevallier, qui avait réorganisé le contre-espionnage de la France libre aux États-Unis en 1944, a pris la nationalité algérienne après l'indépendance. Il est décédé en 1971.



Les cinq pages du document sur "L'intervention des services américains en Algérie" 1/5


Les cinq pages du document sur "L'intervention des services américains en Algérie" 2/5


Les cinq pages du document sur "L'intervention des services américains en Algérie" 3/5


Les cinq pages du document sur "L'intervention des services américains en Algérie" 4/5


Les cinq pages du document sur "L'intervention des services américains en Algérie" 5/5






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