Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux faits…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.
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dimanche 9 novembre 2025

Dr Jean-Claude Perez : "DeGaulle, l'accélérateur majeur de la décadence occidentale"


Chaque début de mois, très ponctuellement, Jean-Pierre Bartolini nous fait parvenir sa lettre de la Seybouse… Une lettre fruit de très longues journées de recherches… Une lettre riche de la diversité de ses contributions, des sujets traités, une lettre accompagnée de photos toujours nouvelles du pays, dénichées on ne sait d’où… Un immense merci à Jean-Pierre Bartolini pour le plaisir qu’il nous donne à encore mieux connaître et savourer le souvenir d'une époque vécue intensément et toujours vivante… Dans sa lettre datée de ce 1er mai, un superbe cadeau : un article signé Jean-Claude Perez… Un article parfaitement documenté, Jean-Claude Perez ayant été du temps de l’OAS responsable national de l’ORO, l’Organisation du renseignement opérationnel… Un article bienvenu dont le personnage central, "frappé d’histrionisme", est DeGaulle… Un article particulièrement opportun en ce 1er mai, DeGaulle étant devenu l’une des références d’ambitieux démagogues qui ont fait main basse sur un mouvement auquel nous adhérions il y a encore peu… Un article qui établit magistralement la vérité sur un personnage passé maître dans l'enfumage… Une réalité tout à l'opposé du mythe établi…

Une démythification sans faille… Une magistrale réponse aux naïfs ou manipulateurs qui osent encore prétendre qu'il y a deux DeGaulle, celui de 1940, puis celui de 1958… DeGaulle a toujours été un seul et même personnage… À double visage, en 1940 comme en 1958. Malade mental. Mais toujours le même… DeGaulle réunifié !


Le général Spears et sa «recrue», DeGaulle
Les Anglais qui avaient besoin d'un képi à opposer au prestige et l'action du Maréchal,
envoyèrent le général Spears de l'Intelligence service, débaucher
le vaniteux DeGaulle ulcéré de ne pas avoir été pris dans le gouvernement Pétain.


"Les faits parlent d'eux-mêmes"
Jacques Bainville in "Bismarck et la France", Paris 1911
"Histrionisme : attitude théâtraliste en relation avec une pathologie profonde, durable et invalidante du cerveau et de la conscience", définition médicale. Depuis 20 ans au moins, en médecine on refuse d'employer le terme d'hystérie. Ce terme a été remplacé par histrionisme. La définition  proposée est une définition d'un aspect majeur de l'hystérie.



Il serait d'une imprudence majeure de s'entêter dans la négation d'une évidence : notre pays, la France, a vu son identité et sa sécurité profondément altérées depuis le 19 mars 1962. Date officielle de la défaite historique d'une grande nation d'Occident. Défaite subie devant l'arabo-islamisme fondamentaliste et conquérant que je ne confonds pas avec l'islam.
"Mais", comme l'écrit Bainville "d'où viennent nos défaillances ? Qui a créé les puissances dont nous sommes entourés et menacés ?".
Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est évoqué aujourd'hui encore, à la manière d'une incantation un peu rengaine. Par ceux qui ont mis la main à l'agression dont la France fut victime le 1er novembre 1954, jour de la Toussaint Rouge.
"Vous voulez la France de Dunkerque à Tamanrasset, je vous prédis, moi, que vous aurez l'Algérie de Tamanrasset à Dunkerque" a déclaré le chef FLN Ben M'Hidi, peu de temps avant sa mort en 1957.
"La France de Dunkerque à Tamanrasset" exprimait à l'évidence une espérance raisonnable, une ambition logique, une perspective intelligente. Il n'est pas inutile, cependant, de rappeler que cette formulation était à porter au crédit des plus hautes autorités de la IVème République en novembre 1954. Mitterrand, ministre de l'Intérieur, avait précisé avec vigueur et conviction qu'il fallait que "la force de la nation l'emporte quelles que soient les cruautés de la tâche".
En disant cela, il ne faisait qu'appuyer les propos enthousiastes du président du conseil, Pierre Mendès France. Quand celui-ci soutenait, au même moment, que "l'Algérie c'est la France !"
C'était avant que lui-même, Pierre Mendès-France, ne devînt mendésiste !
Car le mendésisme, si on veut recourir à cette terminologie conventionnelle, fut dans la réalité des faits une création de Jacques Chevallier.
En 1954, celui-ci occupait les fonctions de maire du Grand Alger et de secrétaire d'État à la Guerre, avant d'accéder au ministère de la Guerre, pendant peu de temps, au début de l'année 1955. À propos de la guerre d'Algérie qui commençait, il agissait et s'exprimait, dès le mois de novembre 1954, en tant que représentant très secret des services spéciaux américains.
En 1943, alors qu'il résidait à Alger, il fut mobilisé dans l'armée américaine. Ce fut son choix, car il jouissait d'une double nationalité, sa mère étant texane. "Il fit la guerre" dans les services secrets américains, aux USA.
En 1954, tout logiquement, il influença le président du Conseil Mendès France et obtint que celui-ci se soumît, comme plus tard Mitterrand, aux exigences du capitalisme financier. Celui-ci s'exprimait à travers la thèse révolutionnaire du "délestage économique du débouché algérien".
C'était cela le mendésisme.
Ce n'était que cela : tuer la France en Algérie, dans la perspective d'une recherche de valeur ajoutée augmentée. De la valeur ajoutée produite par les investissements effectués par ceux qui, cependant, avaient éveillé à la vie des territoires en attente… d'un éveil à la vie justement.
Cette recherche d'une plus forte valeur ajoutée exigeait, soutenait-on, que l'on se débarrassât de la charge sanitaire et sociale du peuple algérien d'abord, des peuples africains de l'Union Française ensuite.
Nos investissements en Algérie étaient rentables certes. Mais d'après les comptables du grand argent, ils étaient insuffisants parce qu'ils étaient "routiniers". Ils ajoutaient que leur rendement était médiocre pour une raison majeure : ces investissements étaient protégés, conventionnés, ont-ils écrit.
À partir de cette conviction, exclusivement économique, fut montée une conjuration dans laquelle s'était inscrit à un poste décisif, Jacques Chevallier, le fondateur réel du mendésisme.
Il s'agissait de la conjuration permanente contre l'Algérie française, contre la France en Algérie, dont Jacques Chevallier de 1954 à juillet 1962, fut un animateur fondamental, avec des collaborateurs de toutes origines : de Blachette à un transfuge de l'OAS à partir d'octobre 1961, grâce auquel il obtint le cessez-le-feu de l'OAS d'Alger.

Cette conjuration avait été amorcée, en réalité, à partir de 1920. C'est l'année de la création des Cénacles d'Études à l'initiative du religieux berbère, Omar Smaïl. Celui-ci commanda, en riposte à la loi du 4 février 1919 qui offrait aux Musulmans d'Algérie une possibilité simplifiée d'accéder à la citoyenneté française, de lutter, écrivait-il, contre "la francisation, l'assimilation et l'évangélisation". Dans cette lutte, il imposa que les Musulmans d'Algérie fissent un usage constant et surtout exclusif de l'arme majeure que constituait la langue arabe littérale, soutenait-il.
Par cette décision, il se pliait aux exigences formulées en 651 par le troisième calife Ousman, d'une part. Il entreprenait de cette manière, d'autre part, d'arabiser à outrance l'Algérie, comme l'avaient fait quelques siècles avant lui les Berbères almoravides arabophones par choix volontariste. Par cette exigence, Omar Smaïl donna vie à la phénoménologie arabo-islamiste qui se manifesta, dès lors, comme une donnée scientifique et politique dépourvue de tout fondement ethnique exigible.
À partir de cette année 1920, s'est élaboré et manifesté en Algérie, un dynamisme anti-français et anti-occidental, structuré à partir d'une volonté révolutionnaire arabo-islamiste arabophone et conquérante dont la perspective stratégique lointaine fut illustrée historiquement par la formulation de Ben M'Hidi, en 1957 : "vous aurez l'Algérie de Dunkerque à Tamanrasset…"
Avant de mourir, ce combattant courageux formula ainsi un avertissement dont il serait à la fois ridicule et criminel de ne pas tenir compte. À Dunkerque, à Paris, à Madrid, à Moscou et aujourd'hui à Kiev, à Kharkov, en Crimée…

Conseillé et guidé en permanence par le rothschildien Pompidou, De Gaulle fut propulsé en Algérie dans un but prioritaire, proclamé ou plutôt allégué, dont il s'est fait lui-même l'annonceur : protéger la France contre "des populations dont le destin est d'être miséreuses". Ces termes, colorés d'une indiscutable nuance de mépris, ont enrichi son célèbre discours du 16 septembre 1959.

Il est venu dans un premier temps en Algérie, en 1958, à la recherche des moyens de prendre le pouvoir en France. Tout en organisant secrètement la naissance de la République algérienne dont il était devenu un concepteur depuis 1943. À cette date, avec l'appui de Catroux, il avait apporté son soutien et sa caution personnelle à Ferhat Abbas. Celui-ci, fort de cet avantage, créa l'AML. C'est-à-dire l'association des Amis du Manifeste de la Liberté.
À partir de l'AML, naquit le MTLD en 1946 puis le FLN en juin 1954 qui dès le premier jour officiel de la guerre d'Algérie, déclara par l'intermédiaire d'Ibrahim Bachir, que le combat était engagé contre la France "pour le triomphe de l'arabisme et de l'islam". C'était à partir du Caire que le président de l'association des ouléma inonda le monde de cette déclaration.

Depuis lors, une pression idéologique et religieuse constante s'exerce en France sur notre territoire national. Sa vigueur révolutionnaire s'exprime tout naturellement par des attaques contre le christianisme, plus sélectivement contre le catholicisme apostolique et romain. À un point tel que certains hommes politiques charognards du gaullisme tueur de la France en Algérie, envisagent avec une sérénité, déconcertante pour les naïfs seulement, un retour sur la loi de "séparation des églises et de l'État du 9 décembre 1905 ". Loi dont ils prétendent supprimer l'observance, avant de l'abroger purement et simplement.
Cette loi, qui prétendait protéger la laïcité contre l'influence des églises, a vu sa signification évoluer.
De loi contraignante telle que l'avaient conçue ses promoteurs, cette loi est devenue aujourd'hui, à l'encontre de ce que recherchaient ces mêmes promoteurs, l'expression administrative et légale d'une garantie. La garantie de la liberté religieuse dans notre pays.
Cette loi, en effet, permet aux différents courants religieux de s'exprimer en France, dans la mesure où ces mêmes courants religieux ne prétendent pas contrevenir aux lois votées chez lui, par le peuple français souverain.
Certains notables musulmans ont manifesté, à maintes reprises, la volonté de faire abroger cette loi dans un avenir non précisé, car d'après eux, elle ne tient pas compte du message religieux musulman.
Il ne s'agit ni plus ni moins, que d'une volonté révolutionnaire, qui prétend remettre en question le code de la laïcité, telle que celle-ci est vécue en France.

De Gaulle se situe à l'origine de l'agression qui, de nos jours, menace la France. Il est seul responsable, "les faits parlent d'eux-mêmes", de la soumission aux exigences dogmatiques et institutionnelles de l'islamisme fondamentaliste et conquérant, envisagée par les ennemis de notre pays.
Dans cette étude, la dernière que je consacre à l'histrionisme gaulliste, je tiens à vous soumettre quelques réflexions et analyses que j'avais déjà exprimées dans mon livre "Vérités tentaculaires sur l'OAS et la guerre d'Algérie".
J'ai donc recouru à ce livre, qu'avec timidité je vous recommande de lire, pour toucher du doigt, au mieux possible, le rôle actif et décisionnaire joué par De Gaulle dans la défaite de la France du 19 mars 1962.

De Gaulle, l'accélérateur majeur de la décadence occidentale

En 1942, quelques jours avant le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord, l'amiral Darlan était venu rendre visite à son fils malade. Celui-ci était soigné à l'hôpital militaire Maillot. Informé de l'imminence d'un débarquement allié sur nos territoires d'Afrique du Nord, l'amiral fit une déclaration que je me souviens avoir lue dans la presse algéroise, que j'évoque souvent et que d'autres ont repris fort à propos :
"L'empire sans la France ce n'est rien,
La France sans l'empire ce n'est rien".
L'amiral exprimait une profonde angoisse pour le destin de la France. Curieusement, cette angoisse trouva un écho 15 ans plus tard, dans les propos d'un homme politique français. Il s'agit de Chaban-Delmas. En 1957, celui-ci occupait le poste de ministre des Armées dans un gouvernement de la IVème République, dont le président du Conseil était Félix Gaillard. Cette année-là, ce ministre installa à Alger une antenne célèbre, qui joua un rôle majeur dans la préparation et le déroulement des évènements du 13 mai 1958. C'était l'Antenne de la Défense Nationale composée secrètement d'hommes très actifs comme Guy Ribaud, le commandant Pouget, Delbecque, Nouvion, Lhostis et mon camarade Jacques Laquière qui mit son cabinet d'avocat à la disposition de cette antenne.
Dans l'exercice de ses fonctions, Chaban-Delmas rendit visite au général Salan, commandant en chef des Forces armées françaises en Algérie. Il inaugura, à Philippeville, une nouvelle école de guerre révolutionnaire. En réalité, une école de contre-guérilla. Cette école était installée au casino Beau-Rivage, tout près de cette belle ville du littoral constantinois, au pied du djebel Filfila. Il était accompagné du général Gilles, commandant du Corps d'armée de Constantine.
S'adressant aux 90 capitaines stagiaires qui allaient entamer le cursus de cette école, le ministre des armées leur tint ces propos, en substance :
"Sachez bien qu'il n'y aura plus d'armée française, parce qu'il n'y aura plus de France si par malheur nous manquons notre coup, ici, en Algérie".
Il est donc logique d'affirmer que pour des hommes politiques et des hommes d'État de très haute responsabilité, il était banal et surtout logique d'affirmer, en 1957, que le sort de la Nation française était intimement lié au destin que l'on s'apprêtait à élaborer pour ce qui était encore l'Algérie française. Il n'est pas inutile de rappeler que Chaban-Delmas avait un "maître à penser" : le général De Gaulle. L'esprit de la trahison gaulliste n'avait pas encore perfusé à travers toutes les consciences de ses partisans.

L'année précédente, trois évènements graves étaient venus animer l'actualité algérienne et, plus généralement, nord-africaine.

Le 22 octobre 1956, un avion affrété par le sultan du Maroc fut intercepté par les services spéciaux français et obligé de se poser à l'aéroport de Maison Blanche à Alger. Officiellement, sur décision de Robert Lacoste qui représentait le gouvernement français en Algérie. À l'initiative secrète d'un spécialiste des services spéciaux ? Quoi qu'il en soit, six membres importants du FLN furent capturés ce jour-là. Ben Bella se trouvait parmi eux. J'ai connu personnellement un officier de gendarmerie qui a participé à cette opération et à l'arrestation de ces six responsables ennemis. Il m'a déclaré en substance : "Tu ne peux pas imaginer à quel point ils ont été heureusement surpris de ne pas être fusillés sur le champ !".
Un peu plus tard, Ben Bella s'est permis le luxe d'écrire à propos de cet évènement du 22 octobre 1956 : "Je n'aurais jamais cru les Français capables d'un coup pareil !".
Ben Bella manifestait indiscutablement une agressivité méprisante à l'égard de notre pays. Peut-être était-il conforté dans ses convictions par un chèque dont il était en possession ce jour-là et qui émanait de l'ARAMCO. Ainsi, Ben Bella qui manifestait verbalement des convictions socialistes presque idéalistes, était en réalité subventionné pour mener la guerre contre la France, par une énorme société pétrolière dont les principaux actionnaires étaient des potentats très connus du capitalisme financier, américains en particulier.
Ces notables FLN seront incarcérés à la Santé où ils bénéficieront de conditions de détention très confortables, des conditions de détention "bourgeoises". Je l'affirme d'autant plus que quatre ans plus tard, après les Barricades d'Alger, je fus de ceux qui bénéficièrent de ce confort bourgeois lors de mon séjour à la prison de la Santé, à partir du début février 1960, avec mes camarades d'infortune que nous connaissons tous.

Quelques jours plus tard, le 6 novembre 1956, se déroule la spectaculaire expédition de Suez. Les parachutistes anglo-français prennent le contrôle du canal de Suez et s'apprêtent à donner une leçon à Nasser. Mais dans des délais extrêmement rapides un cessez-le-feu est imposé aux forces anglo-françaises, conjointement par les USA et l'URSS. Cette opération, si elle avait été menée jusqu'au bout, aurait été peut-être l'occasion de mettre fin à la guerre d'Algérie en neutralisant l'appui militaire et politique que le FLN recevait à partir de cette base arrière. Il ne faut pas oublier que c'est à partir du Caire que, le 1er novembre 1954, le président en fonction de l'association des ouléma d'Algérie, Ibrahim Bachir avait déclaré que le combat était engagé "pour le triomphe de l'arabisme et de l'islam". Mais il était contraire aux projets du capitalisme financier international que la France gagnât la guerre d'Algérie.

En réalité, ces deux opérations avaient été atténuées dans leur impact émotionnel, national et international, par le drame de Budapest. Le 23 octobre 1956, ce fut en effet l'insurrection hongroise contre le pouvoir communiste qui fut écrasée dans le sang par les blindés soviétiques et qui prit fin le 10 novembre 1956.

À cette époque, De Gaulle vivait à Colombey-Les-Deux-Églises. Au printemps de cette même année 1956, il est opéré de la cataracte. Il se déplace très souvent dans les bureaux de l'ancien RPF (Rassemblement du Peuple Français). Il suit de très près, "l'affaire d'Algérie". Il veut surtout entamer un dialogue avec Ferhat Abbas. Même s'il lui est arrivé à maintes reprises de traiter Ferhat Abbas de "jean-foutre", à cette époque, son interlocuteur privilégié, celui qu'il a choisi, c'est Ferhat Abbas. De même que lui, De Gaulle, a été choisi par Ferhat Abbas et cela, depuis 1943. Nous nous sommes exprimés à maintes reprises sur le soutien que De Gaule avait apporté à Ferhat Abbas pour contrer le général Giraud en 1943, à Alger, lors de la création de l'AML.
En 1956, il faut au général De Gaulle des moyens d'action bien structurés pour conduire des négociations secrètes vers le meilleur résultat possible : convaincre le FLN que lui, De Gaulle, est le seul interlocuteur valable de la République française pour aboutir à un cessez-le-feu favorable au FLN.
En tout premier lieu, il lui faut un cabinet privé. Animé par un personnel adéquat, trié sur le volet. Olivier Guichard, un fidèle du général, se charge d'organiser ce cabinet.
Mais surtout, il lui faut une équipe de transmissions qui satisfasse à toutes les garanties exigées : efficacité et surtout une discrétion totale, car le secret le plus absolu est nécessaire pour la conduite de ces négociations.
En effet, ces opérations de contact sont clandestines, illégales. De Gaulle est susceptible de tomber sous le coup d'une inculpation de complicité avec le FLN. C'est-à-dire, d'atteinte à la sûreté intérieure de l'État, si la justice est saisie. Voire même, d'intelligence avec l'ennemi. À cette époque-là, De Gaulle n'est pas un homme d'État. C'est un particulier. Donc une impitoyable rigueur va commander au choix de ces "officiers de liaison" dont le général De Gaulle, dont le citoyen De Gaulle, a un besoin urgent en 1956.
Quatre officiers de liaison vont retenir notre attention.

Tout d'abord, maître Boumendjel. C'est un avocat, de brillante culture. Avant 1954, il fait partie du MTLD. Ce qui est parfaitement envisageable car jusqu'au 31 octobre 1954, ce mouvement est légal. Il a été fondé en 1946. Ses statuts sont déposés en préfecture. Après le 1er novembre 1954, la Toussaint Rouge, ce mouvement est dissout par le ministre de l'Intérieur, François Mitterrand. Messali Hadj, fondateur du MTLD crée alors le MNA, Mouvement National Algérien qui, bien évidemment, est clandestin. Maître Boudmendjel est condamné à mort, nous dit-on, par des tueurs messalistes du MNA. Devant cette menace, Boumendjel se jette dans les bras du FLN. Celui-ci est tout heureux d'assurer la protection de ce célèbre avocat. Boumendjel connaît très bien Ferhat Abbas et ses intentions ne sont pas encore bien tranchées en ce qui concerne le destin de l'Algérie. Mais sa disponibilité, ses relations amicales avec le pharmacien de Sétif, son intelligence et sa culture, en font un officier de liaison de tout premier ordre. C'est la raison de son recrutement par le cabinet privé du général De Gaulle en 1956. Nous pouvons préciser que ce choix reçoit l'agrément de Ferhat Abbas. Agrément confirmé plus tard par le CNRA,  Conseil National de la Révolution Algérienne qui siège à l'extérieur de l'Algérie et qui naît au mois d'août 1956 lors du Congrès de la Soummam. Précisons que Ferhat Abbas ne fait pas partie du CNRA. Il remplit une fonction importante au sein du CCE, le Comité de Coordination et d'Exécution qui a été créé lui aussi au mois d'août 1956, lors de ce célèbre Congrès. Ce qui signifie que Ferhat Abbas n'est pas encore un personnage des plus représentatifs du FLN. Mais il dispose d'un atout décisif : il est l'interlocuteur privilégié du général De Gaulle, "le plus prestigieux des Français", précise-t-il.
Boumendjel remplit donc, dans le secret le plus absolu, des missions de contact à Berne, avec Ferhat Abbas. Il sera reçu à maintes reprises par le général dans son bureau de la rue Solferino. Il se verra offrir l'indépendance de l'Algérie par son célèbre interlocuteur. En 1956. Je le rappelle avec insistance. "Car l'Algérie sera indépendante", déclare en substance l'ancien chef de la France libre à Boumendjel et à d'autres interlocuteurs.

Le deuxième officier de liaison mis en action par le cabinet privé du général De Gaulle, est un journaliste autrichien, écrivain de talent, décédé depuis les années 1960. Il s'agit d'Arthur Rosenberg qui jouit au plus haut point, d'un statut de persona grata auprès du FLN. Celui-ci en a fait un attaché de presse privilégié, chargé de moduler l'information internationale pour le bénéfice exclusif des rebelles anti-français.

Le troisième de ces officiers de liaison est un brillant diplomate français de la IVème République. Gaston Palewski est ambassadeur de France au Saint-Siège, auprès de sa sainteté Pie XII. Une valise diplomatique est ainsi utilisée pour nouer des contacts fructueux avec des représentants du FLN qui séjournent occasionnellement ou de façon permanente dans la capitale italienne. On évolue, ainsi, en pleine forfaiture. Car voilà un diplomate en fonction qui met la valise diplomatique française au service du FLN, parce que son maître De Gaulle le lui a ordonné et tout cela, permettez-moi de le souligner, encore et encore, en 1956.

Le quatrième officier de liaison recruté par le cabinet du général De Gaulle est Mohamed Masmoudi, l'ambassadeur de Tunisie à Paris. Un diplomate officiel, subordonné direct de Bourguiba, se met au service du FLN par l'intermédiaire de De Gaulle, à Paris, en 1956.
Ce diplomate passe son temps à déclarer que le plus célèbre des Français représente "la conscience de la France en Algérie". Il est inutile de préciser que son excellence, monsieur l'ambassadeur de Tunisie à Paris, ne peut agir ainsi sans l'accord préalable de son président Bourguiba. Celui que l'on appelle le "Combattant Suprême". Mégalomane avant tout, Bourguiba veut tirer profit de la situation précaire de l'Algérie. Il prétend devenir, lui, le promoteur d'une naissance : la naissance d'un état fédéral algéro-tunisien dont il serait le chef évidemment. Il veut faire apparaître ainsi une patrie nouvelle, avec une zone occupée par l'ennemi l'Algérie, une zone libre où siège le gouvernement du nouvel état, la Tunisie. Hostile à ce projet, Nasser essaiera de faire tuer Bourguiba. Donc, lorsque Masmoudi se met au service du général De Gaulle il le fait en obéissance intégrale aux exigences de Bourguiba. La Tunisie prend position dans l'histoire et Bourguiba va se compromettre d'une façon décisive dans l'accession au pouvoir du général De Gaulle.

Au début de l'année 1958, Bourguiba accorde un entretien à un journaliste français. Il est publié dans la Revue des Deux Mondes peu de temps avant le 13 mai 1958. Peut-être au mois de février ou mars de cette même année. Une fois de plus, cher lecteur, j'implore votre pardon car ma mémoire est exceptionnellement défaillante sur ce détail. En revanche, je me souviens très bien d'avoir lu le contenu de cet entretien donné par le "combattant suprême" à un journaliste appelé Guignoux. Bourguiba divisait les Français en deux catégories. Il ne disait pas "Français de gauche" ou "Français de droite". Car ne l'oublions pas, Bourguiba tenait à atténuer sa réputation d'homme de droite, voire d'extrême droite, qu'il était fondamentalement. Il ne disait pas "Français partisans de l'indépendance de l'Algérie" ou "Français partisans de l'Algérie française". Non, pour lui, les Français se scindaient en deux fractions. Les Sudistes et les Nordistes.
Les Nordistes acceptent la mort de l'Algérie française.
Les Sudistes ne l'accepteront jamais.
Chose curieuse à cette époque, le gouverneur général Lacoste, socialiste, se trouve inclus par Bourguiba, dans le clan des Sudistes.
Pourtant, nous avions combattu Robert Lacoste lorsqu'il avait présenté son projet de "loi-cadre" en 1957. Parce que cette loi se proposait de faire des Musulmans d'Algérie des Français à part entière certes, mais en leur accordant cependant, sur le plan civil, le privilège de n'être soumis qu'à la seule législation du droit coranique. Nous considérions, quant à nous, que s'il fallait et il le fallait sous peine de mort pour l'Algérie française, accorder aux Musulmans les droits inhérents à la citoyenneté française, il fallait aussi de la façon la plus impérative, affilier les Musulmans d'Algérie aux mêmes règles et aux mêmes devoirs que ceux auxquels étaient soumis la majorité des autres citoyens français. À la même juridiction civile. Il n'était pas envisageable en effet, d'accorder aux Musulmans d'être régis par une juridiction civile différente de la nôtre car la France est une république laïque. Laïcité régie en particulier par la loi du 9 décembre 1905, dite loi de séparation des Églises et de l'État.
Nous entendons par "laïque" une administration et un gouvernement qui exercent le pouvoir en toute indépendance à l'égard des grands courants religieux.
Nous refusons de nous inscrire dans ce courant d'idées pervers qui prétend conférer au terme "laïque" un sens qui n'est pas le sien : celui de stigmatiser exclusivement le christianisme et tout particulièrement le catholicisme apostolique et romain, comme ennemi exclusif de la laïcité.
Donc, la France étant une république laïque, il était exclu, et aujourd'hui il est encore exclu, d'accepter ou de promouvoir une partition cléricalo-juridique de notre pays, c'est-à-dire une partition motivée par un impératif confessionnel.
Ce que proposait Robert Lacoste se situait à l'opposé de l'intégration. Car celle-ci, parce qu'elle s'appelait "intégration", parce qu'elle s'appelle encore "intégration", exigeait et exige au préalable, une sécularisation de tous les comportements religieux retardataires.
Les Juifs, pour être Français, avaient renoncé en 1870, aux exigences du code mosaïque. Ils restent néanmoins fidèles à leur foi.
Nous, Chrétiens, avons accepté un grand nombre d'aggiornamentos à l'échelon de la planète. Nous n'avons pas renié notre foi pour autant.
Les Musulmans devaient, et doivent, eux aussi, satisfaire à cette exigence pour accéder à la citoyenneté française.
Pour nous c'était et c'est toujours une condition sine qua non.
Dans cet article de la Revue des Deux Mondes de 1958, du premier trimestre 1958, Bourguiba détecte néanmoins chez Robert Lacoste une indiscutable conviction "Algérie française". Il le range donc dans le camp des Sudistes. Et il ajoute, je ne fais que citer ses propos de mémoire :
"Les Sudistes sont prêts à tout, y compris à un coup de force militaire".
Puis il précise, toujours en traduisant ses propos :
"Seul le général De Gaulle sera capable de les mâter en les contrôlant, d'autant plus facilement que ce sont ces mêmes Sudistes qui feront appel à lui et qui l'installeront au pouvoir".
Quand Bourguiba disait "en les contrôlant", il voulait dire sans aucun doute : en les circonvenant, en les roulant, en les cocufiant.
Mais comment mettre la machine gaulliste en marche ? Comment va-t-il opérer, lui Bourguiba ?

Pour répondre à cette question, nous allons aborder ce que j'appelle un chapitre "pourri" de notre histoire. Le chapitre de Sakiet-Sidi-Youcef de février 1958.



"Le bombardement de Sakiet Sidi Youssef est une opération menée par l'armée française, dans le cadre de la guerre d'Algérie, sur le village tunisien de Sakiet Sidi Youssef le 8 février 1958. Depuis, chaque 8 février, la Tunisie et l'Algérie commémorent conjointement cet événement.
Le 8 février, l'armée française indique qu'un avion, touché par une mitrailleuse postée à Sakiet Sidi Youssef, a dû se poser en catastrophe à Tébessa. En représailles, le général Edmond Jouhaud, commandant de la cinquième région aérienne, planifie un raid aérien sur Sakiet Sidi Youssef et le soumet au général Paul Ély qui, ayant obtenu l'accord oral du ministre de la Défense Jacques Chaban-Delmas, autorise l'utilisation de bombardiers lourds. Malgré les incertitudes sur la réalité de l'autorisation par le ministre, il reste cependant que l'armée française était autorisée, au moins dans l'esprit si ce n'est dans la lettre, à prendre des mesures vigoureuses, le choix des armes et de l'échelle étant laissé aux militaires. En revanche, il semble clair que le président du Conseil français, Félix Gaillard, n'avait pas été informé."

Voici la succession des évènements, que je vous propose schématiquement.
Le capitaine Allard commande un quartier tout près de la frontière tunisienne. Pas loin d'un cantonnement de fellagas, implanté en territoire tunisien, près de Sakiet-Sidi-Youcef.
Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1958, il est instruit par ses supérieurs, d'une tentative de passage de la frontière par un détachement rebelle. Il reçoit l'ordre de monter une embuscade et d'intercepter ce détachement. Pour cet officier, ce n'est pas un problème.
C'est un militaire aguerri qui dispose d'un effectif de soldats français du contingent, entraînés et expérimentés. Il réunit une troupe sélectionnée de 43 hommes. Pour ces combattants courageux et bien préparés, c'est un effectif suffisant pour monter une embuscade. Mais surprise ! Notre troupe tombe sur une force de 300 fellouzes. Pratiquement trois compagnies fortement armées. En réalité, le traquenard existe bien : mais ce sont nos soldats qui tombent dedans, car le renseignement qu'on leur a transmis, camoufle un piège. Un piège tendu par le FLN et la Tunisie. Dans quel but ?
Dans le but exclusif de faire du bilan, c'est-à-dire de provoquer des pertes parmi nos soldats.
Ces 300 fellouzes qui ont passé la frontière, jouissent d'une logistique digne d'une armée conventionnelle : liaisons radio et renseignements fournis par l'armée tunisienne. 300 hommes véhiculés par des camions de la garde nationale tunisienne jusqu'à la frontière. L'accrochage est dur. Des renforts sont demandés d'urgence par le commandement français. Ils parviennent sur place. Les "fells" sont repoussés avec de lourdes pertes mais ils sont protégés dans leur fuite vers la Tunisie par des tirs de mitrailleuses et de mortiers qui partent des crêtes tunisiennes. 14 de nos soldats sont tués et retrouvés horriblement mutilés.
Mais un élément anormal est enregistré : quatre hommes ont été emportés, prisonniers par le FLN. Citons trois noms : Richomme, Decourtreix, Feuillebois.
Retenons les noms de ces trois fils de France. Insistons sur cette anomalie opérationnelle : pourquoi ramener des prisonniers en Tunisie ? L'accrochage a été dur. Les "fells" ont eu le temps de massacrer, d'émasculer et d'éventrer 14 soldats français. Pourquoi s'encombrer de prisonniers ? Nous verrons l'usage tactique majeur qui sera fait de trois de ces quatre malheureux soldats.
À la suite de ce drame, le colonel Duval, commandant l'aviation du corps d'armée de Constantine, ordonne un renforcement des opérations de reconnaissance sur la Tunisie. Il faut à tout prix préciser d'où viennent les assassins de nos soldats. Il faut si possible découvrir le lieu de détention de ces infortunés prisonniers. Précisons que durant ce mois de janvier 1958, les forces armées tunisiennes ont manifesté une agressivité anormale contre nos avions. Le 13 janvier, un de nos appareils est abattu par un tir de DCA. Il faut préciser que ces tirs de DCA constituent une véritable provocation. Car en cas de survol d'un territoire national par des appareils étrangers, les tirs de défense aérienne devaient obéir à toute une procédure prévue par les Nations Unies. Or, les avions français n'étaient pas agressifs : ils relevaient les informations pour mettre nos soldats à l'abri d'embuscades.
Le général Jouhaud, commandant l'aviation en Algérie, demande à son supérieur, le général Salan, de solliciter du chef d'état-major général de l'armée, le général Ély, l'autorisation de déclencher un raid de riposte. Le général Ély ne peut transmettre un tel ordre sans l'accord préalable de son gouvernement. Il donne néanmoins et rapidement son feu vert pour un raid de représailles. Ce qui signifie que le gouvernement de la IVème République est d'accord.
Le raid contre la base ennemie de Sakiet-Sidi-Youcef, se déroule le 8 février 1958. Il est mené par une escadrille française composée de onze B25, six Corvair, huit Mistral. La base est détruite.
D'après le général Jouhaud, plusieurs dizaines de fellagas sont tués.
D'après le service d'information de Bourguiba ne sont tués que des femmes, des enfants, et des combattants FLN blessés.
J'ai tendance à accorder plus de crédit à la relation de Radio-Tunis. En effet, ce raid étant le résultat d'une provocation montée de toutes pièces par une collusion FLN-Bourguiba, il paraît impensable de concevoir qu'un effectif de combattants valides ait été volontairement exposé aux bombardements et au mitraillage de nos avions. Ce que recherchaient nos ennemis, c'était exhiber des victimes innocentes. Des victimes sacrifiées par Bourguiba pour les besoins de cette conjuration. Cette opération connaîtra d'ailleurs de la part de Bourguiba, une exploitation démentielle. "Un crime contre l'humanité !", "un crime contre l'honneur !". La France est mise en accusation ! Bourguiba appelle à la haine contre la France. Il réclame des sanctions contre cette agression impérialiste.
Cette opération de Bourguiba est immédiatement couronnée du succès espéré : les Anglo-saxons osent proposer leurs "bons offices !".
Colère à Paris !
Colère en Algérie !
Cette intervention de l'étranger dans nos affaires est intolérable !
L'ambiance est telle qu'à Alger des manifestations s'organisent. Pour aboutir finalement au gentil défilé du 26 avril 1958. Un défilé qui regroupe les associations d'anciens combattants et des mouvements nationaux. Alger gronde. Alger gueule. Mais Alger "ne se déclenche pas". Tout se déroule "dans le calme et la dignité". Cette dernière expression connaîtra une fortune littéraire. Elle signifiera désormais qu'une manifestation se déclenche pour n'aboutir à rien. Elle évoque surtout une notion d'incapacité, d'impuissance, de ridicule.
Mais le plus déçu de tous, c'est le commandement FLN ! Il lui faut donner un coup d'accélérateur. Ces Algérois sont vraiment trop mous ! Quand vont-ils se décider à faire la révolution ? Car il faut absolument qu'un coup de force se déclenche à Alger. Le coup de force qui va permettre à la prévision de Bourguiba de s'accomplir : un coup de force déclenché pour De Gaulle qui, lui, se chargera de soumettre l'Algérie à la volonté du FLN.
Tout s'accomplit le 9 mai 1958. Le FLN publie à grand renfort de communiqués, la nouvelle de "l'exécution" de trois soldats français : René Decourtreix, Robert Richomme, Jacques Feuillebois. L'exécution s'est déroulée le 30 avril 1958. Quatre jours après la manifestation jugée trop molle du 26 avril. Quatre soldats, qui avaient été faits prisonniers lors de l'accrochage du 11 janvier 1958, avaient été jugés par un tribunal militaire FLN. Celui-ci acquitta le quatrième prisonnier français. Ce qui permet au FLN, le plus sérieusement du monde, de démontrer son objectivité dans le jugement de ces "criminels de guerre".
À Alger, un sentiment d'horreur nous étreint furieusement. Une douleur qui se transforme en bouffée de haine. Nous réclamons justice. Nous réclamons vengeance. Nous fonçons dans la rue. Alger explose. Alger se mobilise en masse pour venger nos soldats assassinés. Pour mettre à bas un gouvernement qui "baisse culotte" devant les terroristes !

Il ne m'appartient pas, dans le cadre de cette étude, de revenir sur les évènements du 13 mai 1958. Mais ce qu'il faut souligner, c'est le potentiel de réaction en Algérie et en France, que va éveiller l'assassinat de trois soldats français.
En 1958 il existait encore en France et en Algérie, une volonté de ne pas subir. Une volonté de faire payer les assassins de notre peuple. Une volonté de ne jamais accepter que des soldats prisonniers de guerre, fussent tués par nos ennemis FLN.
Mais tout évoluera très vite. Sous De Gaulle on verra comment fut accepté le lynchage des Pieds-Noirs à Oran, le 5 juillet 1962. Comment fut accepté l'assassinat de dizaines de milliers de harkis. Comment fut accepté, en toute bassesse l'assassinat de centaines de militaires français prisonniers de guerre qui ne furent jamais rendus par le FLN… après le cessez-le-feu.
En deux ans de gaullisme, la combativité de la France et la réactivité des hommes de France ont été mises sous l'éteignoir pour satisfaire, sans la gêner, à une honteuse politique d'abandon.

"Le délestage économique du débouché algérien".

Après le passage de De Gaulle à Alger, où il avait été appelé par la naïveté algéroise, le général peut donc reprendre ses anciens contacts à partir de l'hôtel Matignon, tout d'abord.
À l'Élysée, silence radio. Le président Coty n'a rien à dire.
En réalité, ce que je viens d'écrire n'est pas exact. Ce ne sont pas "des contacts" que l'on remet en route. Il s'agit cette fois "de négociations" que l'on entame. Au nom du gouvernement français, dont le président du Conseil est De Gaulle.
Des négociations dans le but d'aboutir à un cessez-le-feu en Algérie. On s'emploie à "baisser culotte" devant le FLN. À hisser le drapeau blanc. En effet, comme l'a souligné Ferhat Abbas, c'est celui qui sollicite sans cesse l'arrêt des combats qui doit hisser le drapeau blanc.
Voici le modus operandi. De Gaulle contrôle un gouvernement. À partir de celui-ci des manœuvres silencieuses, clandestines, vont être planifiées dans un premier temps, puis mises en route. Le nouveau chef du gouvernement de la IVème République dispose de la compétence d'un excellent chef de cabinet. Georges Pompidou. Ancien fondé de pouvoir de la banque Rothschild. Pompidou, je le répète, en accord avec le secrétaire d'État aux affaires algériennes René Brouillet, dont l'adjoint est Bernard Tricot, "prépare l'exploitation d'un document rédigé depuis le mois de juin 1958".
Il s'agit du "document Pompidou". Sont précisées toutes les étapes des négociations à entreprendre pour un cessez-le-feu. Un lieu géographique est prévu pour le déroulement de ces négociations. Il s'agit de Barcelone.
Rappelons que De Gaulle a été installé au pouvoir pour sauver l'Algérie française ! Nous sommes au début de l'été 1958. L'acte de décès de l'Algérie française est cependant tout prêt.
En Algérie, c'est toujours un gigantesque délire hallucinatoire. L'Algérie française est chantée partout. Les maquis FLN se tiennent cois. Les généraux Salan et Allard, obtiennent des ralliements spectaculaires.
J'essaie, à titre personnel, d'informer mes confrères, mes amis, mes patients de la réalité du piège mortel que les gaullistes sont en train de mettre en place. Je souffre de voir cette élite algéroise accepter son lynchage collectif avec la candeur idiote d'arriérés mentaux. C'est la force de l'amour qui me fait rester en Algérie. De l'amour de cette terre. L'amour que je porte à ce peuple pied-noir. Malgré la trahison que je ressens, que je vis dans la plus profonde intimité de ma personne, j'ai la prescience qu'un nouveau destin merveilleux peut s'élaborer encore pour la France à partir de l'Algérie française !
Et je ne peux rien faire d'autre que ce constat : trois outils majeurs sont en train d'être forgés ou mis en œuvre, pour rendre exécutoire l'assassinat de la France sud-méditerranéenne, voulu et programmé par De Gaulle.

Le premier outil : c'est le document Pompidou qui veut atteindre un seul but : le cessez-le-feu. J'insiste, il s'agit ni plus ni moins que d'un acte de décès de la France en Algérie qui, dès le printemps 1958, mettra De Gaulle en action.

Le deuxième outil : il s'agit de l'interlocuteur avec lequel on va discuter. Le partenaire de l'abandon. De qui s'agit-il ? De l'ennemi en exil : le FLN.
Depuis le mois d'août 1956, celui-ci est représenté par un commandement bicéphale :
- Le CNRA : Conseil National de la Révolution Algérienne,
- Le CCE : Comité de Coordination et d'Exécution.
Cela fait un peu brouillon ! De Gaulle réclame de l'ordre : "s'il-vous-plaît messieurs ! Devenez un gouvernement !" C'est ainsi que le GPRA, Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, voit le jour le 18 septembre 1958. Dix jours avant le referendum mortel du 28 septembre de la même année. En effet, comment ne pas relever la coïncidence historique, à quelques jours près, de la naissance de la Vème République d'une part, avec la naissance du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne d'autre part !
Le GPRA est présenté officiellement à la presse internationale, au Caire, le 19 septembre 1958. Le général De Gaulle se fait représenter officieusement à cette cérémonie. Deux émissaires français sont présents effectivement : Jean Amrouche, écrivain et Abderrahman Farès. Tout semble en ordre. On peut négocier enfin avec un véritable gouvernement et surtout avec le chef de ce nouvel exécutif : le pharmacien de Sétif, Ferhat Abbas, qui s'exhibe devant le monde diplomatique, comme l'interlocuteur choisi par la totalité des protagonistes.
De toute évidence, tout cela n'est pas suffisant. Il faut, d'urgence, forger un troisième outil. Un officier de liaison, chargé du contact étroit entre le GPRA et le dernier gouvernement de la IVème République dont le président du Conseil est encore le général De Gaulle. Cet officier de liaison doit être compétent, discret, fiable et surtout, convaincu de l'indépendance de l'Algérie. Un agent qui soit en même temps un partisan inconditionnel du FLN et soumis à l'allié majeur de celui-ci : le général De Gaulle.
"Mais ne cherchez plus mon général ! Cet homme vous l'avez ici à Paris. Il habite Porte de Vincennes, avenue Daumesnil, au n° 269. Il s'agit d'Abderrahman Farès !".
Farès, ancien notaire de Koléa, petite ville située tout près d'Alger, ancien président de l'Assemblée Algérienne, vit à Paris. Il veut se mettre au service du général De Gaulle. On occulte généralement, qu'il faillit faire partie du dernier gouvernement de la IVème République, au moment même où De Gaulle fut appelé à la présidence du Conseil par René Coty, sous la pression des Algérois décérébrés et des militaires chloroformés. En effet, Guy Mollet, que De Gaulle a nommé ministre d'État sans portefeuille, propose au nouveau chef du gouvernement de nommer aussi Farès ministre d'État sans portefeuille.
Mais Farès est discipliné. Il demande des instructions au FLN qui lui intime l'ordre de ne pas accepter. Farès obéit à ses chefs du FLN. De Gaulle ne lui en tient pas rigueur. Il en fait un chargé de mission officieux. Clandestin même. Le troisième outil donc, dont la fonction unique mais capitale est d'assurer les pré-négociations entre De Gaulle, Pompidou et René Brouillet d'une part, Ferhat Abbas et le GPRA d'autre part, après la naissance de ce dernier, le 18 septembre 1958.
Ferhat Abbas, au début de l'été 1958, et le 18 septembre 1958, n'est pas encore chef du gouvernement algérien puisque celui-ci n'existe pas à cette date. Mais tout le monde sait qu'il est l'interlocuteur choisi par De Gaulle qui lui-même est l'interlocuteur choisi par le FLN. Donc celui-ci intronise tout logiquement Ferhat Abbas, certainement de mauvais gré, dans le but de mener ces négociations au meilleur résultat possible. Mais alors qu'en 1956 Ferhat Abbas rencontrait Boumendjel à Berne, durant l'été 1958 il rencontre Farès à Montreux, en Suisse. Farès, le troisième outil, va porter le titre dès cette période, du "pèlerin de Montreux".
Farès fait partie de ces notables algériens qui ont su faire du double jeu un trait majeur de leur personnalité politique.
Nous savons cependant d'une source irréfutable et officielle puisque c'est lui-même qui l'écrit, que dès le début de la guerre d'Algérie il entretient des relations suivies avec les chefs terroristes. Je n'évoque pas ici des leaders de la révolution algérienne. Je fais référence à ceux qui commandent de tuer.
Il rencontre Ouamrane, le colonel Ouamrane, le chef de la Willaya 3. Il obtient un contact avec Sadek, le futur colonel Sadek qui tient un rôle important au sein de la Willaya 4. Il s'agit d'un cadre FLN qui dénonça l'implantation du maquis de Laban et de Maillot aux hommes du Bachaga Boualem et par voie de conséquence, aux forces de l'ordre. C'était au mois de juin 1956.
Il est en contact fréquent et répété avec Ibrahim Bachir de l'association des ouléma, ennemi mythique de la France. C'est lui qui, le 1er novembre 1954, rappelons-le, déclare au Caire que la lutte est déclenchée "pour le triomphe de l'arabisme et de l'islam".
Il obtient une entrevue avec Larbi Ben M'Hidi, le chef de la ZAA. Celui qui déclara avant sa mort : "Vous voulez la France de Dunkerque à Tamanrasset, je vous prédis, moi, que vous aurez l'Algérie de Tamanrasset à Dunkerque". Nous voilà donc prévenus. Je sais que je rappelle cette phrase depuis des milliers de fois ! Mais il n'est pas inutile de s'en imprégner.
Farès tient à rencontrer personnellement, en pleine casbah, Yacef Saadi et Ali la Pointe, responsables d'attentats meurtriers dans la ville d'Alger.
Qu'on ne s'y trompe pas : ces contacts sont mis en route à la demande de Farès. Car il lui faut donner des gages à ceux qui sont capables de tuer ou de faire tuer.
Il leur explique qu'il se situe dans leur combat. Qu'il est aux ordres du FLN. Il leur démontre qu'il est en train de trahir la France. Il tient à s'assurer de leur appui. Pour cela, il fait allégeance à la terreur anti-française.
À Alger, il était très proche de Jacques Chevallier, le maire FLN d'Alger. Il était très près de celui-ci qui avait organisé, dans les locaux de la mairie d'Alger, un véritable bureau d'appui de la ZAA. Il était très près de cet autre qui, de la mairie d'Alger, alimentait en fausses cartes d'identité les tueurs du FLN. Il s'agit de Lebjaoui. Celui-ci, chef de service à la mairie d'Alger, sous les ordres du maire renégat, utilisait un appariteur, Rabah Adjaoui. Ce dernier transmettait de faux papiers parfaitement valables à Ben M'hidi et à ses agents. Sous la pression des évènements, Lebjaoui est obligé de plonger dans la clandestinité. Il quitte Alger. Le FLN lui commande alors d'organiser la Fédération de France du FLN. Curieux cursus professionnel de cet homme qui le conduira de la Mairie d'Alger à la Fédération de France du FLN !
Il rencontre Farès à Paris, dans le 17ème arrondissement, rue Legendre, tout près du parc Monceau. Il est arrêté le lendemain de cette rencontre ainsi que tout le réseau qu'il venait de monter. Donc, "le bon Farès" ne reste pas les bras croisés. Il a choisi son camp.
Arrive le 13 mai 1958. Le général De Gaulle prend le pouvoir. Farès, à plusieurs reprises, va bénéficier de l'incroyable privilège d'entrer en contact personnel avec le général De Gaulle. Celui-ci, nous l'avons dit, l'utilisera comme son troisième outil, "le pèlerin de Montreux" chargé de maintenir des relations suivies avec Ferhat Abbas. Il se lance dans une recherche permanente de nouveaux contacts avec les leaders du FLN qui séjournent en Europe. Car, comme il le faisait à Alger en 1956, il lui faut donner des gages de sa fidélité au combat FLN. C'est ainsi qu'il rencontre Ben Tobal, un des co-responsables du massacre du 20 août 1955 à El Halia et aux mines d'Aïn Abid, dans le nord-est constantinois.
Pourquoi cette débauche de rencontres de la part d'un homme qui, plus tard, assumera les fonctions de président de l'Exécutif Provisoire en Algérie ?
Parce que Farès, le troisième outil de De Gaulle, éprouve le besoin de prendre des garanties. Il craint que ne lui arrive la mésaventure tragique que connut Benabylès, au lendemain du discours du 16 septembre 1959, prononcé par De Gaulle. Benabylès, ami de Farès et de Ferhat Abbas, a compris après ce discours que De Gaulle va irrémédiablement abandonner l'Algérie à l'ennemi FLN. Jusqu'à ce jour, Benaylès était un élu "Algérie française". Convaincu de la volonté irrévocable de De Gaulle de tuer la France en Algérie, il sollicite de Ferhat Abbas, un poste dans le gouvernement en exil. Il s'apprête à remplir ses nouvelles fonctions et s'acheminer vers l'étranger pour rejoindre Ferhat Abbas. Il est tué dans l'Allier.
Par qui ?
On a voulu imputer cette exécution aux services secrets français, qui l'auraient puni ainsi de sa volte-face. Mais le général Jacquin est formel. Il précise en substance :
"C'est faux ! C'est Ben Tobal qui l'a fait flinguer par un tueur qui, après l'opération, reste caché en France". Caché ? Mais où donc ?
À Lyon, chez le Primat des Gaules, tout près de l'archevêché, au Prado.
Mais pourquoi l'exécution d'un homme d'une telle valeur qui, par-dessus le marché, s'est rallié aux ennemis de la France ?
Parce que le colonel Ben Tobal a pris ombrage de ces fonctions importantes qui commencent à être attribuées à des transfuges de l'Algérie française. Les places, c'est pour les combattants des premiers jours ! Et Farès… redoute pour lui, une tragédie identique.

Parmi les promoteurs gaullistes de la nouvelle carrière de Farès, on redoute un drame :
"ils ne vont tout de même pas nous le tuer, celui-là aussi !".
Comment assurer 24 heures sur 24 une protection efficace de Farès contre un tueur ?
Mais c'est facile ! On va le foutre en taule !
On arrête Farès à son domicile, durant le premier trimestre 1962. On lui signifie, en s'efforçant de ne pas rire, une inculpation "d'atteinte à la sûreté intérieure de l'État". On l'incarcère à Fresnes.
On le libère quelques jours plus tard, après le cessez-le-feu du 19 mars 1962. Après la défaite consacrée historiquement et officiellement par la capitulation d'Évian.
Il est reçu par De Gaulle :
"Alors mon cher président, bien reposé ?" lui demande en riant le général De Gaulle en évoquant le séjour à Fresnes de celui qui est déjà nommé Président de l'Exécutif Provisoire en Algérie. Voilà comment Farès réussit à survivre au danger dont il se croyait menacé. Il pourra venir encore une fois exercer ses talents en Algérie. Talents faits de duplicité et de roublardise.

Évidemment, on aura noté que le général De Gaulle était passé de Matignon à l'Élysée. Entre temps, le projet Pompidou tel qu'il apparaissait dans le fameux document Pompidou de juin 1958, était tombé dans l'oubli car le FLN n'a pas accepté de se rendre à Barcelone, à cette date, pour amorcer une étude sérieuse des conditions d'un cessez-le-feu déjà sollicité par De Gaulle.
Farès apparut quelques fois découragé devant les difficultés que rencontrait apparemment De Gaulle pour perdre la guerre. Celui-ci, alors qu'il était encore président du Conseil, se chargea de lui remonter le moral. Il lui aurait dit :
"Ne vous en faites pas Farès, bientôt je chanterai leur chanson". À propos de cette anecdote, de cette "citation" on relève des disparités dans son évocation. J'ai lu qu'effectivement De Gaulle a déclaré à Farès ce que je viens d'écrire. D'après Farès lui-même, le président de la République aurait déclaré à l'écrivain Jean Amrouche : "alors, vous voulez que je la chante votre chanson ?".
Il semble que le terme de "chanson" soit utilisé à maintes reprises quand De Gaulle évoque le destin qu'il réserve à l'Algérie française. Ce qui aujourd'hui reste indiscutable, c'est qu'il n'a jamais cessé de chanter la même chanson que le FLN. Il va la chanter avec conviction, avec enthousiasme, à la manière d'une action de grâce, d'un alléluia. Ce qui ne l'empêcha pas de déclarer pendant cette même année, au cours d'une émission télévisée : "quelle hécatombe connaîtrait l'Algérie si nous étions assez stupides et assez lâches pour l'abandonner !"

Le 4 novembre 1960, De Gaulle n'hésite pas à prononcer les termes de République Algérienne.
Ce 4 novembre 1960 est un vendredi. Je précise même que c'est le week-end qui précède l'ouverture du procès des Barricades d'Alger. J'ai donc l'honneur d'écouter ce discours de l'intérieur de la prison de la Santé, avec mes autres camarades détenus, bien évidemment.
La surprise est très forte dans les sphères gouvernementales. Un véritable ébranlement.
Paul Delouvrier, délégué général du gouvernement en Algérie, convoque d'urgence ses quatre principaux collaborateurs, pour le lendemain 5 novembre à Alger. Qui sont les collaborateurs convoqués par Paul Delouvrier ce jour-là ?

- Tout d'abord Coup de Fréjac : il est directeur de l'information. Une brillante personnalité de la Vème République. Héros des opérations clandestines de la Résistance. Coup de Fréjac est aux ordres de son idole, il est un inconditionnel du général De Gaulle. Quelles sont ses fonctions réelles ? Museler l'information en Algérie, organiser la censure. Interdire aux Français d'Algérie de s'exprimer.

- La deuxième personnalité convoquée est Jean Vaujour : c'est le chef de cabinet du délégué général du gouvernement. En 1954, il avait assumé les responsabilités de directeur de la sûreté nationale en Algérie. Il avait reçu des offres de services de la part d'un rebelle anti-français. Celui-ci, contre la somme d'un million de francs de l'époque, s'était proposé de lui livrer toute l'implantation FLN dans les Aurès. Mitterrand, ministre de l'Intérieur, fut le destinataire principal du "rapport Vaujour du 23 octobre 1954". Document célèbre que les historiens évoquent avec fréquence. Ce rapport, dont Mitterrand ne tint pas compte, démontre que l'on s'est employé, avant tout, à ne pas interdire le déclenchement de la guerre d'Algérie. On aurait pu la tuer dans l'œuf, on ne l'a pas fait.

- Troisième personnalité, il s'agit de François Coulet : brillant personnage. Brillant officier de réserve réactivé. Pendant la guerre d'Algérie, il commande une prestigieuse unité : celle des parachutistes de l'air qui avaient été créée auparavant par le général de Maricourt. Ses convictions, sa formation auraient dû faire de lui un défenseur ardent, efficace, acharné même de l'Algérie française.
Il l'est effectivement jusqu'en 1958. Mais De Gaulle arrive ! Son dieu ! Ce dieu dont il a décidé d'être le prêtre ! Ses convictions vont subir une mutation radicale. Une obéissance inconditionnelle. Aveugle. Exclusive. Il participe avec enthousiasme à l'assassinat de la France en Algérie. Il quitte l'armée. Quelles fonctions peut exercer un homme de cette valeur auprès du grand commis de l'État qu'est monsieur Paul Delouvrier ? Il est directeur des affaires politiques, c'est-à-dire qu'il exerce en réalité les fonctions d'un commissaire politique gaulliste.

- Le quatrième personnage convoqué ce 5 novembre 1960 est André Jacomet. Conseiller d'État, il assume les responsabilités de secrétaire général de l'administration. Ce qui fait de lui le patron de tous les fonctionnaires d'Algérie. C'est un gaulliste. Mais ce samedi 5 novembre, André Jacomet semble frappé par la grâce. Il n'accepte pas le discours du 4 novembre. L'Algérie lui est-elle montée à la tête ? Le message "Algérie française" s'est-il manifesté soudain dans son esprit comme un impact de la lumière divine ? En tout cas il lâche une bombe. Il ose affirmer que le sort de la France ne peut pas être lié au sort d'un homme, fut-il le général De Gaulle !
"Pour moi la France ce n'est pas De Gaulle ! De Gaulle ce n'est pas la France !" a-t-il le cran de déclarer en langage dépourvu d'ambiguïté.
Fureur noire à l'Élysée ! De Gaulle exige du Conseil d'État qu'il se réunisse en commission pour statuer comme il se doit sur ce qui reste de carrière à monsieur André Jacomet. Le Conseil d'État siège en commission le samedi 12 novembre, sous la présidence de monsieur Parodi, monsieur Gazier, un notable socialiste, assumant les fonctions de secrétaire général. Le Conseil d'État refuse la révocation d'André Jacomet !
Nouvelle crise de colère à l'Élysée ! Le président va prendre l'initiative de révoquer lui-même un conseiller d'État. Le lendemain dimanche, 13 novembre à Alger, Paul Delouvrier convoque Jacomet. Il lui fait part de la décision présidentielle et le gratifie d'un redoutable commentaire :
"Vous avez obéi à votre conscience au lieu d'obéir à votre devoir ! C'est abominable !"
La phrase est merveilleuse. Pour être gaulliste avant toute chose, il ne faut pas avoir de conscience ! Il faut obéir, un point c'est tout ! Un comportement régalien va plonger un capital intellectuel énorme de femmes et d'hommes politiques, dans une véritable déréliction idéologique. J'entends par là qu'ils vont se trouver amputés de leur idéal. Ils vont être coupés de leurs repères. Ils vont étouffer en eux-mêmes les enthousiasmes qui les avaient propulsés dans ce combat pour la Patrie qui se déroulait en Algérie. On en fera des porte-bidons, des potiches de la Vème République. "Pour De Gaulle, par De Gaulle, avec De Gaulle". Ils continuent, pour certains d'entre eux, aujourd'hui encore à se déclarer fidèles au gaullisme involutif et décérébrant.

Ce comportement régalien outrancier était motivé chez De Gaulle par une exigence tactique. La sécession définitive des départements français d'Algérie et du Sahara. Cette exigence tactique s'inscrivait à son tour, nous l'avons souligné avec abondance, dans une stratégie.
Une stratégie dont il faut affirmer qu'elle est frappée aujourd'hui du sceau de l'interdit. C'est un tabou historique. On ne veut pas en parler.
Stratégie qui s'identifie au dessein d'une fraction dominante du capitalisme financier moderne. Fraction qui a décidé que la recherche d'une valeur ajoutée plus forte aux investissements, exigeait la mise en route d'un nouveau plan opérationnel. Accepter une guerre, la commanditer, quelles que fussent les conséquences dramatiques pour les populations qui allaient subir ces conflits.
Puis la perdre.
Comme sous l'effet de la fatalité historique.
Pour aboutir au délestage économique de l'Algérie, c'est-à-dire supprimer la charge financière imputable au coût social et sanitaire des populations d'Algérie de toutes confessions.
Il a donc fallu choisir un tacticien hors pair. Un exécuteur de prestige supérieur qui allait se charger de mener à bonne fin cette conduite opérationnelle. La mort d'un morceau de France, là-bas en Algérie. De Gaulle fut investi de ce pouvoir en exécution d'une conjuration internationale : celle qui avait détecté en lui l'homme indispensable à la mort de la France sud-méditerranéenne.

Plongé dans la défaite du 19 mars 1962, défaite voulue et accomplie par De Gaulle l'auxiliaire majeur et décisif du FLN, ou plutôt l'élu secret du FLN, notre pays semble souffrir aujourd'hui d'une mise en danger de son intégrité nationale.
Les "rothschildiens" à travers les "pompidoliens" ont installé De Gaulle au pouvoir en 1958. Pour l'accomplissement du délestage voulu par le Grand Argent. Étape décisive de l'actuelle révolution mondiale : c'est ainsi que se concrétise historiquement l'assassinat de l'Algérie française.
Ces mêmes pompidoliens, totalement dépourvus d'états d'âme, n'ont pas hésité à mettre en œuvre, par eux-mêmes, le renvoi de De Gaulle, leur pion majeur. Son expulsion du pouvoir par l'intermédiaire du peuple français, en 1969, lors du referendum de cette année-là.
De Gaulle avait cependant tenu son rôle pendant onze ans avec une redoutable efficacité : le rôle d'un prestigieux décisionnaire de l'assassinat de la France Sud-Méditerranéenne, en collaboration opérationnelle étroite avec l'ennemi FLN.

Il avait été détecté depuis 1943 au plus tard, comme "l'homme des circonstances" ont-ils écrit.
L'homme des circonstances qui réussit à convaincre les Français de subir et d'approuver une "décision paradoxale". Car nombreux sont les gaullistes qui ont écrit en 1992 : "le paradoxe de la paix en Algérie est connu, cultivé même par certains partisans du général et de sa mémoire". Propos curieux, s'il en fut, que je soumets à votre réflexion. La liquidation de l'Algérie française paraissait d'une finalité tellement incroyable, voire inimaginable, que seul De Gaulle était apparu en mesure de l'imposer aux Français ! Et que crèvent nos harkis, nos civils, nos femmes et nos enfants, et des centaines de nos soldats français prisonniers de guerre !

Ce n'est pas la haine qui m'anime. Ce n'est pas la préoccupation de glorifier notre combat livré envers et contre tout qui m'impose de connaître au mieux la signification réelle de la mort de l'Algérie française. De préciser à outrance l'identité du concepteur tactique, de l'organisateur opérationnel majeur, du responsable historique de l'assassinat partiel de la France. En effet, comme l'écrit Bainville, "les faits parlent d'eux-mêmes". Il suffit de regarder et surtout, il suffit de voir. Encore faut-il être capable de voir.
L'islamisme conquérant, que je ne confonds pas avec la religion musulmane, tire tout logiquement un immense profit né de la décérébration gaulliste, qui a plongé certains hommes politiques, aujourd'hui encore, dans un comportement histrionique chronique.
La Croix et la France sont devenues les deux objectifs prioritaires à vaincre par les nouveaux envahisseurs de l'Occident.

Docteur Jean-Claude PEREZ
Nice, avril 2014
Auteur du livre "ATTAQUES ET CONTRE-ATTAQUES"
aux Éditions Dualpha - BP 58, 77522 COULOMMIERS CEDEX

- Histrionisme : "Attitude théâtraliste en relation avec une pathologie profonde, durable et invalidante du cerveau et de la conscience." Cette définition est une définition médicale. Car depuis 20 ans au moins, en médecine on refuse d'employer le terme d'hystérie. Ce terme a été remplacé par histrionisme. La définition que je vous propose est une définition d'un aspect majeur de l'hystérie.
- 1er RTA : Premier Régiment de Tirailleurs Algériens
- 1er BTA : premier Bataillon de Tirailleurs Algériens
- ORO : Organisation du Renseignements et des Opérations de l'OAS dont j'étais responsable à l'échelon national
- B.E.L. : Bureau d'Étude et de Liaison : dernière appellation officielle des services spéciaux français opérant en Algérie
- 3ème RPIMA : 3ème Régiment Parachutiste d'Infanterie de Marine
- CCI : Centre de Coordination Inter-armes, une des appellations des services secrets militaires en Algérie
- ZAA : Zone Autonome d'Alger


Source : http://www.seybouse.info/seybouse/infos_diverses/mise_a_jour/maj139.html


Éléments bibliographiques

- Le Sang d'Algérie, Éditions du Camelot et de la Joyeuse Garde, Paris, 1992.
- Debout dans ma mémoire, Jean Curutchet - Éditions Harriet, Hélette, 1996.
- Vérités tentaculaires sur l'OAS et la guerre d'Algérie. Tome I, Une stratégie, trois tactiques, Éditions Jean Curutchet
- L'Islamisme dans la guerre d'Algérie, Editions Dualpha, Paris, 2004.
- Vérités tentaculaires sur l'OAS et la guerre d'Algérie. Tome II, Attaques et contre-attaques, Éditions Dualpha, Paris, 2008.

Attaques et contre-attaques

L’assassinat de l’Algérie française, terreau de la conquête islamiste actuelle

Debout dans ma mémoire

Le sang d’Algérie


OAS : Leroy, Villard, la partition

La trahison de Marine Le Pen, dernier rempart contre l'effondrement de l'ordre établi…

Manuel Gomez - 8 mai 1945 : début de la guerre d’Algérie ?








lundi 4 août 2025

Un jeune prêtre, l'abbé Didace Galan, fonde en 1892 dans son quartier, Saint-Eugène, une chapelle qui deviendra la cathédrale Sainte-Marie d'Oran après 1962…


 
Quand un Pape augustinien, Léon XIV, pourrait effectuer un voyage en Algérie aux sources du christianisme sur les traces de Saint Augustin de Thagaste, fils de Sainte Monique, évêque d'Hippone, il est consternant de noter que l'Église d'Algérie s'obstine à ne dater sa création qu'après l'année 1962… Cela alors que le catholicisme a connu au cours du temps de longues périodes grande ferveur, tant lors des premiers siècles du christianisme que lors des présences espagnole puis française… et alors que les autorités algériennes elles-mêmes restent soucieuses d'en maintenir les vestiges les plus prestigieux. 


Parmi les nombreux vestiges de la présence du christianisme en Algérie, je voudrais ne m'attarder plus précisément ici sur quelques vestiges qui concernent ma famille… J'évoquerai le souvenir de mon grand-oncle le chanoine Didace Galan et la création de cette chapelle de Saint-Eugène qui après 1962 deviendra cathédrale Saint-Marie d'Oran… Pour ce faire j'avouerais qu'en fait je n'ai pas connu mon grand-oncle, qui certes m'a baptisé, mais qui est décédé alors que je n'étais âgé de pas même quatre ans. D'autre part je ne dispose d'aucune photo ni d'aucun document personnel ou familial le concernant. Les seuls documents des archives de l'église de Saint-Eugène le concernant directement m'ont été cordialement transmis par les sœurs dominicaines du Monastère de Taulignan du diocèse de Valence dans la Drôme. Pour le reste je me réfèrerai aux rares articles accessibles sur Internet le mentionnant et bien sût à l'incontournable ouvrage de Jacques Gandini sur les Églises d'Oranie…
Si le diocèse d'Oran, en Algérie, a été érigé canoniquement le 25 juillet 1866 par le pape Pie IX,  aux premiers siècles de l'ère chrétienne, il y avait ni plus ni moins que 123 diocèses dans la Maurétanie Tingitane, avec Tlemcen qui était un important siège apostolique. Au Ve siècle, l'évêque Honorat fut exilé par le roi Huneric pour avoir nié l'arianisme.

L'invasion arabe a détruit beaucoup d'églises, mais l'historien Abou-Obed-El Bekri rapporte qu'en 963, il y avait des églises et des chrétiens à Tlemcen. Les soldats chrétiens sont au service des rois maures jusqu'en 1254. En 1290, une bulle de Nicolas IV indique qu'Oran est sous la juridiction d'un évêché marocain.

Oran, probablement d'origine maure, est prise par les Espagnols dans une croisade en 1509, et ceux-ci gouvernent jusqu'en 1708, puis de 1732 à 1792. La ville dépend pendant toute la période de l'archevêque de Tolède, qui y est représenté par un vicaire. Les Français occupent la région le 10 décembre 1830.

Le pèlerinage de Notre-Dame du Salut est fondé en 1849. Il y avait des ordres religieux dans ce diocèse avant la loi sur les associations de 1901. Au début du XXe, il y a plus de 273 500 diocésains catholiques répartis dans 82 paroisses d'Oranie.

La superficie de ce diocèse est de 77 350 km². Il y avait au début des années 2000 seulement 400 fidèles catholiques répartis dans sept paroisses de ce diocèse, une fraction infime de la population totale de 7 250 000 habitants. Le dialogue interreligieux est nécessaire dans la vie de tous les jours.

Vingt prêtres exercaient leur ministère dans la métropole oranaise, et il y avait vingt fidèles par prêtre, le taux le plus faible au monde. Les fidèles chrétiens sont presque tous partis après la guerre d'Algérie. Les violences politiques des années 1990 ont empiré la situation, car en 1990 il y avait encore 7 000 fidèles.

La salle faisant office de cathédrale dans les locaux de l'évêché d'Oran a été consacrée, après embellissement, le 26 novembre 2010 [Bulletin diocésain d'Oran, Le lien N°373, novembre-décembre 2010, pdf sous rubrique  "Publicationset bien sûr vous ne trouverez aucune mention du père Didace Galan dans ce bulletin, au demeurant fort intéressant, entièrement consacré à la nouvelle cathédrale d'Oran !] Cette cathédrale Sainte-Marie est la troisième cathédrale oranaise, après l'église Saint-Louis située dans le vieil Oran, quartier El Houari (cathédrale de 1867 à 1913, aujourd'hui désaffectée), et la cathédrale du Sacré-Cœur de Jésus inaugurée en 1913, consacrée le 30 avril 1930, et devenue bibliothèque en 1984. 

Pour mémoire, évêques d'Oran pendant la période française :
- Jean-Baptiste-Irénée Callot (1867 - 1875)
- Louis-Joseph-Marie-Ange Vigne (1876 - 1880)
- Pierre-Marie-Etienne-Gustave Ardin (18801884)
- Noël-Mathieu-Victor-Marie Gaussail (1884 - 1886)
- Géraud-Marie Soubrier (1886 - 1898)
- Édouard-Adolphe Cantel (1898 - 1910)
-Pierre-Firmin Capmartin (1911 - 1914)
- Christophe-Louis Légasse (1915 en 1920)
- Léon-Auguste-Marie-Thérèse-Joseph Durand (1920 - 1945,) né à Oran le 27 juillet 1878 ; ordonné prêtre à Saint-Jean-de-Latran le 29 mars 1902 ; ordonné évêque le 3 mai 1919 par Louis Cardinal Maurin archevêque de Lyon, au titre d'auxiliaire de l'évêque de Marseille; nommé évêque d'Oran le 11 octobre 1920 ; mort à Oran le 20 mars 1945.
- Bertrand Lacaste (1946 - 1972)

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Qui était le père Didace Galan ?

Lors du décès de son curé, l'église de Saint-Eugène en trace une brève biographie dans son journal de l'année 1944, page 179 : 

GALAN Diego (Didace) Jayme  

 Journal de l'église de Saint Eugène [1944 p. 179]

Transcription du journal de l'église de Saint Eugène [1944 p. 179]

GALAN Diego (Didace) Jayme

Né à Oran le 7 octobre 1862
de Manuel Galan et de Catalina Proeta.
A fait ses études secondaires au collège Notre-Dame d'Oran ; ses études philosophiques et théologiques au Grand Séminaire d'Oran.
Tonsuré le 19 mai 1881
Minoré le 4 juin 1882
Sous-diacre le 7 juin 1884
Diacre le 20 octobre 1884
Prêtre le 7 juin 1885

Après son ordination, M. Galan a été envoyé comme vicaire à Karguentah mais à cause de sa nationalité espagnole, il n'a pu être installé officiellement que le 1er juillet [il y a eu un titre officiel jusqu'au 30 juin 1892] après réception de l'autorisation ministérielle. Monsieur a obtenu sa naturalisation par décret présidentiel en date du 16 novembre 1885.
M. Galan ayant offert à Monseigneur d'Oran d'établir le culte à Saint-Eugène et d'y remplir sans aucun traitement les fonctions de desservant, sa Grandeur a accepté. M. Galan a ouvert la chapelle de Saint-Eugène le 8 septembre 1892. [prêtre auxiliaire à Oran Saint-Eugène du 1er janvier 1894]
Nommé curé de Misserghin et installé le 1er septembre 1899.
Nommé desservant de Saint-Eugène, en remplacement de M. Gilloux décédé - et avec le titre de prêtre auxiliaire le 9 avril 1907. – Autorisé, par ordonnance du 24 juin 1910, à porter le Camail de Dignitaire. 
En 1914 mois de novembre, il fut autorisé à prendre du service dans l'armée au titre d'aumônier militaire et il revint du front en janvier  1917 pour reprendre son service à Saint-Eugène. Médaille militaire et Croix de guerre.
Nommé chanoine honoraire le 31 décembre 1919.
Décédé le 4 août 1944, toujours en activité de service.
Obsèques le lundi 7 août, présidées par Mgr Mérens, vicaire général.
Pie Jesu, domine, dona ei requiem. Amen.

Source : Archives de catholicité du diocèse d'Oran (Algérie).
https://www.dominicaines-taulignan.fr/archives-diocesaine-doran

[La communauté assure le secrétariat des archives de catholicité du diocèse d'Oran (Algérie).
Les registres contiennent exclusivement des actes de baptêmes, mariages et sépultures de la religion catholique. La première paroisse d'Oran date de 1833. La plupart des registres s'arrêtent en 1962. ]


Arbre généalogique d'ascendance de Diego Jayme Galan et de ses frères cadets, 
Enrique Francisco et José Patricio Manuel (lui-même prêtre en France métropolitaine)
La famille Galán est originaire d'Orihela.

Une image de Nuestra Señora de los Dolores de Orihuelabénissant les origines de ce descendant d'enfants d'Orihuela Diego Jaime Galán, a toujours protégé  la chapelle de Saint-Eugène depuis sa création… 


Nuestra Señora de los Dolores de Orihuela


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Décret de naturalisation de Diégo Jaime GALAN
 du 16 novembre 1885
(BB/34/389 document 223)
 

FranceArchives
Décret de naturalisations algériennes du 16 novembre 1885
(BB/34/389 document 223)


FranceArchives
Décret de naturalisations algériennes du 16 novembre 1885
(BB/34/389 document 223 p.1)


FranceArchives 
Décret de naturalisations algériennes du 16 novembre 1885 
(BB/34/389 document 223 p.2



FranceArchives 
Décret de naturalisations algériennes du 16 novembre 1885
(
4302 X 85 - BB/34/389 document 223 p.3)




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GALAN Diego Jayme


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En même temps qu'un historique de l'église de Saint-Eugène, Jacques Gandini dans son ouvrage "Églises d'Oranie, 1830-1962" nous offre une présentation du père Didace Galan, la meilleure et la plus complète existant…


Jacques Gandini, Églises d'Oranie 1830-1962, éd. Gandini 1992



En 1890, le faubourg de Saint-Eugène commençait à prendre de l’importance. Près de deux mille âmes composaient sa population et le clergé de Saint-Esprit dont il dépendait, songea à le doter d’une chapelle. Les enfants en effet y grandissaient sans instruction religieuse, sans faire la première communion. Les unions irrégulières se multipliaient. Les malades mourraient sans sacrement, etc. Au carnaval de 1891, une jeune-fille de dix-sept ans, enceinte, prenant part à un bal organisé dans la grande salle du café Candéla, était subitement prise des douleurs de l’enfantement et mourrait avec son enfant dans une chambre voisine où elle avait été transportée, sans avoir pu bénéficier des derniers sacrements qu’elle avait demandés. Ce fait douloureux décida Mgr Lafuma, vicaire général du diocèse et administrateur de la paroisse Saint-Esprit à porter au conseil épiscopal l’affaire de Saint-Eugène. 


Jacques Gandini, Églises d'Oranie 1830-1962, éd. Gandini 1992, p. 107



L’abbé Galan

L’établissement d’une chapelle de secours fut décidé. L’abbé Galan, alors vicaire à Saint-Esprit, ayant un frère qui débutait dans le commerce et qui lui promit une certaine somme si en fin d’année les affaires en cours réussissaient. Elles eurent un plein succès. Fidèle à sa promesse Henri Galan donna à son frère la somme de six mille francs. L’abbé attendit avec impatience la fête de son curé. La tradition constante de Saint-Esprit avait établi l’usage de réunir à cette occasion les vicaires dans le bureau de leur curé et de lui offrir, avec un compliment, un cadeau acheté en commun. Le soir de la réunion traditionnelle, après les souhaits de circonstance, l’abbé Galan remettait à Mgr Lafuma les six mille francs pour la fondation de la chapelle de secours à Saint-Eugène.

Le conseil épiscopal décida de fonder une nouvelle paroisse au lieu d’établir une simple chapelle vicariale. L’abbé Galan, désigné comme futur curé devait toucher un traitement de prêtre auxiliaire soit 1800 francs par an
Au mois de mai de la même année tout fut remis en question. Mgr Soubrier donna à un autre le titre de prêtre auxiliaire destiné à l’abbé Galan et remit à plus tard les projets relatifs à Saint-Eugène. Déjà l’autel, la crédence, les ornements, les chandeliers, la statue de Notre-Dame de Lourdes, le grand crucifix, etc. avaient été acquis par l’abbé Galan pour sa future église. Dans un élan de générosité le jeune prêtre répondit à son évêque : « Monseigneur, si l’œuvre de Saint-Eugène doit être remise à un avenir trop éloigné, je préfère la commencer de suite, même sans traitement. » Ému jusqu’aux larmes le pontife ne voulut pas se laisser vaincre en générosité et remit sur sa cassette personnelle la somme de quatre mille francs pour la fondation de la nouvelle paroisse. Ce fut après avoir parcouru le faubourg en tous sens, après plusieurs démarches infructueuses auprès de revendeurs qui voulaient spéculer, qu’un terrain fut acquis pour la somme de douze mille francs. En attendant le moment propice pour recueillir des fonds, le fondateur de la paroisse se mit en quête d’un immeuble où il pourrait installer provisoirement le culte. Il trouva à louer dans la deuxième rue parallèle à la route de Mostaganem, rue qui portera plus tard le nom de Fernand Forest, une maison que personne ne voulait louer parce qu'elle était, disait-on, hantée par les mauvais esprits. La remise complète du loyer de la première année fut accordée pour les aménagements et les réparations nécessaires. La cloison séparant deux pièces du rez-de-chaussée fut abattue. Un peintre de bonne volonté décora sobrement la salle ainsi formée et ce fut là, en septembre 1892, que la sainte messe fut célébrée pour la première fois dans le faubourg Saint-Eugène. Dans le courant du mois suivant, il fut décidé de prendre tout un côté de la maison comme église. Une grande porte percée au mur du fond permit aux fidèles l'accès à une grande cour dans laquelle avait été édifiée une petite grotte de Lourdes. La Vierge y attirait de nombreux fidèles venant y prier.

Mgr Soubrier envoya, ensuite en juillet 1893, le jeune curé quêter en France pour sa nouvelle paroisse. Malgré ses efforts dans un pays inconnu de lui, il ne put ramasser que 4000  francs et dut rentrer d'urgence au bout de cinq mois, car certaines mauvaises langues faisaient courir le bruit qu'il était parti vivre sa vie avec une certaine Madame G… À son retour, il eut toutes les peines du monde à rétablir le courant vers son église. Au mois d'avril 1894, il tomba gravement malade d'une double pneumonie. Il se remit en même temps qu'une bonne nouvelle arrivait : le diocèse lui attribuait un traitement de 1800 francs. Au mois de juillet de la même année, malgré sa vive opposition, on décida de bâtir le presbytère qui devait servir en même temps de chapelle. M. Gibbal désigné pour faire le plan estima qu'à moins de trente mille francs on ne pouvait pas faire les travaux… Ceux-ci commencèrent et l'argent disponible fondit à vue d'œil ; l'abbé Galan surveillait le chantier, faisait l'entrepreneur et aidait souvent les maçons. Une subvention du vicaire général Palliser permit de terminer enfin les travaux, avec quelques dettes. Constatant que les fidèles, déçus de voir bâtir le presbytère avant l'église, n'étaient plus disposés à être généreux, le curé songea à doter sa paroisse d'écoles libres. Il s'entendit avec les sœurs de la Doctrine chrétienne, son frère Henri et Mme Gautier, pour fonder d'abord une école libre de filles qui fut achevée en 1897 .
À cette même époque, les frères de Saint Genys-Laval acceptèrent de venir fonder un établissement libre de garçons sous forme de maîtrise à condition d'avoir les locaux nécessaires. Ce fut l'origine du petit pavillon bâti à la suite du presbytère et des constructions en bas du jardin. Au mois de mars 1898, la dette de l'église étant éteinte, restait celle de l'école, mais en 1899, un incident vint briser son élan. Le nouvel évêque du diocèse, Mgr Cantel, visitant la paroisse se montra choqué par les beaux bâtiments du presbytère alors qu'il n'y avait pas d'église. Et alors que le curé était parti en France pour assister à l'ordination de son jeune frère Joseph, à son retour, le 21 juin 1899, 1'abbé Cholat et l'abbé Gilloux vinrent le trouver pour solliciter son adhésion pour une permutation. L’abbé Gilloux se proposait de continuer l’œuvre de Saint-Eugène, l’abbé Galan devant prendre sa place à Misserghin comme curé de la paroisse. Pendant deux ans l'abbé Galan dut encore vivre de privations pour achever de payer la dette contractée personnellement à l'égard de personnes qui, en lui avançant les fonds, avaient permis de solder ses créances… Le 9 avril 1907, il put reprendre possession de la paroisse Saint-Eugène qu'il ne devait plus quitter. En 1930, avec ses 17000 fidèles, Saint-Eugène ne possédait encore que le modeste oratoire du presbytère construit par l'abbé Galan. 





1944, Décès du chanoine Didace Galan

Le chanoine Galan, ayant toujours désiré mourir sur la "brèche", fut pleinement exaucé. Resté, malgré son grand âge, à la tête de la paroisse qu'il avait lui-même fondée en 1892 au quartier Saint-Eugène d'Oran, il fut à peu près le seul à en assurer le service, dès 1942, date de la reprise des hostilités en Afrique du Nord. Chacun admirait la vaillance et l'activité de ce vénérable prêtre, plein de bonhomie souriante, au moral toujours excellent. C'est au soir d'une tournée de ministère très chargée que Dieu l'a rappelé. Il avait fait trois enterrements dans la journée du vendredi 4 août. Rentrant vers 18 heures au presbytère, son vicaire, l'abbé Gladel, mobilisé à Oran, le trouva assoupi lourdement dans la voiture qui le ramenait du cimetière et s'aperçut bien vite que son état était grave. Après lui avoir fait aussitôt une onction, il le fit transporter chez lui. Là, grâce aux soins énergiques de ses neveux, le chanoine Galan reprit ses sens, un peu étonné de ce qui lui arrivait, assurant que ce n'était rien, et demanda les noms des personnes qui l’avaient transporté au presbytère dans l'intention de leur faire bientôt une visite de remerciements. Mais quelques heures plus tard, il s'éteignait brusquement après avoir fait un triple signe de croix. Il était né à Oran le 7 octobre 1862. Il fit ses études au Grand Séminaire. Ordonné prêtre le 7 juin 1885, il fut vicaire à Karguentah jusqu'en juin 1892. Autorisé par Mgr Soubrier à établir le culte au quartier de Saint-Eugène à Oran, il y ouvrit le 8 septembre 1892, une chapelle dédiée à l'Immaculée Conception. Le 1er septembre 1899, il fut nommé curé à Misserghin, qu'il quitta le 9 avril 1907 pour retourner comme desservant à Saint-Eugène. L’abbé Galan reçut de Mgr Cantel le camail de dignitaire par ordonnance du 24 juin 1910. En novembre 1914, il fut autorisé à prendre du service dans l'armée à titre d'aumônier militaire. Il revint du front en janvier 1917, après avoir été cité, ce qui lui valut la Croix de guerre, et plus tard la médaille militaire. Il reprit alors, son service à Saint-Eugène. Nommé chanoine honoraire le 31 décembre 1919 par Mgr Légasse, il ne quitta plus sa paroisse dont la population alla sans cesse croissant. Il y resta ainsi en tout quarante-quatre ans, soit la plus grande partie de sa vie sacerdotale, s'y montrant toujours le bon pasteur, assidu à en remplir tous les devoirs jusqu'à la limite de ses forces, respecté et vénéré de ses paroissiens. Son inhumation eut lieu au caveau de famille du cimetière d'Oran. L’abbé Saucès lui succéda et l'abbé Saillard y fut nommé en 1955. 


Chapelle "provisoire" de Saint-Eugène en 1956 [Doc. R. Goossens]


Prévue d'abord pour le 27 mars, la cérémonie de confirmation par Mgr Lacaste fut renvoyée au 5 avril pour une raison légitime : les travaux d'agrandissement de l'église n'étaient pas encore achevés. Allongée maintenant de quelques mètres et pourvue d'une tribune, l'église transformée donnait la preuve qu'elle n'est pas encore aux dimensions du faubourg Saint-Eugène, mais protestait qu'elle n'était qu'une "nouvelle église provisoire".

Première pierre de la nouvelle église

Le dimanche 29 mai1960 était le jour de la fête des mères, à Saint-Eugène, c'était en même temps celui des premières communions privées : deux-cents enfants y prenaient part rassemblés avec de nombreux paroissiens sur l'emplacement, sinon sur le chantier de la future église. Car la cérémonie préludait à une autre solennité depuis longtemps espérée : Mgr l'Évêque venait bénir la première pierre de cette église, entrée désormais dans la voie des réalisations. Après des paroles de bienvenue, le curé rendit hommage à ses prédécesseurs, en particulier au chanoine Galan qui procura le terrain. Sur ce terrain allait pouvoir s'élever une église à la mesure des besoins actuels, avec le concours d'un comité résolu, de M. Cantié l'architecte, de M. Remvoisié l'entrepreneur. L’évènement du jour fut consigné sur un parchemin scellé dans la pierre d’angle. Puis Monseigneur accomplit les rites liturgiques au chant des litanies et des psaumes, parcourut en procession tout le terrain et, après la dernière oraison, prit à son tour la parole ; la fondation d'une église est un moment émouvant dans la vie d'une paroisse et, sans doute l’impression fut-elle ressentie fortement à Saint-Eugène…
Après 1962,
La nouvelle église inachevée fut aménagée, en contre-bas, en chapelle ; au-dessus en salles, appartement et bureaux et au premier en salles d’archives du diocèse. En 1992, l’évêché d’Oran, avec Mgr Claverie comme évêque, avait son siège dans les locaux de Saint-Eugène, l’ancienne chapelle agrandie étant transformée en bibliothèque.


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Loi du 9 décembre 1905 de séparation des Églises et de l'État :
Les inventaires à Oran… 

L'abbé Didace Galan, "un homme plein de bonhomie souriante", mais il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages !… En juin 1908 lors des "inventaires" à Oran, les agents de la République furent reçus à Saint-Eugène comme il se doit. Si certains prélats se contentèrent de protester d'autres religieux firent obstacle à toute inquisition dans des lieux sacrés bâtis et aménagés grâce aux seules participations des paroissiens… Ce fut le cas de Mgr Cantel à la cathédrale d'Oran et du père Galan à Saint-Eugène (pas même eu le temps les agents de l'administration de noter la graphie correcte du nom du prêtre !). En "Métropole", avons-nous aujourd'hui des prêtres capables d'une telle détermination ? 


Extrait de l'Écho d'Oran daté du mardi 23 juin 1908 (page 2 : Nouvelles locales)
Source : Gallica BNF


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Bref extrait d'un excellent article relatant la vie d'un jeune Oranais dans les années 40, 
article que vous retrouverez dans son intégralité en suivant le lien ci-dessus
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"… La seconde tradition que nous perpétuions, c'était celle des "Rameaux". Les églises se remplissaient alors de fidèles ayant à la main une branche de buis que les prêtres bénissaient à l'office et que nous ramenions à la maison afin de les placer au dessus de la porte d'entrée, ou au pied des Crucifix qui garnissaient les murs de nos appartements. Il y avait aussi remplaçant le buis, d'affreux rameaux factices, garnis d'œufs en chocolat et de sucreries multicolores, que tenaient à la main les enfants. C'était le mariage du païen et du sacré, comme partout. C'était à qui déploierait ses plus beaux habits. Tous les enfants du quartier étrennaient alors leurs nouveaux atours, surtout les filles que les mamans habillaient de très belles robes. À cette occasion, ainsi que le dimanche suivant pour Pâques, l'église de Saint-Eugène déversait ses fidèles jusque sur son parvis et jusqu'au milieu de la grande esplanade qui s'étendait devant. Les autres dimanches, l'église se vidait peu à peu, comme si ses paroissiens, au fil des années, se lassaient d'entendre toujours ce bon gros curé qui officiait en remplacement du père GALAN, créateur de la paroisse dont la fameuse réputation avait dépassé les limites du quartier. Il paraît même qu'il avait été le premier supporter de la JSSE, lui fournissant ses maillots à la condition qu'ils soient aux couleurs diocésaines : le violet. Et il est vrai que depuis toujours je n'ai connu que le maillot violet aux manches blanches porté par l'équipe de football. Ce bon gros curé n'avait aucun enthousiasme pour subjuguer les foules, pourtant la Foi était grande dans notre quartier. Ce fut démontré lorsque son remplaçant arriva. Quel changement avec l'abbé Gaillard. C'était un sacré bonhomme, normand d'origine il avait l'art de remuer les foules. Sous son impulsion une dynamique de fréquentation de l'église se créa. La foule des paroissiens se pressait de nouveau et débordait jusqu'au milieu de l'esplanade. Cela dura quelques années, à tel point que certaines messes de Noël se célébrèrent au cinéma Olympia, et que se construisit la nouvelle église paroissiale. Quelle foule lors de son inauguration ! Comment avait-il fait pour réunir l'argent nécessaire à son édification ? Bien des chefs d'entreprise Saint-Eugénois ont mis la main à la poche en plus des collectes des fidèles. Nous étions très fiers de cette nouvelle église et chaque dimanche la foule qui se pressait pour suivre la messe débordait encore, malgré sa grande capacité jusqu'au milieu de l'esplanade d'entrée. Elle aussi s'avérait trop petite, tellement la Foi et la pratique du culte étaient revenues. Bon nombre d'entre les Saint-Eugénois avaient retrouvé le chemin de l'église qu'ils avaient un temps délaissé, il n'avait pas fallu grand chose pour rallumer cette flamme qui ne demandait qu'à brûler."


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Écho de l'Oranie - n°96 - Février 1974 
Saint-Eugène mon village




Oran a vécu blottie près du port pendant des siècles. À ce moment-là, c'était une petite ville très active, ayant un passé historique que lui enviaient d'autres capitales de province. Grâce aux bienfaits de la colonisation française, Oran a grandi ; elle a grimpé sur les collines et les plateaux environnants et là, s'est entourée de remparts pour se protéger.
Mais elle a continué de grandir et propérer, et finalement elle a éclaté dans tous les sens.
C'est ainsi qu'est né, à l'Est, un grand quartier populaire qui est devenu « Saint-Eugène ».
Les anciens se souviennent des premières installations, et surtout du vieux moulin à vent qu'on rencontrait en franchissant les portes de la ville.
D'ailleurs, cela s'appelait à l'époque « À ma nouvelle Campagne ».
Saint-Eugène a une situation géographique excellente et, en été, l'air marin y rend très agréable le séjour. Ce quartier, traversé en son milieu par la route Oran-Mostaganem, est limité par le boulevard de 40-Mètres, Bel-Air, Gambetta, Carteaux, Delmonte. Le boulevard Froment-Coste lui donne accès vers le port. Le boulevard Vauchez vers Delmonte. La rue Mirauchaux vers le centre-ville. Et, par les nouveaux quartiers de l’Hippodrome et des « Castors » avec tout un réseau moderne de routes, s'ouvrent les accès vers l'extérieur.
L'avenue de Saint-Eugène est l'épine dorsale de cet ensemble et, depuis le moulin Lanoé jusqu'au rond-point de Dar-Beïda, elle dessert toutes les rues latérales, en passant par la place de Saint-Eugène, l'ancien vélodrome, et les « Pierres de Marbre » où l'on usait les fonds de culotte à faire des glissades. 
Pendant de nombreuses années, ce faubourg est resté un village. Avec sa place rectangulaire, son marché couvert, sa vieille église, son vieux curé, le Père Galan, qui a baptisé, marié et enterré tant et tant de Saint-Eugénois. Une pensée aussi pour l'école Edgard-Quinet et tous ses instituteurs, parmi lesquels M. Poupard est resté une figure légendaire. Il y a même eu le garde-champêtre « Boudali » que les enfants espiègles craignaient et respectaient.
Je me souviens du temps où les rues n'étaient pas asphaltées et ne deviennent le domaine de l'automobile, la volaille des basse-cours errait librement dans la poussière des chemins, et l'hiver, pour circuler, il fallait patauger dans la boue.
Qui ne se souvient aussi des interminables parties de billes et de toupies au milieu de la chaussée… Lorsque la vieille voiture à chevaux du boulanger, du marchand d'eau douce, ou du marchand de luzerne, arrivait, elle faisait un détour pour ne pas déranger les joueurs.
Le 14-Juillet et à la Fête patronale, la fanfare emplissait nos rues de fions-fions altiers et s'arrêtait à la porte de celui qui avait été le plus généreux au moment de la collecte.
Une vieille coutume de village était aussi de « faire le boulevard ». « Faire le boulevard », cela voulait dire arpenter en allure de promenade toute l'avenue de Saint-Eugène, d'un bout à l'autre, en empiétant jusqu'au milieu de la chaussée. Le vieux tramway n° 5 devait agiter sans arrêt sa cloche pour se frayer un passage.
Il y avait à Oran trois boulevards renommés qui étaient la terreur des wattmen : celui de la rue d'Arzew, celui de la place de la République et celui de Saint-Eugène. Inutile de dire que toute la jeunesse se faisait une joie de se rencontrer et se croiser sur les vieux pavés. Tout cela a ensuite disparu : les pavés, le tramway, et même la coutume de la promenade du soir. Mais ce qui est demeuré, c'est la coutume de la tournée des nombreux cafés où les « kémias » et les marchands de brochettes attiraient des familles entières. Puis la soirée se terminait dans l'un des trois cinémas du quartier : l'Olympia, l'Eden, l'Alcazar, qui diffusaient, pour nous attirer, les disques à la mode.
Saint-Eugène, c'était aussi la J.S.S.E., grand club omnisports qui a grandi en même temps que le faubourg, et qui, de petite équipe de football des années 1920, était devenue l'une des équipes de l'élite algérienne, en disputant le championnat de France amateurs. Toutes les sections de la J.S.S.E. ont représenté la vitalité de sa jeunesse dans toutes les disciplines. Aussi, tout Saint-Eugénois était supporter de sa J.S.S.E. D'ailleurs, le dimanche soir, lorsque les résultats sportifs avaient été bons, tous les bars regorgeaient de monde, et les matches étaient commentés avec passion sinon avec compétence. Mais si le sort avait été contraire, l’Avenue était déserte et une grande tristesse régnait dans tous les cœurs.
C'est tout cela qui fait l'amour du coin que l'on habite. Ces dernières années, Saint-Eugène s'était transformé en une ville moderne. Des constructions ultra-modernes ont occupé tous les terrains vagues, la population avait quintuplé, des grands magasins et des banques s'étaient installés ; tous les commerçants avaient embelli leurs façades, le stade avait vu améliorer ses installations.
Aux entrepreneurs de transports, et aux tonneliers qui étaient la base de l'activité de ce faubourg, sont venus s'ajouter des commerces et des petites industries très prospères, et le niveau de vie des populations avait considérablement augmenté.
Voilà la dernière image que nous gardons de Saint-Eugène (de cette année 1962), qu'il a fallu abandonner à son triste sort.
Car, de tout cela, il ne reste plus que des rues sans âme, et le souvenir vivace au cœur des Saint-Eugénois.
Oscar Sempéré

Il serait surprenant qu'une personne cultivée, de plus originaire d'Espagne pays qui plus que tout autre à entretenu au cours des siècles des liens étroits avec l'Oranie, ne se passionne pour l'Histoire et la Géographie de cette province, et plus généralement de l'Algérie. L'abbé Didace Galan n'échappait pas à cette passion…  Aussi la Société de Géographie et d'Archéologie de la Province d'Oran  reçu en son sein comme membre titulaire, le 1er mars 1909, l'abbé Didace Galan, curé de Saint-Eugène…

Que ce souvenir soit l'occasion de citer les sources permettant encore aujourd'hui aux chercheurs ou tout simplement aux personnes curieuses de consulter une mine extrêmement riche d'articles sur la Géographie et l'Archéologie de l'Oranie et de l'Algérie… 


Bulletin de la Société de géographie et d'archéologie de la Province d'Oran

https://odyssee.univ-amu.fr/items/show/788#?c=0&m=0&s=0&cv=0

Algérie : l’Université de Fribourg sur les traces de saint Augustin 1/3

Algérie : l’héritage patrimonial de saint Augustin 2/3

Algérie : un intérêt archéologique émergent 3/3

Blogue du Maître-Chat Lully - 2024-253. De la petite cité antique de Thagaste où naquit notre Bienheureux Père Saint Augustin et où il établit son premier monastère

Blogue du Maître-Chat Lully - 2024-254. L’olivier trois fois millénaire de Souk-Ahras que l’on appelle « olivier de Saint Augustin »

Rapatriement de toutes les archives de l'église catholique d'Algérie en Franc e: ces archives ont été rassemblées dans trois monastères de religieuses, près de Valence, à Aix et à Nîmes. Pour combler les lacunes de l'état-civil de l'Algérie française, ces actes catholiques peuvent se révéler de véritables atouts pour le chercheur ayant des ancêtres dits européens.

La communauté du Monastère de Taulignan assure le secrétariat des archives de catholicité du diocèse d'Oran (Algérie).
Les registres contiennent exclusivement des actes de baptêmes, mariages et sépultures de la religion catholique. La première paroisse d'Oran date de 1833. La plupart des registres s'arrêtent en 1962.
Si vous désirez un extrait de baptême pour un évènement religieux, ou, dans le cadre de recherches généalogiques, la copie d'actes familiaux, vous pouvez écrire au secrétariat des archives d'Oran par courriel : archives.oran@dominicaines-taulignan.fr
ou par courrier postal : 980 chemin de l'Écluze 26770 Taulignan

Tous les actes civils sont à demander au Centre national des archives d'Outre-mer d'Aix-en-Provence (ANOM)

https://www.dominicaines-taulignan.fr/archives-diocesaine-doran 

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Pour le diocèse d'Oran
Archives de 1880 à nos jours
Dominicaines de Taulignan - La Clarté Notre Dame

26770 TAULIGNAN
Tél. 04 75 53 55 11 Email : arch.oran.clarte@orange . fr (sans espace)

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Pour l'Archidiocèse d'Alger
Archives de 1842 à nos jours
Monastère des Clarisses
34, rue de Brunschwick
30000 NIMES
Tél. 04 66 26 66 76

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Pour le diocèse de Constantine 
L'adresse pour le diocèse de Constantine est donc, depuis janvier 2015 :
Monastère de la Visitation - Archives de Constantine
1, Bd Joseph Desanat - 13150 Tarascon

 
 


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