Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

Ian Smith, le héros que n'a pas su opposer l'Algérie à l'infâme trahison de DeGaulle…


Le sinistre sieur Mugabe a accédé, en janvier 2015, à la présidence tournante de l'Union africaine… Face aux tristes heures longtemps encore promises au Zimbabwe, cette Rhodésie heureuse qui n'existe plus, comment ne pas avoir une pensée pour son héros d'antan, Ian Smith… Comment ne pas évoquer cet autre pays qui n'existe plus, l'Algérie de notre enfance ?…

C'est ainsi qu'avec beaucoup d'amertume les enfants d'Algérie reçoivent encore toute évocation du "Lion de Rhodésie", le courageux Ian Smith qui un peu plus tard infligea aux partisans défaits de l'Algérie française une douloureuse leçon de modestie… Pourquoi donc, dès que la trahison et la collusion de DeGaulle avec le FLN fut devenue évidente, l'Algérie de la fin des années 50 n'a pas su se donner son Ian Smith ? Faire sécession.

Un projet de sécession germa pourtant, mais bien tard… Le général Raoul Salan aurait précisément été arrêté le 20 avril 1962 alors qu'enfin, acquis à la vision de Jean-Jacques Susini, il s'apprêtait à négocier ce projet… Dès lors, c'est le général Paul Gardy (beau-père de Roger Degueldre) qui assuma le commandement d'un projet ne visant plus qu'une plate-forme territoriale en Oranie… Y participèrent de nombreux jeunes… souvent des étudiants de l'Algérois… Des jeunes souvent ulcérés des formes que prenait en ville, notamment à Alger, le combat d'éléments hors contrôle de l'OAS… Des éléments qui se bornaient souvent à interdire certains quartiers d'Alger à tout ce qui ressemblait à un Arabe… Qui flinguaient tout individu au teint un tant soit peu basané… à Bab-el-Oued y furent victimes en même tant que des Arabes, d'autres Méditerranéens, Espagnols ou Maltais trop bronzés… Des tueurs gardiens d'un bout de trottoir… Parfois accompagnés de filles, telles ces élèves-professeurs du CREPS de Ben-Aknoun qui couvraient la fuite des tueurs en récupérant et dissimulant leurs armes… Une folie dont l'initiative provocatrice avait été donnée par des gaullistes, tel ce procureur militaire, gaulliste inconditionnel, qui flinguait de sang-froid Noël Mei, un gamin de quinze qui affirmait des convictions qui ne plaisaient pas au juge-bidasse… Folie de ces aviateurs ivres qui de retour de beuverie rencontrant par hasard un petit groupe des jeunes ne respectant apparemment pas le couvre-feu aux environs de leur domicile tiraient dans le tas, tuant Robert Boissières, 20 ans et blessant certains de ses compagnons voisins d'immeuble…

Faire sécession ? Les motivations, les tentatives de ceux qui auraient voulu une sécession autant de points forts du roman de Jacques Roseau, Le 113e Été… Une œuvre romancée certes, mais comment mieux approcher une réalité aussi complexe, diverse, hésitante, foisonnante des contradictions inhérentes à chacun de nous… Jacques Roseau a été mon ami, à Alger, j'ai ensuite continué à le fréquenter lors de mes rares séjours en France… Jacques Roseau était aussi l'ami de Robert Boissières :
"Robert Boissières, mon vieux copain de l'association des lycéens, un métropolitain originaire de Toulouse, qui s'était lui aussi donné corps et âme pour que se concrétise la belle espérance du 13 mai, a été abattu […] d'une rafale dans le dos. Il collait une affiche. Il avait vingt ans." (Jacques Roseau in Le 113e Été, page 351)
Quand Jacques Roseau évoque ainsi le souvenir de son vieil ami de lycée, Robert Boissières, il ne se doute pas que cette folie meurtrière qu'il dénonce devait se répercuter encore longtemps, jusque sur la terre française de l'exil… et le frapper lui-même… Jacques Roseau fut sans doute le dernier mort de l'Algérie française, abattu à Montpellier par des nervis se réclamant d'on ne sait quelle cause obscure, c'était le 5 mars… 1993.

Sans trop me tromper, je crois pouvoir dire que Jacques Roseau, enfant d'Algérie, aimait par-dessus tout son vrai pays : l'Algérie et ses compatriotes de là-bas… pour lesquels il consacra de toute son énergie, au sein du Recours, la défense des intérêts moraux et matériels… C'est son pays l'Algérie et ses compatriotes qu'avant tout il aimait… Pour son action il négocia, certains diront qu'il se compromit, avec le pouvoir, avec Chirac notamment… Un rapprochement ou compromission, si l'on y croit, qui en fait ne se justifiaient que par le mépris dans lequel il tenait ce pouvoir… Il ne s'agissait ni de rapprochement ni de compromission mais de se servir sans complexe de ce pouvoir scélérat auxquels les siens - les nôtres - devaient tant de malheurs.

Dans Le 113e Été, Jacques Roseau, se souvenant des dernières heures sombres d'Alger, avait osé écrire :
 “Assassiner les Arabes, c’est un peu nous assassiner, assassiner l’Algérie de nos villages, assassiner nos rêves”
Mais en même temps il faisait dire par l'un de ces héros, de Novi, son village :
"Moi, je ne partirai jamais. Même s'il y a l'indépendance, je reste. Franchement, vous nous voyez, en France, sans nos musulmans ?" (Jacques Roseau in Le 113e Été, page 316)
Rester malgré tout après une indépendance acquise par la capitulation de DeGaulle face au FLN ? Ou anticiper cette indépendance par une sécession ?

Il était alors bien tard… Le général Salan avait été arrêté… Avait alors germé ce projet de plate-forme territoriale en Oranie… Quitter Alger pour se battre pour un projet tardif mais cohérent séduisit ainsi de nombreux jeunes… Ceux-là furent accueillis en plusieurs points du bled d'Oranie, dans les Groupes mobiles de sécurité (GMS)… Ces groupes composés de supplétifs musulmans, des Harkis, et encadrés par des officiers et sous-officiers expérimentés qui pour la plupart avaient combattu en Indochine… Mais il était bien tard, et le projet de plate-forme territoriale d'évidence ne pouvait aboutir… Le repli devenait inéluctable… D'abord sur les côtes près d'Oran, avant l'exode… La mission des Groupes mobiles de sécurité (GMS) qui avaient pu rejoindre les environs immédiats d'Oran, notamment à Bou-Sfer, n'était désormais plus que d'organiser et d'envoyer des convois vers les bases de Harkis, telle celle de Mostaganem, pour récupérer ceux qui restaient isolés à la merci du FLN… Des vies de Harkis purent être ainsi sauvées… mais aussi au prix de la vie de ceux qui Musulmans ou Européens tentaient de venir à leur secours… et qui disparurent à jamais… Certains des survivants embarquèrent à Mers-el-Kébir pour Toulon, avant d'être transférés dans la misère de camps où ils devaient croupir de longues années… D'autres se retrouveront dans les prisons à DeGaulle… … L'exil.
Ian Smith, lui, eu le bonheur… et l'honneur de ne jamais connaître l'exil… S'il vécut ses dernières heures au Cap ce ne fut que parce qu'il avait décidé d'y aller,  pour se soigner. Ses cendres purent être dispersées, chez lui, à Gwenero, en sa Rhodésie.
Longtemps je suis resté sévère envers mes compatriotes… Quelle immaturité politique ! Plutôt que de scander sur des casseroles "Algérie française" pourquoi n'ont-ils pas osé basculer dans une rupture envers cette France qui les rejetait ? Pourquoi n'ont-ils pas su assumer leur destin chez eux, eux seuls ?

Ce n'est que récemment que j'ai vraiment compris. Ian Smith était un Britannique. D'une vieille famille d'origine écossaise. Un Britannique de souche, diraient aujourd'hui certains. Jacques Roseau, bien que né à Novi comme Ian Smith était né à Selukwe au sud de Salisbury, était français de souche… Mais la plupart de ces Français d'Algérie étaient des néo-français, des descendants d'immigrés espagnols, portugais, italiens, maltais, grecs… Juifs séfarades. Des néo-Français qui s'étaient donnés, à la France. Des Français qui avaient bâti un pays neuf, pour la France. Des Français qui avaient combattu avec Napoléon III, pour la France. Des Français qui avaient combattu lors de deux guerres mondiales, pour la France. Bref des Français qui avaient tout donné, à la France… Chacun sait que dans toute relation c'est celui qui donne le plus qui s'attache le plus… dès lors faire sécession c'était se déjuger. Renier un dévouement, renier un attachement, renier un passé encore trop récent.

Pour qu'une volonté de sécession eût pu l'emporter il aurait fallu attendre encore une ou deux générations de plus. Une assimilation profonde des Français d'Algérie aux souches de la nation française. Et cela n'est pas un paradoxe. Une sécession n'aurait pu venir que d'une génération déjà installée dans une routine franc-souchienne, ayant donné à la France infiniment moins que ses pères… Une génération affranchie de la servitude de celui qui a donné… Une génération libre et sans complexe… Sans doute, ma génération si elle avait été déjà aux commandes l'eût pu…

Quant à la France qui avait tout reçu d'eux, ces Français d'Algérie, elle n'en avait plus que faire de ceux-là, ces Martinez, Lopez, Fernandez, Bensoussan… On l'a vu ailleurs, en Indochine, en Afrique noire comme au Maghreb et en Algérie : la grande spécialité de la France est de promettre, compromettre, se démettre - autrement dit trahir puis abandonner tous ceux qui auront cru en elle et auront tout donné pour elle, la France. Mais comment reprocher à cette France son ingratitude ? L'ingratitude est une vertu immunitaire, garante de l'autonomie de celui qui a reçu. Seule de l'Au-delà peut venir une éventuelle récompense. Le bouddhiste le sait et en est convaincu. Le catholique comme le musulman devraient le savoir… bien que parfois une charité trop ostentatoire attende une récompense plus immédiate, une reconnaissance sociale… Vertu de l'ingratitude qui vaut autant pour l'individu que pour une nation. La France ne serait plus elle-même si elle n'avait pas su être ingrate. C'est toute la vertu d'un DeGaulle. Haineux, menteur, traître, capitulard, criminel compulsif mais qui a ainsi su entrer dans la légende des grands hommes d'État !


Ian Smith
« Si Smith eût été un homme noir,
je dirais qu'il aurait été le meilleur Premier ministre que le Zimbabwe a jamais eu. »
Morgan Tsvangirai, Premier ministre du 11 février 2009 au 11 septembre 2013,
président fondateur du Mouvement pour le changement démocratique (MDC),
candidat aux élections présidentielles en 2002 puis 2008 contre Robert Mugabe.


Ian Smith, le lion de Rhodésie
article extrait de  Rivarol, n° 3173 daté du 29 janvier 2015

Jean-Claude Rolinat vient de consacrer, aux éditions Pardès, un livre extrêmement intéressant à Ian Smith qui fut l’héroïque défenseur de la Rhodésie blanche. On sait ce qu’est devenue la Rhodésie aujourd’hui. Elle ne porte au demeurant plus le nom de Rhodésie, mais celui de Zimbabwe. Des colons massacrés et chassés, un effondrement économique, un leader, Mugabe, à moitié, si ce n’est totalement fou, une dictature miséreuse. Pauvre Rhodésie… Comme l’écrit Rolinat, « corruption, concussion, prévarication et népotisme sont monnaie courante ».


IL ÉTAIT UNE FOIS LA RHODÉSIE

À l’origine de la Rhodésie, il y avait un homme ambitieux, courageux, diplômé d’Oxford, né en juillet 1853 en Angleterre, qui va donner son nom au pays dont il financera la conquête : Cecil John Rhodes. Il rêvait de l’unité de la “race” germano-anglo-saxonne et de la création d’ une fédération blanche d’Afrique australe comparable à celle du Canada et fut Premier ministre de la colonie autonome du Cap (Afrique du sud). Cet incroyable aventurier avait un projet qui ne se réalisa pas : joindre par rail Le Caire au Cap ! Voici ce qu’est la « triste histoire de la Rhodésie », le pays perdu des « Lions au cœur fidèle » : Les Rhodésiens refusèrent, en 1922, par référendum, de rejoindre l’ Union sud-africaine créée en 1910, et élurent, l’année suivante, leur premier gouvernement autonome. Les cinq ans de la Seconde Guerre mondiale seront l’occasion pour les Rhodésiens de prouver leur attachement à la Couronne. Ils fournirent à l’Empire britannique, proportionnellement à leur population, le plus grand nombre de volontaires. La Rhodésie accepta, au lendemain de la guerre, d’adhérer à la Fédération d’Afrique centrale regroupant avec elle les protectorats de Rhodésie du Nord et du Nyassaland, futurs Zambie et Malawi indépendants. Mais déjà le terrorisme noir devenait menaçant et le Foreign Office se préparait, déjà, à lâcher les Blancs.

Il est vrai que le problème démographique était dramatique. Pour l’ensemble de la Fédération, 8,7 millions de Noirs pour 291 000 Blancs, regroupés essentiellement en Rhodésie du Sud (chiffres de mai 1962). Difficile de tenir tête dans ces conditions. La règle du “cens”, selon laquelle seules les personnes disposant d’un certain revenu pouvaient voter, impliquait que pour un peu moins de neuf millions d’habitants, il y avait à peine 100 000 électeurs, dont 90 % étaient Blancs. Le 31 décembre 1963, la Fédération finit par exploser, des États indépendants se constituèrent, dont, nous l’avons vu, la Zambie et le Malawi. Et la Rhodésie poursuivit sa route, courageusement durant 17 ans, fière et indépendante, jusqu’à la trahison de Margareth Thatcher.

IAN SMITH, L’ENFANCE D’UN CHEF

Ian Smith est né le 8 avril 1919, dans une petite ville située au sud de Salisbury. Ses parents étaient des colons d’origine écossaise. Il eut l’enfance privilégiée de tous les petits Blancs de l’Afrique anglaise. Jean-Claude Rolinat, grand voyageur devant l’Éternel, et qui connaît bien ces contrées décrit les soirées magnifiques qu’il vécut et que forcément Ian Smith vécut : « Le ciel était tout constellé d’ étoiles qui scintillaient sur le pourpre incroyablement doux des nuits africaines. Telles des coiffures rasta, les acacias du bush se détachaient en ombres chinoises et projetaient d’étranges formes animales. Animaux qui, gnous, zèbres, impalas, kudus, mêlés les uns aux autres, broutaient paisiblement tant qu’un prédateur carnassier ne troublait pas leur quiétude. Le jour, des oiseaux tournoyaient dans un ciel d’un bleu limpide ». Superbe description ! Bravo, Jean-Claude !

IAN SMITH, LA GUERRE…

On a vu que la Rhodésie fournira, lors de la guerre, la proportion de combattants la plus forte de tous les pays du Commonwealth pour sauver l’Angleterre. 6 500 Blancs serviront la Couronne ainsi que 1 700 Noirs. Ian Smith, pilote, participera à la bataille d’El Alamein. Il sera grièvement blessé, le 4 octobre 1943, quand son avion s’écrase au décollage. Bilan : une paupière paralysée, une joue artificielle qui donneront à son visage l’allure d’un masque immobile, à peine éclairé par un sourire un peu figé. Six mois plus tard, à son retour de l’hôpital des grands brûlés du Caire, ses compagnons qui n’ont pas oublié son enthousiasme, son courage, sa volonté, sa persévérance à s’acharner sur ses objectifs, organiseront une formidable fête en l’honneur de son retour parmi eux. Mais la guerre n’était pas finie pour lui. Il reprit le combat. Le 22 juin 1944, son Spitfire est touché, au-dessus de la vallée du Pô, par la Flak allemande. Il s’éjecte derrière les lignes ennemies et sera caché durant cinq mois par des paysans anti-fascistes. À cette occasion, il trouvera le moyen d’apprendre la langue italienne…

IAN SMITH ENTRE EN POLITIQUE ET MÈNE LA RHODÉSIE VERS L’INDÉPENDANCE

Auréolé du prestige de sa participation à la Deuxième Guerre mondiale, d’un charisme considérable qui l’avait conduit à être un leader étudiant avant la guerre, il se lance en politique. Il est élu député en juillet 1948. En désaccord avec la politique du Premier ministre (juif) Roy Welensky, il fonde son propre parti, le Rhodesian Front (RF) qui va remporter les élections de décembre 1962. Il va accéder au poste de ministre du Trésor. Mais les temps sont sombres. Le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, Rab Butlet, déclare : « la Grande-Bretagne serait d’accord pour accorder l’indépendance à la Rhodésie du Sud ». C’est une déclaration de guerre à la minorité blanche… Ian Smith, qui entre-temps, a pris la tête du cabinet, est un partisan déterminé des droits du peuple blanc de Rhodésie. Il refuse tout transfert immédiat et radical de droits politiques à la majorité noire de la population, comme l’exige le gouvernement de Sa Majesté. Mais la Rhodésie n’est pas encore indépendante. Ian Smith décide de forcer le destin. Il organise un référendum. Avec 58 091 suffrages, essentiellement blancs, contre 6 096 suffrages hostiles à l’indépendance, il reçoit un soutien massif pour négocier avec Londres. Le Premier ministre britannique était alors le travailliste Harold Wilson. La rencontre ne se passa pas bien. Le 7 mars 1965, les élections générales apportent une victoire éclatante au Rhodesian Front de Ian Smith, qui rafle la totalité des cinquante sièges de députés blancs du Parlement. Mais Harold Wilson continua à exiger le « one man, one vote » (un homme, une voix). L’impasse était totale. Encouragés par le gouvernement britannique, les mouvements nationalistes et terroristes noirs s’agitaient. Ian Smith décida de sauter le pas. Il signa, comme chef du gouvernement de ce qui restait encore une colonie, l’indépendance unilatérale de la Rhodésie, faisant ainsi de ce pays un État souverain. La Rhodésie fut mise au ban des nations… Seule l’Afrique du Sud, alors blanche, l’Angola et le Mozambique, alors portugais, reconnurent la jeune République…

IAN SMITH VA TENIR TÊTE AU MONDE ENTIER PENDANT QUINZE ANS

Ian Smith avait déclaré : « Nous pouvons être un petit pays, mais nous sommes un peuple déterminé. Nous avons porté un coup pour la préservation de la justice, de la civilisation et du christianisme ». Le combat fut rude. Les objectifs du Premier ministre sud-africain, Vorster, n’étaient pas les mêmes que ceux de la Rhodésie. Après tout, la population blanche de la Rhodésie ne représentait que 5 % de la population totale. Le jeu pour les défendre en valait-il la chandelle ? Vorster exigea le transfert du pouvoir de la minorité blanche à la majorité noire. Refus d’Ian Smith… Vorster décida la diminution des transactions avec la petite Rhodésie. Ian Smith ne recula pas. Vorster retira le contingent de police sud-africaine qui appuyait la police locale rhodésienne contre l’action de la guérilla. Ian Smith ne recula pas davantage… Le Premier ministre britannique tenta alors (en décembre 1966) un étrange coup de poker. Il proposa à Ian Smith d’incorporer totalement la Rhodésie à la Grande-Bretagne ! Refus d’Ian Smith, soutenu par ses concitoyens.

Quant à la signification de ce conflit, le grand journaliste français, Raymond Cartier, écrira, à propos de l’Angleterre : « L’Angleterre soutient que la Rhodésie n’est pas indépendante. Elle réclame donc des sanctions contre une partie d’elle- même ! Elle demande aux Nations-Unies, tribunal partial et haineux, de ruiner les Rhodésiens pour les châtier. Tel est le degré d’abdication auquel est tombé le plus grand empire de tous les temps ! » C’est le moins qu’on puisse dire. Quel gâchis ! La Rhodésie était riche, aujourd’hui elle est misérable. Une croissance de 16,6 %, rien qu’en 1971 ! Il y avait 6 500 fermiers blancs à l’époque, qui assuraient, à eux seuls, 60 % du revenu agricole du pays : tabac, canne à sucre, coton, maïs, élevage. Le thé, pour ne prendre que cet exemple, cultivé sur les hautes terres, donnait un rendement de 5 000 tonnes par an et faisait vivre 11 000 travailleurs noirs et leurs familles. Exportateur de nourriture sous Ian Smith, le Zimbabwe la mendie aujourd’hui sous le règne de Mugabe… En janvier 2014, faute de moyens, le programme alimentaire mondial (PAM) fut contraint de réduire les rations destinées à la moitié de la population zimbabwéenne. Quelle décadence de ce merveilleux pays ! Quel gâchis !

ET PUIS, CE FUT LA FIN DE LA RHODÉSIE

Pendant près de quinze ans, entre la première proclamation de l’indépendance en 1965 de la Rhodésie, par Ian Smith et la seconde, en 1980, celle du Zimbabwe, le peuple rhodésien résista aux assauts d’un total approximatif de 50 000 guérilleros. Les mouvements terroristes, dont les instructeurs étaient cubains, tchèques, soviétiques, chinois étaient armés par ces pays : des kalachnikovs, des missiles sol-air, des RPG, des mortiers. Le massacre sauvage de familles obligea nombre de fermiers blancs à quitter leurs exploitations. Comme cela se produira plus tard en Afrique du Sud. Mais jamais Ian Smith et son Rhodesian Front ne perdirent, nous dit Jean-Claude Rolinat, « la confiance du petit peuple des Rhodies ». Mais la situation devenait intenable. Sans le soutien de la mère-patrie, que faire ? Des réunions eurent lieu, en présence du président sud-africain Vorster et du secrétaire d’État américain, Henry Kissinger. Ils voulaient, ainsi que les nationalistes africains présents, que le pouvoir, tout le pouvoir, leur soit transmis, de suite. Ian Smith déclara : « Si j’acceptais la règle de la majorité, ce serait absolument désastreux pour la Rhodésie. Je pense que ce serait la fin de notre civilisation. Ce serait une victoire des communistes au détriment du monde libre ». Mais il dut céder.

Le 2 septembre 1979, pour la dernière fois, le drapeau vert, blanc, vert, frappé des armoiries rhodésiennes, descendit de son mât Cecil Square à Salisbury. Le nouvel emblème rouge, blanc, vert, la bande verticale noire portant l’oiseau mythique du Zimbabwe, était hissé sur le grand stade de Salisbury. C’était la triste fin. Le 4 décembre 1982, le tyran Mugabe retirait son passeport à l’ancien Premier ministre Ian Smith « parce qu’il faisait campagne contre son pays ». Le ministre de l’Intérieur, Sydney Sekeramayi, déclarait quant à lui, visant Ian Smith et les Blancs : « La seule façon de s’en prendre efficacement à un serpent, c’est de lui couper la tête ». Ils passèrent bien entendu aux actes. La minorité blanche se sentait de plus en plus menacée, notamment après le massacre du jeudi 26 novembre 1987, de seize blancs dont des femmes et enfants dans une ferme tenue par des missions chrétiennes. Depuis, l’exode n’a pas cessé. La folie paranoïaque de Mugabe y contribue évidemment.

Ian Smith avait déclaré : « moi vivant, jamais un Noir ne dirigera ce pays », ajoutant « sans les Blancs, l’Afrique ne peut pas fonctionner. Les politiciens noirs ne savent bien faire qu’une seule chose : s’accrocher au pouvoir ». Il meurt le 20 novembre 2007, à l’âge de 88 ans, quarante-deux années après la proclamation de l’indépendance de la Rhodésie.

*   *   *



Héros de la Deuxième Guerre mondiale, pilote de la Royal Air Force et Premier ministre de la Rhodésie pendant 15 ans… À la tête de sa minorité blanche, Ian Douglas Smith a résisté au monde entier, subissant les retombées des sanctions décrétées par l’ONU et victime d’une guérilla sanguinaire soutenue par le camp sino-soviétique. Il fallait un homme pour nous parler de ce grand oublié de l’histoire : Jean-Claude Rolinat vient de signer un Ian Smith chez Pardès.

Présent : Les partisans de Ian Smith le considèrent comme un symbole de résistance et d’intégrité, tandis que ses opposants le décrivent comme un « raciste invétéré ». Aujourd’hui, tout en reconnaissant la position privilégiée que les Blancs avaient sous Smith, plusieurs observateurs ont noté qu’avec le recul, de nombreux Noirs le préféraient à Mugabe. Au final son principal adversaire n’a-t-il pas été, davantage que les tiers-mondistes et leur soutien soviétique, l’Occident ?

Jean-Claude Rolinat : Cet homme, aujourd’hui bien oublié, incarna pendant 14 ans l’indépendance « blanche » en Rhodésie, petit pays qui se battait quasiment seul contre tous. Fermier très « british » mais né sur place [– on aurait dit en Algérie un « Pied-noir » –] ancien pilote courageux de la Royal Air Force pendant la Deuxième Guerre mondiale, il se lança en politique dès juillet 1948 en devenant le plus jeune député au Parlement de Salisbury, la capitale (aujourd’hui Harare). Il grimpa les échelons de la hiérarchie politique jusqu’à devenir Premier ministre de la Rhodésie du Sud en avril 1964, succédant à Winston Field. Les chefs coutumiers, au cours d’une grande « Indaba », adoubèrent son programme indépendantiste, qui se concrétisa le 11 novembre 1965 par la proclamation effective de cette souveraineté sans l’accord, bien entendu, de la « métropole ».

La Grande-Bretagne militait, déjà, pour la remise des affaires au pouvoir noir. Smith n’était pas « raciste », il voulait simplement préserver la présence de plus de 250 000 colons blancs qui étaient loin d’être tous des gros et riches fermiers, comme voudrait le faire croire la légende anticolonialiste, histoire quelque peu comparable, au final, à la tragique odyssée des « pieds-noirs ». D’ailleurs quand Ian Smith, lâché par l’Afrique du Sud des Afrikaners qui voulait se ménager les opinions des pays frontaliers, comprit que la pérennité de la présence blanche passait par un accord avec les Noirs, il n’hésita pas à confier les manettes du pouvoir aux modérés africains, tel l’évêque Abel Muzorewa. Mais, comme le suggère votre question, le mondialisme veillait au grain, si je puis dire… Américains et Britanniques obligèrent, moins d’un an plus tard – nous étions en 1979 –, Smith et Muzorewa à négocier avec les terroristes marxistes du Front patriotique de Robert Mugabe et Joshua N’Komo.

La petite Rhodésie ne pouvait plus tenir seule : à ses frontières le Mozambique portugais, un allié, était tombé en 1975 entre les mains du FRELIMO à la suite de la « Révolution des œillets » à Lisbonne, et le « géant » sud-africain, soit dit en passant un colosse aux pieds d’argile, comme on le verra plus tard, l’abandonnait pensant ainsi, à tort, se sauver lui-même.

La guerre contre les terroristes avait tout de même coûté 4 127 victimes civiles et 1 124 policiers et militaires, pour un bilan estimé à 10 000 rebelles tués. Chiffres à rapprocher avec ceux de la population blanche, 278 000 personnes en 1976 au pic du colonat, plus ou moins 20 000 aujourd’hui. Un fait à remarquer, les Noirs qui représentaient, en gros, pas loin de 50 % des effectifs de la police et de l’armée, n’ont jamais trahi ni déserté.

Présent : Quelles étaient les relations de Smith avec le gouvernement de Pretoria ?

Jean-Claude Rolinat : Lors de la proclamation unilatérale d’indépendance le Portugal, en raison de ses provinces d’outre-mer d’Angola, de Guinée et du Mozambique, soutint immédiatement le gouvernement de Salisbury, tout comme celui de Pretoria, au nom d’une sorte de solidarité « blanche » d’exclus, de victimes d’un embargo généralisé appuyé par les Occidentaux, une fois de plus complices des Soviétiques. Et puis les relations de solidarité s’affaiblirent, laissant la place progressivement à l’égoïsme du pouvoir « pâle » de Pretoria. Il ne l’emportera pas en paradis, si je puis dire, comme le démontrera la suite de l’histoire…

Présent : À l’inverse d’une majorité de Rhodies, Ian Smith ne s’est pas enfui de Rhodésie. Comment se sont passées les dernières années de sa vie ?

Jean-Claude Rolinat : Après l’accession au pouvoir de Mugabe en février-avril 1980, Ian Smith et ses 19 députés du Rhodesian Front devinrent les farouches opposants au dictateur Mugabe. En juillet 1987, les Blancs perdirent cette représentation parlementaire spécifique, négociée lors des accords de Lancaster House de décembre 1979 – une sorte « d’accords d’Évian en moins pire » – et les massacres de fermiers isolés recommencèrent. Progressivement, en raison d’un exil constant, la population européenne diminua. Le coup de grâce fut donné dans la décennie 2000, avec la nationalisation et l’expropriation de la plupart des domaines agricoles, ce qui entraîna immédiatement une chute des exportations et… la famine !

En 1997, Ian Smith publia ses mémoires, The Great Betrayal, et dut subir les avanies du régime stalinoïde de Robert Mugabe : retrait de son passeport, refus d’inscription sur les listes électorales et, au final, en 2006, occupation de sa ferme de Shurugwi… Veuf, ayant perdu son fils Alec, « le lion au cœur fidèle » quitta définitivement son pays natal pour s’installer au Cap (RSA), chez sa belle-fille née d’un premier mariage de sa femme, Janet. Il est mort le 20 novembre 2007, non sans avoir tiré « un coup de chapeau » à Nelson Mandela, un leader africain il est vrai moins revanchard que le sinistre Mugabe. On chuchote, au Zimbabwe, que beaucoup regrettent la « période des Blancs », surtout les anciens qui peuvent comparer les deux époques. Les cendres de Ian Douglas Smith ont été dispersées sur son domaine de Shurugwi, là où il aimait se ressourcer dans le calme apparent des grandes nuits africaines.


Qui suis-je ? Ian Smith par Jean-Claude Rolinat. Éditions Pardès, 44 rue Wilson, 77 880 Grez-sur-Loing - Tél : 01 64 28 53 38 - 12 euros.


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Via Recta : Éd. IDées : "Pour une critique positive"… après "L'Algérie pacifiée sur un plateau d'argent !"  … L’oubli dans lequel est aujourd’hui confiné Jean-Jacques Susini témoigne, si besoin était, une fois de plus de la victoire et de la force d'un Régime stérile, incapable d'imagination et d'innovation au service du peuple de France !… …

Le Point : Les États-Unis auraient apporté leur soutien à l'OAS en 1962 - Pour les services secrets suisses, les États-Unis auraient poussé l'OAS à s'entendre avec l'aile modérée du FLN par l'intermédiaire de Jacques Chevallier, ancien maire d'Alger et ancien secrétaire d'État à la Défense, Jean-Jacques Susini, le numéro deux de l'OAS, derrière le général Raoul Salan et le colonel Jean Gardes.

Polémia - Pol Pot et Ian Smith : le bourreau et le patriote


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Le Point : Un rapport des services secrets suisses indique que les États-Unis ont poussé l'OAS à négocier en juin 1962 avec le FLN.
Ian Hamel, Genève (18/03/2012)




En juin 1962, alors que tout est perdu pour l'Organisation armée secrète (OAS), Jean-Jacques Susini, le numéro deux, tente un coup de poker. Il entre en contact avec des modérés du Front de libération nationale (FLN) en l'Algérie, son ennemi mortel, afin de négocier des garanties pour les pieds-noirs qui ne quitteraient pas le pays. L'information est connue, Fernand Carréras y a même consacré un ouvrage en 1967, L'Accord FLN-OAS. En revanche, on ignorait que ce rapprochement avait peut-être été encouragé par les États-Unis.

Dans un document de cinq pages, datant du 2 juillet 1962, intitulé "L'intervention des services américains en Algérie", le colonel EMG Musy, chef de la section des renseignements, au service de l'état-major général suisse, affirme que les Américains, redoutant que l'Algérie indépendante ne tombe dans le giron de l'URSS, auraient poussé l'OAS à s'entendre avec l'aile modérée du FLN afin de favoriser à Alger l'instauration d'un régime pro-occidental.

Intervention d'agents de la CIA

Dans ce document secret, qui vient d'être déclassé aux archives fédérales à Berne, le colonel Musy affirme à propos des artisans de ce rapprochement OAS-FLN : "Ce sont les représentants des États-Unis à Alger, avant tout le consul général américain de cette ville, qui sont intervenus, bien entendu téléguidés par Washington, appuyés dans leur action par les agents de la CIA (Central Intelligence Agency) et nantis de fonds secrets importants."

Pour les services secrets suisses, traditionnellement très proches de leurs homologues américains, cette opération a été menée du côté de l'OAS par Jacques Chevallier - ancien maire d'Alger et ancien secrétaire d'État à la Défense -, Jean-Jacques Susini - le numéro deux de l'OAS - derrière le général Raoul Salan et le colonel Jean Gardes. Ce rapprochement, très éphémère, n'aura pas de suites. Les dirigeants historiques du FLN y étant totalement opposés.

Des appuis financiers

Jean-Jacques Susini serait "l'élément capital de l'action", selon les services suisses qui ajoutent : "Nous savons qu'il réside depuis plusieurs semaines au consulat général américain. Le consul lui avait du reste donné toutes les assurances pour son départ au cas où l'affaire ne réussirait pas. Fortement appuyé financièrement, Susini a eu de premiers contacts au début de juin."

Jean-Jacques Susini, que Lepoint.fr a rencontré cette semaine à son domicile parisien, a publié en février dernier un livre d'entretiens avec Bertrand Le Gendre, ancien journaliste du Monde, intitulé "Confessions du n° 2 de l'OAS". Il y évoque ses contacts avec le FLN, notamment avec Abderrahmane Farès, le président de l'exécutif provisoire, mis en place après les accords d'Évian.

Contacts politiques et financiers

Il y a effectivement eu des contacts avec les Américains. Toutefois, ce n'est pas moi qui m'en suis occupé, mais Jacques Chevallier, l'ancien maire d'Alger. Mais en aucune façon, je n'ai logé au consulat américain ni reçu directement des fonds de la part des États-Unis", assure le docteur Susini, aujourd'hui âgé de 78 ans.

En insistant sur ses liens avec Jacques Chevallier (ils avaient fréquenté à des époques différentes le collège Notre-Dame d'Afrique), l'ancien numéro deux de l'OAS donne la précision suivante : "Comme nous évoquions ensemble les appuis que nous pourrions recevoir de l'étranger, Jacques Chevalier m'a dit : Jean-Jacques, ne perdez pas votre temps. Les contacts avec les Américains, je les ai déjà. Ce sont des contacts étroits, au niveau politique comme au niveau financier." 

Une "Histoire de l'OAS"

En novembre 1963, Jean-Jacques Susini, alors réfugié en Italie, avait publié Histoire de l'OAS, immédiatement saisie par la justice. L'ancien leader étudiant d'Alger n'a pas complètement renoncé à l'idée d'écrire un autre tome de cette histoire sanglante.

Jacques Chevallier, qui avait réorganisé le contre-espionnage de la France libre aux États-Unis en 1944, a pris la nationalité algérienne après l'indépendance. Il est décédé en 1971.



Les cinq pages du document sur "L'intervention des services américains en Algérie" 1/5


Les cinq pages du document sur "L'intervention des services américains en Algérie" 2/5


Les cinq pages du document sur "L'intervention des services américains en Algérie" 3/5


Les cinq pages du document sur "L'intervention des services américains en Algérie" 4/5


Les cinq pages du document sur "L'intervention des services américains en Algérie" 5/5


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Jean-Jacques Susini, grande figure de l’OAS et du combat national, est mort à l’âge de 83 ans [3 juillet 2017]



Jean-Marc Raffaelli, Corse-Matin : Jean-Jacques Susini fondateur et théoricien de l'OAS



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