Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux faits…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

lundi 2 décembre 2019

Napoléon III et l'Émir Abd-el-Kader : d'un Royaume arabe aux parjures républicains, de Mac Mahon à DeGaulle


Ils ne voulaient pas Napoléon III, ils auront eu DeGaulle !
Nul chef d’État ou de gouvernement français ne s’intéressa à l’Algérie autant que Napoléon III ; et tout comme son oncle avait voulu tâter de l’Orient en se rendant en Égypte, le second empereur mettra deux fois le pied sur le sol d’Algérie.  En Algérie, différents modes d’administration se succédèrent, sans cohérence, où l’armée, par l’intermédiaire des Bureaux arabes, faisait montre de paternalisme et parfois, de clientélisme. 


Le 16 octobre 1852 de retour d'une tournée en France, le futur Napoléon III vient annoncer solennellement sa liberté à l'Émir Abd-el-Kader.
Abd-el-Kader part pour Bursa puis Damas, où il enseignera la théologie à la mosquée des Omeyyades.

Dans les années 1860, prenant acte de la fin de la conquête de l'Algérie, Napoléon III préconise l'instauration d'un royaume arabe sous protectorat français, un peu comme il en ira plus tard avec le royaume du Maroc. Lui-même aurait eu le titre de « roi des Arabes ».

Il demande, et fait voter par le Sénat, le 14 juillet 1865, que les autochtones d’Algérie, musulmans et juifs, soient considérés comme les colons européens, et qu’ils aient accès aux emplois publics et militaires à part égale. Par ce senatus-consulte (décret impérial) du 14 juillet 1865 il est désormais permis tant aux juifs qu'aux  musulmans d’obtenir la nationalité française tout en demeurant régis pour leurs statuts civils par la loi musulmane ou hébraïque, ou d’opter à leur demande pour l’adoption des lois civiles françaises. « Je voudrais utiliser la bravoure des Arabes plutôt que de pressurer leur pauvreté… »

Le projet se heurte à l'opposition violente des colons européens. Ces derniers, qui se situent du côté de la gauche républicaine, seront parmi les plus ardents à combattre Napoléon III et à se réjouir de sa chute.

En septembre 1870, la chute de Napoléon III a une conséquence directe sur l’administration de l’Algérie, où elle est saluée par des cris de joie chez les Européens. C’est l’enterrement du « Royaume arabe » et d’une certaine idée de la France en Algérie.

Avant même la capitulation de Napoléon III, Abd-el-Kader est circonvenu par le chancelier Bismarck, qui l’incite à profiter de la situation et de reprendre le combat contre la France. L’Émir répond avec indignation :

« Excellence, celui à qui vous avez adressé l’offre de marcher contre la très glorieuse France et de vous prêter le concours de sa loyale épée devrait, par mépris et dédain, s’abstenir de vous répondre. Que nos chevaux arabes perdent tous leur crinière avant qu’Abd-el-Kader ben Mahi ed-Din accepte de manquer à la reconnaissance qu’il a pour le très puissant empereur Napoléon III (Que Dieu le protège) ».

La IIIe République de Mac Mahon, qui succède au Second Empire, prend le contrepied de la politique napoléonienne en intégrant plus étroitement l'Algérie à la France. Avec le décret Crémieux du 24 octobre 1870,  qui abroge le senatus-consulte de 1865, la IIIe République établit une discrimination inédite entre les 37 000 juifs, élevés au rang de citoyens français, et les musulmans.

Le décret Crémieux offre la citoyenneté pleine et entière aux juifs d'Algérie sous réserve du renoncement à la loi mosaique et à ses prescriptions contraires au droit civil en matière matrimoniale (ce renoncement avait déjà été entériné sous le Premier Empire par les consistoires métropolitains).  


Juifs d'Algérie


Dans la foulée, les colons originaires d'Europe (Italie, Espagne, Malte...) sont aussi francisés en bloc. Quant aux musulmans d'Algérie, ils sont maintenus dans le statut d'indigène. C'est le début d'une fracture douloureuse et irréductible entre les deux communautés.

En 1881, la Troisième République triomphante établit en Algérie un Code de l’indigénat qui s’apparente à un apartheid : les musulmans ne relèvent pas du droit commun, doivent circuler avec un laissez-passer, n’ont pas le droit d’organiser des réunions non autorisées et sont, à revenu égal, huit fois plus imposés que les colons ; quant à devenir français, il leur faut renoncer à l’islam. Dans le même temps, les expropriations de fellahs, stoppées pendant le Second Empire, reprennent, encouragées par l’État républicain…

L’objectif de l’autonomie locale du territoire est définitivement enterré, au profit d’un système colonial pur et simple. Concrètement, les confiscations de terre reprennent.

Dix ans après la disparition de Napoléon III, dans la nuit du 25 au 26 mai 1883, l’émir Abd-el-Kader rend l’âme à Damas. Après la cérémonie de la toilette funèbre, assurée par un théologien de l’université coranique du Caire, le service religieux se tient à la grande mosquée des Omeyades, après quoi la dépouille est transportée à la mosquée où repose le mystique andalou Ibn’Arabi dont se réclamait Abd-el-Kader, pour être inhumée à ses côtés…

Ainsi en abolissant le projet aussi lucide que généreux de l'Empereur Napoléon III, la IIIe République aura définitivement consacré en Algérie la rupture entre les colonisés (exclusivement musulmans) et les colonisateurs, qui viennent d'Europe et auxquels s'assimilent désormais les juifs... Une rupture que DeGaulle et sa Vème République ne fera qu'exacerber pour définitivement livrer l'Algérie au terrorisme FLN… Et pendant tout ce temps-là, depuis l'origine les Européens d'Algérie n'auront jamais compris où se situait leur avenir… Jean-Jacques Susini, s'inspirant largement du réalisme de Napoléon III ne sera que partiellement entendu alors que plus aucune réconciliation n'était possible… Ces Européens se félicitèrent de la chute de Napoléon III, la haine de DeGaulle à leur encontre aura triomphé et les aura emportés !   





Claude Vigoureux : Napoléon III et Abd-el-Kader, in Napoleonica La Revue 2009/1 (n° 4), pages 111 à 143

Herodote - Guerre d'Algérie : Une décolonisation qui ne passe pas

Herodote - 24 octobre 1870 : Crémieux francise les juifs d'Algérie

Herodote - Algérie : La guerre d'indépendance

Cela s’est passé un 24 octobre 1870, les Juifs d’Algérie deviennent français par le décret Crémieux

Louis Napoléon prince président annonçant à Abd-el-Kader sa libération au château d’Amboise, le 16 octobre 1852

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