Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

jeudi 31 octobre 2013

Philippe Verdon : cérémonie du souvenir du 22 août 2013, cimetière de Montferrand-Périgord



Philippe Verdon et Serge Lazarevic ne travaillaient pas, eux, pour AREVA…



… un homme foncièrement bon qui vouait un amour sans faille à ses deux enfants. Il avait fait de sa vie une aventure permanente
mais au fond il ne courrait qu'après un bonheur simple, une famille unie, l'amour…




Témoignage de Jean-Pierre Verdon, père de Philippe, après le décès de Philippe Verdon

Le 21 novembre 2011 Philippe part en Afrique accompagné de son collègue et ami Serge Lazarevic pour finaliser en relation avec l’entreprise malienne « Mandé construction » un projet de cimenterie à Hombori (Mali).

Dans la nuit du 23 au 24 novembre 2011 Philippe et Serge sont enlevés à leur hôtel par un groupe armé.

Le 10 décembre 2011, matérialisé par une photo où l’on voit Philippe et Serge entourés d’hommes en armes, le rapt est revendiqué par le groupe terroriste AQMI (Al Qaida au Maghreb Islamique). Philippe et Serge sont désormais « otages au Mali » aux mains d’une faction liée à celle qui détient déjà 4 de nos compatriotes enlevés à Arlit (Niger) en septembre 2010.

Le 22 février 2012 les ravisseurs tournent une vidéo de Philippe et Serge, On y voit, 3 mois après sa capture, Philippe terriblement éprouvé, les traits altérés, à peine reconnaissable.

D’une voix qui reste claire, il parle de conditions de vie très dures et décrit ses pathologies, le pronostic qui en résulte est angoissant et l’évolution de sa santé ne va cesser de nous obséder.

Le 19 mars 2013, Pendant l’opération militaire française « serval » de libération du territoire malien, soit au 15èmè mois de détention, Aqmi annonce l’exécution de Philippe en précisant : « en représailles à l’offensive française au Mali » L’analyse des données qui entourent cette annonce oblige à la tenir pour exacte. Devant l’accumulation d’éléments concordants, prenant conscience que l’irrémédiable est accompli, notre famille à partir de cette date, commence à entrer dans le deuil.

Le 5 juillet, 2013, sur renseignements humains, l’armée française découvre un corps présumé être celui de Philippe. Dans les jours qui suivront les analyses A D N confirmeront qu’il s’agit bien de lui. Sa mort est alors officiellement annoncée.

Le mercredi 17 juillet 2013 le corps de Philippe a été rapatrié en France. En cercle très privé, et accompagnés par les membres du Centre de Crise du Quai d’Orsay, nous l’avons accueilli au pied de l’avion, pour un hommage dans la sobriété et la dignité. Il était dans un cercueil militaire frappé de l’écusson tricolore. Selon les règles, le cercueil a été aussitôt acheminé au Centre médico-légal de Paris.

Le jeudi 18 juillet 2013 les premières constatations du corps médical étaient : « pénétration -ante mortem - d’une balle dans la tête ». Il s’agit donc bien d’une exécution. Compte tenu de la date et du lieu, tout indique que la mort est intervenue lors de l’avancée des troupes françaises de l’opération « Serval ». Dans ce contexte, Philippe aurait été abattu, par ses geôliers avant leur fuite, soit parce qu’il était trop malade pour être emmené, soit parce qu’il a refusé de les suivre.

Twitter : @otagesmali


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La petite croix de Philippe Verdon

Philippe Verdon, assassiné en mars dernier (mais on n’en a eu confirmation que récemment) par des djihadistes d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique), avait été enlevé en novembre 2011 avec Serge Lazarevic (toujours aux mains des islamo-terroristes) à Hombori, dans le nord-est du Mali.

Philippe Verdon n’a pas bénéficié, lui, de la mobilisation corporatiste et de la fièvre médiatique mises en branle pour les deux journalistes zigotos enlevés – puis libérés – par les talibans d’Afghanistan.

Ce qu’on vient d’apprendre, c’est que Philippe Verdon a été assassiné d’une balle dans la tête. Mais aussi qu’on a retrouvé, près de son corps qui a été restitué à ses proches avec ses affaires, une petite croix de bois. Une petite croix qu’il avait sculptée de ses mains. Et qui avait échappé à la vigilance de ses bourreaux.

L’un de ses proches déclare : « C’est poignant. Ses amis sont encore sous le choc. Il était catholique, mais pas forcément pratiquant ». Pas forcément pratiquant. Mais catholique.

Retenu près de deux ans dans des conditions éprouvantes par des fous d’Allah, Philippe Verdon a trouvé, cette petite croix le prouve, le réconfort dans la foi. Dans le Christ. On imagine que, ne se faisant aucune illusion sur le sort qui allait lui être réservé (malade, difficile à transporter, il devenait une charge pour eux), il s’est accroché à cette petite croix. En espérant, peut-être, qu’elle parviendrait comme un dernier témoignage – et c’est le cas – de sa résistance face à des fanatiques. Ils l’ont tué. Mais c’est lui qui est vainqueur.

Cette croix, cette petite croix, nous rappelle les premiers chrétiens qui, au plus fort des persécutions traçaient, avant de mourir, dans le sable des arènes ou sur les murs de leurs ergastules, un poisson stylisé ou un mot, ichtus (1).

Oui, on l’imagine récupérant un petit morceau de bois, dans sa prison de pierrailles où le bois est rare et, jour après jour, à l’insu de ses geôliers, lui donnant la forme d’une croix. Il a fallu aussi la cacher, la mettre à l’abri, la protéger. En même temps, cette croix protégée et protectrice lui donnait la force de tenir bon.

On l’imagine dans les nuits glaciales du Tessalit, après des journées de fournaise, serrant dans sa main sa croix, sa petite croix. Catholique désormais pratiquant. Il est seul dans la nuit. Mais il n’est plus seul. Et quand les djihadistes lancent leurs « Allah Akbar ! » il récite, lui, le Notre Père sur ce petit morceau de bois qu’il tient contre lui. Mort, où est ta victoire ?

Il a fallu plusieurs semaines à l’armée française, guidée par des Touaregs, pour retrouver le corps martyrisé – car Philippe Verdon est un martyr au sens chrétien du terme – de cet homme qui n’avait peut-être pas lu Psichari mais qui, à l’heure ultime, s’est présenté chrétiennement devant le Sauveur.

Une cérémonie sera organisée à la mémoire de Philippe Verdon, le 22 août prochain à 15 h 30, au cimetière de Montferrand-Périgord en Dordogne. La petite croix sera déposée sur un coussin à cette occasion.

(1) Ichtus : du grec ancien ikhtùs (« poisson »), symbole crypté utilisé par les chrétiens du Ier au IVe siècles. Les initiales d’ICHTUS, qui forment un acrostiche, donnent : Iesous Christos Theou Ubios Soter (« Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur »).

ALAIN SANDERS



Serge Lazerevic échangé contre ses propres ravisseurs Ag Wadossène et Heiba Ag Achérif…









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