Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

lundi 17 août 2015

Retour de voyage en Syrie : "L'incompréhensible politique étrangère de la France"



De retour de voyage en Syrie, avec le Rassemblement de la Communauté Syrienne de France, Jean-Dominique Bunel adressait une lettre tout aussi courtoise que ferme à Fabius. Après un dernier parcours de la rue Droite, fort de ce qu'il a vu et vécu en Syrie, Roland Hureaux s'exprime à son tour, dans le Figaro, et nous livre une analyse de la politique de ceux à qui les inadvertances de la démocratie ont abandonné les affaires de la France… La vision de Roland Hureaux est implacable. Cependant chacune de ces deux approches se veut au service d'une seule et même cause, celle des peuples du Moyen-Orient et des chrétiens qui, avec Jésus, ont toujours vécu là-bas…
Sur ce blogue nous nous sommes depuis longtemps déclarés adeptes de l'effet de résonance, cette conjonction des visions les plus diverses voire opposées, conjonction de toutes les oppositions pour ébranler le système et tous les pans de sa malfaisance… Que ces deux contributions, avec d'autres, concourent aux changements radicaux tant attendus…

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Roland Hureaux :
"Syrie : l'incompréhensible politique étrangère de la France"


FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour Roland Hureaux, la position de la France sur la crise en Syrie n'est pas au rendez-vous. Notre pays n'est plus en phase avec la diplomatie qu'il mène traditionnellement au Proche-Orient.

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Plus de réformes produisent moins de résultats !
Pour que la France aille vraiment mieux, il faut abolir (presque) toutes les réformes effectuées depuis vingt ans ! Telle est la proposition provocatrice de Roland Hureaux, l'un des meilleurs connaisseurs de la machine politique et administrative française. Préoccupé par le divorce grandissant entre l'élite gouvernante et le peuple, il se livre à une analyse implacable des politiques de réforme de l'Etat, de l'administration locale, de l'Education nationale, de la sécurité, etc. La plupart de ces réformes, inspirées par les technocrates, aboutissent de manière étonnante à aggraver les problèmes qu'on leur demande de résoudre. Si la politique du gouvernement Sarkozy est la première cible de ses critiques, l'auteur y voit moins une rupture que l'accélération de toutes les dérives des vingt dernières années. Celles-ci, souvent inspirées par la gauche, suscitent une frustration croissante des Français et ne s'expliquent pas seulement par l'incompétence ou le conformisme de la classe politico-administrative. Au- delà, il faut y voir une variante de l'aveuglement idéologique qui agit sur l'esprit des décideurs comme "un virus dans le logiciel". Contre une avalanche de réformes brouillonnes et généralement destructrices, l'auteur promeut un conservatisme raisonné, économe de changements, à la fois libéral et social.
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Laurent Fabius ne gardera pas un grand souvenir de sa visite à Téhéran de la fin juillet. Elle avait été précédée d'un déchaînement d'attaques personnelles sur le thème du sang contaminé. Il voulait se faire accompagner d'une délégation d'hommes d'affaires . Mais les Iraniens ont fait savoir qu'il n'y aurait que des discussions politiques, très froides au demeurant: de contrats, pas question. Le ministre des Affaires étrangères français s'attendait-il à autre chose après avoir tout tenté pour faire échouer les négociations entre Washington et Téhéran ?




Il fut un temps où la France se démarquait suffisamment de la position des États-Unis pour jouer, le jour venu, un rôle d'intermédiaire, ce en quoi Fabius a échoué piteusement en juin dernier entre Israéliens et Palestiniens. Il fut un temps, sous Mitterrand notamment, où la France suivait les États-Unis mais en gardant un profil assez bas pour sauver la mise. 

Avec Hollande, la France suit les États-Unis mais en tentant de faire de la surenchère : cela fut le cas avec l'Iran ; c'est toujours le cas avec la Syrie. C'est là le moyen le plus sûr de rester au bord de la route le jour où la notre grand allié décide de changer de cap. C'est ce qui risque de nous arriver en Iran malgré la sympathie que notre pays inspire aux Iraniens. 

Le décollage économique de l'Iran, imminent une fois les sanctions levées, pourrait se faire sans la France. II est peu probable par exemple que Peugeot récupère jamais le marché de 600 000 véhicules qu'il avait dans ce pays. C'est ce qui nous pend au nez aussi avec la Syrie. 

« Traiter ses ennemis comme s'ils devaient être un jour nos amis ; traiter ses amis comme s'ils devaient être un jour nos ennemis » . Vieux proverbe arabe ou pas, c'est en tous les cas depuis belle lurette le B.-A.-BA de la diplomatie. Il est clair que ce B.-A.-BA, Fabius l'ignorait quand il est allé dire à la tribune des Nations-Unies en 2012 que le président Assad « ne méritait pas de vivre ». Un peu plus tôt, Juppé avait prétendu que le même Assad ne tiendrait pas plus de quelques jours. Trois ans et demi après, il est toujours là. 

Ce n'est pas faute que la France ait engagé des moyens lourds pour le renverser. Fourniture massive d'armes et de matériels aux opposants, assistance technique de plusieurs dizaines de militaires français (dont plusieurs sont morts). À la fin du mandat de Sarkozy, un accord entre la France et le gouvernement de la Syrie nous avait permis de récupérer une trentaine de prisonniers faits par l'armée syrienne. À son arrivée, Hollande a relancé la guerre. 

Aide de la France aux djihadistes 

Inutile de dire que nos armes et notre appui logistique sont allés exclusivement aux djihadistes, en particulier au Front al-Nosra, nouveau nom d'al-Qaida, dont les différences avec Daech sont bien minces. Les mêmes qui enlèvent ou massacrent les chrétiens - et d'autres. La prétendue Armée syrienne libre qui, disait-on, était l'objet de notre sollicitude demeure un fantôme - et un alibi pour aider les islamistes.




Pourtant le plus probable est que ce régime pris en grippe par notre diplomatie avec un rare acharnement tiendra. Il paraît certes aujourd'hui sur la défensive mais s'appuie sur un dispositif solide autour de Damas et de la frontière libanaise. La Russie ne le lâchera pas. La population est mobilisée, notamment les femmes dont bien peu, même chez les sunnites, souhaitent tomber ente les mains des «barbus». Ceux qui soutiennent les forces rebelles, Israël en tête, ne veulent pas vraiment qu'aucune des deux, Daech ou al-Nosra, remplace le régime de Damas, se contentant de le maintenir en état de faiblesse. 

La nouvelle politique américaine 

Les accords entre Washington et Téhéran prévoient le maintien d'Assad jusqu'à la fin de son mandat et le relâchement progressif de la pression des islamistes, qui pourraient être recyclés contre la Russie. 

La France qui avait de solides positions en Syrie, son ancien mandat, où on n'a pas oublié que Jaque Chirac fut le seul chef d'État occidental à assister aux obsèques d'Assad père (eut-il raison d'y aller ? C'est une autre question), sera-t-elle cette fois encore prise de court par le revirement américain, déjà perceptible? Ce serait confirmer l'amateurisme dans laquelle a sombré notre diplomatie: Mitterrand qui fut le mentor tant de Fabius que de Hollande doit se retourner dans sa tombe.

Les arguments moraux ne sont plus pris au sérieux. Meurtres d'enfants à Homs, utilisation de gaz, lâchage de bidons d'essence sur les populations: au moins ces accusations là, portées à l'encontre du régime syrien, se n'ont pas été avérées, ce qui n'en fait pas pour autant un régime tendre. 

Un premier geste serait d'accorder une reconnaissance officielle au Lycée Charles De Gaulle de Damas que les parents d'élèves syriens ont continué de faire fonctionner en autogestion quand la France l'a fermé en 1991, témoignage émouvant d' un attachement aujourd'hui rare à la culture française. 

Le second serait de lever l'embargo sur les produits pharmaceutiques particulièrement odieux quand on sait les dégâts que cette guerre absurde continue de faire dans la population civile. 

Mais pour renouer le fil d'une relation interrompue, peut-être Hollande devra-t-il trouver un autre ambassadeur que Laurent Fabius ?


Le blog de Roland HUREAUX


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Entrons en résonance !!!
"Toutes les oppositions, de gauche, de droite, d’extrême gauche, d’extrême droite sont en voie d’entrer en résonance, quels que soient leurs rivalités, leurs dissensions, leurs éloignements idéologiques. Ils se détestent tous ? Peu importe. Le système se mettra tant à tanguer qu’il s’effondrera."


En 1850, une troupe traversant au pas le pont de la Basse-Chaîne, pont suspendu sur la Maine à Angers, provoqua la rupture du pont, pourtant parfaitement solide, par résonance, et la mort de 226 soldats. Pourtant, le règlement militaire interdisait déjà de marcher au pas sur un pont, ce qui laisse à penser que ce phénomène était connu auparavant. Tous les élèves de terminale S ont étudié ce phénomène physique. Essayons de l’expliquer. Une troupe au pas engendre des vibrations d’une certaine fréquence. Pas grave, sauf si ces vibrations entrent en résonance avec la fréquence intrinsèque du pont. Dès lors, les vibrations ne vont pas s’additionner, mais se multiplier, se démultiplier, jusqu’à ce que le pont s’effondre. Il y a quelques années, c’est aussi un pont qui s’effondra aux États-Unis, sous l’effet d’un vent relativement modeste. Les images, impressionnantes, peuvent être vues sur Internet.

Autre exemple, mais sans risque, rassurez-vous : les automobilistes sont souvent irrités par les bruits parasites qui apparaissent à une certaine vitesse du véhicule ou de rotation du moteur. Certaines pièces mal amorties du moteur, ou de la carrosserie, entrent en résonance et émettent des vibrations sonores. L’automobile elle-même, avec son système de suspension, constitue un oscillateur heureusement muni d’amortisseurs efficaces qui évitent que le véhicule n’entre en résonance aiguë. Quel rapport avec le pingouin ? Hollande vit une situation absolument redoutable qui peut mener à l’effondrement du Régime. Toutes les oppositions, de gauche, de droite, d’extrême gauche, d’extrême droite sont en voie d’entrer en résonance, quels que soient leurs rivalités, leurs dissensions, leurs éloignements idéologiques. Ils se détestent tous ? Peu importe. Le système se mettra tant à tanguer qu’il s’effondrera.



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