Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux faits…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

mercredi 6 juillet 2022

Il y a 60 ans, les massacres d’Oran


Comme le disait Orwell, en France, tous les citoyens sont égaux, certains sont seulement plus égaux que les autres. On pourrait rajouter que certains ne sont pas égaux du tout. L’intervention du député RN et doyen de l’Assemblée José Gonzalez, député de Gardanne — la circonscription de feu Bernard Tapie — fut perçue par la presse financée par l’État (le Monde, Libération) comme une « nostalgie de l’Algérie française » alors qu’il ne faisait qu’honorer les siens. Il est vrai que quand on évoque les siens déplacés de force par la guerre, il vaut mieux s’appeler Borne. Enfin, Bornstein… Le 5 juillet 2022, le soixantième anniversaire des massacres d’Oran a été commémoré dans le silence quasiment total de la grande presse.

 



Ce jeudi 5 juillet 1962 ne paraissait pas devoir être, à Oran, une journée plus angoissante que les autres. Contrairement aux craintes, il ne s’était rien passé le jour du référendum le 1er juillet, ou celui du 3 quand sept katibas de l’ALN avaient défilé dans Oran. Le chef local de l’ALN, le capitaine Djelloul Nemmiche, alias « Bachir Bakhti », avait déclaré hypocritement aux Européens : « Vous pourrez vivre avec nous autant que vous voudrez et avec toutes les garanties accordées par le GPRA. L’ALN est présente à Oran. Pas question d’égorgements. Bien au contraire, nous vous garantissons une vie meilleure que celle que vous connaissiez auparavant ».

De plus, il avait assuré que les réjouissances algériennes ne déborderaient pas en ville européenne… L’Armée elle-même n’avait-elle pas diffusé du 25 au 27 juin des messages radiophoniques déclarant : « Oranais, Oranaises, n’écoutez pas ceux qui vous mentent (sous-entendu, l’OAS). L’Armée est ici et restera pendant trois ans pour vous protéger». Mais les fils du désert n’ont aucune parole quand la promesse est faite à des goïm/roumis/gadjé (rayer la mention inutile). Dès l’aube, le Village Nègre (quartiers arabes) se mit en mouvement et, contrairement à ce qui avait été promis, ce furent des milliers de musulmans qui déferlèrent vers la ville européenne, s’étourdissant dans les cris, les chants, les youyous des femmes. Certains avaient un couteau, un fusil, une hache ou un gourdin. Les plus avertis se barricadèrent et on essaya de prévenir par téléphone les amis et la famille de ses craintes. Face à la cathédrale, une musulmane, après avoir poussé une série de youyous stridents, accroche le drapeau fellouze sur l’épée de la statue de Jeanne d’Arc qui ornait la place du même nom et, juchée sur le socle, effectue la danse du ventre comme une vulgaire sénatrice américaine(1).

À 11h50, un silence inexpliqué alors que des responsables du FLN étaient là, semblant attendre un signe. Quatre coups de feu. C’était le signal. Plusieurs hommes partirent en courant dans toutes les directions, criant : « C’est l’OAS, c’est l’OAS qui nous tire dessus » entraînant par là-même la foule, ce rassemblement soi-disant pacifique, voyant soudain des hommes en armes qui tirèrent dans toutes les directions, notamment sur les sentinelles françaises en faction devant la mairie, le Château-Neuf (état-major de Katz) et l’hôtel Martinez qui hébergeait les officiers français. Après un moment d’hésitation, les soldats français ripostèrent à leur tour avant de se barricader.

Le récit du massacre transmis par des centaines de témoins prend sa place dans l’histoire aux côtés des tueries rouges espagnoles de 1936 ou du déferlement des troupes soviétiques en Allemagne, voire des troupes maghrébines tant en Italie en 1943 qu’en Allemagne en 1945.

Oran, seule grande ville d’Algérie à population européenne majoritaire et jusque-là relativement épargnée par les exactions des fellaghas, allait connaître le même réveil brutal que Dresde le 13 février 1945. Des centaines d’Européens seront enlevés. On égorge, on tue au revolver ou à la mitraillette,on pénètre dans les magasins et les appartements, on émasculera, on mutilera pour le plaisir, on arrachera les tripes des suppliciés, on remplira les ventres de terre et de pierraille, des têtes d’enfants éclateront contre les murs comme des noix, des hommes seront crucifiés, brûlés vifs ; des femmes seront violées, puis livrées à la prostitution. Au Village Nègre, les Européens encore vivants seront suspendus par le palais aux crochets d’abattoir.


D’ÉPOUVANTABLES SÉVICES

Très vite, les Européens qui ne s’attendaient pas à ce déferlement de violence furent pris en chasse. Heureux les morts, car le sort des disparus qui furent signalés par des témoins dans les mines de l’Algérie, dans des prisons sordides, dans des maisons closes et des bars à soldats, traités en esclaves ou torturés, fut pire (2). Le père Laparre de Saint-Sernin a témoigné dans Journal d’un prêtre en Algérie, dans lequel il relate avoir recueilli et soigné un malheureux Algérien frappé de terreur depuis qu’il avait, involontairement, assisté, au Petit Lac, à la décapitation à la hache d’un couple et de leur petit garçon d’environ cinq ans. Les appels au secours, les supplications et les prières à la Vierge de Santa Cruz de ce couple résonnaient encore aux oreilles de ce témoin. On est pris de frissons en lisant de telles monstruosités. Et surtout, ce dernier souvenir, ce père qui a raconté avoir retrouvé son fils de 18 ans pendu à un crochet de boucher aux abattoirs d’Oran, après avoir été torturé et égorgé.

Pendant ce temps, l’armée française se barricadait dans les postes de garde en position de surveillance. 18 000 soldats français — relevant de l’autorité du général Katz — attendent, l’arme à la bretelle, consignés dans leurs casernes. Un hélicoptère survola la ville. À son bord, le Général Joseph Katz essayait d’apprécier la situation. Le témoignage du pilote est accablant : « Nous survolons la ville, partout des gens qui fuyaient et des cortèges de bras en l’air, escortés par des ATO(3) ou des civils en armes. Nous avons survolé le Petit Lac, là aussi une foule compacte, bras en l’air, des gens qu’on faisait entrer dans l’eau et qu’on abattait froidement. J’ai hurlé : “Mon général, on abat des gens, je vois l’eau qui devient rouge de sang”. Le général m’a répondu : “Retour à la base”. » D’après le rapport des sentinelles, sur la place d’Armes, il y avait au moins vingt cadavres d’Européens affreusement mutilés. Quand ils apercevaient des véhicules de l’armée française, en proie à la terreur, ils tentaient d’y grimper, ils étaient la plupart du temps repoussés à coups de crosse. Un jeune appelé qui montait la garde dans une guérite d’une caserne oranaise vit venir à lui un groupe de Français affolés, hommes, femmes et enfants, tous terrorisés, qui le suppliaient d’ouvrir les grilles fermées. Il n’avait pas les clés. Il a appelé, supplié qu’on ouvre les grilles d’urgence… Mais déjà les tueurs avaient rejoint le groupe. Ces gens, hommes, femmes, enfants, ont été égorgés sous ses yeux, alors qu’ils s’agrippaient aux grilles fermées à double tour. Il n’a pas pu utiliser son fusil non chargé pour leur porter secours. L’ordre d’intervention fut donné aux gendarmes mobiles vers 14h30 seulement. Une heure plus tard, contre-ordre de rejoindre les casernes. Au cours du massacre, des militaires pris pour cibles désobéissent en ripostant, et « portent assistance à des civils en danger », notamment les marsouins de la 3e compagnie du 8e RIMa, le 2e Zouaves et surtout le lieutenant Rabah Khelif et sa 403e unité de force locale, seul officier français qui a eu le courage de désobéir aux ordres criminels de sa hiérarchie en se portant au secours de Français, sauvant des centaines de vies, ce qui lui valut d’être convoqué par le général Katz qui le fit sur-le-champ muter et rapatrier en métropole en lui disant : « Si vous n’étiez pas un Arabe, je vous casserais. »

Un jeune radioamateur a le réflexe de lancer des SOS au monde entier, via Saint-LysRadio, à la mi-journée. Y répondirent des navires de guerre américains, allemands, espagnols(4) stationnés en Méditerranée… Paris s’attendait à cette explosion de folie furieuse et avait ordonné à Katz « de ne pas bouger, de laisser faire », l’ordre de Paris, capté à la poste centrale vers 16 h 30, de faire cesser la tuerie, eut instantanément son effet. À 17 heures, la gendarmerie mobile, l’âme damnée du Général Katz, prenait enfin position, tout est consommé.

 

UN CRIMINEL GAULLISTE NOMMÉ KATZ

Pourquoi Katz n’a rien fait ? Une hypothèse qui en vaut une autre, celle d’un accord secret avec le colonel Houari Boumédiène, dont les troupes équipées de matériel flambant neuf stationnent à la frontière marocaine depuis 18 mois, avides de retourner en vainqueur au bled et bénéficiant dusoutien de DeGaulle. Accords d’Évian obligent, il doit attendre à Oujda les ordres de l’exécutif algérien, dont l’installation est prévue courant septembre à Alger. Cependant, comme le révéla ultérieurement la presse algérienne(5), dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 1962, Benyoucef Ben Khedda prit la décision de dénoncer publiquement les « activités criminelles de trois membres de l’ex-état-major général » et de dégrader le colonel Houari Boumédiène et les commandants Ali Mendjeli et Ahmed Kaïd. La raison de cette destitution était l’appel lancé au G.P.R.A. par le Comité inter Wilayas. Le limogeage par Ben Khedda des membres de l’État-Major Général provoqua l’implosion du gouvernement. Mohammed Khider remit sa démission, et craignant pour sa vie, Ben Bella quitta précipitamment Tunis pour Tripoli où il se désolidarisa du G.P.R.A. La démission de Khider et la prise de position de Ben Bella en faveur de l’État-Major Général enclenchèrent le processus dedestitution du gouvernement au profit du Groupe de Tlemcen (ou Clan d’Oujda) en formation. Houari Boumédiène obtient alors l’assurance que le Général Katz ne viendra pas contrarier ses plans et qu’il s’engage à contraindre ses 18 000 hommes présents dans le centre d’Oran à rester l’arme au pied en cas de problèmes. Cela dans le but de passer outre la déchéance prononcée par le G.P.R.A. Boumédiène envoie dans le même temps une équipe « d’hommes de mains » à Oran(6), prête à déclencher des désordres suffisamment importants pour justifier son entrée rapide en Algérie. Il fera ainsi la preuve que le G.P.R.A. est incapable de maîtriser une crise majeure et pourra s’emparer du pouvoir, mettant en avant « son ami Ben Bella »(7) Cela expliquerait les raisons pour lesquelles le Général Katz assiste impassible, depuis son hélicoptère, entre 13 heures et 14 heures, à la chasse et à l’assassinat de ses compatriotes. L’armée de Boumédiène roule pendant la nuit du 5 au 6 juillet, arrive et s’installe à Oran… dès le matin du 6 juillet 1962, pour ramener le “calme” dans la ville…

Personne ne pourrait croire, et les militaires encore moins, que l’on peut mettre en marche une armée de plusieurs milliers d’hommes et de véhicules au repos, sur un simple appel téléphonique, et la propulser dans ce temps record, à plus de 200 kilomètres de distance, malgré l’interdiction signée à Évian. Cette hypothèse qui a le mérite de la probabilité permet de répondre à bien des questions, notamment sur l’origine des coups de feu.

Reste maintenant à “gérer” : dans la ville arabe et au Petit Lac, une odeur fétide régnait. L’on pouvait voir les viscères des malheureuses victimes et, sur un mur, tracé d’une main maladroite, l’on pouvait lire : « Les boyaux des Français »… Et toujours cette liesse, et toujours ces cris « Mort aux Chrétiens »… Les jours suivants, les bulldozers du Génie, sur ordre du général Katz, iront vite enterrer et étouffer à la chaux vive un charnier devenu pestilentiel. Il le restera des années, les jours de forte chaleur. Katz poussera l’ignominie à donner comme bilan une centaine de morts, 25 Européens et 76 Algériens « tués par des éléments résiduels de l’OAS, ou par des Français qui tentaient de se défendre. D’autres ont été écrasés par les mouvements de foule, ou sont tombés sous les tirs de soldats français postés devant leur caserne, ou encore ont été exécutés sans sommation par les militants du FLN qui tentaient de sauver des Européens ». Le bilan réel fut de 3 000 morts. Quoi qu’il en soit, alerté par la présence éventuelle d’un charnier à la décharge de Petit-Lac, Katz enverra un officier de gendarmerie vérifier, puis déclarera que ce ne sont qu’« allégations invraisemblables ». Cette négation des crimes du FLN — dont il fut complice(8), ce qui lui valut une plainte avec constitution de partie civile et permettra l’instruction d’un procès pour complicité de génocide, qui sera éteinte par sa mort — sera poursuivie par ses soutiens français(9).

Côté FLN, lors d’une conférence de presse au collège Ardaillon le 10 juillet, Bakhti attribuait les massacres d’Européens à une bande de malfaiteurs et de dissidents, dirigée par un certain Mouedenne Attou. Version officielle : encerclés le 9 par deux bataillons de l’A.L.N., Attou avait été tué et deux cents dissidents arrêtés. Ils seraient jugés. Or Attou avait été éliminé par l’O.A.S. plusieurs semaines auparavant…

Hocine Aït-Ahmed, un des « chefs historiques du FLN », déclarait en juin 2005 : « Plus qu’un crime, une faute. Une faute terrible pour l’avenir politique, économique et même culturel, car notre chère patrie a perdu son identité sociale. N’oublions pas que les religions, les cultures juive et chrétienne se trouvaient en Afrique du Nord bien avant les Arabo-musulmans, eux aussi colonisateurs, aujourd’hui hégémonistes. Avec les Pieds-Noirs et leur dynamisme — je dis bien les Pieds-Noirs et non les Français —, l’Algérie serait aujourd’hui une grande puissance africaine, méditerranéenne. Hélas. Je reconnais que nous avons commis des erreurs politiques, stratégiques. Il y a eu envers les Pieds-Noirs des fautes inadmissibles, des crimes de guerre envers des civils innocents et dont l’Algérie devra répondre au même titre que la Turquie envers les Arméniens. ». Ces propos ne doivent pas faire oublier que le commissaire politique adjoint Areski, syndicaliste à l’UGTA et partie prenante dans le massacre de Melousa, promettait, qu’à l’appel à la djihad, les peuples musulmans déferleraient sur l’Afrique du Nord pour aider le FLN à chasser les Français ; on se partagerait ensuite les biens et les femmes de ceux-ci… Et ceux qui n’ont pas voulu l’Algérie française risquent fort de se réveiller un matin avec la France algérienne, le recul du monde blanc, européen et chrétien ne cessant partout de s’aggraver.

 

1. Tiara Mack, représentante afro-américaine du 6e district du Sénat de l’État du Rhode-Island (Providence) s’est ainsi illustrée sur les réseaux sociaux en postant une vidéo d’elle faisant le poirier en bikini tout en faisant tressauter son opulent postérieur. Agée de 28 ans, elle incarne « le renouveau » du Parti Démocrate. Donald John Trump peut reprendre des moules…

2. Comme en témoigne Geneviève de Ternant dans ses ouvrages.

3. Auxiliaires de l’armée nationale populaire.

4. Les 29 et 30 juin 1962, l’Espagne du général Franco vint au secours des Oranais en affrétant deux ferrys, le Victoria et le Virgen de Africa.

5. El Watan, 26 décembre 2006.

6. Curieusement, l’adjoint de Boumédiène, un certain “Abdelkader”, autrement dit Abdelaziz Bouteflika, était dans les salons du Grand Hôtel de la place de la Bastille à Oran…

7. Dont le ralliement à Boumédiène fut négocié par Bouteflika.

8. Allant jusqu’à convoler avec sa gouvernante algérienne Zohra Zenasni de 36 ans sa cadette.,

9. Notamment Pierre Daum qui dans Le Monde diplomatique du 14 février 2012, reprend les mensonges de Katz.

H.deF.
pour Rivarol n° 3528 daté du 20 juillet 2022


dimanche 3 juillet 2022

Hocine Aït Ahmed et Jean-Jacques Susini, deux Algériens d'exception…



« On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui l’a généré »
Albert Einstein



Hocine Aït Ahmed


« L'exode des Pieds-Noirs est une tragédie humaine… une faute terrible pour l'avenir politique, économique, et même culturel, car notre chère patrie a perdu son identité sociale… Les religions, les cultures juive et chrétienne se trouvaient en Afrique du Nord bien avant les arabo-musulmans, eux aussi colonisateurs, aujourd’hui hégémoniques. Avec les Européens et leur dynamisme - je dis bien les Pieds-Noirs et non les Français - l’Algérie serait aujourd’hui une grande puissance africaine, méditerranéenne. Hélas ! Je reconnais que nous avons commis des erreurs politiques, stratégiques. Il y a eu envers les Pieds-Noirs des fautes inadmissibles, des crimes de guerre envers des civils innocents et dont l’Algérie devra répondre au même titre que la Turquie envers les Arméniens. » Critique tenue par Hocine Aït Ahmed, ancien chef historique du FLN, dans Ensemble, revue éducative bimestrielle de l'Association culturelle d'Éducation populaire, n° 248 - juin 2005.


Hocine Aït Ahmed in "Ensemble, revue éducative bimestrielle de l'Association culturelle d'Éducation populaire", n° 248 - juin 2005


HOMMAGE A JEAN-JACQUES SUSINI !
L'ancien chef de la branche Action Psychologique et Propagande de l'OAS est décédé voilà cinq ans, le 3 juillet 2017. Le 26 novembre 1998 juste avant les bombardements de l'OTAN contre la Serbie et le Monténégro il participait à Marignane à une conférence d'Yves Bataille sur le Kossovo et affirmait alors qu'il avait encore envisagé de passer à l'action pour les Serbes avec un réseau d'amis compétent et aguerri ! Beaucoup de sottises ont été dites sur l'OAS dont des gens qui n'en faisaient pas partie se sont réclamés. La gauche liquidatrice de l'époque et la droite compradore ont dit pis que pendre d'une Organisation politico-militaire créée par des étudiants et des officiers. Tout simplement l'OAS a été le mouvement de résistance des Français d'Algérie face aux exactions du FLN algérien et à l'abandon par Paris de 1 400 000 compatriotes et des communautés arabes et kabyles fidèles à la France.



Jean-Jacques Susini a été aux premières loges du combat pour l'Algérie française…
Il se confie auprès de Corse Matin

Toute sa vie démontre qu'il n'a reculé devant rien. Son parcours de résistant dans le maquis, son engagement à la tête de l'OAS, l'Organisation armée secrète qu'il a créée avec le général Raoul Salan, l'attentat qu'il a fomenté contre DeGaulle à Toulon après la guerre d'Algérie, ses deux condamnations à mort par contumace, ses nombreuses années de prison et d'exil, en Espagne et en Italie, rien ne l'a ébranlé. Pourtant, c'est d'une voix émue, larmoyante presque, que Jean-Jacques Susini évoque le souvenir de Thomasine Palmieri, sa grand-mère maternelle, institutrice érudite qui l'a élevé et qu'il a surprise un jour pleurer en écoutant Mussolini à la radio.

« C'est sans doute la femme que j'ai le plus aimée au monde. Elle m'a tout appris. Avec elle, j'ai commencé mes études à l'âge de trois ans ». Son mari, Jean Palmieri, formé à l'École militaire de Joinville, « un grand patriote », a fait sa carrière dans les douanes. Voilà pour la branche généalogique cortenaise.

Son père, Antoine-Ange-Marie, natif de Loreto-di-Tallano, près de Sartène, et sa femme Philomène l'ont élevé à Alger. « Mon arrière grand-père, mêlé à une vendetta, avait quitté la Corse pour s'installer en Kabylie où il a créé une ferme. J'ai été élevé selon les vieux principes de la Corse, famille, travail, loyauté. Une éducation jésuite stricte dans un cocon familial généreux et autoritaire. J'étais parti à Strasbourg et Lyon faire mes études de médecine, mais je suis revenu en Algérie. Ma grand-mère était malade, je ne pouvais pas lui faire défaut »

L'insurrection algérienne de 1954 le bouleverse. Les barricades d'Alger en 1960 scellent son destin.  « Je n'avais pas le choix ».

Un ressentiment mortel à l'égard de DeGaulle

Le procès, la prison, un engagement pour l'Algérie française qui sera pour lui moins politique que charnel. « Je défendais le sol, la famille, c'était un tout ».

Il n'élude pas les injustices sociales qui ont alimenté la rébellion.

« Il existait des inégalités de fait entre les deux communautés. Les Européens avaient davantage de moyens pour acheter les terres et les cultiver. Les Musulmans étaient, eux, des éleveurs. Une disparité qui exigeait des réformes profondes. Elles n'ont jamais eu lieu… »

Au comité supérieur de l'OAS, Jean-Jacques Susini est chargé de la branche Action psychologique et propagande.

« Je prenais toutes les décisions politiques internes à l'organisation et je m'occupais de diffuser l'information. Beaucoup de Corses étaient acquis à notre cause, le capitaine Jean Ferrandi en tête, le bras droit de Salan ». C'est à 27 ans que Susini, qui aujourd'hui reçoit Corse Matin dans son appartement cossu du XVIIe à Paris, fait la connaissance à Madrid du général Raoul Salan avec qui il tisse des liens privilégiés. « Il méditait, même dans des moments dramatiques. On l'appelait le Mandarin. Lors de nos tête-à-tête, je ne lui cachais rien de nos difficultés. Il doutait, se demandait parfois si le jeu en valait la chandelle. Il avait du mal à s'adapter à une situation inimaginable pour un général cinq étoiles, mais en même temps une espérance l'habitait. C'était notre drapeau, notre référence, il était le seul à bien connaître DeGaulle ».

DeGaulle… Le 19 février 1966, Jean-Jacques Susini est condamné à mort pour l'attentat manqué du mont Faron.

Pourquoi avoir voulu tuer DeGaulle ?

« J'avais rejoint son parti, le RPF, j'ai pris le maquis de la résistance avec d'autres étudiants. Je me serais sacrifié pour lui. Il nous avait promis l'Algérie française. Il était responsable des multiples massacres qui se sont produits en Algérie après notre départ, de tous ces gens égorgés comme des lapins, mais aussi de l'exode de un million de nos compatriotes dans des conditions terribles ».

Le hasard de la vie l'associe, trente ans plus tard, au petit-fils Charles au sein du FN des Bouches-du-Rhône.

« Nous nous sommes cordialement ignorés. Je ne voulais pas lui raconter que son grand-père était un coquin ».

Les attentats et exécutions imputés à l'OAS auraient fait plus de 1 600 morts, mais les confessions de Jean-Jacques Susini ne vont pas jusqu'à admettre qu'il a du sang sur les mains.

« Je suis un combattant, certes, mais les actions de terrain, que je soutenais, n'entraient pas dans mes attributions ».

« J'ai tout sacrifié, mais j'ai eu une vie unique »

En 1962, tandis que le terrorisme de l'OAS et du FLN frappe aveuglément et que s'amorce l'exode des pieds-noirs, Jean-Jacques Susini tente en vain un compromis avec Abderrahmane Farès.

« La guerre est perdue. La mort dans l'âme, j'engage des négociations avec l'aile modérée du FLN pour obtenir des garanties en faveur des Européens qui décideraient de rester en Algérie. Un exode massif risquait d'appauvrir le pays, je me suis jeté dans la gueule du lion car c'était la dernière carte à jouer ».

Il n'est jamais retourné en Algérie.

« Souvent c'est vrai, j'ai eu la tentation d'y revenir mais j'ai résisté. Je n'avais pas envie de m'attrister et d'avoir des états d'âme inutilement ». Un pays qui, selon lui, n'aura pas son printemps arabe. « C'est un régime sérieux et dur qui n'est pas près de quitter le pouvoir comme ça… » Jean-Jacques Susini a tout sacrifié à sa cause et sa cause a tout sacrifié, sa liberté, sa vie de famille, sa carrière professionnelle dans la médecine.

« J'ai toujours essayé de prendre la vie du bon côté. En exil à Rome, j'ai été pris de passion pour les recherches archéologiques. En prison, j'ai étudié et j'ai lu, beaucoup. Quand on s'organise intellectuellement, on en oublie presque l'isolement et la privation de liberté. Lorsque j'ai connu la faim et le froid, j'ai pu bénéficier de l'aide d'un médecin et de son infirmière, tous deux communistes. Mon père me rendait visite parfois. Il souffrait d'autant plus pour moi qu'il ne partageait pas mes idées ».

En 1978, il achève ses études de médecine et entame une agrégation de sciences économiques. Il publie même un ouvrage sur l'inflation aux Presses universitaires de France. Mais recruté par un ami, il devient chef d'une entreprise d'hygiène et de gestion en sécurité. La Banque Mondiale fait partie de ses clients attitrés. Ainsi, celui qui avait commencé ses études à l'âge de trois ans avec sa grand-mère Thomasine pour professeur, n'entrera dans la vie active qu'à presque cinquante ans.

Mais il n'éprouve aucun regret.

« Une existence est faite de choix, et je n'ai peut-être pas fait toujours les bons. Mais des regrets sur des décisions fondamentales, je n'en ai aucun. Oui, j'ai tout sacrifié, mais j'ai eu une vie unique ».

Le vieil homme allume cigarette sur cigarette. L'échec de ses combats passés lui laisse un goût de cendres.

Il tripote, songeur, son courrier.

Une missive l'informe que des archives des services secrets suisses viennent d'être déclassées. Selon certains documents, il aurait été à l'époque utilisé par les Américains et Jacques Chevallier, alors ministre de la Défense, pour négocier avec le FLN la constitution d'un gouvernement pro-occidental.

Il affiche une moue dubitative.

« Lorsqu'on a en charge la propagande, on se laisse difficilement manipuler ».

Une autre lettre l'invite début juin dans le village de La Colle-sur-Loup où des anciens de l'OAS se réunissent.

« J'irai sans doute. Une forme d'entraide a perduré entre tous ceux qui ont défendu l'Algérie française ».

S'il ne s'est pas installé en Corse, c'est parce que son épouse Marie-Antoinette exerce toujours son métier d'avocate à Paris. Le retour n'est qu'estival sur la terre de ses ancêtres.

Jean-Jacques Susini n'a pas renoncé à écrire ses mémoires d'Algérie. Le tome I a été censuré. Les suivants ne le seront pas. L'histoire ne le rattrape pas. En réalité, elle ne l'a jamais lâché.




Jean-Jacques Susini : fondateur et théoricien de l'OAS

Jean-Jacques Susini : l'ultime espoir de l'OAS restait la négociation directe avec le FLN

Ian Smith, le héros que n'a pas su opposer l'Algérie à l'infâme trahison de DeGaulle…

Napoléon III et l'Émir Abd-el-Kader : d'un Royaume arabe aux parjures républicains, de Mac Mahon à DeGaulle


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Rapatriés ou exilés ?


Gaston Deferre : Que les Pieds-noirs aillent se faire voir ailleurs !


Le 26 juillet 1962, Gaston Deferre, maire de Marseille, accordait un entretien à Paris-Presse dit l’Intransigeant… Un entretien reflétant largement les sentiments des "veaux" qui avaient massivement répondu "oui" à la trahison de DeGaulle livrant l'Algérie au FLN :

"Il y a 15 000 habitants de trop actuellement à Marseille. C’est le nombre des rapatriés d’Algérie, qui pensent que le Grand Nord commence à Avignon.
- Et les enfants ?
- Pas question de les inscrire à l’école, car il n’y a déjà pas assez de place pour les petits Marseillais.
- Voyez-vous une solution aux problèmes des rapatriés à Marseille ?
- Oui, qu’ils quittent Marseille en vitesse ; qu’ils essaient de se réadapter ailleurs et tout ira pour le mieux." 

En séance à l’Assemblée nationale, Gaston Deferre invitera les Pieds-noirs à "aller se faire pendre" ! Le maire de Marseille n’est pas seul à ainsi traiter les rapatriés d'Algérie. Robert Boulin, ministre en charge des Rapatriés, longtemps ne verra en eux que "des vacanciers un peu pressés d’anticiper leurs congés". "Il n’y a pas d’exode, contrairement à ce que dit la presse." Plus tard, face aux évidences, Robert Boulin affirmera que "la plupart des repliés à Marseille ne tiennent pas à travailler".

En Conseil des ministres, Louis Joxe craint qu’ils "n’inoculent le fascisme en France" et suggère de les expédier "en Argentine, au Brésil ou en Australie".

Le Premier ministre, Georges Pompidou, a une autre illumination : "Pourquoi ne pas demander aux Affaires étrangères de proposer des immigrants aux pays d’Amérique du Sud ? – Non, rétorque méchamment ironique DeGaulle, plutôt en Nouvelle-Calédonie ou en Guyane, qui sont sous-peuplées, et où l’on demande des défricheurs et des pionniers."

Toujours et unanimement que du mépris. Dès le 4 mai 1962, en Conseil des ministres, DeGaulle avait donner le ton : "L’intérêt de la France a cessé de se confondre avec celui des Pieds-noirs". Selon ce même DeGaulle, le général Edmond Jouhaud "n’est pas un Français comme vous et moi. C’est un Pied-noir".

Alain Peyrefitte interviendra : "Le spectacle de ces rapatriés hagards, de ces enfants dont les yeux reflètent encore l’épouvante des violences auxquelles ils ont assisté, de ces vieilles personnes qui ont perdu leurs repères, de ces Harkis agglomérés sous des tentes, qui restent hébétés…" DeGaulle tranche : "N’essayez pas de m’apitoyer !"

À l’aéroport d’Orly, il est interdit aux Pieds-noirs d’emprunter les escaliers mécaniques parce que "leurs valises et leurs ballots volumineux représentent une gêne pour les voyageurs". Dans le centre de Marseille, on butte sur ces panneaux : "Les pieds-noirs à la mer !"

Les dockers sabotent les cadres de déménagement débarqués des cargos… les fracturent, les pillent, les jettent à l'eau…  Comme ils auraient aimé faire des Pieds-noirs eux-mêmes…  "Les pieds-noirs à la mer !",  nombreux furent les panneaux témoignant au centre de Marseille du rejet de ces rapatriés. Et pourtant personne, et surtout pas les principaux concernés, ne parlait encore d'exil

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La mort de J.J. Susini le 3 juillet 2017 nous a valu un déluge de commentaires dont la bassesse le dispute à l’abjection. Nous avons droit à l’inévitable : « dernier nostalgique de l’Algérie française » comme si nous avions affaire à un cas pathologique sorti du musée des horreurs où il côtoyait la femme à barbe ou le fœtus à tête de singe. Notre malheureux pays en est arrivé à un tel point de liquéfaction que l’insulte et la dérision pour les données, je n’ose dire les « valeurs », qui ont motivé des générations de Français, sont devenus la norme. Cela me remet en mémoire le « dandy rouge » Claude Cabane, qualifiant sur une radio de grande écoute au milieu d’un florilège de journalistes esbaudis, Hélie Denoix de Saint Marc, décoré aux Invalides peu avant sa mort, de « vieux débris des guerres coloniales ».

L’acide de l’enseignement marxiste que DeGaulle nous légua en 1946, avec quelques autres trouvailles comme la mainmise des communistes sur la SNCF, l’EDF, la presse parisienne et sa diffusion, a tellement rongé notre mémoire collective, je n’ose pas utiliser l’épithète « nationale » tant ce mot est honni, que l’histoire la plus basique est remise en question, jusqu’au plus haut sommet de l’État. Cracher sur notre passé devient la condition nécessaire pour y accéder.

Et ainsi, on voit les candidats susceptibles d’être élus, faire un pèlerinage obligé auprès des caciques du FLN et vomir en plein Alger (pourtant « capitale de la France Combattante » de 43 à 44, comme disait un fameux "général") sur les motivations, les buts, les sacrifices de ceux qui, de bonne foi car fidèles aux idéaux du pouvoir légal de l’époque et lui obéissant, ont porté le drapeau français sur les rivages d’AFN. Et, de surenchère en repentance, de courbettes en cirage de pompes, on en arrive au bouquet du « crime contre l’Humanité de la Conquête coloniale », au reniement absolu de 132 ans de notre passé. Nous savions certes, que le Chant des Africains était un chant « fétide, oui inexcusablement vulgaire » pour le Bénisafi BHL, que nous étions un « ramassis d’Espagnols, Maltais, Italiens et autres repris de justice tout juste bons à taper sur des casseroles » et accessoirement de reprendre Cassino derrière un fils de gendarme constantinois devenu maréchal de France pour permettre à son collègue de Saint Cyr, classé bien loin derrière, de descendre les Champs Élysées en août 1944 et de nous insulter 18 ans après ; nous savions que nous avions fait suer le burnous et roulé en Cadillac à l’instar du Mondovien Albert Camus dont le père tonnelier a eu la malencontreuse idée de mourir en 1914 à l’hôpital de Saint Brieuc, des suites de ses blessures, probablement en faisant le Zouave dans le premier régiment du même nom ; nous savions que nous étions des « Français entièrement à part » après avoir été sacrés, durant quelques mois, « Français à part entière ».

Mais nous n’avions encore rien vu, car nous apprenons, par exemple, que c’est nous qui avons nourri le terreau du djihadisme ; oui, c’est notre présence incongrue sur cette terre de haute civilisation qu’était le Maghreb en 1830, qui fait que la « métropole » se doit d’accueillir nos « frères » persécutés d’où qu’ils viennent.

Le « dernier nostalgique de l’Algérie française » vient de disparaître au grand soulagement des « petits français parfumés » comme nous qualifiait Nasser en se gaussant de nous quand nous évacuions Port Saïd, mais bientôt, nous serons les « derniers des Mohicans » face à l’invasion programmée depuis les fameux « Accords d’Évian » du génial imposteur, comme l’avait prédit Boumedienne.

Tout se paye un jour...



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Le Point : Un rapport des services secrets suisses indique que les États-Unis ont poussé l'OAS à négocier en juin 1962 avec le FLN.
Ian Hamel, Genève (18/03/2012)




En juin 1962, alors que tout est perdu pour l'Organisation armée secrète (OAS), Jean-Jacques Susini, le numéro deux, tente un coup de poker. Il entre en contact avec des modérés du Front de libération nationale (FLN) en l'Algérie, son ennemi mortel, afin de négocier des garanties pour les pieds-noirs qui ne quitteraient pas le pays. L'information est connue, Fernand Carréras y a même consacré un ouvrage en 1967, L'Accord FLN-OAS. En revanche, on ignorait que ce rapprochement avait peut-être été encouragé par les États-Unis.

Dans un document de cinq pages, datant du 2 juillet 1962, intitulé "L'intervention des services américains en Algérie", le colonel EMG Musy, chef de la section des renseignements, au service de l'état-major général suisse, affirme que les Américains, redoutant que l'Algérie indépendante ne tombe dans le giron de l'URSS, auraient poussé l'OAS à s'entendre avec l'aile modérée du FLN afin de favoriser à Alger l'instauration d'un régime pro-occidental.

Intervention d'agents de la CIA

Dans ce document secret, qui vient d'être déclassé aux archives fédérales à Berne, le colonel Musy affirme à propos des artisans de ce rapprochement OAS-FLN : "Ce sont les représentants des États-Unis à Alger, avant tout le consul général américain de cette ville, qui sont intervenus, bien entendu téléguidés par Washington, appuyés dans leur action par les agents de la CIA (Central Intelligence Agency) et nantis de fonds secrets importants."

Pour les services secrets suisses, traditionnellement très proches de leurs homologues américains, cette opération a été menée du côté de l'OAS par Jacques Chevallier - ancien maire d'Alger et ancien secrétaire d'État à la Défense -, Jean-Jacques Susini - le numéro deux de l'OAS - derrière le général Raoul Salan et le colonel Jean Gardes. Ce rapprochement, très éphémère, n'aura pas de suites. Les dirigeants historiques du FLN y étant totalement opposés.

Des appuis financiers

Jean-Jacques Susini serait "l'élément capital de l'action", selon les services suisses qui ajoutent : "Nous savons qu'il réside depuis plusieurs semaines au consulat général américain. Le consul lui avait du reste donné toutes les assurances pour son départ au cas où l'affaire ne réussirait pas. Fortement appuyé financièrement, Susini a eu de premiers contacts au début de juin."

Jean-Jacques Susini, que Lepoint.fr a rencontré cette semaine à son domicile parisien, a publié en février dernier un livre d'entretiens avec Bertrand Le Gendre, ancien journaliste du Monde, intitulé "Confessions du n° 2 de l'OAS". Il y évoque ses contacts avec le FLN, notamment avec Abderrahmane Farès, le président de l'exécutif provisoire, mis en place après les accords d'Évian.

Contacts politiques et financiers

Il y a effectivement eu des contacts avec les Américains. Toutefois, ce n'est pas moi qui m'en suis occupé, mais Jacques Chevallier, l'ancien maire d'Alger. Mais en aucune façon, je n'ai logé au consulat américain ni reçu directement des fonds de la part des États-Unis", assure le docteur Susini, aujourd'hui âgé de 78 ans.

En insistant sur ses liens avec Jacques Chevallier (ils avaient fréquenté à des époques différentes le collège Notre-Dame d'Afrique), l'ancien numéro deux de l'OAS donne la précision suivante : "Comme nous évoquions ensemble les appuis que nous pourrions recevoir de l'étranger, Jacques Chevalier m'a dit : Jean-Jacques, ne perdez pas votre temps. Les contacts avec les Américains, je les ai déjà. Ce sont des contacts étroits, au niveau politique comme au niveau financier." 

Une "Histoire de l'OAS"

En novembre 1963, Jean-Jacques Susini, alors réfugié en Italie, avait publié Histoire de l'OAS, immédiatement saisie par la justice. L'ancien leader étudiant d'Alger n'a pas complètement renoncé à l'idée d'écrire un autre tome de cette histoire sanglante.

Jacques Chevallier, qui avait réorganisé le contre-espionnage de la France libre aux États-Unis en 1944, a pris la nationalité algérienne après l'indépendance. Il est décédé en 1971.



Les cinq pages du document sur "L'intervention des services américains en Algérie" 1/5


Les cinq pages du document sur "L'intervention des services américains en Algérie" 2/5


Les cinq pages du document sur "L'intervention des services américains en Algérie" 3/5


Les cinq pages du document sur "L'intervention des services américains en Algérie" 4/5


Les cinq pages du document sur "L'intervention des services américains en Algérie" 5/5


Annexe : "L'intervention des services américains en Algérie"

mercredi 23 mars 2022

Entretien avec Erwan Castel, soldat volontaire servant au Donbass depuis février 2015…




Un entretien captivant, dense, d'une rare richesse… plus de trois heures et vingt minutes mais écouté en intégralité, en une seule séance… Erwan Castel s'interroge autant qu'il assume et présente le sens d'un combat qu'il situe dans le contexte géopolitique tant historique que présent des relations entre la Russie et le reste du monde, un contexte dans lequel le carrefour occupé par l'Ukraine actuelle a toujours été éminemment stratégique… Des faits, seulement des faits… quoiqu'un entretien également épicé de nombreuses réflexions à propos des acteurs politiques, leurs accointances,  leur culture, leur sens moral… sans oublier les peuples, trop souvent crédules et influençables… Un appel au sens commun populaire face aux a priori idéologiques… Bref, un document incontournable pour une meilleure compréhension des évènements présents… et à venir !          

Entretien depuis Donetsk
avec
Erwan Castel,
volontaire dans la Brigade internationale Piatnashka





Guy Boulianne nous invite à revoir un entretien en direct depuis la République Populaire de Donetsk avec le tireur d’élite Erwan Castel, volontaire dans la Brigade internationale Piatnashka. Cet entretien s'est tenu le dimanche 13 mars 2022 à 12 heures (Montréal) — 19 heures à Moscou, 17 heures à Paris — et a été diffusé simultanément sur les plateformes Youtube, Twitter, VKontakte. L’entretien est aussi disponible sur Internet Archive, Bitchute, Odysee, Rumble et UGEnet.

Guy Boulianne présente cet entretien avec l’assistance de François-René Milot, créateur et animateur de Zradio, un média alternatif de libre expression ayant pour mission d’analyser les enjeux médiatiques et géopolitiques qui se cachent derrière le brouillard de la guerre de l’information. Au cours de cet entretien ont été abordés différents sujets concernant le conflit qui se déroule actuellement en Ukraine : la situation militaire ; la russophobie et les médias-mensonge ; l’histoire du Donbass et de l’Ukraine ; l’expansion de l’OTAN ; la guerre du Donbass depuis 8 ans… et bien sûr l’engagement personnel de Erwan Castel.

Né le 6 juin 1963, Erwan Castel rêve d’une « Europe aux cents drapeaux » dont l’unité serait fondée sur le respect de ses peuples natifs et fondateurs et la reconnaissance de leurs identités dans une vision fédérale fondée sur les principes de subsidiarité et de démocratie participative. « Breton, polythéiste et européen », successivement officier parachutiste français, militant indépendantiste breton puis guide expédition en forêt amazonienne en Guyanne française, il a décidé de rejoindre la rébellion du Donbass s’opposant à l’opération militaire lancée contre sa population russe en 2014 par les putschistes du Maïdan.

Resté attentif à la tectonique géopolitique du monde, Erwan Castel, engagé depuis environ 25 ans dans un combat antimondialiste sans cesse plus affirmé, décide au moment du Maïdan de dénoncer la propagande de guerre occidentale sur les réseaux sociaux où il entreprend une ré-information des opinions. En juin 2014, il décide d’abandonner sa situation privée et professionnelle et de rejoindre le Donbass, ce qu’il réalisera en janvier 2015. Engagé début février 2015 dans l’armée de la République Populaire de Donetsk, il a servi sur les fronts de Debalsevo, Marinka, Dokuchaievsk et Donetsk avant de devenir volontaire en 2017 dans la Brigade internationale Piatnashka et servir sur le front de Yasinovataya en tant que tireur d’élite (sniper).

[Plus de trois heures d'entretien !… mais sa richesse fait qu'il mérite vraiment d'être écouté dans son intégralité]

mardi 15 mars 2022

Les grottes d'Ellora… où se côtoient bouddhistes, indous, jaïns



C'est le voyage de John Benjamin Seely, un jeune officier britannique qui a dévoilé au monde un ensemble de monuments les plus impressionnants et les plus fascinants d'Inde : les grottes d'Ellora, où ont été creusés des temples des trois grandes religions du sous-continent : l'hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme.
Au début du 19ème siècle, John B. Seely, un officier britannique cantonné à Bombay, a entendu parler des grottes d'Ellora, avec leurs magnifiques sculptures et peintures, et a décidé de les visiter. Seely était un jeune homme curieux et passionné par cette Inde si différente de son Angleterre natale. Ses supérieurs à Bombay ont essayé de le dissuader et l'ont averti des dangers qu'il courait, mais ils n'ont pas réussi à freiner son enthousiasme face à ce qu'il considérait comme l'aventure
Après plusieurs jours de voyage épuisant, ils sont arrivés à Poona, la capitale cosmopolite de la confédération Mahratta, un royaume indien indépendant. À Seroor, Seely a changé de garde et a acheté de nouveaux bœufs et un chameau, mais à Toka, il a eu de la fièvre et a dû se reposer plusieurs jours. En partie rétabli, Seely a traversé la jungle, et finalement, au loin, il a aperçu l'aiguille d'un temple. J'étais à Grishneshwar, une petite ville près d'Ellora.
Seely s'est rapidement dirigé vers Ellora, qui était à un kilomètre et demi. Quand il a finalement atteint son objectif, il a été extasié par ce qu'il a vu : « Il est totalement impossible de décrire les sentiments d'admiration et d'émerveillement suscités dans mon esprit en découvrant pour la première fois ces merveilleux vestiges… admirer les magnifiques bâtiments parmi lesquels les gens glanent."

Les grottes d'Ellora sont aujourd'hui un site du patrimoine mondial de l'UNESCO… Non loin d'Aurangabad, creusés en succession serrée dans la paroi d'une haute falaise basaltique répartie sur environ 2 km, trente-quatre monastères et temples ont été explorés sur plus d'une centaine contribuant à faire revivre une brillante civilisation ancienne dans une séquence ininterrompue de monuments datables entre les VIIe et XIe siècles. Avec ses sanctuaires consacrés au bouddhisme, à l'indouisme et au jaïnisme,  l'ensemble d'Ellora illustre l'esprit de tolérance caractéristique de l'Inde ancienne.

Sur l'ensemble exploré on recense 34 temples à Ellora : 12 grottes bouddhistes, 17 grottes indoues et cinq grottes jaïnes.

La plupart sont des grottes ouvertes sur la montagne, et seulement deux sont des temples isolés, aussi creusés dans la roche mais progressivement séparés jusqu'à en être pratiquement exemptés. L'un d'eux est le plus grand et le plus extraordinaire temple hindouiste d'Inde : le Kailashanta ou Kailash, qui signifie « montagne sacrée », la résidence de Shiva, dieu de la création et de la destruction.
Le temple colossal a été construit par le roi Krishna 1er au VIIIe siècle en un seul bloc monolithique, et creusé du sommet de la montagne vers le bas. De 30 mètres de haut, son entrée est flanquée par deux colonnes de 15 mètres chacune et tout le bâtiment est rempli de reliefs sculpturaux complexes.

Selon le site de l'UNESCO, l’activité d’excavation s’est déroulée en trois phases du VIe au XIIe siècle. Creusés dans le roc entre les Ve et VIIIe siècles, les premiers ouvrages (grottes 1-12) font écho à la philosophie du bouddhisme qui prévalait alors dans cette région. Les grottes du groupe brahmanique (grottes 13-29), dont le célèbre temple du Kailasa (grotte 16), ont été excavées entre les VIIe et Xe siècles. La dernière phase, entre les IXe et XIIe siècles, a vu l’excavation d’un ensemble de grottes (grottes 30–34) reflétant la philosophie jaïne.

Parmi les œuvres du groupe bouddhique, la grotte 10 (Visvakarma ou Sutar-ki-jhopari, dite grotte du Menuisier), la grotte 11 et la grotte 12 (Teen Tal ou monastère à trois niveaux, le plus grand de cette catégorie) sont particulièrement imposantes. Elles marquent l’évolution de la forme du bouddhisme vajrayana et représentent une multitude de divinités bouddhiques. Les principales grottes du groupe brahmanique sont la grotte 15 (Dasavatara ou grotte des Dix Incarnations), la grotte 16 (Kailasa, le plus grand temple monolithique), la grotte 21 (Ramesvara) et la grotte 29 (Dumar Lena). Parmi elles, la grotte 16 est un excellent exemple d’innovation structurelle qui marque l’apogée de l’architecture rupestre en Inde, caractérisée par une finesse d’exécution et des proportions impressionnantes. Le temple est orné de certaines des compositions sculpturales les plus exquises et audacieuses qui soient en Inde. La sculpture représentant Ravana qui tente de soulever le mont Kailasa, la demeure de Shiva, est particulièrement remarquable. Les traces de belles peintures de différentes époques sont préservées sur les plafonds du mandapa (salle hypostyle) dressé à l’entrée de ce temple. Les grottes du groupe jaïn (grottes 30-34) sont magnifiquement ornées de sculptures raffinées et délicates, mais aussi d’œuvres picturales dédiées à la secte Digambara. À travers leur art et leur architecture, les grottes d’Ellora servent de vitrine sur l’Inde ancienne dont elles illustrent les phénomènes socioculturels, la culture matérielle, la scène politique et les modes de vie.


 



Grottes bouddhistes (VIIe-VIIIe siècles) : 1 à 12
Grottes indoues (VIIIe-IXe siècles) : 13 à 29
Grottes jaïnes (IXe-XIe siècles) : 30 à 34




Grotte 5 : Grand monastère (vihāra)
Grotte 10 : Temple (cetiya)
Grotte 12 : Université tantrique
Grotte 16 : temple indou excavé du Kailasha
 
 
 
 






















































































































































































































































































































































































Unesco : Grottes d'Ellora

Monuments in Aurangabad : Ellora Caves


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L’œcuménisme des temples excavés d’Ellora