Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

lundi 11 mars 2013

1963-2013 : Présence de Jean Bastien-Thiry, cinquante ans après…



Un sourire empreint de gravité…
1948 : Jean-Marie Bastien-Thiry, brillant polytechnicien…

Pour le 50ème anniversaire de la mort du
Colonel Jean BASTIEN-THIRY

fusillé le 11 mars 1963 au Fort d’Ivry,

le Cercle Jean Bastien-Thiry, sa famille et ses amis vous invitent :

- Le samedi 23 février de 9h30 à 18h30 :
à la journée-colloque « Bastien-Thiry, 50 ans après »
au Forum de Grenelle,
5 rue de la Croix Nivert,
75015 Paris,
participation aux frais : 5€,
renseignements sur le site www.bastien-thiry.fr
Inscriptions par la poste ou courriel :
Cercle Jean BASTIEN-THIRY – B.P.70 – 78170 La Celle St Cloud
Courriel : basthiry@aol.com

- Le dimanche 10 mars à 15 heures :
à la cérémonie au cimetière de Bourg-la-Reine (92)
sur la tombe de Jean Bastien-Thiry

- Le lundi 11 mars à 18 heures :
à la messe célébrée en l’église Sainte Odile
(2 av. Stéphane Mallarmé, 75017 Paris)

Cercle Jean BASTIEN-THIRY – B.P.70 – 78170 La Celle St Cloud
Courriel : basthiry@aol.com




Cette journée dont le thème est « Bastien-Thiry, 50 ans après » offrira :

- une exposition d’affaires personnelles de Jean Bastien-Thiry en particulier des uniformes (dont celui qu’il portait au procès), des livres et des objets qu’il avait dans sa cellule à la prison de la Santé, des lettres manuscrites ;
- deux séries d’interventions de personnes l’ayant connu ou étant liées à cette période de la fin de la guerre d’Algérie, une série le matin et une autre l’après-midi ;
- la possibilité, entre ces deux séries, de visionner des extraits de différentes vidéos en lien avec le souvenir de Jean Bastien-Thiry (émissions TV et films sur l’attentat et sur le drame vécu par les Pieds-Noirs et les Harkis) ;
- la possibilité de participer à des ateliers-débats autour de différents thèmes en particulier celui de la légitime défense (elle a été évoquée au procès du Petit-Clamart), ou « la transmission du souvenir » concernant ces événements douloureux ;
- à 17 heures, par un groupe des jeunes-gens la représentation de la pièce "Bastien-Thiry, Vérité" écrite par son épouse Geneviève.

Pendant toute la journée, les participants pourront se procurer des ouvrages sur Jean Bastien-Thiry et se faire dédicacer des livres par les auteurs présents.

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 Extrait de la Déclaration du Colonel Bastien-Thiry, le 2 février 1963 devant la Cour militaire de Justice de Vincennes :
« Le danger que court actuellement ce pays ne vient pas d'un risque de destruction physique ou matérielle : il est plus subtil et plus profond car il peut aboutir à la destruction de valeurs humaines, morales et spirituelles qui constituent le patrimoine français . Ce patrimoine provient d'un héritage qui est à la fois grec, latin, occidental et chrétien et repose sur une conception précise de la liberté et de la dignité de l'homme et des collectivités humaines et sur la mise en application de principes fondamentaux qui sont la recherche et le souci de la justice, le respect de la vérité et de la parole donnée et la solidarité fraternelle entre tous ceux qui appartiennent à la même collectivité nationale . Nous croyons qu'on ne viole pas impunément et cyniquement ces différents principes sans mettre en péril de mort, dans son esprit et dans son âme, la nation tout entière . »

*     *     *


À l’heure où j’écris ces lignes, il y a cinquante ans, nous étions dans l’angoisse de savoir, si, demain, à l’aube, Jean-Marie Bastien-Thiry serait ou non fusillé.

De tous côtés, les interventions auprès du « Château » se multipliaient… en vain. Celui qui devait devenir quelques années plus tard mon beau-père, tentait une ultime démarche au nom des anciens de Polytechnique. L’Élysée demeurait sourd.

En réalité, dès le premier de jour de son procès, dans sa déclaration qui reste un des plus nobles textes de la langue française, le jeune et brillant colonel de l’Armée de l’air avait signé lui-même son arrêt de mort. Les efforts admirables de ses avocats avaient la beauté triste des chants du désespoir.

« Que ce soit à Saint-Léon de Bayonne ou à Saint-Jacques de Lunéville, tous les matins, une messe est dite pour que la Divine Providence vous assiste, au moment de votre délibéré… Ne demeurez pas sourd, Messieurs, à l’invocation de l’Esprit qui, tous les matins, renaît à la prime aurore et retenez ces mots que je vous livre avec la plus intense de mon émotion : Et in terra pax hominibus bonæ voluntatis ».

Ainsi, après trois heures et demie d’une éloquence qui cherchait, en vain mais malgré tout, le cœur des hommes qui peuplaient une cour de justice qui, quelques semaines plus tard, sera déclarée illégale, Jean-Louis Tixier-Vignancour livrait-il un ultime combat. Celui qui avait constamment appelé DeGaulle « le Chef de l’état de fait » ne pouvait espérer aucune clémence. D’ailleurs la voulait-il ? Il était déjà ailleurs, devant le seul Juge qu’il reconnaissait, dans la vie qui ne connaît ni décrépitude, ni trahison, ni compromission.

C’est une grâce pour nous qui n’avions pas vingt ans d’avoir été les jeunes contemporains de Jean-Marie Bastien-Thiry. Antigone est une figure théâtrale, registre inépuisable pour les poètes et les dramaturges depuis vingt-cinq siècles… Mais cette figure n’a pas d’épaisseur historique. En aurait-elle que sa présence charnelle ne pourrait nous toucher. Elle vit dans les livres. Bastien-Thiry a vécu parmi nous. Certains de nos amis, de nos camarades de faculté – je pense particulièrement à mon ami Olivier Sers, devenu ensuite après la prison un brillant avocat, prince du Stage, et aujourd’hui le meilleur traducteur de Sénèque, de Lucrèce, de Pétrone, d’Ovide… – l’avaient fréquenté et, dans l’opération du Petit Clamart, l’avaient servi. Un jour viendra où un poète, un homme de théâtre, chantera ce drame, digne des plus grands moments de l’Antiquité, qui s’est déroulé, chez nous, il y a cinquante ans, à la fin de notre adolescence.

Le 11 mars 1963, pour beaucoup d’entre nous, sonnait le glas définitif de notre défaite. Un an avant, avec les accords d’Évian, c’était joué. Mais sous le feu éteint, une braise couvait encore. Avec l’énergie du désespoir et l’inconscience de la jeunesse, nous brûlions, dans tous les sens du terme, nos dernières cartouches. Maintenant c’était fini. Une immense dépression, un « à quoi bon ? » généralisé nous envahissait, accompagnant un irrépressible dégoût.

C’était le temps où Maurice Ronet incarnait, dans le Feu follet, le suicide logique de l’officier perdu. Louis Malle, Jeanne Moreau, Drieu La Rochelle parlaient à notre désenchantement d’une voix qui aurait pu être mortelle. Antoine Blondin nous traitait au vin de Bordeaux, aux calembours et à la poésie de la nuit de Paris. Nous lui en restons reconnaissants. Puis il y eut Jean Ousset, et, à peine dix huit mois après, le commencement de la campagne présidentielle de l’avocat de l’Algérie française. En France, rien n’est jamais acquis à l’homme, ni sa force, ni sa faiblesse… et encore moins son désespoir. Les facultés de rebondissement sont à la mesure de ses facultés héroïques. Car Jean-Marie Bastien-Thiry fut un héros, comme Harmodius – « auprès d’Harmodius, auprès de son ami… » – comme Charlotte Corday… un héros de notre antiquité, qu’auraient célébré Caton et Virgile, Cicéron et Plutarque. La poésie écrase le temps. L’héroïsme, qui est le sommet de la poésie, méprise le temps qui est l’insolvable créancier de la mort. Par lui, notre jeunesse rejoint l’aurore des civilisations. Le jeune Colonel, vêtu de probité candide et d’héroïsme désintéressé, affrontant un vieux général crispé sur un pouvoir si longtemps convoité et reçu par surprise, pour la survie de notre plus belle province d’Afrique, c’est un tableau intemporel pour enseigner le civisme aux jeunes générations de la République.

Il paraît que nous vivons une époque de décadence. Innombrables sont les signes qui fondent ce diagnostic. Mais, dans cette époque, brillent aussi des lumières qui attestent que le sang français, l’esprit du Royaume de France, la sève du renouveau est toujours là.

Dans moins de trois semaines, nous allons devoir manifester la permanence de cette présence. Nous allons dire, à la face du monde qui nous regarde, de la place de l’Étoile à la place de la Concorde, que les familles de France sont la France. Un après l’autre, les pays d’Europe acceptent une législation délirante, fruit de la déchristianisation de ce qui fut la Chrétienté. « L’état de fait » qui se dit présentement « Régent du Royaume de France » veut nous soumettre à la même ignominie. Répondons-lui avec l’énergie calme, droite et joyeuse qui sut aller jusqu’au don du sang pour « mettre en œuvre la grande loi de solidarité entre les hommes ». Il ne nous est pas demandé, le 24 mars prochain, de mourir sous les balles des fusilleurs… simplement de défiler, d’être là, de ne pas manquer le rendez-vous. Cet héroïsme modeste est à la mesure de nos forces déclinantes. Y renoncer tiendrait de la débilité. Je sais bien qu’ici ou là des paroles qui se veulent réalistes prétendent qu’on ne fait pas deux fois le même exploit, que le ressort serait sinon cassé, du moins détendu… que ceci… et que cela… il y a une infinité de raisons, plus sages les unes que les autres, pour ré-ouvrir ce discours de désespérance, paré de l’accent de la lucidité.

Mais ce qui fait l’histoire est toujours ce qui se dresse à contre-courant. Le Chevalier de la Barre, aujourd’hui, n’est plus l’homme qui garde son chapeau quand passe le Saint-Sacrement, c’est celui qui crie son dégoût devant les chars de la gay-pride. L’amour de ce qu’il y a de plus vrai et de plus beau dans l’ordre profond de l’univers se décline aujourd’hui sur le ton de la contestation radicale de l’ordre établi et du non-conformisme absolu à l’égard des mœurs dominantes. Suprême bénédiction céleste qui réunit le goût de la vérité et la passion de la liberté, la vénération de l’ordre et le penchant inné pour l’anarchie.

Ne manquons pas ce rendez-vous historique de nos passions nationales. Un nouveau printemps français nous attend.



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Il y a 50 ans, la mort injuste d’un héros : Jean Bastien-Thiry
Jean Bastien-Thiry a illuminé de son visage jeune et souriant la dernière scène de cette France de toujours, en même temps que s’avançait sur la dépouille de notre pays une sorcière hideuse et grimaçante qui allait garder son nom et prendre sa place.
Tout d’abord, il n’est pas illégitime de considérer la mort de Jean Bastien-Thiry comme le dernier acte de la Guerre d’Algérie. Certes, il y a eu encore des résistances héroïques et désespérées, l’activité du Conseil National de la Résistance à Rome, les actions d’officiers « perdus », la tentative d’attentat du Mont Faron, etc. Mais, à ma connaissance au moins, le sang n’a pas coulé.

Le sacrifice de Jean Bastien-Thiry a été incommensurable car, tout d’abord, il y a donné délibérément sa vie – comme tant d’autres combattants certes. Ses déclarations et son attitude lors de son procès confirment qu’il ne tenait pas à devoir la grâce à celui qui avait accumulé tant d’abominations. Mais il y a plus. La geste entreprise, qu’elle réussisse ou qu’elle échoue, devait jeter l’opprobre et la honte de la nation sur son nom et par conséquent sur sa famille, sans mesure car sans fin dans le temps. Quarante-cinq ans plus tard, si l’on évoque son nom dans un lieu public, on baisse la voix. En ce sens, il ne peut y avoir de sacrifice plus grand. Observons d’ailleurs que tant d’autres combattants de l’O.A.S. n’ont pas subi la même flétrissure ou, au moins, au même degré. Car quelles que fussent les actions menées, elles n’atteignaient pas le « sacrilège » de s’attaquer à DeGaulle qui incarnait la France – toutes tendances politiques confondues. Il cristallisait les péchés de son peuple et il l’avait débarrassé de l’Algérie.

Le sacrifice de Jean Bastien-Thiry a été encore grandi, anobli, par le fait qu’il était gratuit, à la limite qu’il risquait d’être inutile. Certes, si les rafales des FM avaient mis fin à la vie et à la carrière de l’homme de l’Élysée, en Algérie le bras des tueurs du F.L.N. serait resté suspendu dans la crainte d’un réveil de la France. Mais il n’y aurait eu là pour les candidats au supplice qu’un répit éphémère. En France, l’esprit de la population était trop profondément contaminé pour que ce geste salutaire amène un renversement significatif, tant de la politique suivie que dans le rétablissement de la vérité au sujet de l’Algérie.

La fin d’une civilisation animée par l’esprit de sacrifice

La tentative de Jean Bastien-Thiry, et de ses hommes, a clos un trait essentiel de notre civilisation, peut-être même le trait essentiel. Celui-ci se trouvait dans l’héroïsme surhumain d’aller au sacrifice pour une cause juste même si elle était évidemment perdue, pour une cause morale, pour l’honneur, par fidélité à l’égard des fidèles et tout simplement à l’égard du passé.

Les balles qui ont mis à mort Jean Bastien-Thiry, au fort d’Ivry, un sinistre matin de mars 1963, ont été d’abord les ultimes coups de feu qui ont mis fin à ce que l’on appelle les guerres de décolonisation. Pendant près de vingt ans, de l’Indochine à l’Afrique du Nord, de Cao-bang à Soukaras, nos soldats et nos officiers ont constitué une véritable « chair à canons coloniale ». Les parlementaires et les partis politiques qui tenaient la France dans leurs serres et qui les avaient envoyés à ces terribles combats lointains, se servaient des événements d’Indochine et d’Algérie pour renverser le gouvernement en place et s’y substituer par des crocs-en-jambe abjects. Tout au long de la guerre d’Algérie, ces gouvernements qui leur donnaient la mission de mourir pour combattre les rebelles traitaient, en sous-main, avec les organisations politiques de la rébellion, annulant ainsi les résultats si chèrement acquis sur le terrain. Et pendant les quatre dernières années (1958-1962), notre armée avait été soumise – parfois subjuguée – par un DeGaulle qui laissait, dans une indifférence glacée, massacrer des centaines de milliers de personnes en Algérie et qui poussait la cruauté la plus inhumaine jusqu’à laisser un général Jouhaud plus de 200 jours et plus de 200 nuits surtout, attendre l’aube où se pratiquent les exécutions capitales. Sous l’autorité de ces créatures misérables qui tenaient l’Élysée, Matignon, le Palais Bourbon et celui du Luxembourg, ces officiers mouraient pour la France, mouraient pour les populations qu’on les avait chargés de protéger, au début en y croyant, puis, au fil du temps, quand les illusions s’écaillaient, prenant conscience qu’ils mouraient pour rien et qu’ils faisaient mourir pour rien ceux qui étaient sous leurs ordres et également ceux d’en face. Ils sont restés courageux dans cette inimaginable épreuve. Ils sont restés fidèles au serment d’obéissance, liés à leur condition d’officiers. La plupart sont restés soumis, peut-être trop soumis.

Un des leurs, le colonel Jean Bastien-Thiry, qui n’avait pas été impliqué dans les combats et dans les massacres, a décidé qu’il était toujours temps de se livrer en holocauste. Il l’a fait dans un sacrifice aux dimensions exceptionnelles. Sa mort peut être considérée comme la fin d’une certaine France, laissant à sa place une autre France, nouvelle, habitée par une religion nouvelle, désorientée, une France défigurée, maculée, souillée, mûre pour mai 1968, mûre pour le suicide collectif de l’avortement et de la contraception, mûre pour la mise à mort de l’école et de la famille, pour la promotion de l’immoralisme. Aucune rupture de civilisation dans notre histoire n’a eu la même importance, les mêmes ravages foudroyants, la même irréversibilité. Avant, chez nous, l’esprit de sacrifice était vivace. Pendant plus d’un millénaire des missionnaires, des croisés, des chevaliers, de prestigieux officiers ou nobles fantassins, des médecins et des défricheurs d’empire ont donné leur vie pour la France. Par cet esprit de sacrifice, ils « faisaient du sacré ». Après le début de ces années 1960, l’esprit de sacrifice avait disparu ou, en tout cas, s’était singulièrement recroquevillé. Les douze balles qui ont tué, à l’aube du 11 mars 1963, un patriote et un héros, marquent allégoriquement l’achèvement du martyre de son pays. Jean Bastien-Thiry a illuminé de son visage jeune et souriant la dernière scène de cette France de toujours, en même temps que s’avançait sur la dépouille de notre pays une sorcière hideuse et grimaçante qui allait garder son nom et prendre sa place.


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Lettre de Georges Watin au commissaire Bouvier

Cette lettre est extraite du numéro spécial 61 bis, daté mai à décembre 1963, du Charivari consacré à Jean Bastien-Thiry :

Le procès de Vincennes
La mort de Bastien-Thiry
L’HONNEUR ET LE SANG


Le 24 octobre 1962, le commissaire Bouvier, qui avait mené à bien l'enquête sur l’attentat du Petit-Clamart et arrêté une partie des exécutants, recevait de Georges Watin, l'un des accusés en fuite, une lettre dont Le Charivari a présenté de larges extraits. Sans doute ne peut-on prendre comme argent comptant toutes les affirmations contenues dans ce texte. Du moins, à leur lumière certains contours demeurés mystérieux de l’affaire peuvent-ils être cernés. La vigueur pittoresque du style comme l'indéniable courage de son auteur confèrent en outre un intérêt à sa publication, pour la mémoire mais surtout pour les plus jeunes qui, avec bonheur, aujourd'hui découvriront ce texte magnifique.

Monsieur,

Je prends la liberté de vous écrire, bien que vous sachant toujours très occupé. Mais je ne puis accepter qu'un de mes camarades de combat risque sa tête par simple esprit de chevalerie, par le seul réflexe du véritable officier. En effet, Alain [de la Tocnaye] s'accuse, à tort, d'être le chef du commando de Villcoublay. Il serait injuste, voyez-vous, qu'Alain soit condamné à la peine capitale alors qu'il n'a fait que conduire la voiture P.C., qu'il n'a pas tiré un seul coup de feu, qu'il n'est venu en opération, les deux dernières fois, que parce que j'étais là. De toutes façons, il était bien décidé à obéir aux ordres reçus, c'est-à-dire se saisir de la personne du général pour jugement ultérieur (...).

Pour le commandant Niaux, j'affirme que cet officier intègre et droit n'a été absolument pour rien dans l'affaire. Il n'a jamais été à Clamart et il n'était même pas au courant de l'opération. Bien sûr, comme tous les patriotes, il attendait et espérait. C'est tout son crime. Et sa mort vous est comptabilisée, mon cher Bouvier (...). Pour Bastien-Thiry, c'est encore plus simple : il a pris le train en marche. Je dois dire qu'il est devenu un serre-frein plutôt qu'autre chose. Car vous qui savez tout, vous semblez ignorer que je suis sur cette opération depuis début avril. Oui, dix-sept fois exactement, nous nous sommes baladés à sept ou huit voitures, avec armes et bagages, sur les itinéraires de principe de l'objectif n° 1. Et je vous assure que ce n'était pas une opération d'enlèvement. C'était une embuscade de type fellouze. J'avais entre vingt-quatre et trente camarades triés parmi les durs et j'avais donné l'ordre de « griller » tout le monde (…). Il y avait entre 90 et 120 grenades défensives distribuées en plus des armes automatiques. Vous imaginez un peu le travail ! Lorsque j'ai contacté le colonel, il a été effrayé. Il ne comprenait pas cette haine profonde que nous avions, nous, pour vous tous (...).

Bastien était chargé de mission par le haut commandement rattaché au C.N.R. et cette mission, à mon sens trop humaine, était non pas de tout liquider mais de faire des prisonniers. Je dois dire que j'enrage encore en me remémorant notre petite sortie. Pensez donc, si au lieu de tenter de percer les pneus nos gars avaient flingué le pare-brise ! Pour des tireurs chevronnés, c'eût été un enfantillage. Quel gaspillage de compétence ! Bien entendu, Bastien ne voulait pas que nous tirions à tort et à travers (...). Sur ordre d'en haut, j’ai accepté d'essayer son truc deux ou trois fois. Hélas !... Comme vous le savez, les camarades de l'Estafette devaient arrêter la voiture du général et nous devions le transférer dans notre ID. Mais j'avais bien l'intention de désobéir car pour nous, Pieds-noirs, il y a fort longtemps qu'il est condamné et nous n'avons que faire de tout formalisme juridique. J'avais donc décidé, et sans le dire, de suivre ma petite idée. Le C.N.R. aurait toujours pu dire que j'étais un « groupe incontrôlé »… C’est d'ailleurs moi seul qui ai mitraillé le côté gauche de la voiture à la bonne hauteur. Et je dois à la vérité de dire que, malheureusement, j'ai eu un incident de tir — je n'ai pu tirer que huit balles de mon premier chargeur et j'ai dû le changer. Mais le convoi roulait à plus de cent kilomètres à l'heure (chapeau en passant pour le chauffeur. II n'a même pas oublié son clignotant pour s'engager vers l'aérodrome. Vous voudrez bien le féliciter et lui faire dire que je suis prêt à l'engager chez nous). Ce n'était vraiment pas de chance (...).

J'étais gaulliste, de 1940 jusqu'en 1958. Mais moi aussi j'ai fini par comprendre. J’aurais pu, bien sûr, écrire un gros bouquin sur mes espoirs déçus. Mais dans mon pays, un cocu ne plaide pas, il tue (ou, hélas ! il essaie)... J’ai donc revendiqué de prendre cette mission que j'avais étudiée déjà sous diverses formes depuis janvier 1961. Je n'avais pas de titres et pas plus de galons, mais un vrai chef n'en a pas besoin.

Il suffit qu'il soit là, présent, et qu'il fasse ce qu'il faut. J’étais le chef naturel, j'étais l’âme de ce groupe de braves. Je le dis simplement et sans forfanterie parce que je suis seul ou à peu près devant votre énorme appareil, Monsieur Bouvier. Peut-être un jour m'arrêterez-vous et, comme tout le monde, j'aurai très peur de mourir. Inch'Allah ! Je prierai et tâcherai d'être digne, au moins, de ce que je crois être.

D'ailleurs, et n'en déplaise à Témoignage Chrétien, je dois dire que déjà, dans les dernières minutes d'attente à Clamart, j'ai prié et prié avec ferveur, et vous me comprenez, vous, père Delarue. Mais Dieu n'a pas voulu (...).

Mais nous recommencerons, écrit Georges Watin :

Au nom des malheureux fauchés le 26 mars ;
Au nom des victimes de Katz ;
Au nom de nos harkis qu'ils ont cuits en d'ignobles bouillons ;
Au nom de nos filles et de nos femmes violées;
Au nom de nos soldats sodomisés ;
Au nom des torturés ;
Au nom des fusillés ;
Au nom du pays perdu ;
Des églises profanées ;
Des tombes abandonnées ;
De l'honneur oublié ;
Au nom de la vraie France… de la vraie…
Car la vôtre de France, c'est un pays malade. Mais, comme l’a dit Balzac : "Il est des maladies qui se soignent par le plomb."

Georges WATIN

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Homélie prononcée par Monseigneur Jean-Yves Molinas
lors de la Messe célébrée en la cathédrale de Toulon, le lundi 11 mars 2013
pour la France et pour la paix de l'âme du colonel Jean Bastien-Thiry, assassiné le 11 mars 1963

Il y a cinquante ans, un homme tombait sous les balles du peloton d’exécution.
Nous savons, nous qui sommes réunis dans cette cathédrale, qui était cet homme et les raisons pour lesquelles il achevait prématurément sa vie dans les fossés du fort d’Ivry.
Depuis cinquante ans des générations d’hommes et de femmes se sont succédé. Peu nombreux ont connaissance de ce drame qui a cependant marqué l’histoire de notre pays. Cette mort est intimement liée à l’agonie et à la mort d’une province française, l’Algérie, mais plus encore au refus d’accepter de voir la France renoncer à sa mission de nation civilisatrice dans le monde et particulièrement sur toutes ces terres lointaines où son génie avait permis un bond de mille ans en avant. Nombreux historiens, géopoliticiens, philosophes expliqueront que ce dégagement était inévitable et que le vent de l’histoire nous y obligeait fut-­ce au prix d’un abandon dramatique des populations qui avaient cru, elles, en la France. Mais des hommes se sont élevés contre ce qu’il faut bien appeler une forfaiture, une trahison, et donnèrent leur vie pour ne pas faillir à la parole donnée.
Et, parmi eux, il y eut Jean Bastien-Thiry. Jeune lieutenant-­colonel, marié et père de trois petites filles, il n’hésita pas à sacrifier un avenir humain et professionnel prometteur, pour que la France ne se perde en succombant à « l’acharnement d’un très vieil homme ».
Comme l’écrivit son frère, Gabriel Bastien-­Thiry, Jean « s’était fait de la France une idée trop belle, et de la justice humaine un concept spirituel ». Cette idée et ce concept dont les racines plongeaient dans la foi chrétienne façonnèrent toute sa vie. Oui, Jean Bastien-­Thiry était un fervent chrétien, et cela depuis sa plus tendre enfance. L’amour du Christ l’avait tout naturellement ouvert à l’amour de sa patrie, la France. Ainsi, pétri par les pages de gloire de l’histoire de son pays et par le baptême qui marqua la France, il ne pouvait ignorer le drame qui se déroulait sous ses yeux, et dont il prévoyait clairement les conséquences désastreuses que non seulement la France mais aussi l’Europe auraient à endurer.
N’oublions pas le contexte géopolitique existant alors : d’une part, l’idéologie marxiste diffusant ses mensonges et pénétrant toutes les couches de la société ; des centaines de pays dans le monde asservis à cette dictature habilement présentée comme l’avènement de la liberté et de la démocratie pour les plus pauvres ; la menace militaire des pays du pacte de Varsovie prêts à envahir le monde libre ; à l’intérieur la subversion, aux frontières les chars et les missiles. Et d’autre part, en Algérie et dans nombre de pays musulmans le réveil d’un islam fait d’intolérance, de violences extrêmes et dont la volonté d’expansion dans le monde est clairement démontrée aujourd’hui.
En 1963, l’indépendance de l’Algérie est déjà survenue. Le nouvel état algérien n’a tenu aucun compte des accords d’Évian qui devaient permettre aux différentes communautés de continuer de vivre sur cette terre. Jour après jour, les nouveaux maîtres du pays, hier encore terroristes sanguinaires mais qui, bien qu’au pouvoir, n’ont pas renoncé à leurs méthodes, bafouent ces accords. Des milliers d’Européens sont enlevés, des centaines de milliers de Harkis sont massacrés dans des conditions horribles, l’armée française encore présente en Algérie, restant, sur ordre, l’arme aux pieds. Les églises sont profanées, les cimetières dévastés... Tout cela après la fusillade de la rue d’Isly à Alger, le 26 mars 1962, où l’armée française tira sur des hommes et des femmes qui revendiquaient seulement le droit de rester français sur une terre française, et le massacre horrible du 5 juillet à Oran.
La pureté de cœur et d’esprit de Jean Bastien-­Thiry ne pouvait accepter que la France continuât de sombrer dans l’ignominie, après que, comme le déclara le Président du Sénat Gaston Monnerville, « la Constitution eut été violée et le peuple abusé ». Nous ne tenterons pas ce soir de découvrir le cheminement qui amena Jean Bastien-Thiry jusqu’à l’attentat du Petit Clamart contre le président de la République, mais nous retiendrons comme certain que ce qui le conduisit jusqu’à cet acte, ce ne fut pas la haine de celui qui gouvernait alors la France, mais « la compassion pour les victimes » de cet homme, la volonté de « sauvegarder des vies humaines innocentes », et l’amour de la France dont il ne voulait pas que l’histoire fût irrémédiablement souillée.
La mort courageuse de Jean Bastien-­Thiry et de tant d’autres de ses compagnons qui ne se sont pas résignés à accepter le fatalisme d’une nation anesthésiée, nous amènent, cinquante ans après, à nous poser cette question : leur sacrifice a-­t­il été vain ? On pourrait le craindre en constatant combien notre pays et l’Occident chrétien en général semblent s’être détourné de leur destinée. Un chef d’état français n’a-­t-­il pas été parmi les plus déterminés opposants à la reconnaissance des racines chrétiennes de l’Europe? La France, notre patrie, est aujourd’hui défigurée, et bon nombre de nos compatriotes semblent avoir renoncé à la fierté d’être français. Ne leur demande­t-on pas, encore et encore, de se battre la coulpe et de se reconnaître coupables de toutes les abjections commises sur cette terre. Depuis des décennies, on leur a retiré peu à peu les repères historiques, religieux et philosophiques qui les constituaient en nation. On enseigne dans nos lycées que le FLN, qui fut l’ennemi de la France et dont on s’acharne à vouloir dissimuler le terrorisme, la cruauté et le mensonge, incarna la révolte saine et courageuse d’un peuple opprimé pour se libérer du colonialisme français. Cinquante après, nombre d’Algériens eux-­mêmes n’y croient plus ! Et du coup, on passe sous un silence honteux les 30 000 soldats français morts pour la France en Algérie. Pire encore, on crache sur leur tombe. Peu à peu, on a effacé de notre histoire les grandes figures qui faisaient que l’on pouvait être fier d’être français. Je dis avec assurance et certitude que Jean Bastien-­Thiry fait partie de ceux-là. Hélas, en compensation, on a fait du show-­biz un olympe et des saltimbanques et autres marchands de rêves, les maîtres à penser d’un peuple décadent.
Le bilan pourrait donc nous paraître bien triste. Et pourtant, la foi et l’espérance ne doivent pas déserter notre vie. Il n’est pas possible que les sacrifices de tels hommes ne finissent par porter du fruit. Autant de souffrances, (je pense à l’indicible souffrance que connurent les proches de celui dont nous faisons mémoire, son épouse, ses trois filles alors encore enfants, de tous ceux dont un des leurs tomba sous les balles du pouvoir) autant d’abnégation engendreront un jour de nouvelles générations qui se lèveront, et se reconnaitront en ce frère ainé qu’est Jean Bastien­-Thiry. Animées par la foi, ils édifieront ce Royaume de lumière, de paix, de fraternité et de vérité que le Christ est venu instaurer sur notre terre.
Et pour nous les Pieds-­Noirs, c’est un devoir de nous souvenir de la compassion de Jean Bastien-­Thiry pour notre calvaire. « Les Pieds Noirs ne pourront oublier que cet homme, pétri de traditions, enchaîné par ses principes, a tenté l’intentable à cause d’eux. » (« Plaidoyer pour un frère fusillé » de Gabriel Bastien-­Thiry)
Avant de rendre sa belle vie à Dieu, Jean Bastien-­Thiry, heureux d’apprendre que ses camarades avaient été graciés, servit à sa dernière messe célébrée par l’aumônier. S’adressant au prêtre, il lui dit : « Mon Père, offrons cette messe pour qu’un jour redevienne possible l’unité des Français. » « Oui, mon Père, il faut qu’un jour les Français puissent être unis ! » Devant le peloton d’exécution « l’Homme a souri, et son visage a reflété un immense apaisement, une sérénité définitive. » Que Dieu sauve la France ! Amen


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Il y a 50 ans l' assassinat du Colonel Bastien-Thiry


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Sur ce blog, la page dédiée à Jean Bastien-Thiry :









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1 commentaire:

  1. CE GRAND HOMME EST MORT TETE HAUTE, POUR LAVER LA FRANCE SALIE, POUR NOUS, LES PIEDS-NOIRS , LES HARKIS LES MILITAIRES ABUSES PAR UN DE GAULLE MEPRISANT QUE DIEU N'A PAS EPARGNE
    MAIS SES YEUX SE SONT FERMES SUR UNE TRAHISON, UNE LACHETE PLUS ACCEPTABLE EN 1962 QUE SUR CELLE PIRE ENCORE QUE NOUS VIVONS TOUJOURS EN 2013
    RESPECTS MONSIEUR JEAN BASTIEN-THIRY

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