Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux faits…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

vendredi 9 juin 2017

Avec la Communauté syrienne de France, visite de la vieille ville d'Alep enfin libérée !




Avec notre guide et hôte Abdel Kaddour, devant la Mosquée des Omeyyades d'Alep


La Communauté Syrienne de France, forte de l'expérience de six précédents voyages de "Solidarité avec le peuple syrien" organisés depuis mars 2015 proposait en cette fin mars et début avril 2017 un nouveau voyage dans le cadre de son  projet "Solidarité Syrie". Le dynamisme de son animatrice, Rima, apte à saisir immédiatement toute opportunité a assuré à ce nouveau voyage offrant de nouvelles découvertes et rencontres un plein succès… Un voyage orienté vers de nouveaux sites… Ainsi les participants à ce septième voyage avec la Communauté Syrienne de France ont eu le privilège, après Alep-Ouest, de se rendre à Alep-est libérée et de séjourner tout près de l'ancienne ligne de démarcation entre les deux parties de la ville…

Programme intense… Aucune perte de temps… Dès le lendemain notre arrivée en Syrie, tôt le matin, notre groupe fort d'une douzaine de participants de la Communauté syrienne de France prend la route d'Alep pour une visite tant attendue d'Alep-est enfin libérée… Ainsi après Alep-ouest qui n'avait pu être découverte que lors de notre précédent voyage, nous visiterons sa partie précédemment occupée par les complices de l'Occident…
Après une première expérience en octobre dernier, le groupe quoique plus nombreux, a pu voyager avec la Communauté Syrienne de France,  en dehors de Damas et sur de longues distances,  en empruntant des transports en commun… Une solution proposée par notre organisatrice qui s'est révélée et la plus simple et la plus opportune… Voyage comme des Syriens ordinaires… par un des nombreux bus assurant régulièrement la liaison entre Damas et Alep… Chacun s'est allégé de ses bagages, gros sacs et valises ont été laissés en consigne à notre hôtel de Damas, reste le minimum nécessaire pour quelques jours…


En s'approchant d'Alep, l'un des nombreux villages traditionnels aux constructions telles qu'on les rencontrent plus au nord,
en Anatolie, dans l'une des plus anciennes cités, la ville de Harran 

Était ainsi offerte aux membres du groupe une occasion unique de contacts libres et proches de la population, celle des voyageurs, et à l'occasion des nombreuses haltes de contrôle, de détente, de restauration…

 *    *    *
Après une première nuit à Damas… tôt le matin, petit-déjeuner rapide, puis taxis vers la station de bus direction Alep. Malgré nos réels efforts pour partir tôt les premiers bus s'en sont déjà allés pleins… Nous devons alors attendre que notre bus de "traînards" ait accueilli suffisamment de passagers pour démarrer…  Vers la mi-parcours, peu avant Homs, halte-déjeuner… premier contact avec la restauration de route syrienne… Puis nous reprenons la route… Les contrôles sont toujours nombreux mais courtois quoique toujours sérieux… Au-delà de Homs, nous entrons dans des zones encore non totalement sécurisées… Le chemin emprunté doit contourner certains points peu sûrs… ce qui rallonge la durée du voyage mais nous permet de davantage profiter des paysages de la campagne syrienne et du temps passé en conversation avec nos compagnons de voyage syriens… Quelques kilomètres avant Alep dernière halte à Safira… Là, ceux du précédent voyage ont le plaisir d'être reconnus par les gens et les gosses du coin… Propos de bienvenue… échanges de photos entre connaissances…


Notre bus, à l'arrêt de Safira


Peu avant Alep, halte à Safira… Rite des photos de groupe en pays d'anciennes connaissances…

Notre hôtel, le Riga Palace…

Le Riga Palace, près de l'ancienne ligne de séparation de la ville d'Alep




Alep [photo Khaled Iskef]

Lors de notre visite d'Alep nous serons accompagnés par Abdel Kaddour, guide touristique francophone, manager de l'agence Halabia Travel and Tours et de l'hôtel de charme Dar Halabia. Khaled Iskef, journaliste à al-Mayadeen TV, s'est également joint à notre groupe. Qu'ils soient chaleureusement remerciés pour leur accueil et la passion avec laquelle ils nous ont présenté et fait découvrir leur cité meurtrie…

Bab al-Faraj, la porte de la Délivrance… de cette porte il ne reste plus que cette tour-horloge


Rue al-Mutanabbi





Mosquée des Omeyyades



Avec Abdel Kaddour, devant la Mosquée des Omeyyades d'Alep dans un environnement de ruines…



Mosquée des Omeyyades

La grande mosquée des Omeyyades est de fondation fort ancienne. Bâtie vers 715, par Sulaiman ben Abd-el-Malik, sur le parvis de la cathédrale chrétienne d'Alep, qui avait elle-même succédé à un temple païen… La mosquée des Omeyyades d'Alep rivalisait par sa beauté et ses ornements avec la mosquée des Omeyyades de Damas… 












Khan el-Wazir
L'un des plus beaux et plus vastes khans construits à Alep au XVIe siècle… avec son entrée monumentale en placage noir et blanc… Au centre de la cour du khan une mosquée désaffectée…

L'entrée du Khan al-Wazir

















Vers le Khan Khayer Bek
Près du khan el-Wazir, quartier Hatem, le khan Khayer Bek, construit par le dernier gouverneur mamelouk à Alep, celui qui a trahi son maître le sultan Qansou-el-Ghori, au profit du sultan ottoman Selim 1er…
"Fut fait sur l'ordre de son Éminence, généreuse et haute Khayer Bek el-Achrafi, gouverneur de la royauté d'Alep la bien gardée - que Dieu glorifie ses victoires - au mois de Rabi I de l'année 920 (1514)"

La Citadelle d'Alep

La Citadelle










Dans les souks d'Alep











L'occupation d'Alep peut être présentée comme une vaste entreprise de pillage voulue et programmée par la Turquie… Les biens à piller avaient préalablement été systématiquement répertoriés, leur vol et leur acheminement vers la Turquie minutieusement contrôlés et planifiés par les autorités turques… Ce pillage a concerné d'abord le potentiel productif d'Alep, le démontage et le transfert en Turquie de l'équipement des usines, notamment les usines textiles… Mais ce pillage a tout autant concerné les objets et œuvres d'art des collections du musée, des églises, mosquées, médersas, khans et autres lieux empreints des marques d'un passé pluriséculaire… N'y ont pas échappé les immenses richesses abritées dans les échoppes des anciens souks traditionnels d'Alep… Ici totalement dévastés après leur pillage… 







Dar Halabia, chez notre ami Addel Kaddour

Dar al-Halabia




L'hôtel Dar Halabia… beauté de l'architecture d'une ancienne maison arabe datant du 18ème siècle…  refuge paisible au cœur des vieux souks d'Alep remontant aux 14ème et 15ème siècles, près de l'une des portes les plus anciennes d'Alep : Bab Antakia, à seulement 50 mètres de la rue principale du souk qui s'étend sur un kilomètre de Bab Antakia jusqu'à la citadelle d'Alep. Malgré les ruines comment ne pas sentir le plaisir ancien d'une promenade de Bab Antakia à Dar Halabia à travers le vieux souk ?  L'hôtel Dar Halabia comprend de nombreuses chambres, toutes donnant sur une cour ouverte qui permet au soleil de se faufiler en toute saison par les fenêtres de chaque. Après avoir résidé cette maison trois ans durant, Abdel Kaddour l'a transformée en un hôtel offrant un accueil aux visiteurs du monde entier dans le charme et la tranquillité dont jouissaient jadis ses ancêtres. 









Abdel Kaddour et Khaled Iskef reçoivent la Communauté syrienne de France à Dar Halabia


Suite de notre visite matinale…

La mosquée al-Touté ou  Chouaïbya


مسجد الأتراس او كما يسمى اليوم مسجد الشعيبية
Près de Bab Antakia, non loin de Dar Halabia, une jolie petite mosquée et madrassa, la mosquée du Mûrier ou mosquée Chouaïbya du nom de Chouaïb qui y professa et prêcha… C'est la plus vieille mosquée d'Alep, construite vers le milieu du VIIe siècle. Elle fut appelée mosquée des Boucliers en raison de l'entassement des boucliers de l'armée musulmane mors de son entrée à Alep par la porte d'Antioche en l'an 16 de l'Hégire (637).
L'armée musulmane à peine entrée à Alep bénit ce lieu qui était un arc de Triomphe marquant l'entrée de la Via Recta de la ville qui aboutissait à l'Acropole, la Citadelle actuelle… 


مسجد الأتراس او كما يسمى اليوم مسجد الشعيبية






مسجد الأتراس او كما يسمى اليوم مسجد الشعيبية


مسجد الأتراس او كما يسمى اليوم مسجد الشعيبية


Au delà de Bab Antakia… rue Kallasseh











La vieille ville d'Alep : itinéraire proposé par Soubhi Saouaf,
ex-attaché technique supérieur au Service des Antiquités et Musées,
conseiller technique de la Société archéologique d'Alep,
Croix d'Honneur "Cavaliere d'Italia"
dans son ouvrage "Alep , son histoire, sa citadelle, ses monuments antiques et son musée",
imprimerie Georges et Mathilde Salem, Alep.


Aleppo Citadel Restauration (1986 - 2008)

Carnet de route d'un voyage en Syrie : Alep (2 octobre 2010)

Une visite du site de Jean Dif et de ses photos datant d'octobre 2010 vous permettra de vous rendre compte de la splendeur d'Alep et de sa vieille ville avant l'agression subie avec la complicité active de l'Occident.



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Balade dans les rues d'Alep avec Khaled Iskef











20 photos of the same places, before and after the Syrian war of the city of Aleppo



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Iconem : Posts tagged Syria
Iconem : Notre mission

Why were the Knights Templar so Interested in Harran, One of the Oldest Cities in the World?





mercredi 12 avril 2017

Robert Boissières... martyr de l'Algérie française


Faire-part édité et diffusé clandestinement par l’Association générale des étudiants d'Alger (AGEA) :

(Maquette réalisée par Josseline Revel-Mouroz et Hélène Mattéi - AGEA)

"Un matin, en arrivant à l'AGEA, j'apprends qu'il n'est pas rentré chez lui la veille. Tout le monde se met à sa recherche et, je ne sais plus comment, quelqu'un nous dit qu'il était… au cimetière de Saint-Eugène ! Je suis partie en voiture avec je ne sais plus qui et, à Saint-Eugène, nous l'avons vu, nu, les yeux ouverts, dans une caisse en bois blanc. Il y a des moments où je me demande si je n'ai pas rêvé… Je me souviens aussi très bien que son frère, détenu, n'a pas eu l'autorisation d'assister à son enterrement."

 
Robert Boissières, 20 ans
(photo prise peu avant son assassinat)
Robert Boissières, né le 11 février 1942 à Toulousea été odieusement assassiné à vingt ans devant le domicile de ses parents le jeudi 12 avril 1962 à Alger par une bande d'aviateurs de l'armée française en vadrouille.  Troufions éméchés fervents degaullistes quillards de l'Appel à la capitulation du 19-Mars… Agression gratuite, lâche, imbécile, criminelle. Geste de Français ordinaires…

Aspects de la France, jeudi 19 avril 1962 

Nouvelles d’Alger 
(Copie intégrale d’un article non signé publié par Aspects de la France, le jeudi 19 avril 1962. L’original de cette coupure de journal m’a suivi jusque dans mon exil asiatique.)
Le 12 avril 1962, vers 23 heures, un peu avant le couvre-feu, un jeune Français de 20 ans, étudiant en 1ère année de Droit, Robert Boissières, a été tué par les « forces de l’ordre », une patrouille de gendarmerie de l’Air, près du Rectorat, route du Golf à Alger.
Il venait, avec quatre camarades, dont son frère, âgé de 18 ans, d’apposer des inscriptions "O.A.S." dans le quartier.
Ils rentraient chez eux lorsque, entendant une voiture militaire, ils se cachèrent dans le rebord du talus, parmi les herbes. C’est là que sans sommation aucune, Robert Boissières fut exécuté d’une rafale de mitraillette, tandis que son camarade, Jean Zonza, 21 ans, étudiant en Médecine, était grièvement blessé.
Le quartier fut mis en émoi par cette rafale et en particulier les parents de Robert qui habitent au Clair Logis des P.T.T. Son père, inquiet, descendit immédiatement sur les lieux du drame. Il rencontra un militaire qui lui annonça froidement qu’il venait de « fusiller » un jeune, en même temps qu’il lui tendait la carte d’identité de sa victime. Douleur du pauvre père lorsqu’il reconnut que c’était celle de son fils.
Les Agences de Presse ont donné différentes versions, des versions fausses surtout. On a prétendu qu’un coup de feu avait été tiré. C’est faux. Ces garçons n’étaient pas armés. Mais on use du mensonge pour essayer d’excuser un acte odieux…
Les obsèques de la jeune victime ont été célébrées ce matin, lundi 16 avril, à 9 heures, à la "sauvette". On avait interdit tous faire-part et communiqués dans les journaux. On craignait l’affluence… J’y suis allé avec mes enfants et deux camarades de Robert Boissières.
Malgré toutes les précautions prises par les autorités, il y avait plus d’un millier de personnes à suivre ce malheureux convoi de quelques mètres dans le cimetière de Saint-Eugène, entre la morgue et le dépositoire. Mais obsèques émouvantes, bouleversantes dans leur simplicité, dans leur clandestinité. Foule digne, très impressionnée… Les martyrs de la foi en ont eu d’identiques, et de telles morts, de telles obsèques ne peuvent qu’affermir une religion ou un idéal…
Le jeune frère de Robert, retenu à l’école de police d’Hussein Dey, n’a pas été autorisé à rendre ce dernier hommage… Quelle tristesse.
Ce n’est pas avec de tels assassinats, de tels procédés pour essayer d’étouffer nos sentiments qu’on parviendra à l’apaisement d’une population française de plus en plus survoltée.
Après cette pénible cérémonie, je suis allé ensuite, seul, me recueillir sur les lieux du drame. À l’endroit où est tombé ce pauvre enfant : des bouquets de fleurs, quelques-uns avec ruban tricolore et contre le tronc d’un arbre mort trois lettres sont épinglées : celle d’une mère bouleversée, et deux autres écrites par des camarades de la victime. Lettres qui crient une indignation bien légitime…

Le rédacteur, sous la menace de la censure et de la saisie du journal, malgré son émotion, reste très réservé. Il ne précise pas que la caserne de ces aviateurs jouxte l’immeuble du Clair Logis des P.T.T. Il ne s’interroge pas sur ce que faisaient réellement à cette heure hors de leur base ces aviateurs ? Retour de beuverie ? Ce qui est avéré est que le militaire assassin qui proclama froidement qu’il venait de « fusiller » un jeune, ses acolytes et toute la troupe, jusqu’à tard dans la nuit, fêtèrent ce haut fait de guerre sous les fenêtres des familles des victimes. De plus, nous ne pouvons manquer de nous interroger sur la sanction de cet acte de bravoure. L’assassin et ses complices furent-ils par la suite décorés ? La haine degaulliste n’exclut rien. 

Depuis, en France, sur le territoire français métropolitain, partout, chacun risque de croiser l’un de ces ivrognes. Pourquoi ne serait-ce pas celui-ci ? Pourquoi pas celui-là ? De toute façon par leurs votes successifs, et d’abord celui en faveur de l’abandon de l’Algérie, les Français ont sans cesse réaffirmé leur complicité avec ces assassins… Décidément, ce pays m’est définitivement infréquentable… À présent, mon vœu le plus cher reste de n'avoir jamais à vivre dans ce pays d’infâmes, la France,… ni d'y crever,… ni que mes cendres y soient  souillées.

Alex Nicol dans « La Bataille de l’OAS » publié dès novembre 1962 (Les Sept Couleurs) donnera une version qui rejoint celle d’Aspects de la France, et  confirme (pages 129-130) : « Jamais on n’a fait état de l’ouverture d’une enquête quelconque ni de sanctions prises contre ces militaires pour le moins nerveux sur la gâchette… »

Une version tout aussi horrible de ces faits est rapportée par Francine Dessaigne dans son « Journal d'une mère de famille pied-noir » : 

Vendredi 13 avril 1962. … Le journal d'hier nous apprend la mort de Robert Boissières, dix-neuf ans. Jeudi soir, il dînait en compagnie de son frère aîné chez la fiancée de ce dernier. Vers 11 heures ils rentrent à pied dans le quartier de la Redoute. Un groupe de jeunes gens court sur la chaussée suivi de près par une patouille de métropolitains. Les Boissières s'arrêtent. Les jeunes gens prennent une petite rue et disparaissent dans la nuit. La patrouille revient sur ses pas et retrouve les deux frères. Bruit de culasse, les jeunes gens s'aplatissent sur le trottoir. Les soldats s'approchent et, presque à bout portant, tirent deux balles dans la tête de Robert et une rafale sur son frère. Robert Boissières est mort hier matin; son frère exsangue est dans un état grave. C'est ce que raconte à mon mari un de leurs cousins…

Les divergences entre ces versions des circonstances d’un même assassinat témoignent de l’extrême tension qui régnait alors à Alger et de l’intolérable pression exercée par les séides du pouvoir métropolitain d’alors désormais allié inconditionnel du FLN, tant dans le crime que dans la propagande et la manipulation de l’information. Ce même jour, ce 12 avril 1962, le général Edmond Jouhaud, arrêté à Oran peu avant, est condamné à mort. Le vendredi suivant, le 20 avril, le général Raoul Salan devait être lui aussi arrêté…

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Le 10 octobre 1984 Robert a quitté Terre-Cabade. Il repose désormais au nouveau cimetière de Cugnaux, dans la proche banlieue de Toulouse.








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Instants de bonheur à l'AGEA…  Robert : le seul civil

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Le 5 juillet 2003, en présence de plus de 1500 personnes unies dans un profond recueillement, était inaugurée, au centre du cimetière du Haut-Vernet à Perpignan, une stèle en l'honneur de 104 des "fusillés et combattants  tombés pour que vive l'Algérie française". 

Inauguration de la stèle aux "Martyrs tombés pour l'Algérie française", fin de cérémonie : appel personnel de chacun des 104 Martyrs
"Aux fusillés, aux combattants tombés pour que vive l'Algérie française",
cimetière du Haut-Vernet, Perpignan


"Aux fusillés, aux combattants tombés pour que vive l'Algérie française"… 
104 martyrs auprès des fusillés  Jean Bastien Thiry, Roger Degueldre, Albert Dovecar, Claude Piegts,
 cimetière du Haut-Vernet, Perpignan


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La Cavalcade a été composée en 1963 par Jean De Brem en l'honneur du lieutenant-colonel Jean-Marie Bastien-Thiry responsable de l'attentat du Petit Clamart visant le DeGaulle et fusillé le 11 mars 1963. L'air est celui du chant allemand "Ich hatt' ein Kamerade" en français "J'avais un camarade".

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À Robert Boissières  cette page est dédiée. Qu'elle appartienne  à chacun de ceux qui se souviennent de Robert, à tous ses amis… Qu'ils y déposent témoignages, photos,  documents… et que de Robert vive le souvenir… 



dimanche 12 mars 2017

Face à la dictature de la bien-pensance, Oscar Wilde a toujours raison…


"Je ne connais que la civilisation ou la barbarie,
et je suis du côté de la civilisation."

"Tu es le souverain, vis seul."
Alexandre Sergueïevitch Pouchkine

Relire Oscar Wilde est toujours un bonheur… Son Portrait de Dorian Gray demeure une œuvre initiatique majeure. Une de ces œuvres que tout adolescent aura découvert avec une intense émotion et dont il sera ressorti à jamais armé face aux aléas d'une vie férocement futile… Son regard posé sur le monde désormais sera affranchi des illusions castratrices des propagandes et manigances des fantoches qui prétendent le formater… L'imprégnation de cette œuvre initiatique, plus tard, sera relayée et confortée par la lecture de Louis-Ferdinand Céline… Oscar Wilde et Louis-Ferdinand Céline sont de ces très rares auteurs - les seuls ? - qui ont toujours raison face à une société frelatée… Quiconque se sera abreuvé à leur fréquentation restera invulnérable… Nul ne pourra l'atteindre dans sa liberté de regarder, d'estimer, de penser…
Oscar Wilde et Louis-Ferdinand Céline, en débit de tout ce qui les oppose, sont de ceux qui façonnent, éclairent, interrogent, assurent, confortent, consolent, amusent, enchantent, émerveillent… libèrent. De ceux dont la fréquentation jamais ne se lassera…
Avec eux, oublions les inutiles bavards… nullards, jobards, piaillards, bravards, pontifiards, tocards, connards, bâtards, cafards, politicards, laïcards, dreyfusards… et parmi ceux-là les pires de tous, ceux de la secte des geignards pleurnichards craignant Dieu…
C'est avec grand bonheur que se découvre un écrit intelligent à propos de l'un ou l'autre de ces maîtres de vie… Xavier Darcos - oublions le politique - avec son "Oscar a toujours raison" permet à Oscar Wilde de vivre et s'exprimer pour nous… Un rappel juste et bienvenu de l'œuvre d'Oscar Wilde, de sa vie… à un moment où notre jeunesse est agressée par l'indécence pornographique, l'indécence de l'exhibitionnisme outé et outré homosexuel, l'indécence d'escapades scootérisées faussement clandestines hors de palais squatterisés de la Raie-publique…



Oscar Wilde, le génie brumeux

— « Êtes vous conservateur ou libéral, monsieur Wilde ? »
— « Ces choses-là ne m’intéressent pas. Je ne connais que la civilisation ou la barbarie, et je suis du côté de la civilisation. »
[Première conférence de presse d'Oscar Wilde à New York, en 1882]

Portrait d'Oscar Wilde (1882) par Lausanne Napoléon Sarony (1821-1896)


Oscar a toujours raison, nous dit Xavier Darcos. L’ancien ministre de l’Éducation nationale, élu à l’Académie française en 2013, pose le regard du poète irlandais sur notre époque, moralisatrice et transparente. WILDE NOUS PARLE à travers un écran de fumée. De lui, nous retenons le dandy par excellence, désinvolte et vaniteux, glissant ses bons mots dans les conversations des salons victoriens et s’entourant des plus grands de son époque. Sa superficialité de façade, ses accoutrements excentriques et son anti-utilitarisme laissent de lui l’image d’un hédoniste cultivant le mystère.

Xavier Darcos montre que derrière ce personnage façonné par Wilde se cache une pensée complexe et cohérente. L’ancien ministre s’inscrit dans la lignée de Luis Borges, cité au début de l’ouvrage : « En lisant et relisant Oscar Wilde au cours des années, je me suis aperçu de quelque chose qui semble avoir échappé à tous ses admirateurs : Wilde a toujours raison ». [Jorge Luis Borges, Enquêtes, 1952]

Xavier Darcos cherche dans la brume le fil rouge de la pensée wildienne. Le livre n’est pas une biographie, ni un roman, forme qui rend sans doute le mieux compte du génie d’Oscar Wilde [voir Les Aventures d’Oscar Wilde par Gyles Brandreth, où l’œil du poète irlandais devient celui d’un détective]. L’auteur, docteur ès lettres et longtemps professeur de littérature, fait « gloser » Wilde sur « le spectacle de (notre) monde », « comme s’il était là parmi nous ». Si le livre tourne parfois à l’explication de textes appuyée de (trop ?) nombreuses citations et compte quelques redondances, il éclaire brillamment la pensée d’Oscar Wilde.

Un provocateur et un individualiste authentique

Xavier Darcos, dans un ouvrage consacré à Tacite, disait déjà tout le mal qu’il pensait de l’« Empire du bien », cet univers de conformisme et d’indignation moralisatrice. Oscar Wilde, à l’inverse des Torquemada médiatiques, cultive le cynisme, la provocation et un individualisme « vautré dans le monde » qui a peu à voir avec le tout-à-l’égo moderne raillé par Régis Debray.

Le drame de notre époque, nous disent en chœur Xavier Darcos et Oscar Wilde, est qu’elle se prend trop au sérieux. Le second degré est devenu intolérable dès lors qu’il s’attaque aux vaches sacrées du progressisme (multiculturalisme, néo féminisme, européisme). C’est l’infantilisation générale : « le drame de la jeunesse, ce n’est pas qu’on se fait vieux, c’est qu’on reste jeune » avait prévenu Oscar Wilde. Et de cette régression le marché se frotte les mains : « Les gens connaissent le prix de tout et la valeur de rien ».

Wilde ne joue pas au donneur de leçon. Darcos non plus. L’auteur nous montre un moraliste, pas un moralisateur. Car Wilde se refuse à une simplification abusive, à une vision binaire bourreau-victime si prisée des médias. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles il n’aime pas l’« ignorance malsaine » et le « manque cruel d’imagination » des journalistes et des universitaires. Il met sur le même plan « ceux qui savent absolument tout » et « ceux qui ne savent absolument rien ».

À cette conception de la vérité, Wilde oppose la sienne. Le vrai ne se donne à voir qu’à travers les masques. Il faut enfumer pour révéler. Son art du paradoxe, qu’il maîtrise à la perfection dans la lignée des présocratiques, est ici fondamental. Darcos rappelle cette pensée de Wilde : « L’harmonie du corps et de l’âme, quel rêve !Nous, dans notre aveuglement, nous avons séparé ces deux choses et avons inventé un réalisme qui est vulgaire, une idéalité qui est vide ». Le rêve et les sens, l’artifice et la vérité, la beauté et l’illusion, sont inséparables les uns des autres.

Faire de sa vie une œuvre d’art

À travers Oscar Wilde, Xavier Darcos nous parle aussi de la transcendance. C’est elle qui permet d’échapper aux sirènes du nihilisme. Wilde sacrifie tout à l’Art. Il a fait de sa vie un tableau tragique, refusant les échappatoires pour « aller au bout de sa vérité » comme il l’écrit dans le Portrait de Dorian Gray. L’hédoniste Oscar Wilde, paradoxalement là encore, est mort pour son idéal de l’Art antique. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’écriture du Portrait de Dorian Gray et de Salomé, « les seules (œuvres) auxquelles Wilde attachât de l’importance », selon Pascal Acquien, « fut chose laborieuse ».

L’Art pour Oscar Wilde est au dessus de tout. Il est une mise en danger et l’expression de la Vérité, bien qu’il porte le masque du mensonge. « La nature imite l’art » affirme-t-il. Les artifices de Wilde, ne relèvent donc pas seulement du jeu, ou du non-sense mais d’une recherche permanente de la Vérité. « Tout esprit profond avance masqué » disait Nietzsche.

La Vérité dans la brume

L’artiste Oscar Wilde a ses excès et ses extravagances. Mais y-a-t-il un génie sans excès ? Il nous regarde avec son sourire amusé. Toujours improbable et imprévisible : « Je vis dans la terreur de ne pas être incompris ». Xavier Darcos donne à comprendre sa pensée sans chasser le mystère et le charme du poète. Wilde reste brumeux, et c’est tant mieux.

Source :Laurent Ottavi pour LibertéPolitique.com


Oscar Wilde fasciné par le catholicisme…

On connaissait la passion de Xavier Darcos, président de l’Institut et plusieurs fois ministre, pour la culture antique et les auteurs français du XIXe siècle. On découvre, dans son nouveau livre "Oscar a toujours raison", qu’il est aussi un fin connaisseur d’Oscar Wilde…


Portrait d'Oscar Wilde (1882) par Lausanne Napoléon Sarony (1821-1896)

Liberté politique Gide rapporte cette confession de Wilde : « Voulez-vous savoir le grand drame de ma vie ? C’est que j’ai mis mon génie dans ma vie ; je n’ai mis que mon talent dans les œuvres. » En quoi l’œuvre de Wilde, malgré tout, est celle d’un grand auteur ?


Xavier Darcos — Wilde pense que l’artiste doit mettre son génie dans sa vie. C’est un homme de postures, de paradoxes et de contrepieds. Il se comporte en société comme un dandy : il clame son goût du superficiel et rejette les rites institutionnels. Wilde est aussi un grand orateur, capable de passer d’un sujet à un autre avec une virtuosité éblouissante. Mais c’est quand même un auteur complet ! Il est poète, romancier, homme de théâtre, philosophe. À la fin de sa vie, il revient même à une littérature de méditation. Wilde est un artiste à part entière.

LP — Dans votre livre, vous opposez le génie brumeux de Wilde à l’« Empire du bien », c'est-à-dire notre époque, moralisatrice et transparente. Annonce-t-il cet enfer moderne ?

XD — Wilde craignait que l’esprit de sérieux n’empêche toute initiative privée, toute indépendance d’esprit. Il abhorrait le consensus moral, qui débouche toujours sur une censure morale. C’est ce qui s’est produit. Avec les nouvelles techniques de communication, une chape pesante de bien-pensance et de culpabilisation opprime la libre pensée. Les gens qui pensent encore par eux-mêmes sont souvent marginalisés.

Oscar Wilde n’aimait pas non plus ce que nous appelons aujourd’hui « transparence ». C’est la célèbre phrase de Sartre, dans Huis clos : « L’enfer c’est les autres… » si vous ne pouvez rien leur cacher. Dans l’Enfer, tout le monde est transparent. Pour être vrai, il ne faut pas être soumis sans cesse à la censure ou à la contrainte des autres. Sinon vous perdez votre identité : vous êtes un militant ou un mondain, vous pensez ce que pensent les autres. Le masque est une obligation pour quiconque veut rester libre.

« LA RÉALITÉ IMITE L'ART »

LP — Vous montrez que, derrière son image de brillant causeur, Oscar Wilde est un grand penseur. Bien qu’il ne constitue pas ses idées en système, quelle est la cohérence de sa pensée ?

XD — Son œuvre le tirait naturellement vers le jeu, vers la fancy (fantaisie) comme il le disait lui-même. Wilde a voulu contrebalancer cette tendance par la construction d’une pensée philosophique. Il a voulu qu’on prenne au sérieux le Portrait de Dorian Gray. D’abord paru en feuilletons, ce texte a reçu énormément de critiques pour son immoralité. Wilde a pris le temps d’argumenter le fond de son paradoxe, à savoir que la réalité imite l’art et non l’inverse. Nous regardons le monde avec les images que les artistes nous ont léguées.

Il a aussi écrit quelques textes théoriques sur le socialisme, qu’on appellerait aujourd’hui individualisme. Ce n’est pas ce qu’il a fait de plus subtil. L’Âme de l’homme sous le socialisme n’est pas le texte le plus important de la pensée politique du XIXe siècle ! Ajoutées à ses réflexions sur la relation entre vérité et art, ces idées constituent néanmoins les prémices d’un système de pensée. Le destin l’empêchera d’aller plus loin. Mais, dans De Profundis ou la Ballade de la geôle de Reading, on peut encore observer cette tendance à raisonner, à approfondir le mystère humain.

La bêtise des émissions de téléréalité est souvent brocardée dans votre livre. Pourtant l’une d’entre elles avait repris ce paradoxe de Wilde dans son générique : « Le seul moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder… » N’y a-t-il pas quelque chose de postmoderne chez Oscar Wilde ?

Il y a trois approches principales à la postmodernité. La première est un présentisme. Il faut saisir les choses à l’instant parce qu’elles se fanent très vite. C’est évident chez Wilde, prêt à dire n’importe quoi pour un bon mot. Lorsqu’on lui demande pourquoi il ne défend pas Dreyfus, il répond : « On a toujours tort d’être innocent. » La deuxième approche est un refus des grilles de pensées à système. C’est le cas de Wilde. Enfin, la dernière est un hédonisme, une exaltation du principe de plaisir personnel : tirer son épingle du jeu à tout prix et immédiatement. On pourrait donc estimer que Wilde est un postmoderne.

« ÊTRE INCLASSABLE, C'EST CE QU'IL VOULAIT ! »

LP — Parmi les courants artistiques, spirituels de l’époque, on a le sentiment que rien ne pouvait convenir à Wilde. Dans le socialisme, écrivez-vous, il voit déjà la dérive totalitaire possible. Dans le christianisme, il rejette l’idée de souffrance. Est-il définitivement inclassable ?

XD — Être inclassable : c’est exactement ce qu’il voulait !

Le cas du christianisme est très intéressant et très ambiguë. Il vient d’un milieu irlandais, très anti-anglais. L’anglicanisme comme reflet religieux de l’Angleterre ne le satisfait pas naturellement. Wilde a connu la reconquête du catholicisme sur une partie des intellectuels, notamment le cardinal Manning qu’il rencontra. C’est une période pendant laquelle un certain nombre de figures de l’anglicanisme se sont converties au catholicisme, notamment à Oxford où Wilde a lui-même été. Ces questions étaient donc dans l’air du temps.

Il était fasciné par les cérémonies catholiques. C’est un décorum qui correspondait plus à son tempérament que la froideur des cryptes protestantes. Il était passionné par l’esthétique sulpicienne, c'est-à-dire à la fois l’exubérance des décors et la souffrance. Il s’est rendu plusieurs fois à Rome, où il a rencontré deux papes.

Mais, en effet, le catholicisme ne pouvait pas non plus lui convenir. Le refus de la vie sensuelle, la culpabilisation de la sexualité ne pouvaient pas lui plaire. Ce en quoi, d’ailleurs, il se rapproche de Gide, issu d’un milieu protestant. Son attrait pour le catholicisme semble plus relever du jeu. C’est une parade bien plus que des convictions religieuses profondes, bien qu’il ait reçu les sacrements catholiques et se soit converti au catholicisme officiel.

LP — Lorsqu’il se compare au Christ à la fin de sa vie, que doit-on comprendre ?

XD — À ce moment là, il va très mal. Il a une forme de masochisme. On le voit dans De profundis, avec ce retour lancinant de la douleur. Il y a quelque chose de chrétien. C’est Job : l’humiliation, la souffrance physique, l’espérance de la punition par laquelle on sera sauvé.

Néanmoins, tout ce qui s’est passé à partir de son emprisonnement nous échappe un peu. Il faut se rappeler la rapidité avec laquelle les événements se sont enchaînés. Il passe de l’astre au désastre. De janvier à avril, c’est le succès absolu. Tous les théâtres jouent à la fois les pièces de Wilde. Il ne peut pas sortir sans être assailli. Et le 20 juin, il est en prison. On doit prendre en compte ce contexte humain terrible. Celui d’une déchéance brutale. Maîtrise-t-il encore sa volonté ?

« WILDE A CHOISI SA CHUTE »

LP — La vie d’Oscar Wilde ressemble à une tragédie… Trouve-t-on des passages tragiques dans ses écrits ?

XD — La tragédie suppose la conscience de la victime. C’est ce qui fait la différence avec le drame. Wilde a parsemé sa vie de phrases prémonitoires, y compris sur son personnage de Dorian Gray en affirmant qu’il fallait brûler sa vie jusqu’au bout et aller jusqu’au bout de sa vérité. Wilde provoque sa chute : il porte plainte, après avoir reçu la lettre du marquis de Queensberry qui l’accuse de « sodomie ». Il refuse ensuite toutes les échappatoires, y compris l’exil. Une grande partie de l’Europe dénonçait la persécution des homosexuels qui se pratiquait en Angleterre. Il aurait pu trouver refuge dans un pays étranger. Il a choisi sa chute, d’une certaine façon.

Source : Propos recueillis par Laurent Ottavi pour "LibertéPolitique.com

Xavier-Darcos
Oscar a toujours raison

Plon, septembre 2013
251 p., 20 €

Christian Vancau : Biographie de Louis-Ferdinand Céline


Présent dans son n° 8163 du samedi 9 août 2014  s'intéresse à la fois à Oscar Wilde et à Louis-Ferdinand Céline !





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