Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

mercredi 7 décembre 2011

Le colonel Robert Jambon dédie sa dernière cartouche à ses frères d'armes, les Hmongs


Le 27 octobre dernier, le colonel Robert Jambon a mis fin à ses jours au pied du monument aux morts d'Indochine de Dinan. Le colonel Robert Jambon entend ainsi dénoncer l'indifférence des autorités face au sort de la minorité Hmong au Laos, comme il a pu l'expliquer dans la lettre laissée avant son geste fatal. Cet officier qui avait passé quelques années dans les maquis Hmong des Hauts Plateaux, comme le commandant Denoix de Saint Marc, comme tous ceux qui ont versé leur sang pour la liberté des peuples d’Indochine, avait très mal vécu d’avoir abandonné ses compagnons de combat Hmongs.

Le colonel Robert Jambon avait été nommé officier de la Légion d'honneur à titre militaire le 12 août 1981 par le président François Mitterrand, et promu au grade de commandeur par Nicolas Sarkozy le 5 mai dernier.


Colonel Robert Jambon

Robert Jambon, 86 ans, s'est tué le 27 octobre d'une balle dans la tête devant le Monument Indochine de Dinan, « laissant un mot reliant son acte à ce qu'il avait vécu là-bas ». Dans cette lettre d'explication, l'ancien officier explique avoir tiré sa « dernière cartouche » pour exprimer sa « part de honte » devant « la lâche indifférence de nos responsables face au terrible malheur qui frappe nos amis » Hmongs.
Ancien des troupes de marine d'Indochine, le colonel Jambon avait tenté depuis plusieurs années d'attirer l'attention sur le sort des Hmongs, minorité chrétienne et pro-occidentale victime, selon lui, d'un « véritable génocide » depuis l'avènement de régimes communistes au Laos et au Vietnam en 1975.

Hmongs persécutés

Robert Jambon, qui avait combattu aux côtés de Hmongs durant la guerre d'Indochine (1950-54), s'est notamment indigné de la faible réaction de la France et des États-Unis à l'expulsion de Thaïlande vers le Laos, en décembre 2009, de quelque 4500 réfugiés hmongs qui avaient fui le Laos communiste. 

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, avait à l'époque déploré cette mesure « alors qu'existaient des solutions d'installation dans des pays tiers pour ces bénéficiaires du statut de réfugiés ». Dix-huit organisations de défense des droits de l'Homme, tel Human Rights Watch et Amnesty International, avaient demandé à ce que le sort des rapatriés puisse être garanti pas des observateurs étrangers. 

« Un acte de guerre » et non un suicide
 



Dans sa lettre, Robert Jambon a précisé que son geste n'était « pas un suicide mais un acte de guerre visant à secourir nos frères en danger de mort ». Il a choisi pour cela le Monument Indochine, élégant pagodon fabriqué au Vietnam, érigé en 2000 dans un square de la périphérie de Dinan par le Comité monument Indochine et inauguré par Jean-Pierre Masseret, alors secrétaire d'État aux Anciens combattants. 

« Quant à vous, les gouvernants sans honneur, vous, les grands « média » sans courage et vous, les « collabos » sans vergogne, je vous crache mon sang et mon mépris à la gueule ! »
C'est le jeudi 3 novembre 2011, qu'ont eu lieu à Riols (Hérault) les obsèques du colonel Robert Jambon, commandeur de la Légion d’Honneur.  Il s’est tiré une balle dans la tête le 27 octobre 2011 devant le monument aux morts indochinois à Dinan. Sa souffrance n’a trouvé que cet ultime exutoire pour, peut-être, dire son mépris aux grands de ce monde qui supportent sans sourciller – et dans le silence assourdissant des média – l’actuel anéantissement d’une race par un peuple voisin. Plus probablement, il a estimé que son honneur et la fidélité qu’il devait à ses hommes tombés à ses côtés exigeaient qu’il tombe à son tour et de la même manière à côté de leur mémorial. Il a laissé derrière lui cette forte et belle lettre, « Ma dernière cartouche »

MA DERNIÈRE CARTOUCHE
ULTIME COMBAT POUR UNE CAUSE ORPHELINE
 
Non ! Le Laos n’était pas une « colonie » comme les autres. Nous ne l’avions pas pris de force : il s’était donné à nous librement à la suite d’une sorte d’attirance réciproque nouée à l’occasion d’évènements dramatiques. « À la conquête des cœurs ! » écrivait Auguste PAVIE dont la personnalité attachante avait séduit le vieux Roi Oun KHAM qui avait placé son royaume sous la protection de la France pour échapper à la cruelle tutelle du voisin Siamois.
Non ! Les Laotiens ne sont pas un peuple comme les autres. Leur art de vivre, leur façon d’être heureux malgré, ou peut-être à cause, d’une extrême pauvreté ; leur aménité, leur nonchalance (parfois stigmatisée par leur laborieux voisin vietnamien), la bouleversante douceur de leurs femmes, la gentillesse de leurs enfants en font un peuple à part dans un monde dominé par la loi du profit. À l’exception notable de Hmong, victimes depuis 1975 d’un véritable génocide, ce ne sont pas de farouches guerriers mais ils savent, sans se plaindre, mourir au combat et ont le courage de se faire tuer en se portant au secours d’un frère d’armes.  C’est ainsi que, le 17 juillet 1950 vers 14 h, près de Ban Saka, le chasseur Ba LAN, mortellement frappé à mes côtés, ne prononce qu’un mot, thièp, pour me signaler qu’il est blessé ; il s’éteint, 10 heures plus tard, sans avoir une seule fois crié sa souffrance ! Et lorsque, le 7 juillet 1954, je me débats dans la Nam Hin Boun en crue sous les tirs d’une cinquantaine de Viêts, le sergent LIENE, qui a déjà traversé la rivière, fait demi-tour et se jette à l’eau pour me secourir ; il est tué d’une balle dans la tête à quelques brasses de moi ! Et le lendemain (8 juillet), alors que, blessé, j’étais dans l’incapacité de franchir une barre calcaire de plusieurs centaines de mètres de haut pour rejoindre les miens, de braves paysans lao m’ont littéralement porté par-dessus l’obstacle, et cela au péril de leur propre existence !
Non ! Les Laotiens n’étaient pas des amis comme les autres, ceux qui vous oublient lorsque viennent les épreuves et les dangers : quand les Japonais exécutèrent leur « coup de force » du 9 mai 1945 avec une traîtrise peu en rapport avec les principes du « bushido », il y eut, en de nombreux endroits, et notamment à Thakkek, une véritable chasse à l’homme blanc. Ceux qui étaient pris étaient souvent décapités. Monsieur Henri FRAISSE, sous-préfet à Mortagne-au-Perche en 1991, se souvient : petit garçon habitant Thakkek avec ses parents, lui et sa famille ont été sauvés par des Laotiens qui, au péril de leur vie, les ont emmenés, cachés et nourris jusqu’à ce que tout danger soit écarté. Et dans tout le pays, les Laotiens ont agi de même, au secours des Français menacés.
C’est dans ce contexte d’amitié partagée que la France, du temps de sa grandeur, a signé, après Dien Bien Phu dont le choix avait été dicté par le souci de protéger le Laos, trois traités garantissant la liberté et l’indépendance du Royaume du Million d’Éléphants et du Parasol Blanc. D’abord le traité de Genève de 1954 mettant fin à notre guerre d’Indochine. Ensuite, les Accords de Genève de 1962 garantissant la neutralité du Laos. Enfin le Traité de Paris de 1973 pour le respect et la reconnaissance de l’indépendance, de la souveraineté et l’intégrité territoriale du Royaume du Laos. Or, ces accords ont été violés, sans réaction notable des signataires, par la République Démocratique du Viêt Nam (devenue depuis République Socialiste du Viêt Nam) : dès le retrait précipité des Américains fin 1975, d’importantes forces armées nord-vietnamiennes ont envahi le Laos et permis aux maigres effectifs communistes lao de s’emparer du pouvoir par la force lors du « coup d’État » du 2 décembre 1975. Il faut savoir que les effectifs vietnamiens engagés à cette occasion ont été (officiellement) démobilisés sur place et convertis en ouvriers travaillant dans le cadre d’un projet de développement rural financé par les aides internationales. En réalité, ces aides ne font qu’entretenir une armée d’occupation vietnamienne abritée dans la Zone Spéciale Stratégique de Xay Somboun (au sud-ouest de Xieng Khouang), véritable Base de regroupement de soldats et cache d’armes lourdes (artillerie et blindés). Ces importantes forces vietnamiennes sont toujours prêtes à intervenir sans délai en cas de soulèvement populaire ou de coup d’État contre le gouvernement actuel, mis en place par Hanoï. C’est d’ailleurs dans cette zone qu’ont eu lieu les répressions les plus féroces contre les résistants Hmong désespérément accrochés au fameux massif du Phou BIA. En outre, il m’a été confirmé par différentes sources (dont certaines sont implantées au sein même du pseudo Gouvernement laotien), que le Viêt Nam avait procédé, depuis des années, à une massive colonisation de peuplement  en installant au Laos, sur les meilleures terres, 3 millions de Vietnamiens communistes bénéficiant d’avantages exceptionnels. De surcroît, on constate une mainmise des Vietnamiens sur les différents services artisanaux (coiffeur, menuisier, épicier, boucher etc.) au détriment des Laotiens.
Lorsque, fin 1975, les Américains se sont « désengagés » du conflit vietnamien, je n’ai pas compris que le Laos allait perdre son indépendance et qu’une inhumaine dictature communiste allait  lui être imposée par la force des armes. Nos gouvernants ont feint de croire qu’il s’agissait d’une affaire intérieure laotienne, ce qui les dispensait d’agir dans le cadre de nos engagements. Et lorsque le Père Jean-Marie OLLIVIER, oblat de Marie Immaculée, a voulu dénoncer, pour en avoir été témoin, cette ingérence d’une puissance étrangère dans les affaires intérieures d’un État indépendant, on lui a répondu… qu’on « ne voulait pas le savoir » ! J’ai d’ailleurs écrit à ce sujet un article contenant le récit détaillé du Père OLLIVIER sous le titre « Les lépreux de SOMSANOUK et le Missionnaire qui en savait trop ».
Par suite du mutisme complice des autorités françaises, je n’ai appris l’asservissement du Laos qu’en 1999, en lisant le témoignage terrifiant du colonel Khamphan THAMMAKHANTI, l’un des rares rescapés de ces goulags qui font partie de la « culture » communiste. Ce récit, intitulé « La vérité sur le camp-prison n° 01 ou camp de la mort au point 438-745 », m’a été transmis par SAR le Général Tiao SAYAVONG, ancien commandant de la 1° Région Militaire (Luang Prabang) et demi-frère du Roi Sri Savang VATTHANA. Ce Général, que j’avais connu lieutenant à Thakkek en 1954, avait lui-même passé 16 ans en « camp de rééducation ». Quelques temps après avoir témoigné, lui et le Colonel THAMMAKHANTI sont morts des suites des mauvais traitements qu’ils avaient endurés…
Avec une grande naïveté, j’ai pensé que nos « média » et nos gouvernants n’étaient pas « au courant ».  Il m’appartenait donc de dénoncer le crime. Ce que j’ai fait en m’adressant aux grands journaux, aux mouvements de défense des peuples opprimés, aux politiciens, à Mr CHIRAC puis à son épouse, à certaine vedette de la chanson, à Mr KOUCHNER, à Mr MENARD, à Mr d’ORMESSON, à Mr DEVEDJIAN, au candidat puis au Président SARKOZY et à son épouse. Les réponses sont allées du silence méprisant aux justifications minables ou mensongères. Et j’ai fini par comprendre qu’ils étaient tous « au parfum », un parfum de cadavres, et que tous participaient à cette conspiration du silence qui entoure les crimes communistes.
Et puis, au début de 2010, est arrivé l’inacceptable : 4200 Hmong enfermés depuis des décennies dans un « camp de regroupement » thaïlandais ont été livrés à leurs bourreaux lao-viêts afin d’améliorer les bonnes relations (commerciales) entre la République Démocratique Populaire Lao et le Royaume Thaïlandais. Survenant au moment où l’on « commémorait » la sinistre « rafle du Vél. d’Hiv. » commise pour des raisons ethniques sur des effectifs comparables, ce crime (connu avant d’être consommé) aurait dû  soulever une énorme vague d’indignation. C’était compter sans le pouvoir discrétionnaire des journalistes de tous bords qui ont littéralement escamoté l’évènement. À part deux ou trois brefs communiqués, que personne n’a repris mais qui pourront, plus tard, servir d’alibi et ce sont toutes « les belles consciences brevetées » qui sont restées muettes, enveloppant dans un linceul de silence les 4200 Hmong partis pour leur dernier voyage…
Après une période de découragement, j’ai décidé de jouer ma dernière carte, ou plus exactement de tirer ma dernière cartouche. Dans ma tête. En d’autres termes, je vais me faire « sauter le caisson » pour expier ma part de honte et protester contre la lâche indifférence de nos responsables face au terrible malheur qui frappe nos amis Lao. Ce n’est pas un suicide mais un acte de guerre visant à secourir nos frères d’armes en danger de mort. Quant à vous, les gouvernants sans honneur, vous, les grands « média » sans courage et vous, les « collabos » sans vergogne, je vous crache mon sang et mon mépris à la gueule !
Je demande pardon à tous ceux qui m’aiment pour le chagrin que je vais leur causer. 

Le Colonel Robert JAMBON
Retraité des Troupes de Marine 







- Au sujet du combat et de la tragédie des Hmong, lire l’article d’Hervé Cheuzeville : « La tragédie des Hmong du Laos », intégré dans son livre, « Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé » (Éditions Persée, décembre 2010)
- Laos, la guerre oubliée
- Fonds Auguste-Pavie Cambodge Laos Viêt Nam
- Laos – Des diplomates se voient accorder un bref accès aux réfugiés hmongs (8 avril 2010) 
- Le Forum de la Mémoire  : "La Guerre en Indochine"
- Comité du Monument Indochine : "Les Bataillons Thaïs en Indochine (1946 - 1954)"
- Association Nationale des Anciens et Amis de l'Indochine (ANAI)
- Exposition virtuelle: "Auguste Pavie: l'explorateur aux pieds nus"


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1 commentaire:

  1. What an honourable, principled man. May his death not be forgotten.

    Lorna Coots

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