Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

vendredi 19 février 2016

Un œil sur la planète : Syrie, du grand aveuglement à un peu de lucidité ?







Émission « Un œil sur la planète » intitulée
« Syrie, le grand aveuglement » présentée par Samah Soula…

Avec cette émission, le téléspectateur français du service public a eu droit à un renversement quasi radical du discours qui a dominé jusqu’ici dans les médias occidentaux…

Bon nombre de points s'enchevêtrant d'un reportage à l'autre y ont été évoqués :
– de la présence de groupes armés violents très tôt s’immisçant parmi les manifestants ;
– la volonté diplomatique occidentale de ne pas voir la résilience et le soutien relatif du régime dans une partie de la population ;
– le biais des médias et l’obsession anti-Assad des Occidentaux ;
– l’influence des pétromonarchies sur une opposition extérieure déconnectée des réalités du terrain ;
– la question du salaire des groupes armés syriens de l’étranger, la domination des groupes jihadistes sur la rébellion armée très tôt en 2012 ;
– la condamnation à l'esclavage et aux travaux forcés des soldats de l'Armée arabe syrienne quand ils n'ont pas été égorgés par des coupeurs de têtes jihadistes qui auraient bu leur sang et dévoré crû le cœur ;
– l’armement de ces groupes par les occidentaux dont la France avec la violation de l’embargo européen (et les missiles anti-chars Milan) ;
– la "possibilité" [bien qu'il soit acquis que cela est une certitude] que le régime ne soit pas responsable de l’attaque à l’arme chimique de la Ghouta orientale et qu’al-Nusra avait lui aussi des armes chimiques utilisées plus tôt à Khan al-Assal ;
– la dimension géopolitique et énergétique du conflit…

Avec en fil conducteur, des interventions d’Alain Chouet, G. Malbrunot, Randa Kassis, Jacques Béres, Frédéric Pichon.

*   *   *

Ainsi cinq ans après le début du martyre syrien et plus de 260 000 morts, un brin de vérité pointe dans cette inhabituelle émission de France 2 : le monstrueux enfantement d'un conflit dans les lupanars du Qatar, de l'Arabie Saoudite, du Koweit, de la Turquie avec la bénédiction bien-pensante de l'Occident. Tout cela pour éliminer le "nombril du monde arabe", ce pays "porte vers les quatre mers", ce pays fier qui rejetant les diktats des potentats de tout bord, empêchait ces ventripotents de l'énergie de gagner encore plus, toujours plus, d'argent…

Une histoire de gaz et de pétrole…

C'est enfin bredouillé, mais quand même dit ! Dit aussi que la France a une énorme part de responsabilité dans l'armement des monstres… La France et l'Occident complices de DAESH, et d'autres salauds qui se sont rajoutés au salauds… ignobles obscurantistes analphabètes incultes coupeurs de têtes s'abreuvant du sang d'innocents et en dévorant le cœur…

Impossible de ne pas pleurer devant le massacre d'un peuple, le massacre de ce pays aux traditions d'accueil millénaires… devant des animaux monstrueux bipèdes pervertis au point de manger le cœur arraché à la poitrine d'un soldat syrien…

Et pourtant tout cela, tant de gens l'ont dit, expliqué, crié, hurlé depuis plus de 5 ans…

Mais les salauds qui, une fois de plus, gouvernent la France ont muselé la presse mondiale, pour que restent bien cachées les infos et les images désormais découvertes en cette soirée du 18 février.

En d'autre temps, on a essayé de légitimer l'intervention en Irak par la pseudo existence d'armes chimiques… Ce mensonge mondial grossier aurait pu encore une fois fonctionner, alors qu'il est aujourd'hui avéré que les armes chimiques et le sarin utilisés contre les populations syriennes n'ont pas été lancées par le président Bachar el-Assad mais bien par les "rebelles modérés" si chers à Fabius, au sang contaminé… La France est-elle seulement capable, aujourd'hui, d'en avoir honte et d'implorer un pardon ?

Si vous avez le cœur bien accroché, regardez cette émission. Elle est exceptionnelle… bien qu'elle n'apprenne absolument rien à ceux qui ces dernières années se sont intéressés honnêtement à la situation en Syrie et ont dénoncé ce que France 2 ose aujourd'hui balbutier…

Malgré la fureur de l'agression, le peuple syrien reste debout, digne et fier d'appartenir à une glorieuse nation, dirigée par un grand homme - qui n'a accepté le pouvoir que par devoir - le président Bachar el-Assad.

Que vive la Syrie souveraine.



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Article rédigé par Liberté politique, le 11 février 2016


L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OPCW), instance internationale qui regroupe la quasi totalité des États du monde, vient de terminer son rapport officiel sur le massacre de Ghouta. Il est le fruit de deux ans de travail.

Les experts de l’OPCW ont analysé la nature du gaz qui a tué tant d’innocents, notamment par des prélèvements sur les corps des victimes. Leur conclusion est formelle :

la composition de ce gaz est différente de celle que l’on trouve les stocks de l’armée syrienne. Bachar El Assad est innocent du crime qui lui a été imputé.

Les faits que je vais évoquer ici, ne sont pas anciens. Ils se sont produits il y a un peu plus de deux ans. Mais, après avoir fait la « une » de la presse, ils sont tombés dans un puits de silence et d’oubli. Ramenons-les brièvement à la vie.

En juin 2013, notre gouvernement, emboîtant le pas à Washington et Londres, lance soudain une mise en garde à Bachar el-Assad. Il lui fait savoir solennellement que la retenue que la France s’est imposée depuis le début de la guerre civile, n’est pas intangible. Si le « dictateur syrien » s’avise à réprimer le soulèvement populaire par l’emploi d’armes chimiques, une « ligne rouge » sera franchie. En représailles, nos « Rafales » bombarderont les bases et dépôts de son armée, ce qui conduira à son effondrement rapide.

Deux mois plus tard, le 21 août 2013, les médias annoncent que Ghouta, un faubourg de Damas tenu par les insurgés, vient d’être attaqué au gaz sarin. On compte, selon les sources d’information, de 280 à 1720 victimes, presque toutes civiles.

Des commentaires horrifiés s’étalent dans la presse parisienne. L’opinion générale des éditorialistes, universitaires et porte-paroles de partis est que le « boucher de Damas » a voulu narguer la conscience universelle. Sa provocation est insupportable. Dans un appel retentissant, la directrice du journal « Le Monde » réclame une riposte armée. François Hollande fait aussitôt connaître sa détermination : il convoque nos chefs militaires à l’Élysée, approuve le plan de bombardements qu’ils ont établi et ordonne aux pilotes de Rafales de se tenir prêts à voler vers la Syrie en coordination avec les avions de nos alliés.

Mais l’expédition ne parvient pas à décoller. Les députés britanniques, qui n’ont pas oublié que Tony Blair leur avait menti dix ans plus tôt pour leur arracher l’autorisation d’envahir l’Irak, flairent la manipulation et refusent la participation anglaise. Barack Obama tergiverse. Le pape François, qui en sait plus long qu’il ne peut le dire, s’oppose à l’attaque occidentale avec vigueur. Finalement les Américains renoncent à la guerre. Hollande et Fabius se retrouvent seuls. Ne pouvant plus infliger à Bachar el-Assad le châtiment promis, ils multiplient contre lui les condamnations morales et les sanctions politiques.

Pourquoi rappeler cet épisode ? Parce que l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OPCW), instance internationale qui regroupe la quasi totalité des États du monde, vient de terminer son rapport officiel sur le massacre de Ghouta. Il est le fruit de deux ans de travail. Les experts de l’OPCW ont analysé la nature du gaz qui a tué tant d’innocents, notamment par des prélèvements sur les corps des victimes. Leur conclusion est formelle : la composition de ce gaz est différente de celle que l’on trouve dans les stocks de l’armée syrienne. Bachar el-Assad est innocent du crime qui lui a été imputé.

Le rapport ne s’arrête pas à ce constat. Il en fait un autre. Il s’intéresse aux armes chimiques que le colonel Khadafi avait jadis fabriquées et entreposées dans le désert libyen. Une importante partie de son stock a été, après sa mort, vendue à des « groupes anti-Assad », transportée en bateau vers des ports turcs puis acheminée par la route jusqu’aux fiefs rebelles de Syrie. La composition du sarin libyen est la même que celle du sarin jeté sur Ghouta.

Voici nos dirigeants pris à contre pied. Non seulement ils se sont trompés sur l’identité du coupable mais ils sont dans une position moralement intenable. Si vraiment l’utilisation d’armes chimiques contre des civils est un crime contre l’Humanité et si vraiment celui qui s’en rend responsable franchit la ligne rouge de la punition, qu’attend notre gouvernement pour châtier les rebelles syriens ? N’ont-ils pas aggravé leur responsabilité en empoisonnant une population qui était sous leur autorité dans le but cynique de nous entraîner à nous battre à leur profit ?

Mais notre gouvernement semble n’être au courant de rien. Hollande et Fabius continuent de reconnaître les chefs des insurgés comme seuls représentants légitimes du peuple syrien ; ils les reçoivent chaleureusement à Paris et leur prodiguent un soutien sans faille. Peut-être sont-ils trop accaparés par des tâches pressantes pour lire le rapport de l’OPCW ; peut-être estiment-ils qu’ils n’ont pas de temps à perdre dans une affaire presque oubliée ; peut-être jugent-ils inutile de lire ce document parce qu’il ne leur apprend rien : ils ont su à quoi s’en tenir depuis le début. En toute hypothèse, il est clair que, pour eux, la vérité et la justice n’ont pas leur place dans la politique étrangère de la France.

Quant à l’opinion publique de notre pays, elle reste dans l’ignorance de ce qui s’est réellement passé à Ghouta en août 2013. Les éditorialistes qui appelaient à la guerre contre Assad, se gardent bien de publier la moindre information sur les conclusions de l’enquête internationale. Ainsi protégées, les accusations de nos dirigeants, devenues mensonge d’État, continuent de prospérer. Tant pis pour la démocratie.

Michel Pinton
Ancien député au Parlement européen

*   *   *


Jeudi 18 février, France 2 proposait en deuxième partie de soirée le magazine « Un œil sur la planète », présenté par Samah Soulah, grand reporter à France 2. Intitulé « Syrie, le grand aveuglement », cet excellent reportage d’une heure et demie revient sur le conflit syrien, ses origines, les forces en présence, les intérêts économiques en jeu, les mouvements de populations liés à cette guerre. Le téléspectateur français découvrira durant cette émission que, depuis 2011, l’État français et ses médias subventionnés lui mentent, en toute simplicité, et que les principaux dirigeants actuels ou d’hier (Hollande, Fabius, Sarkozy, Juppé) ont un rôle ambigu dans leur relation avec l’islamisme radical.

Après visionnage d’Un œil sur la planète, il faudrait déjà féliciter tous les journalistes qui ont participé à la réalisation du projet, tant les quatre reportages sur la question syrienne sont des modèles à montrer dans les écoles de journalisme, bien loin de certaines émissions du service public laissant parfois à désirer.

« Cinq ans de guerre c’est une éternité et le bilan est édifiant : 260 000 tués, 8 millions de Syriens déplacés à l’intérieur de leur pays, 4 millions de réfugiés à l’étranger. Ce qui veut dire qu’en Syrie, un habitant sur deux a dû quitter sa maison », rappelle Samah Soula avant de s’interroger : « Comment une guerre civile dans un petit État a-t-elle pu se transformer en conflit mondial impliquant les grandes puissances ? », se demande alors la journaliste, avant de conclure : « Sans doute, parce que trop d’erreurs ont été commises dès le début et peut-être aussi parce que trop d’acteurs se sont invités dans le conflit ».

L’émission se divise en quatre parties : la première, intitulée « la passion du Djihad », montre que bien loin du mythe de l’opposition modérée, vite effacé après le début de la révolte de 2011, une partie de la Syrie est entre les mains de différentes factions islamistes rivales, qui se battent pour l’argent et pour l’instauration du califat musulman. L’empreinte des Frères musulmans, ennemis jurés de Bachar el-Assad, est présente. À Alep, mais aussi dans d’autres villes syriennes, le reportage montre le quotidien de ces factions islamistes, qui détiennent d’ailleurs un bon stock d’armes de fabrication occidentale, française entre autres. On suit même le leader d’une faction se préparer à un attentat suicide.

Le téléspectateur découvre, sans doute pour la première fois sur la chaîne de service public, que depuis 2011 médias et politiques français ont tout simplement menti. Ils ont menti en présentant Bachar el-Assad comme un tyran sanguinaire « gazant son peuple » comme l’ont affirmé certains responsables politiques français, Laurent Fabius, Alain Juppé, François Hollande, Nicolas Sarkozy en tête. Ils ont menti en présentant l’opposition « modérée » et l’Armée Syrienne Libre (ASL) comme représentative d’un peuple qui leur était presque inconnu pour beaucoup de ces exilés de longue date. Le reportage permet d’ailleurs à des spécialistes de la Syrie, jamais invités jusqu’ici, de s’exprimer. C’est le cas de Frédéric Pichon, historien, auteur de : « Syrie, pourquoi l’occident s’est trompé », ou encore d’Alain Chouet, ancien officier du renseignement français, qui taclent sévèrement la politique étrangère française menée sous Nicolas Sarkozy et sous François Hollande.

Au delà du mensonge d’État, Un œil sur la planète souligne également le soutien militaire apporté par la France aux islamistes agissant en Syrie. Une grande puissance mondiale ne pouvait en effet pas ignorer que les livraisons d’armes tombaient systématiquement entre les mains des égorgeurs islamistes. Pour Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères jusqu’au dernier remaniement, « Bachar el-Assad ne mériterait pas d’être sur cette terre » . Alain Juppé, possible futur candidat de la droite aux élections présidentielles, déclarait quant à lui que « Bachar el-Assad fait le lit de Daesh » et affirmait en 2011 que les jours du président syrien étaient comptés, appelant même à une intervention militaire contre son régime.

Cinq années plus tard, Bachar el-Assad est toujours là et bien là, soutenu par une majorité de Syriens (selon les journalistes ayant enquêté sur place), épaulé par la Russie et par l’Iran. La France, dont les gouvernements successifs ont d’abord pris fait et cause contre Bachar el-Assad, a dû virer de bord après les attentats islamistes de novembre 2015. On note au passage qu’une collaboration avec les services secrets syriens, à laquelle la France a mis fin dès 2011, aurait dans doute permis d’éviter ces attentats.

Dans « les dessous d’un conflit », les journalistes évoquent aussi la bataille autour du gaz et du pétrole en Syrie. Et notamment le front Turquie, Qatar, Arabie Saoudite (et donc pays d’Europe de l’Ouest et USA) contre l’axe emmené par la Russie et l’Iran et soutenu par une majorité des pays de la région. C’est à la suite d’un accord donné par la Syrie à l’Iran concernant la construction d’un gazoduc que les aides financières et militaires aux islamistes et à l’opposition se sont multipliées. On est là au cœur de la réalité géopolitique de ce conflit, bien loin des droits de l’homme.

Enfin, l’émission s’intéresse également au sort des civils, ceux qui restent dans des villes en ruines comme à Alep, qui semblent vivre presque normalement comme à Damas, ou ceux qui fuient la guerre. Et c’est là que tout le drame syrien révèle toute son ampleur. À l’instar d’autres pays européens, la France, pour des raisons idéologiques, a favorisé la dislocation de la Syrie, tenue par le dernier régime laïc du Proche-Orient, vecteur de stabilité dans toute la région. Résultat : des vagues de réfugiés accourent vers l’Europe et les mêmes gouvernements d’Europe de l’Ouest s’empressent alors d’appeler leurs populations à accueillir et à intégrer à bras ouverts ces populations qu’ils ont eux-mêmes contribué à déplacer. C’est le serpent qui se mord la queue.

On ne saurait trop recommander de visionner cette émission. Pour comprendre le conflit syrien, pour prendre du recul, pour saisir les enjeux de ce qui ressemble fort à une guerre mondiale. Une guerre dans laquelle la France, malgré l’opposition de nombreux dissidents, a choisi le mauvais cheval, pieds et poings liés désormais avec les pétro-monarchies du Golfe. Les espoirs d’élimination des islamistes, de rétablissement du régime laïc et du retour au pays de ces millions des réfugiés syriens passent désormais notamment par la Russie, seule nation à faire des villes détenues par Daech des nouveaux Stalingrad. Samedi 20 février, au cours de l’émission "On n’est pas couché", toujours sur France 2, Jean-Luc Mélenchon a pu déclarer de son côté : « Je pense que Vladimir Poutine va régler le problème, celui d’éliminer Daech. (…) Je suis pour que Daech soit vaincu, écrabouillé et que les Kurdes gagnent pour la stabilité dans la région ».

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