Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

jeudi 28 mai 2020

Crève Tambour : "Juillet 1916"… Lorsque tombèrent les premiers hommes…




Lorsque tombèrent les premiers hommes
Les feuilles aussi se mirent à chuter
Dans les tristes plaines de la Somme
Jamais plus arbre n'osera bourgeonner

Et la sourde pluie glacée de fer,
Labourant les longs champs fanés,
A puni de cette ébauche d'enfer
L'orgueil des fols étendards levés

Mais dans cette terre noyée de sang,
Par la puissance des larmes versées,
Sur l'immense stèle des gisants
Une fleur s'est remise à pousser.

Lorsque tombèrent les premiers hommes
Les feuilles aussi se mirent à chuter
Dans les tristes plaines de la Somme
Jamais plus arbre n'osera bourgeonner

Les jeunes peuples ainsi immolés,
En un éclair privés de vie,
Quittèrent leur Europe suicidée
Aux cris de victoire des yankees

Mais dans cette terre noyée de sang,
Par la puissance des larmes versées,
Sur l'immense stèle des gisants
Une fleur s'est remise à pousser.

Cette pousse, c'est le cœur rebelle
Qui rejetant toutes facilités,
Fidèle aux vieilles patries charnelles,
Se bat pour l'Europe libérée

Cette pousse, c'est le cœur rebelle
Qui rejetant toutes facilités,
Fidèle aux vieilles patries charnelles,
Se bat pour l'Europe libérée

Mais dans cette terre noyée de sang,
Par la puissance des larmes versées,
Sur l'immense stèle des gisants
Une fleur s'est remise à pousser.

Le long des quais il n'y a plus rien
Pas même un murmure ou un refrain
Le cœur des hommes a déserté
Ce beau souvenir devenu musée.

Paris n'est plus qu'un théâtre d'ombres
Où tout s'écroule et tout sombre
Dans le néant indifférencié
D'un magma d'hommes sans identité.
Des fantômes toujours en retard
Si pressés d'arriver nulle part
Descendent des avenues aseptisées
Cimetières géants aux enseignes dorées.

Richesses et misères se croisent
Réussites et échecs se toisent
Plus personne à qui parler
Plus de mémoire à partager.

Briller un peu plus que le voisin
Tel est le seul et unique dessein
Des clones tristes et frustrés
Qui font semblant d'exister.

Ils sont les symptômes du temps
Ils n'ont ni femmes ni enfants
Chaque jour un peu plus gris
Une seule issue : quitter Paris.


*   *   *




Trente ans aux forges courbé
Et un matin juste une lettre
Cher Monsieur vous êtes licencié
Jamais vous ne toucherez votre retraite

Vengeance des machines exécrées
Plus besoin d'hommes pour les servir
Ou des cohortes moins payées
Des lointaines provinces de l'Empire

Cols bleus à jamais remisés
Sur ordre d'un anonyme patron
Au rayon des inutiles antiquités
Le comptable a toujours raison.

Misère et ennui comme horizon
Les mains calleuses sont sacrifiées
Au rebut forçats de la production,
Place au tertiaire et ses minets !

Pays déjà privé de soldats
Et désormais de travailleurs
Ton ciel est décidément bien bas
Qui défendra encore l'honneur ?


*   *   *




Au fond d'un gouffre
Vivait un humain
En haut du gouffre
Jappait un chien

Le chien était libre
L'homme ne l'était pas
Tous deux étaient ivres
Mais ne le savaient pas

L'un ivre d'immensité
L'autre d'enfermement
L'un baigné de clarté
L'autre de noirs tourments

Roi d'un monde inconnu
Le chien sans but gambadait
Esclave d'un lieu trop connu
L'humain ne pouvait que pleurer

Mais d'espoir d'évasion
L'homme se nourrissait
Quand d'ennui sans passion
Le chien dépérissait

Et le chien bientôt mort
Enviait l'humain enfermé
Capable d'agir sur son sort
Apte à se battre et à rêver.


*   *   *




















jeudi 21 mai 2020

Les Oranais fidèles au pèlerinage d'action de grâce auprès de Notre-Dame de Santa-Cruz… depuis 1849…


En 1849, une terrible épidémie de choléra s’abattit sur Oran et toute la province. Tous les hôpitaux, et bientôt les cimetières, manquaient de places. Depuis trois mois, l’atmosphère était brûlante avec d’épais brouillards. La médecine était impuissante et seule une pluie providentielle pouvait purifier l’air.

Les autorités civiles, militaires et religieuses se réunirent pour chercher comment endiguer le fléau. Devant l’impuissance de l’assemblée, le Général Aimable Pélissier, duc de Malakoff, interpella rudement le représentant de l’Évêque d’Oran, le Vicaire général Suchet : « Et alors, Monsieur l’Abbé, vous dormez ? Ne sauriez-vous plus votre métier ? Faites des processions ! ». Et dans le silence, le Général tempêta : « Placez-donc la Vierge là-haut, sur cette montagne, Elle se chargera de jeter le choléra à la mer ».

Le Fort de Santa Cruz, bâti entre 1577 et 1604 par nos ancêtres espagnol…

La procession fut fixée au dimanche 4 novembre 1849, c’était toujours la sécheresse et rien ne laissait présager la pluie. Dès le matin, la foule se rassemble près de l’église Saint-Louis. Précédée par le Général Pélissier, et son état-major, par les autorités civiles et le Clergé en surplis et suivie par tous les habitants, la statue de la Vierge s’engage sur le sentier conduisant au sommet de la montagne dominée par le vieux fort espagnol. « Notre-Dame du Salut, priez pour nous ! » : la foule, un moment arrêtée à mi-pente pour souffler, reprend sa progression un peu désespérée et, soudain, arrive la pluie qui dura plusieurs jours. Dès le 9 novembre 1849, l’éditorial de l’Écho d’Oran annonce que, grâce à Dieu, le terrible fléau avait presque entièrement disparu.

La Sainte Vierge de Santa Cruz domine Oran depuis le miracle de novembre 1849

Le 28 novembre l'Écho d'Oran annonce une souscription pour ériger sur la montagne un monument commémoratif en l’Honneur de Notre-Dame du Salut. La première chapelle, dont la voûte s’était effondrée, fut reconstruite et, en 1873, fut érigée au sommet du clocher une statue monumentale de la Très Sainte Vierge.

En 1942, en présence de Monseigneur Jean Mérens et du Chanoine Combe, Monseigneur Léon Durand donna le premier coup de pioche de la nouvelle Basilique de Santa Cruz, remplaçant la chapelle ancienne de dimensions restreintes, et elle sera bénie solennellement le 3 mai 1959.


Le Fort de Santa-Cruz vu depuis la Basilique bénie solennellement le 3 mai 1959

Aujourd'hui encore, les photos les plus significatives d'Oran sont celles d'une cité sous la protection de Notre Dame de Santa Cruz, patronne de la ville. Le jour de l'Ascension, chaque année, Oranais et Oraniens répèteront par les sentiers de montagne le pèlerinage, "Le Pèlerinage"… Nombreux sont ceux qui faisaient vœu de grimper les sentiers rocailleux sur les genoux en implorant une grâce, particulièrement dans les moments les plus difficiles et les guerres. Familles unies dans cette ascension, enfants heureux de cette escapade, rires, plaisanteries, recueillement lors de la messe épiscopale au sommet, avant les inévitables pâtés de frita et la traditionnelle mouna… Des souvenirs que tout Oranais gardera toujours dans son cœur, parmi les plus vivaces de ces années de bonheur vécues dans la simplicité d'une foi ancestrale…



Oran, le fort et le sanctuaire de Notre-Dame de Santa-Cruz, par Flavien Masson


Notre Dame de Santa Cruz a eu l'immense bonté de suivre tout naturellement les Oranais dans leur exil… C'est près de Nîmes, à Courbessac, qu'elle a trouvé refuge dans une grotte devenue chapelle… Courbessac, un village gardois où la Vierge Marie a bien voulu placer sous sa protection de nombreuses familles musulmanes, des familles paisibles bien de chez nous… C'est désormais aux environs de Nîmes que chaque année toujours plus nombreux Oranais et Oraniens se retrouvent pour une action de grâce, prier… et aussi goûter aux saveurs du pays perdu… Nombre d'ex-voto tapissent la grotte en remerciement des faveurs et miracles de Notre Sainte Vierge… Des plaques aussi dédiées aux héros et martyrs d'une lutte désespérée contre l'abandon de notre Terre…





La seconde chapelle de Santa Cruz, érigée en 1873

Seigneur, rien n’est hasard et en mettant la main sur le livre qui nous parle d’Oran, comme une fleur couronnée d’épines, j’ai voulu respirer encore une fois le parfum de mon pays, mon enfance, mon adolescence, ma vie de femme. J’ai très mal et ce souvenir ne s’est jamais effacé de mon esprit et, tel un parfum envoûtant, plus je le respire et plus je défaille. Et plus je défaille et plus je rêve que je suis encore dans ma ville natale avec tous les miens enterrés là-bas, mon père et mes grands-parents.

Là-bas où je revois ma Vierge de Santa Cruz, où chaque 15 Août je montais avec mon cher papa les douze stations pieds-nus en priant et en chantant. On accomplissait ainsi nos promesses :

« Ô Mère de Dieu et des hommes, Tu n’as jamais déçu Tes enfants d’Oranie et même ceux qui ont demandé Ton aide pour une peine, une maladie, un désespoir. Tu as su leur redonner Courage. Comme une Mère unique, Tu nous a choyés et notre départ fut plus qu’une mort : on T‘abandonnait, même si Tu nous as suivis à Nîmes et nous n’avons plus retrouvé la Chapelle bénie de Notre-dame de Santa Cruz, Protectrice de notre ville tant aimée et de ses enfants, Tes petits Oranais devenus pieds-noirs en France. »

Seigneur, le cœur gros, je Te demande pourquoi, comme une fumée d’opium, je continue à me plonger dans ce souvenir qui m’écorche le cœur et que puis-je y trouver ? Je cherche en vain à l’oublier. Tout ce que je ressens, loin de me consoler, ravive en moi ce désir de retrouver ce que j’ai perdu. Et je m’adresse à la Vierge de mon pays :

Pourquoi les personnes qui ont vécu en ce temps savaient comprendre nos frères souffrants ? Pourquoi étions-nous mieux écoutés ? Nous vivions tous unis et on pratiquait la charité. Et puis tout à coup, tout s’est envolé en fumée. Alors, Vierge MARIE, où es-Tu , Toi qui a sauvé mon pays de cette peste. Les hommes Te vénéraient ! Où es-Tu ?

Aujourd’hui, les hommes s’entretuent sans appeler Ton Fils Bien-Aimé et sans T’appeler, Toi, Sa Mère si bonne. Que fais-Tu, ma Mère réponds-moi pour l’Amour de la Sainte Croix de JÉSUS, le Christ, Ton Fils et Notre Sauveur.



Image 1 : "Nostra Senora del Salud", statue en bois doré, mains jointes (statue Léoni), implorée en 1849.
Portée en procession sur la montagne du Murdjadjo en pleine épidémie de choléra.
Cette statue est restée à Oran, dans l'oratoire du nouvel évêché, notre église de Saint-Eugène.
Image 2 : Statue en bois aux bras écartés (statue Courtinat). Elle a remplacé "Nostra Senora del Salud" en 1873
  pour être installée au dessus de l'autel de la Chapelle puis en mai 1959 la Basilique de Santa-Cruz dominant Oran.
Image 3 : Statue aux mains croisées sur la poitrine, dite "Vierge de Murillo", devenue "Notre-Dame de Santa-Cruz".
C'est cette image de la Vierge qui  fut implorée lors du Grand Retour de 1949 à travers l'Oranie.
C'est l'image de "Notre-Dame de Santa-Cruz" qui est aujourd'hui vénérée au sanctuaire de Nîmes.
Image 4 : Statue monumentale en bronze, coulée dans le moule de "Notre-Dame de Fourvières" de Lyon.
En 1873, Monseigneur Jean-Baptiste Callot la fit ériger sur le clocher de la chapelle de Santa-Cruz .


Chanoine Mathieu : « La Vierge de l’Oranie au XIX siècle : Histoire du pèlerinage de Notre-Dame du Salut à Santa Cruz », Oran, 1900

Santa Cruz… l'Ascension des Oranais

Nostalgie : escale à Oran 1952 - 1957… Oran et l'Oranie par JC Pillon 1957-1960…

Église à Marseille (n° 6 - juin 2011) : Jean-Paul II et Notre Dame de la Garde
"Jean Mérens, prêtre de Marseille de 57 ans [né en 1890 donc 57 ans en 1947, lors de la visite de Karol Wojtyla à Marseille ; Jean Mérens a été choisi comme vicaire général du diocèse d'Oran en 1933], était parti en 1920 en Algérie avec Mgr Léon Durand, lui-même prêtre marseillais devenu évêque d’Oran ; revenu à Marseille après la mort de cet évêque, il sera recteur de Notre-Dame de la Garde de 1953 jusqu’à sa mort en 1961."






Santa Cruz… Ascension des Oranais


Notre Dame de Santa Cruz qui jadis dominait Oran s’est exilée à Nîmes… Désormais, chaque année le jeudi de l’Ascension les Oranais s’y rendent en pèlerinage et pour des retrouvailles. 

Ce jeudi 25 mai la foule est toujours nombreuse… Foule nombreuse de pèlerins au pied de la colline, près de la petite église de Courbessac et parmi une population de résidents kabyles ou arabes, fils de Harkis ou non, des vieux, de très jeunes… mais gens de chez nous toujours sympathiques et accueillants, heureux de retrouver au moins une fois par an ces Européens et chrétiens venus du pays… Comme chez nous jadis, avant que DeGaulle et FLN sèment la haine. 

Après la messe, un méga sandwich fourré de rate farcie, cette melza qui nous manque tant… 

Puis, sous les parapluies, la procession jusqu’au sanctuaire dédié à notre Vierge immigrée… toujours la foule malgré le mauvais temps, foule à laquelle se joignent des musulmans, on pouvait même y repérer quelques femmes voilées… Foule recueillie, foule émue, foule digne, foule heureuse… Une journée de communion, loin de France.











Statue aux mains croisées sur la poitrine, dite "Vierge de Murillo",
elle fut implorée lors du Grand Retour de 1949 à travers l'Oranie.
C'est cette image de Notre-Dame de Santa-Cruz qui est vénérée au sanctuaire de Nîmes.






mercredi 13 mai 2020

Régis Guillem, Européen, francais d'Algérie, une vie de combat contre l'horreur et la trahison…



Régis Guillem est né à Assi-Bou-Nif, petit village entre Oran et Mostaganem, dix ans avant novembre 1954. Une adolescence dans un faubourg d’Oran, Médioni, où il fréquentait majoritairement des musulmans. Très jeune, en pleine guerre d’Algérie, Régis Guillem rejoindra les rangs de ces natifs ordinaires d'Algérie qui souhaitaient seulement rester chez eux… Il sera arrêté par les barbouzes gaullistes, en juin 1962 puis libéré par la Mission C le 29 juin avant d'être expédié en exil en Métropole, cette terre inconnue… Il était âgé alors de seulement 18 ans…






Et la Levêche souffla sur l'Oranie


Et la Levêche souffla sur l'Oranie



Régis Guillem témoigne de sa vie intense et déchirée de jeune Européen, français d'Algérie, né seulement dix ans avant novembre 1954, entre Oran et Mostaganem à Assi-Bou-Nif…

Récit franc et réaliste d'une enfance puis d'une adolescence en Algérie… Sa famille, ses amis… Chronologie d'évènements tragiques trop souvent occultés… 18 ans, exilé d'autorité en France métropolitaine… Hostilité de l'accueil dans cette prétendue mère-patrie… Hexagonaux naïfs ignorants la réalité des faits et abrutis de propagande, alors gaullo-communiste… Récit pointilleux, imagé, coloré d'une page dramatique de l'Histoire de France.

Horreur, complots, imposture… trahison et connivence avec l'ennemi au plus haut niveau de l'État… tout y est. Résistance et engagement dans l'OAS… Oran, ses commandos… Incarcération à Fresnes… Engagement dans le 2ᵉ Régiment étranger d'infanterie, la Légion Étrangère !… éviter ainsi un nouveau bagne gaulliste… alors que le Régime et nombre d'Hexagonaux réservent tous les honneurs à l'avant-garde du terrorisme islamiste en Métropole…

Récit d'une vie pleine et à jamais meurtrie d'un homme qui ne renie rien… toujours fidèle à la multitude de ces musulmans, amis d'enfance, frères d'armes, compagnons d'exil… Récit extraordinaire d'un homme héroïque chez lequel transparait toujours ce gamin ordinaire né à Assi-Bou-Nif 10 ans avant novembre 1954…







mardi 12 mai 2020

Andry Rajoelina, face à l'OMS, défend le Covid-Organic et les travaux de l'IMRA…



Magistrale intervention du Président Andry Rajoelina… Réaction énergique et sans faille face au mépris dans lequel les instances de la dictature mondialiste voudraient tenir les travaux de l'Institut malgache de recherches appliquées (IMRA) du Pr Albert Rakoto Ratsimamanga… L'IMRA dont l'expertise et la renommée mondiales restent incontestables ; l'IMRA à l'origine de la diffusion du Madécassol, l'un des meilleurs cicatrisants aujourd'hui connus ; l'IMRA éminemment présent dans la promotion des principes actifs de la Pervenche de Madagascar, intervenant dans de nombreuses pathologies dont certains cancers… …





Fondation Albert et Suzanne Rakoto-Ratsimamanga

Institut Malgache de Recherches Appliquées (IMRA)

Jeune Afrique :  Coronavirus - « Enfin, le monde s’intéresse à l’Artemisia ! »

Maroc-le360-Afrique : Le Président malgache défend le Covid-Organics

Îles Éparses – Madagascar confiante sur l’issue des discussions pour leur restitution à Madagascar




dimanche 10 mai 2020

"Ride the Tiger"… Emmanuel a-t-il repris ses cours de théâtre ?



"Ride the Tiger"… Le petit Emmanuel aurait-il à nouveau reçu la bonne influence de sa Brigitte des premières heures, elle qui spontanément a su déceler les talents de comédien incontestables de cet enfant de 15 ans… Après moult discours aussi impersonnels que soporifiques voilà que notre gamin ressuscité nous livre un extraordinaire monologue de près de 32 minutes… Foin des téléprompteurs, voici révélé un adorable bambin plein de cette volonté d'apprendre et de se perfectionner… Certes beaucoup de travail reste à faire… De cet exercice nous n'aurons retenu que la forme, à encore travailler mais prometteuse… Du fond rien du tout… Mais était-ce si important dans un exercice d'artiste face à un jury impassible de prétendus artistes ? Tel Robinson Crusoé saura-t-il visiter la cale non pas pour trouver du fromage et du jambon mais se donner du fond, voilà désormais la question… Saura-t-il calquer du fond à la forme sans un éventuel shoot à la cocaïne telle reste aussi la question… "Enfourcher le Tigre" ou "chevaucher le Tigre" sans se retrouver face contre terre ? Gare à la descente !







*   *   *



"Ride the Tiger"




mercredi 6 mai 2020

Sala Langkaa (ต้น สาละลังกา)… Un intrus dans les temples bouddhistes ?



Un arbre d'origine brésilienne chez les bouddhistes !




La fête la plus importante dans la tradition bouddhique theravāda est célébrée le jour de la pleine lune du mois Vaisakha, sixième mois lunaire, qui généralement a lieu en mai… En cette année 2020, c'est ce mercredi 6 mai.  Visakha Pucha commémore tout à la fois chacun des trois moments majeurs de la vie de Bouddha, la naissance du prince Siddhârta, en 623 avant J.C., son Illumination en 588 avant J.C., et l'accession du Bouddha au Parinirvāṇa, 45 ans plus tard. Ces évènements sont tout trois survenus lors la pleine lune du mois Vaisakha. À chacun de ces trois évènements est intimement associé un arbre :
- La forêt d’Ashoka (ต้นอโศก) [Saraca indica (Linnaeus) ou Saraca asoca [(Roxb.) de Wilde 1968] - famille des Caesalpiniaceae ou Fabaceae] dans laquelle sa mère accoucha ;
- Le Pipal ou arbre de la Bodhi (Ficus religiosa de la famille des Moraceae) [familièrement appelé en Thaïlande : โพศรีมหาโพ Pho see ma haa pho (au Centre) ; ปู Puu (en Issan et en Khmer) ; โพ Pho, ย่อง Yong (Shan-Mae Hong Son) ; สลี Salee (au Nord)] sous lequel il connut l’Éveil ;
- et surtout le Sal (สาละ) [Shorea robusta (C.F. Gaertn) - famille des Dipterocarpaceae] sous lequel il s’éteignit.

Le Pipal tient toujours une place privilégiée dans tout lieu dédié au bouddhisme. Il est connu de tous sans jamais aucune confusion… Sa feuille est particulièrement remarquable…

La feuille du Pipal ne souffre d'aucune confusion possible…

L’arbre d’Ashoka quoique très répandu en Thaïlande est moins connu, surtout des étrangers… Quant au Sal il y est pratiquement totalement inconnu, même dans le Nord où le climat ne pourrait permettre la rencontre que quelques très rares spécimens… Donc un arbre très présent dans la tradition,  représenté sur les fresques des temples mais dans leur environnement toujours absent de leur flore sacrée…  Était-ce suffisant pour que naissent de graves confusions, notamment pour le Sal ? Quelle a été l'incidence de l'acclimatation tardive dans la région d'un bel et spectaculaire arbre ?… Arrivé du Sri Lanka ?

L'arbre d'Ashoka (ต้นอโศก), l'arbre sous lequel naquit le prince Siddhārtha Gautama… cet arbre tombé amoureux du dieu de l'Amour, Kâma…

Saraca indica [Linnaeus] - synonyme : Saraca asoca [L., 1767]
Famille : Caesalpiniaceae (ex Fabaceae ou Leguminosae)
Nom vernaculaire thaï (ชื่อสามัญ) : Ashoka
Appellations locales (ชื่อพื้นเมือง) : โสก Sok (Centre) ; โสกน้ำ Sok nam (Surat Thani) ; กาแปะห์ไอย์ Ka-pae-ai (Malay-Yala) ; ชุมแสงน้ำ Chum saeng nam (Yala) ; ตะโดลีเต๊าะ Ta-do-li-to (Malay-Pattani) ; ส้มสุก Som suk (North)

Une fouille à Lumbini sur le lieu présumé de naissance du prince Siddhārtha Gautama a récemment conduit…
à la découverte d’une structure de bois inconnue !

L'arbre d'Ashoka (ต้นอโศก) (Saraca indica [Linnaeus] ou Saraca asoca [(Roxb.) de Wilde 1968] - famille des Caesalpiniaceae ex-Fabaceae) est un arbre remarquable aux fleurs spectaculaires… Si la floraison principale est en saison sèche, d'avril à mai, l'arbre porte des fleurs toute l'année. C'est l'arbre sous lequel serait né le prince Siddhārtha Gautama, à Lumpini au VIe siècle avant J.-C. Un spécimen est généralement présent dans chaque temple bouddhiste, en Inde, au Sri Lanka, en Thaïlande et partout ailleurs… C'est aussi, pour les Hindouistes, l'arbre consacré à Kâma, le dieu de l'amour [cf. Kâmasûtra]. Des extraits de son écorce sont utilisés en gynécologie.

Signalons une découverte récente sur les lieux présumés de la naissance du prince Siddhārtha Gautama : les fouilles auraient révélé la présence d'un bois d'espèce inconnue !… Alors l'arbre d'Ashoka est-il bien l'arbre de la naissance du prince Siddhārtha Gautama ? Gageons que quelles que soient les découvertes archéologiques, la tradition l'emportera bien longtemps encore…

… Plus tard quand la reine Maya était en route pour la maison de son père afin de préparer la naissance, elle fit arrêter son chariot dans le jardin de Lumbini et s'appuya sur une branche d'arbre pour se reposer. À cet instant, tandis que les divinités brahmaniques faisaient pleuvoir des pétales de fleurs sur elle, Siddhartha sortit de son sein droit sans aucune aide. L'enfant marcha sept pas dans les quatre directions, et des fleurs de lotus surgirent là ou son pied touchait terre. Alors l'enfant déclara, "Je n'aurai plus de vie futures à endurer, ceci est ma dernière incarnation. Maintenant puisse je détruire et arracher les racines cause de la souffrance des renaissance successives." Sept jours plus tard la reine Maya mourut. Mahaprajapati, la sœur de maya s'occupa de Siddhartha. Le roi Shuddhodana, son père, évita à Siddhartha toutes les formes de souffrance. Quand siddhartha eu 20 ans, il épousa Yasodhara, la fille de l'un des ministres, et un an après ils eurent un fils nommé Rahula (ce qui signifie "entrave" ou "empêchement")…







L'arbre d'Ashoka (ต้นอโศก) est à présent proposé par les pépinièristes, tel Nana Garden, sous de nombreux cultivars :

Fleur de l'un des cultivars de l'arbre d'Ashoka (ต้นอโศก) proposé par Nana Garden

D'autres magnifiques cultivars sont présentés sur le site Magnolia Thailand


Mythe d'origine tamoule sur le dieu Kâma


Le Sal, l'arbre du Parinirvāṇa de Bouddha

Shorea robusta C.F.Gaertn
famille des Dipterocarpaceae
Nom vernaculaire thaï (ชื่อสามัญ) : สาละ Saa la (Bangkok)… l'arbre n'étant pas présent en Thaïlande, il ne connaît aucune appellation régionale. Sa zone de distribution s'étend principalement au Bhoutan, au centre et au nord-est de l'Inde, au Népal, au sud de la Chine (sud-est Xizang), en  savanes et forêts ouvertes jusqu'à une altitude de 800 m.


À Kusinara…
Alors le Béni du Ciel s'adressa au Vénérable Ananda, en disant : "Allons, Ananda, traversons de l'autre côté de la Hiraññavati, et allons au Bosquet de Salas des Mallas, aux environs de Kusinara."
"Qu'il en soit ainsi, Seigneur." … …
Et le Béni du Ciel, ainsi qu'une grande compagnie de bhikkhus, partit de l'autre côté de la Hiraññavati, au Bosquet de Salas des Mallas, aux environs de Kusinara. Et là il s'adressa au Vénérable Ananda, en disant :
"Je t'en prie,, Ananda, prépare moi une couche entre deux arbres sala jumeaux, avec la tête au nord. Je suis fatigué, Ananda, et je veux m'étendre."
"Qu'il en soit ainsi, Seigneur." Et le Vénérable Ananda fit comme le Béni du Ciel lui demandait de faire.
Alors le Béni du Ciel s'étendit sur son côté droit, dans la posture du lion, un pied posé sur l'autre, et ainsi disposé lui-même, attentif et en état de comprendre clairement.
À ce moment, des arbres sala jumeaux s'épanouirent les fleurs, quoique ce ne fut pas la saison de leur floraison. Et les fleurs plurent sur le corps du Tathâgata et tombèrent et s'éparpillèrent et saupoudrèrent leurs pétales jaune crème en vénération pour le Tathâgata… …
Et le Béni du Ciel s'adressa au Vénérable Ananda, en disant : "Ananda, les arbres sala jumeaux sont en pleine fleur, quoique ce ne soit pas la saison de leur floraison. Et les fleurs pleuvent sur le corps du Tathâgata et tombent et s'éparpillent et sont étalées sur lui en vénération pour le Tathâgata"… Extraits du Maha-parinibbāna Sutta - « Les Derniers Jours du Bouddha »

Sal (Shorea robusta)

Fleur du Sal (Shorea robusta)


Une espèce de Shorea, le Shorea roxburghii est toutefois très présente en Thaïlande…

Shorea roxburghii G.Don พะยอม synonyme : Shorea Floribunda Kuzz
Noms vernaculaires thaïs (ชื่อสามัญ) : พะยอม Phayom, สุกรม Su krom (Central); กะยอม Kayom (Chiang Mai); ขะยอม Kha-hom (Laos); ขะยอมดง Khayom dong, พะยอมดง Phayom dong (Northern); แคน Khaen (Loei); เชียง Chiang, เซี่ยว Siao (Karen-Chiang Mai); พะยอมทอง Phayom thong (Prachin Buri, Surat Thani); ยางหยวก Yang yuak (Nan)

Le Shorea roxburghii ou Phayom (พะยอม) est présent en Thaïlande


Sala Langkaa (ต้น สาละลังกา)… Un intrus dans les temples bouddhistes ?

"Macacarecuia" ou "Abricó de macaco"
Couroupita guianensis Aubl.
Noms vernaculaires thaïs (ชื่อสามัญ) : สาละลังกา Sala langkaa (Bangkok) ลูกปืนใหญ่ Luuk puen yai (Chon Buri)

Le Sala Langkaa (ต้น สาละลังกา)… comme son nom vernaculaire thaï le laisse entendre semble effectivement être arrivé du Sri Lanka… mais pas avec le bouddhisme theravāda ! Le Sala Langkaa est un arbre de la famille des Lecythidaceae… Une famille ne comprenant que des espèces endémiques des régions sub-tropicales à tropicales d'Amérique, de Madagascar, des Comores et d'Afrique de l'Est… Une espèce est surtout connue par le populaire "Macacarecuia" ou "Abricó de macaco" du Brésil… de son nom universel Couroupita guianensis… Comment donc un arbre brésilien est-il venu se mêler et se confondre avec les arbres indiens ? Eh bien, cette confusion semble émaner des bouddhistes du Sri Lanka. Les Cinghalais - comme la plupart des Thaïs - n'ont bien sûr jamais vu un arbre Sal (สาละ) car celui-ci ne pousse pas en climat tropical. Frustrés ? Ils sont cependant rapidement devenus familiers avec le "Macacarecuia", introduit au Sri Lanka par les Portugais. Le "Macacarecuia" n'offre pas seulement de belles et extravagante fleurs allant du blanc au rose jusqu'au mauve intense et au parfum irrésistible, mais aussi dans le cœur de la fleur se niche un petit nodule blanc crème évoquant un petit stupa. Il n'en fallait pas davantage pour que chez les Cinghalais naissent la légende du "Macacarecuia". Le Bouddha est mort entre deux Sal et ses restes ont été insérés dans un stupa : l'arbre "Macacarecuia" a un stupa dans sa fleur,  donc l'arbre "Macacarecuia" doit bien être l'arbre Sal. La présence anglaise au Sri Lanka a fait que le "Macacarecuia" des Portugais a perdu son magnifique nom chantant pour devenir le trivial acculturé "arbre aux boulets de canon"… "Elephant's balls tree", c'eût assurément été moins stupide… plongeant dans l'imaginaire animiste, honorant tout à la fois l'éléphant sacré du Sri Lanka et ses vertus… Continuons sagement à l'appeler, comme les Thaïs, Sala Langkaa (ต้น สาละลังกา)… ou de ses noms portugais "Macacarecuia" et "Abricó de macaco"… ou de son nom universel scientifique Couroupita guianensis…

Un grand et bel arbre, empreint de mystère, spectaculaire tant par son port que par ses grandes fleurs variant du rose au mauve intense… des fleurs hermaphrodites, larges souvent de plus de 10 cm, aux pétales charnus rouge-rose-mauve à fond jaunâtre magnifiant de longs épis aérés jaillissant à profusion au bout des branches mais principalement flanquant le tronc de leur enchevêtrement… des fleurs, le soir tombé, visitées par les chauve-souris pollinisatrices… des fleurs qui alors dégagent un parfum suave intense… des fleurs éphémères se renouvelant toute l'année et qui produiront des grappes d'énormes fruits ronds et denses pouvant peser de 6 à 8 kg après une maturation de huit à neuf mois…

… un tel arbre ne pouvait que connaître un immense succès auprès des bouddhistes… mais aussi chez les hindouistes. Car la fleur de cet arbre, en plus d'abriter un stupa, évoquerait aussi un Nâga… Très planté dans les temples en Inde, cet arbre est appelé l'arbre Nagalingam en tamoul. Il est considéré comme sacré par les hindous puisque sa fleur ressemblerait à un Shiva mukha lingam surmonté d'un Nâga. Ainsi, à présent un spécimen se rencontre, non seulement dans les temples shivaïtes mais aussi dans la plupart des temples bouddhistes du Laos, du Cambodge, de Thaïlande moins souvent, semble-t-il, en Birmanie ou au Vietnam… Et les Thaïs oubliant délibérément les origines lointaines sud-américaines de l'arbre l'ont adopté et baptisé : Sala Langka (ต้น สาละลังกา) !

Le wat Phra Non Jaksi Voraviharn, dans la province de Singburi, est allé jusqu'à décider que Sala Langka (ต้น สาละลังกา) est l'arbre sous lequel la reine Maya a donné naissance au prince Siddhārtha Gautama… L'anachronisme est un concept ignoré dans cette région du monde… … Et, en toute saison, chaque pèlerin pourra y acheter un jeune plan de l'arbre devenu sacré…

Wat Phra Non Jaksi Voraviharn, province de Singburi :
623 av. J.C., la reine Maya donne naissance au prince Siddhārtha Gautama
dans les jardins de Lumpini… sous un Sala "Langkaa" (ต้น สาละลังกา),
selon la mise en scène du Wat Phra Non Jaksi Voraviharn

Et alors le Sala langkaa, que Bouddha n’a manifestement jamais rencontré, est-il vraiment un intrus dans les temples bouddhistes ?

Il est vrai que le wat Phra Non Jaksi Voraviharn, dans la province de Singburi ose une présentation non conventionnelle de la naissance du prince Siddhārtha Gautama… Une présentation que l’on pourrait comprendre si on la cadre dans l’effort de promotion du Sala langkaa pratiqué par les œuvres de ce wat… De nombreux Sala langkaa sont plantés dans les environs et chaque pèlerin peut y acquérir de jeunes plants… Nulle part ailleurs nous n’avons rencontré la naissance du prince Siddhārtha Gautama ainsi associée au Sala langkaa…

C’est essentiellement avec le Sal du Parinirvāṇa qu’une confusion règne… Certains bouddhistes seraient peut-être frustrés de ne pas rencontrer le véritable Sal de la tradition chez eux ?… Mais en réalité la confusion, la vraie, la seule, ne règne que sur l'Internet où se répercutent en toute liverté erreurs et confusions… Copier-coller… Quant à la présence du Sala langkaa dans les lieux de culte bouddhiste, il est remarquable que celle-ci est généralement maîtrisée… Sauf l’exception mentionnée, et encore concernant la naissance et pas l’extinction du Bouddha, la Sala langkaa reste toujours en périphérie, près de l’enceinte de temple, voire à l’extérieur comme à Vientiane au wat Si Muang ou dans les jardins comme au wat Rong Khon de Chiang Raï…

Couroupita guianensis (famille des Lecythidaceae)
ou Sala Langkaa (ต้น สาละลังกา)

Wat Rong Khon (วัดร่องขุ่น) ou Temple Blanc à Chiang Raï (20 juillet 2555)
Couroupita guianensis (famille des Lecythidaceae)
ou Sala Langkaa (ต้น สาละลังกา)

Wat Klang Wiang (วัดกลางเวียง) à Chiang Raï (22 juillet 2555)

Fleur de Couroupita guianensis (famille des Lecythidaceae) ou Sala Langkaa (ดอกสาละลังกา)
Wat Phra Singh Woramahaviharn (วัดพระสิงห์วรมหาวิหาร) à Chiang Raï  (22 juillet 2555)


Couroupita guianensis (famille des Lecythidaceae)
ou Sala Langkaa (ต้น สาละลังกา)

Wat Si Muang, site du Pilier de la ville de Vientiane (1er janvier 2556)
Couroupita guianensis (famille des Lecythidaceae)
ou Sala Langkaa (ดอกสาละลังกา)

Vientiane, Wat Si Muang… 1er janvier, les fruits ont fait place aux très rares fleurs









































Monastère Kyaug Seindon Mibaya à Moulmein
- là où se réfugia la reine Seindon après la chute du roi Mindon -
Omniprésent au Laos et en Thaïlande, l'arbre reste très rare en Birmanie
(photo prise le 16 octobre 2013 à Moulmein)

*   *   *


















សាលព្រឹក្សមិនត្រឹមតែមានផ្កាស្រស់ស្អាតប៉ុណ្ណោះទេ ថែមទាំងជាឱសថធម្មជាតិពិសេសផងដែរ!
Le wat a non seulement de belles fleurs, mais aussi des remèdes naturels spéciaux !

*   *   *
Linh Sơn Viên : HV-22 : Hoa Sala tháng hai

Linh Sơn Viên : HV-21 : Hoa Sala – Loài hoa nơi cửa Phật

Merveilleuse Chiang-Maï : COUROUPITA GUIANENSIS AUBLET

Lecythidaceae : Couroupita guianensis

Couroupita guianensis

Un site permettant de trouver les correspondances scientifiques  avec les noms vernaculaires en thaï :
http://village.haii.or.th/botanical/index.php


Une liste de vidéos : Popular Couroupita guianensis vidéos




L'arbre ashoka (Saraca indica ou - synonyme - Saraca asoca)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_ashoka
http://en.wikipedia.org/wiki/Saraca_asoca


L’arbre minéralisé qui redéfinit la date de naissance du bouddha

Plantes et botanique - Dipterocarpaceae : Shorea roxburghii


À l'exemple de la Thaïlande, le Sri Lanka protège ses arbres par ordination bouddhiste…
















mercredi 22 avril 2020

Louis-Ferdinand Céline, porte-voix de tous les "indignes" !…



France Culture a diffusé du 15 au 19 juillet 2019 une série de cinq émissions consacrées à Louis-Ferdinand Céline dans le cadre de ses "Grandes Traversées" réalisées par Christine Lecerf. 
 
"La vérité de ce monde, c'est la mort." 




Errances… "La vie c’est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit."




Soignant, médecin… et écrivain




"Tout dire" contre une nouvelle guerre.
… contre les prémisses du mondialisme ?





"On m'aurait pendu en 44 ça aurait arrangé tout le monde - !
On aurait recouvert mon cadavre de tombereaux - de merde de calomnies et tout serait dit !
Mais je suis vivant.
Il faut s'expliquer - on ergote et on ment.
On s'embarbouille dans les conneries allusions mystères etc…
On s'en fout plein les doigts. Je suis AMNISTIÉ et c'est tout.
Le premier que je prends aux allusions je lui fous un procès et c'est tout."
à Albert Paraz, le 18 mai 1951





"LE PETIT CÉLINIEN", site entièrement consacré à Louis-Ferdinand Céline, actualités et archives céliniennes






samedi 18 avril 2020

Louis-Ferdinand Céline : "Semmelweis"…



"La Vie et l'Œuvre de Philippe Ignace Semmelweis" telle est la thèse de doctorat en médecine de Louis-Ferdinand Céline, soutenue le 1er mai 1924.
À la suite du succès littéraire de ses deux premiers romans, "Voyage au bout de la nuit" et "Mort à Crédit", Céline publia sa thèse dans une version à peine corrigée en 1936 sous le titre "Semmelweis", elle a ensuite connu plusieurs rééditions.
Louis-Ferdinand Céline décrit la vie du médecin obstétricien hongrois Ignace Philippe Semmelweis (1818-1865) qui a observé que la fièvre puerpérale est transmise de malade en malade par le personnel hospitalier. Il a raison trop tôt et n’a pas encore d’explication technique de sa méthode : « faire laver les mains aux personnes touchant les femmes enceintes »… …
D'une étrange actualité !





*   *   *




Portrait d'Ignace Philippe Semmelweis, probablement tiré d'une aqarelle de 1957 d'Àgost Canzi
(Sigerist, Henry E. (1965) Große Ärzte, München, Deutschland)

En 1924, Louis-Ferdinand Céline soutient sa thèse de médecine à Paris. Son sujet : le cas du médecin hongrois Ignace Philippe Semmelweis (1818-1865), pionnier incompris du lavage de mains (l’asepsie) en milieu hospitalier. Un texte qui préfigure le génie littéraire de son auteur et résonne tout particulièrement avec l’actualité, à l’heure de la lutte contre le coronavirus.

« La forme n'a pas d'importance, c'est le fond qui compte. Il est riche à souhait, je suppose. Il nous démontre le danger de vouloir trop de bien aux hommes. C'est une vieille leçon toujours jeune. Supposez qu'aujourd'hui, de même, il survienne un autre innocent qui se mette à guérir le cancer. Il ne sait pas quel genre de musique on lui ferait tout de suite danser ! (…) Rien n'est gratuit en ce bas monde. Tout s'expie, le bien, comme le mal, se paie tôt ou tard. Le bien c'est beaucoup plus cher, forcément ».

Ainsi débute la préface à l’édition de 1936 de Semmelweis, la thèse de médecine de Louis-Ferdinand Céline. Le futur médecin a trente ans lorsqu’il soutient son doctorat. C’est un jeune marié, revenu blessé de la Première Guerre mondiale, qui a pu bénéficier du programme d’études allégé réservé aux anciens combattants. Il n’est pas encore entré en littérature. Toutefois, le choix de son sujet de thèse semble déjà annoncer le romancier en devenir. Comment ne pas imaginer les bonnes dispositions de Céline à l'égard de ce médecin hongrois tempétueux qui, seul, a eu raison contre tous et s’est heurté à l’establishment médical de l’époque avant de mourir, dans un quasi anonymat, dans un hôpital psychiatrique de Vienne ?

« Brutal en tout »

Il y a un double intérêt à relire aujourd’hui Semmelweis. D’une part le « fond », « riche à souhait » comme l’avance Céline avec un sens de la formule déjà éprouvé. C'est l'histoire turbulente d’une géniale découverte, en avance sur son temps, venue s’écraser sur le mur des certitudes et l’orgueil de quelques mandarins. L'histoire, aussi, d’un personnage romanesque, excessif, qui voulut s’imposer avec force. « Skoda [un des maîtres de Semmelweis, ndlr] savait manier les hommes, Semmelweis voulait les briser, écrit Céline. On ne brise personne. Il voulut enfoncer les portes rebelles, il s’y blessa cruellement. Elles ne s’ouvriront qu’après sa mort. Nous devons à la vérité un grand défaut de Semmelweis : celui d’être brutal en tout et surtout pour lui-même ».

La thèse de Céline, d’autre part, préfigure le génie littéraire de son auteur, laissant entrevoir ce que sera son style oral, gouailleur, tapageur, parfois définitif et sentencieux, toujours érudit et ouvragé. « Cette langue entièrement artificielle, entièrement littéraire, qu'il a tirée de la langue parlée », selon les mots de l'écrivain Julien Gracq. Une langue qui s’adresse au lecteur, le prend à partie, entre en conversation avec lui.

Louis-Ferdinand Céline, en 1932, année où il obtint le prix Renaudot pour son roman Le Voyage au bout de la nuit
(Agence de presse Meurisse)

L’histoire de Semmelweis constitue en tout cas un formidable matériau pour le futur romancier. Il convient d’en restituer ici les grandes lignes. Ignace Philippe Semmelweis naît le 18 juillet 1818 à Budapest, en Hongrie, cinquième fils d’un épicier. Il délaisse ses études de droit pour s’inscrire en 1939 à l’université de Médecine à Pest, puis à Vienne où il fait la rencontre, décisive, de Joseph Škoda et Carl Von Rokitansky, deux pontes de l’époque qui deviendront ses amis et ses plus fidèles alliés.

Après une thèse sur la botanique et une formation en chirurgie, Semmelweis devient médecin assistant au premier service d'obstétrique de l'hôpital général de Vienne, dirigé par le professeur Johann Klein. Très vite, il s’intéresse aux causes de la fièvre puerpérale, cette maladie infectieuse qui fait des ravages, tuant de nombreuses femmes après leur accouchement. Dans le service du professeur Klein, le taux de mortalité dû à cette affection atteint 18 % : « Pendant certaines périodes les risques de mort équivalaient à une certitude », écrit Céline. L’information circule et on préfère souvent accoucher dans la rue plutôt qu’à l’hôpital. Surtout, le service d’obstétrique voisin, dirigé par le professeur Bartsch, peut lui se prévaloir d’un taux de mortalité bien inférieur, de l’ordre de 3 %. Semmelweis est déterminé à éclaircir ce mystère.



Portrait de Semmelweis et sa femme Mária Weidenhoffer l'année de leur mariage (1857)
(József Antall, Jr., Géza Szebellédy (1973) Aus den Jahrhunderten der Heilkunde, Budapest: Corvina Verlag p17)


L'empêcheur de tourner en rond

Dans le service de Bartsch, les interventions sur les patientes sont effectuées par des sages-femmes. Chez Klein, elles le sont par des étudiants en médecine. Semmelweis propose d’échanger le personnel des deux services et le résultat ne se fait pas attendre : la mort suit les étudiants. Le taux de mortalité, autrefois faible chez Bartsh, explose. Les étudiants jouent incontestablement un rôle dans la propagation de l’infection. Semmelweis fait installer des lavabos à l’entrée de l’hôpital et demande aux étudiants de se laver les mains avant toute intervention. On ne salue pas son geste, bien au contraire : Semmelweis est l’empêcheur de tourner en rond. Autour de lui, le vide se fait. Le professeur Klein ne lui parle plus et brûle de le renvoyer. Le 20 octobre 1846, c’est chose faite.

« Le destin m’a choisi pour être le missionnaire de la vérité »

Mais Semmelweis ne désarme pas. « Le destin m'a choisi, écrit-il, pour être le missionnaire de la vérité quant aux mesures qu'on doit prendre pour éviter et combattre le fléau puerpéral. J'ai cessé depuis longtemps de répondre aux attaques dont je suis constamment l'objet ; l'ordre des choses doit prouver à mes adversaires que j'avais entièrement raison sans qu'il soit nécessaire que je participe à des polémiques qui ne peuvent désormais servir en rien aux progrès de la vérité ».

L’intuition de Semmelweis est la bonne. Elle obtient une confirmation éclatante lorsque son collègue et ami Kolletchka meurt des suites d’une coupure qu’il s’est infligée lors d’une dissection. Il ne reste plus qu’à formuler la conclusion : « Ce sont les doigts des étudiants, souillés au cours de récentes dissections, qui vont porter les fatales particules cadavériques dans les organes génitaux des femmes enceintes et surtout au niveau du col utérin (…) Les mains, par leur simple contact, peuvent être infectantes ». Semmelweis évoque des « particules cadavériques » car on ignore encore à l'époque qu'il s'agit de microbes. En mai 1847, il parvient à convaincre son ancien service d’imposer une désinfection des mains entre le travail d’autopsie et d’examen des patientes. Le taux de mortalité passe de 12 % à 2,3 % avant de tomber à 1,3 %. Le constat est sans appel. La notion d’asepsie est née. Autrement dit, l’idée de prévenir les infections par des mesures d’hygiène.

Marginalisé mais sûr de son fait

Semmelweis rechigne à publier ses résultats. C’est son collègue Ferdinand Von Hebra qui s’y colle. Si certains sont impressionnés par la découverte, la communauté médicale dans son ensemble accepte mal de voir ses certitudes bouleversées. On explique encore certaines maladies par l’antique théorie des « humeurs », soit un déséquilibre entre quatre états (chaud, froid, sec et humide) constitutifs du corps humain. Surtout, on refuse de s’avouer que les médecins peuvent être la cause de tant de morts.

« Tous ceux qui ont le cœur à la bonne place penseront comme moi ! » 

D’un point de vue plus prosaïque, on considère le lavage de mains comme un exercice fastidieux. Semmelweis poursuit toutefois sa « mission ». On le brocarde, on le marginalise et lui s’emporte. Il rédige en 1856 une virulente « Lettre ouverte à tous les professeurs d’obstétrique », dont certains passages sont restitués par Céline : « Assassins ! je les appelle tous ceux qui s'élèvent contre les règles que j'ai prescrites pour éviter la fièvre puerpérale, écrit-il. Contre ceux-là, je me dresse en adversaire résolu comme on doit se dresser contre les partisans d'un crime ! Pour moi, il n'est pas d'autre façon de les traiter qu'en assassins. Et tous ceux qui ont le cœur à la bonne place penseront comme moi ! Ce n'est pas les maisons d'accouchement qu'il faut fermer pour faire cesser les désastres qu'on y déplore, mais ce sont les accoucheurs qu'il convient d'en faire sortir, car ce sont eux qui se comportent comme de véritables épidémies, etc. »

De Louis Pasteur à Didier Raoult

En 1861, Semmelweis publie Die Ätiologie, der Begriff und die Prophylaxis des Kindbettfiebers, une somme de 500 pages sur sa découverte qui égratigne au passage la communauté scientifique. Mais rien n’y fait, l’establishment est définitivement contre lui. L’homme perd de sa combativité. Il est en proie à des soucis financiers et vit reclus chez lui, dans le plus grand dénuement.





Peu à peu, il sombre dans la folie. En 1865, il est interné et meurt deux semaines plus tard. Céline raconte que, pris d’une crise de démence avant son internement, il se serait rué dans une salle d’autopsie et se serait blessé, comme son ami Kolletchka avant lui, succombant ainsi aux maux qu’il entendait dénoncer. Mais l’ironie a ses limites, et elles sont romanesques. La version célinienne a été depuis démentie. En réalité, Semmelweis aurait été victime de maltraitances à l’asile psychiatrique et serait mort de ses blessures. Le trépas n’en reste pas moins tragique.

« Il semble que sa découverte dépassa les forces de son génie.
Ce fut, peut-être, la cause profonde de tous ses malheurs »

« Voici la triste histoire de P.I. Semmelweis, conclut Céline dans sa thèse, né à Budapest en 1818 et mort dans cette même ville en 1865. Ce fut un très grand cœur et un grand génie médical. Il demeure, sans aucun doute, le précurseur clinique de l'antisepsie, car les méthodes préconisées par lui, pour éviter la puerpérale, sont encore et seront toujours d'actualité. Son œuvre est éternelle. Cependant, elle fut, de son époque, tout à fait méconnue (…) Pasteur, avec une lumière plus puissante, devait éclairer, cinquante ans plus tard, la vérité microbienne, de façon irréfutable et totale. Quant à Semmelweis, il semble que sa découverte dépassa les forces de son génie. Ce fut, peut-être, la cause profonde de tous ses malheurs ».

Louis-Ferdinand Céline, une fois docteur, sera embauché par la Fondation Rockefeller et travaillera pour l’Institut d’hygiène de la Société des Nations, ancêtre de l’ONU. Dans le cadre de sa mission, il effectuera de nombreux voyages en Afrique et en Amérique, visitant notamment les usines Ford à Détroit, autant de pérégrinations qui nourriront son Voyage au bout de la nuit, publié en 1932. Mais avant cela, il livrera en 1925 un essai médical sur l’usage de la quinine. La quinine, cette molécule utilisée pour lutter contre le paludisme, qui a précédé la chloroquinine ou chloroquine… De là à opérer un rapprochement entre un certain Didier Raoult et Semmelweis, il y a un pas que nous ne nous risquerons pas à franchir ici. Toutefois, libre à vous d’y songer et, surtout, de (re)lire le texte de Céline qui s’impose, lui, comme une indiscutable évidence.





*   *   *












« Louis-Ferdinand Céline, romancier expérimental », deux ans après la mort de Céline, première grande émission radio consacrée à Céline. Une émission de Paul Chambrillon avec des textes de Céline (La Vie et l'Œuvre de Ph.-I. Semmelweis, Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit) lus par Marcel Bozzuffi, Alain Cuny et Jean-Pierre Lituac. Réalisation : Georges Gravier. R.T.F., France III, 19 juin 1963.
Cette émission fait partie d’une série intitulée « Anthologie française ». Son titre s’explique par le fait qu’elle fut réalisée dans le cadre d’une « Quinzaine Claude Bernard » : « Céline et sa méthode expérimentale dans le roman » constitue le prolongement d'une première partie ayant pour titre « Claude Bernard et sa théorie de la médecine expérimentale ».

"LE PETIT CÉLINIEN", site entièrement consacré à Louis-Ferdinand Céline, actualités et archives céliniennes