Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

samedi 25 février 2017

Quand la Syrie s'éveillera…


InfoSyrie emprunte au site realpolitik.tv animé notamment par Aymeric Chauprade, spécialiste français très en vue des questions de géostratégie, cette présentation vidéo où l’historien Philippe Conrad – rédacteur en chef des revues Histoire Magazine et Terres d’Histoire – rend compte du livre Quand la Syrie s’éveillera, paru en janvier 2011 chez Perrin :

Écrit par Richard Labévière, rédacteur en chef de Défense, revue de l’Institut d’études de Défense nationale, et Talal el-Atrache, correspondant à Damas de plusieurs médias français, et par ailleurs arrière-petit-fils d’un des leaders de la révolte syrienne contre le mandat français, le livre retrace l’histoire de la Syrie politique, depuis l’avortement du grand royaume arabe promis par les Anglais et l’établissement du mandat français sur la région en 1920 jusqu’à l’avènement à l’été 2000 de Bachar al-Assad à la tête de l’État. Et on y trouve une analyse de la société syrienne actuelle, qu’on pourra lire avec profit à la lumière des actuels événements.
Entre autre choses, Labévière et el-Atrache rappellent les contentieux opposant historiquement Damas et Paris : détachement arbitraire du territoire libanais dès 1920, politique systématique de morcèlement de la Syrie sur des bases communautaires, cession du Sandjak d’Alexandrette à la Turquie, révoltes locales durement réprimées (notamment en 1925 et 1945). À quoi répondent, côté français, la longue amitié, au temps de la guerre froide, entre la Syrie baasiste et l’URSS, les accusations de manipulations de groupes terroristes au Liban dans les années 80, et l’imputation à Damas, pour le moins hâtive, de l’assassinat de Rafik Hariri en 2005, sans oublier, surtout depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, l’alignement français sur les positions américaines qui voient dans la Syrie baasiste un obstacle aux projets de « remodelage » du Proche-Orient dans le sens des intérêts de Washington et de Tel Aviv.

Tout ceci est à l’origine de l’image caricaturale dont pâtit la Syrie, en France et en Occident. Image contre laquelle s’insurge dans sa préface Alain Chouet, ex-responsable du service de renseignement de sécurité de la DGSE et fin connaisseur du Proche-Orient : oui, dit-il, la Syrie est un État autoritaire, mais pas plus répressif que la Tunisie de Ben Ali et l’Égypte d’Hosni Moubarak soutenus jusqu’au bout par les Occidentaux ; oui c’est un État resté ferme face aux prétentions et agissements des Américains et Israéliens, mais qui avait choisi l’Occident contre Saddam Hussein en 1990, et que, plus récemment, Sarkozy avait voulu intégrer dans son « Union pour la Méditerranée » mort-née.

L’intérêt de l’ouvrage est qu’il a été écrit juste avant le mouvement de contestation actuel. Dans sa préface, Alain Chouet envisage des scenarii pour l’avenir. L’un d’entre eux, qui semble se confirmer, est le raffermissement d’un nouveau « front du refus » unissant la Syrie, l’Iran, et les nationalistes irakiens anti-américains ; l’autre, qui ne semble pas vraiment ratifié par l’actualité en cours, imagine un rapprochement de Damas avec Paris et l’Union européenne – mais il ne faut pas oublier qu’en 2008, Bachar était jugé très fréquentable par Sarkozy, qui l’invitait même à la revue du 14 juillet…

Régulièrement présentée par les médias occidentaux comme une sorte de dictature ubuesque appartenant à l'axe du mal, la Syrie carrefour des civilisations égyptienne, perse, grecque, romaine, byzantine et turque fut pendant une trentaine d'années sous administration française. La Syrie demeure également l'un des berceaux de la chrétienté où vivent, dans une totale liberté de culte, près de 2 millions de chrétiens. Ce pays est en effet l'un des rares États arabes laïcs à garantir un égal accès aux fonctions publiques et privées à tous ses citoyens, hommes et femmes, quelle que soit leur confession. Fruit de nombreuses années de reportage sur le terrain, de sources inédites et d'entretiens exclusifs avec des témoins capitaux, dont le président Bachar al-Assad, ce portrait de la Syrie d'aujourd'hui nous offre un éclairage original sur la situation actuelle du Proche-Orient. De la naissance du nationalisme arabe et de la création d'Israël à l'héritage piégé d'Hafez al-Assad et aux conséquences de la chute de Bagdad en 2003, les auteurs nous révèlent aussi comment l'assassinat de l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri a favorisé une tentative de renversement du régime syrien et comment la guerre mondiale contre le terrorisme a ajouté au chaos mondial. Néanmoins, la Syrie est incontestablement redevenue le pays pivot du Proche-Orient : il était temps de mieux le connaître.



Richard Labévière est rédacteur en chef de Défense, la revue des auditeurs de l'IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale). Spécialiste du Proche et du Moyen-Orient, il est l'auteur d'une quinzaine de livres dont "Les Dollars de la terreur : les États-Unis et les islamistes" et "La Tuerie d'Ehden ou la malédiction des Arabes chrétiens". Talai el-Atrache est correspondant de la presse française et libanaise à Damas. Arrière-petit-fils de Sultan el-Atrache, le chef de la Grande révolte syrienne (1925-1927), il est lauréat du prix Lorenzo Natali 2007 décerné par la Commission européenne.







mercredi 15 février 2017

Aux origines du terrorisme : "L'idéologie wahhabite, une menace mondiale"




Pour la première fois en France, le mercredi 18 janvier dernier, le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) a organisé un colloque consacré à l’analyse et à la dénonciation de l’idéologie wahhabite, véritable moteur du terrorisme islamiste contemporain, en France et dans le monde, en présence de nombreux experts réputés, et devant un amphithéâtre comble.

[Télécharger le rapport en pdf]




Huit points majeurs ressortent de cette réunion…

1. Une idéologie néfaste et illégitime

Ainsi que l’énonce Pierre CONESA, le wahhabisme est une idéologie religieuse profondément sectaire, antisémite, raciste et misogyne, prétendant revenir au temps du prophète.
Pour Alain CORVEZ, le wahhabisme est une « doctrine tournée vers le passé ».

Le wahhabisme est clairement une idéologie extrémiste, archaïque et haineuse, une dérive de l’islam apparue au XVIIIe siècle. C’est un courant largement minoritaire de l’islam sunnite dont l’influence est aujourd’hui immense en raison des moyens financiers consacrés à sa diffusion par l’Arabie saoudite.

Alain CORVEZ a expliqué comment cette secte minoritaire et fanatique de l’islam s’est imposée dans une grande partie de la péninsule arabique par l’alliance entre la famille guerrière des Saoud et la prédication de retour aux sources de l’islam primitif du mystique Abdul Wahhab, créant un État qui a pris le nom de son fondateur en bénéficiant des soutiens stratégiques des Britanniques, puis des Américains à partir du Pacte de février 1945 signé sur le croiseur Quincy, étendant son influence à toute la péninsule et au-delà grâce à la richesse de son sous-sol.

Citant Karim IFRAK, Alain CORVEZ rappelle que « le wahhabisme est un mouvement fondamentaliste aux soubassements politico-religieux sur lesquels les Saoud ont forgé leur politique de légitimité religieuse. Il repose sur une interprétation sommaire des textes […]. Victimes d’une vision idéaliste de l’islam, les adeptes du wahhabisme prêchent un retour vers ce dernier dans sa forme la plus originelle possible. S’estimant être les dignes héritiers du salaf (les pieux ancêtres), ils n’hésitent pas à taxer les autres musulmans de déviants, voire dans le cas de certains, d’hérétiques. Aussi, à travers un prosélytisme soutenu financièrement et médiatiquement, le wahhabisme ambitionne de ramener les non-musulmans à se convertir à l’islam, et les musulmans à épouser leur cause ».

Aujourd’hui, cette idéologie radicale désole les fidèles sincères de l’islam qui voient leur religion diffamée par cette vision blasphématoire et enjoignant tous les musulmans de tuer ceux qui n’y adhèrent pas. Malheureusement, l’idéologie wahhabite a trouvé des soutiens et des alliés puissants qui l’exploitent à des fins stratégiques, alimentant ainsi le terrorisme.

Alain CORVEZ explique qu’en réaction au terrorisme takfiri, a pris naissance un mouvement de rejet global de l’islam, en Europe et notamment en France. Il est vrai que la dénonciation de cette déviance criminelle par des autorités religieuses sunnites a été malheureusement peu audible dans les médias.

Pourtant un évènement d’une extrême importance a eu lieu à Grozny (Tchétchénie) du 25 au 27 août 2016, où 200 savants sunnites du monde entier – dont les Ulémas d’Al-Azhar – ont dénoncé les dérives du sunnisme qui encouragent le terrorisme, notamment le wahhabisme, ont émis une fatwa contre elles afin de distinguer l’islam véritable de l’erreur, et ont publié un communiqué appelant les autorités politiques à soutenir les instances religieuses modérées.

Selon Mezri HADDAD, les projets islamistes politiques et religieux guidés par l’idéologie wahhabite ne sont que la traduction de la négation de l’islam. À cet égard, les termes en « isme » (wahhabisme, salafisme, etc.) doivent être remplacés par un seul et unique terme : l’islamo-fascisme.

L’Arabie ne représente pas l’islam, ni ne l’incarne. Toute alliance avec elle est contre-productive pour envisager une réforme de l’islam. Il n’y a pas d’islamistes modérés et il est nécessaire de combattre cet islamo-fascisme.

2. Une idéologie au service d'un État

Comment une telle idéologie, extrémiste et archaïque, ultra-minoritaire au sein de l’islam, a-t-elle pu connaître un tel développement ? Rien de cela n’aurait été possible sans son instrumentalisation par une dynastie familiale qui s’est emparée d’un État, et consacre ses ressources à l’exportation de cette vision régressive et combattante de l’islam

Ainsi que l’explique Pierre CONESA, dès la création du royaume, le djihad a été le moteur idéologique de l’identité saoudienne. Au nom de cette justification religieuse, les Saoud ont lancé la guerre contre les autres tribus arabes pour unifier la péninsule et créer leur dynastie, puis ils ont fait de même contre l’Empire ottoman.

Dans les livres scolaires saoudiens, le djihad est décrit comme une geste héroïque et noble.

Voilà pourquoi les Saoudiens ont toujours représenté le contingent étranger le plus nombreux au sein des talibans, des commandos du 11 septembre (15 des 19 terroristes) ou de Daech. Le salafisme quiétiste n’est rien d’autre qu’une préparation psychologique à la violence.

Fondé sur cette doctrine politico-religieuse, l’Arabie saoudite, alliée de l’Occident, est l’un des États les plus rétrogrades de la planète. Ce pays est un royaume médiéval et intégriste dont les dirigeants laissent la majorité du peuple dans l’ignorance, avec pour toute éducation une lecture très orientée du Coran.

C’est l’un des États les plus inégalitaires au monde, une monarchie extrémiste, hypocrite et esclavagiste, bafouant les libertés politiques et religieuses, les droits de la femme et des étrangers, le droit du travail et soutenant massivement l’intégrisme religieux conduisant au djihad partout dans le monde, avec l’espoir illusoire que les créatures qu’il a enfantées ne se retournent pas un jour contre lui comme ce fut auparavant le cas avec les Frères musulmans.

3. Un prosélytisme tous azimuts

Riyad dispose d’un pouvoir d’influence et de nuisance considérable grâce à l’argent du pétrole et s’en sert pour jouer au pyromane en exportant le wahhabisme, qui est à l’origine du rejet dont souffrent de nombreux musulmans partout dans le monde 

Pierre CONESA explique que la diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite est un modèle d’endoctrinement et de prosélytisme d’État au service d’une idéologie. C’est une usine à propager le racisme, la misogynie, l’homophobie, la haine du dissemblable. Elle dispose de moyens logistiques illimités et bénéficie d’une totale impunité auprès de la communauté internationale corrompue par les achats de pétrole et les ventes d’armes.

Elle s’appuie sur le formidable réseau d’influence de la Ligue islamique mondiale, une ONG qui dispose d’un budget annuel estimé à 5 milliards de dollars.

Chaque jour, nous observons les effets dévastateurs de son influence partout dans le monde, notamment en France – tant par la radicalisation de certains de ses citoyens et de ses mosquées, que par les actes terroristes qui l’ont frappée – comme au Moyen-Orient, où elle est en partie responsable de la situation chaotique d’un Moyen-Orient aujourd’hui à feu et à sang (Syrie, Irak, Yémen). Depuis plusieurs décennies, en Orient comme en Occident, le wahhabisme s’est infiltré dans les sociétés avec le but clairement affiché de s’imposer comme la seule référence islamique et morale.

Sa diffusion se traduit systématiquement par la division entre les musulmans, l’élimination des minorités non islamiques, le rejet de l’Occident, la haine, la violence, les conflits.

Pierre Conesa rappelle notamment qu’au Royaume-Uni, où vivent 2,8 millions de musulmans, 100 000 enfants suivent les cours de 700 écoles coraniques. Il existe aussi des hôpitaux halal, des quartiers signalés « Sharia zone » sans alcool, sans tabac, sans femmes non voilées, sans homosexuels… Pire, des tribunaux islamiques sont autorisés à juger selon la loi coranique les conflits en matière commerciale et civile ; y compris les querelles de couple et de voisinage. Unique protection contre l’arbitraire, les décisions de ces juridictions sont susceptibles d’appel devant la High Court. Le ministère britannique de la Justice laisse faire et la naissance de ce système d’arbitrage parallèle n’a pas suscité de réaction outre-Manche.

Bien sûr, il existe de nombreux musulmans qui résistent à l’hégémonie wahhabite – en Tunisie, en Algérie, au Maroc notamment – mais pour combien de temps encore ? Personne ne leur vient en aide et ils risquent de ne pouvoir lutter durablement contre les pétrodollars islamistes. 




4. Un lien direct avec le terrorisme

Pour Alain RODIER, cette idéologie est si puissante qu’elle pousse – comme jamais auparavant dans l’histoire – des centaines d’individus au sacrifice suprême lors d’opérations suicides, comme à des actes d’une infinie barbarie au nom de leur pseudo-religion. Elle mérite donc d’être étudiée avec attention car on ne fait pas la guerre à une méthode de combat – le terrorisme – mais à ceux qui l’emploient et pourquoi.

Pour Alain CORVEZ, Al-Qaïda, groupe né en Afghanistan pour lutter contre les Soviétiques, a été la première structure rassemblant les djihadistes, financée par l’Arabie et les services pakistanais, avec le soutien de la CIA américaine.

Il a rappelé que « le wahhabisme a engendré le terrorisme qui a pu se développer grâce aux soutiens qu’il a trouvés auprès de nombreuses puissances l’utilisant à des fins stratégiques, portant atteinte à la réputation de l’islam du fait des amalgames que certains se sont empressés de faire ».

Avec la guerre en Syrie, les djihadistes ont multiplié leurs organisations, en fonction de leurs affiliations et de leurs financements mais tous s’inspirent du wahhabisme et montrent la même cruauté. Au nom de l’islam, leur but est de renverser le régime laïque de Damas, ce qui leur vaut le soutien massif de Riyad, Doha, Ankara, Washington, Paris ou Londres.

Daech n’est qu’une métastase du cancer d’Al-Qaïda, en poursuit les mêmes objectifs au nom de la même idéologie. Rappelons que l’organisation État islamique puise ses références dans les écrits d’Abdel Wahhab et des Frères musulmans. Elle adhère donc à la même idéologie que l’Arabie saoudite.

Ces extrémistes s’en prennent à tout le monde : à l’Occident bien sûr et à la France en particulier ; mais aussi aux Russes, aux Égyptiens, aux Pakistanais, aux Libanais, au Hezbollah, aux Iraniens, aux chrétiens, aux chiites… et aux sunnites qui n’adhèrent pas à leur conception de l’islam.

Si le financement direct qu’elle accordait au terrorisme semble bien s’être interrompu, l’Arabie saoudite, soutien idéologique et financier du wahhabisme, laisse certains de ses ressortissants fortunés, de ses ONG et de ses banques appuyer Daech.

Et la Ligue islamique mondiale continue de distribuer de l’argent à des mouvements qui utilisent ces fonds pour lancer le djihad. Ainsi, le soutien à Daech se poursuit via de nombreux canaux en provenance du monde arabe. L’organisation « État islamique » reçoit de nouveaux combattants, du ravitaillement et développe des trafics de toute nature pour assurer son financement. Daech est donc loin d’être asphyxié grâce à la bienveillance de Riyad, Doha ou Ankara.

Par ailleurs, de nombreux éléments tendent à montrer que l’Arabie saoudite – et le Qatar – auraient effectué des livraisons d’armes aux mouvements terroristes contre lesquels l’armée française opère au Sahel.



Richard LABÉVIÈRE a insisté sur le financement direct et indirect du terrorisme par Riyad, via les banques et ONG saoudiennes. Il a stigmatisé le rôle ambigu qu’ont joué les banques suisses et italiennes notamment, en acceptant d’abriter des fonds saoudiens suspectés de financer le terrorisme.

Afin de démontrer le double jeu auquel se livrent les Occidentaux dans la fabrication de l’ennemi, Richard Labévière a illustré ses propos à travers trois exemples.

– Lors de l’attentat de Louxor, au cours duquel 62 touristes furent tués par la Jamaa Islamiya, plusieurs éléments indiquèrent que le financement de l’opération avait été rendu possible par le biais d’une société financière appelée Al-Taqwa. Située dans les Bahamas, à Londres, ainsi qu’à Zurich (le Crédit suisse), cette banque servit de banque aux Frères Musulmans et permit le financement de leurs attaques terroristes, les fonds ayant été fournis par l’Arabie saoudite. Preuve de la duplicité qui règne, Carla Del Ponte refusa d’ouvrir une instruction sur cette affaire afin de ne pas conduire les Saoudiens à quitter la place financière suisse.

– à l’occasion des attentats perpétrés contre les ambassades américaines de Nairobi et de Dar-es-Salaam en 1998, il a été montré que l’ONG islamiste Mercy International a contribué au financement des opérations.

– et, enfin, le financement des activités du GIA algérien dans les années 90 s’est effectué par des fonds saoudiens via des banques suisses.



5. L’agression armée d'États voisins

L’Arabie Saoudite, non contente d’exporter le wahhabisme de par le monde et d’avoir soutenu les djihadistes, est intervenue au Bahreïn à l’occasion du printemps arabe (2011) pour mater dans le sang une révolte populaire sans que personne ne s’en offusque.

Surtout, depuis bientôt deux ans, elle a déclenché une guerre sanglante au Yémen (opération Tempête décisive), laquelle semble ne pas intéresser grand monde, contrairement au conflit syrien.

Depuis mars 2015, une coalition internationale menée par Riyad s’attache à remettre au pouvoir le gouvernement d’Abd Rabo Mansour Hadi, afin d’empêcher l’installation d’un régime chiite à sa frontière méridionale. Dans ce conflit, les Saoudiens sont aidés par les États-Unis qui leur fournissent armement, renseignements et ravitaillent leurs avions. Les combats ont déjà provoqué plus de 10 000 morts – dont beaucoup de civils et plus de 30 000 blessés.

L’Arabie saoudite bombarde systématiquement et sans aucun état d’âme les infrastructures du pays – y compris les hôpitaux et les quartiers historiques de Sanaa, ville vieille de près de 2 500 ans – et exerce un blocus sur les zones rebelles au point que des millions de Yéménites n’ont plus de quoi se nourrir ; 3 millions ont fui les zones de combat.



6. L'absence de participation à la lutte contre Daech

Mis à part contre les réseaux terroristes actifs sur son territoire et qui cherchent à s’en prendre au pouvoir en place, l’Arabie saoudite ne participe pas à la lutte contre l’organisation État islamique, dont l’idéologie est proche du wahhabisme. D’ailleurs, le nombre de Saoudiens parmi les combattants étrangers de Daech est particulièrement élevé.

Paradoxalement, pour conduire sa guerre d’agression au Yémen, Riyad, a été capable de réunir autour d’elle une coalition internationale de 150 000 hommes.

Les Saoudiens ont retiré en cette occasion la quinzaine d’aéronefs qui participaient mollement aux bombardements contre l’organisation État islamique en Irak. Rien qu’en avril 2015, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a conduit plus de 1 700 raids aériens, soit parfois 80 par jour ; l’on aurait bien aimé voir ses moyens engagés contre Daech.

Pour Pierre CONESA, le royaume est en réalité en danger, car il refuse de combattre Daech, dont les thèses trouvent un écho favorable au sein d’une partie de sa société. Et ce n’est pas un hasard. Aujourd’hui, les principes que l’État saoudien applique – la loi coranique et la haine des « mécréants » (les non-musulmans) – se rapprochent de ceux de Daech. Tous deux décapitent massivement en public et détestent les chiites.

Ainsi, la société saoudienne ne comprendrait pas que le royaume affronte les djihadistes. Or, comme chaque fois que le régime des Saoud est en danger, il fait appel aux « mécréants » : les Occidentaux. Cela a déjà été le cas en 1979, lorsque des gendarmes français du GIGN ont libéré la grande mosquée de La Mecque d’étudiants islamistes radicaux ou, en 1991, lorsque les soldats américains sont intervenus à l’occasion de l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein.


7. La complicité de l'Occident

En dépit de sa diplomatie religieuse agressive, de son soutien aux groupes islamistes armés en Syrie, de ses efforts douteux pour lutter contre Al-Qaida et Daech, et de ses crimes de guerre au Yémen, aucune critique n’est formulée à l’encontre de l’Arabie saoudite. Les frappes saoudiennes au Yémen relèvent pourtant pleinement d’un crime de guerre. Mais aucun État occidental ne l’a signalé ni n’a protesté et le conflit yéménite est quasiment absent des médias occidentaux. Tout juste les Américains ont-ils fait savoir qu’ils allaient reconsidérer leur soutien aux Saoudiens dans ce conflit.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les Américains ne cessent de désigner l’Irak, l’Iran et plus récemment la Syrie, comme fauteurs de troubles, alors que Ben Laden et la majorité des terroristes du 9/11 étaient Saoudiens et que l’idéologie dont se réclament les djihadistes takfiris est celle de Riyad. Nous sommes donc en présence d’une véritable stratégie d’alliance objective et machiavélique avec l’islam le plus radical qui soit.

Michel RAIMBAUD a rappelé le rôle essentiel qu’ont joué les États-Unis dans la fabrication de l’ennemi, avec le concept géopolitique de « Grand Moyen-Orient », cher à l’administration de George W. Bush, et dont le point d’orgue aura été l’élaboration du plan de démantèlement du Moyen-Orient qui s’est notamment traduit par l’invasion de l’Irak en 2003.

Ce concept a maintes fois évolué au gré des impulsions politiques de Washington, notamment dans les années 80. En effet, sous l’administration Reagan, les États-Unis n’hésitèrent pas à instrumentaliser les islamistes afin de contrer l’influence soviétique en Afghanistan, les conduisant ainsi à nouer un pacte d’alliance avec les Saoudiens et les Pakistanais. Sous l’administration Bush, le plan de démantèlement du Grand Moyen-Orient n’avait pour autre objectif que de transformer le paysage politique et économique de cet ensemble afin d’y apporter la « démocratie » et ainsi, assurer la sécurité des intérêts américains, dans la droite ligne des théories néoconservatrices.

Michel RAIMBAUD a dénoncé les alliances de circonstances qui ont été observées entre les Européens et les islamistes, que l’on songe à la guerre d’Afghanistan en 1979, aux bombardements dits « humanitaires » qui ont été effectués sur la Libye de Kadhafi, aux révolutions arabes ou à la guerre en Syrie.

Paradoxalement, alors que l’Occident est la cible de la haine et de la violence wahhabite, il continue de soutenir le régime saoudien. Les élites occidentales, complices ou clientes de ce royaume, ferment les yeux sur ses agissements qui pourtant sapent les fondements de leurs sociétés.

À l’occasion de ses enquêtes sur le financement du terrorisme par l’Arabie saoudite, Richard LABÉVIÈRE, s’est heurté aux injonctions du Quai d’Orsay dirigé successivement par Alain Juppé et Laurent Fabius, qui ne souhaitaient pas que soit mis en lumière le financement de l’islam radical par l’Arabie saoudite. 








Pierre CONESA a insisté sur l’ostracisme dont a été l’objet en France son dernier ouvrage qui a le mérite de dénoncer haut et fort la diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite.

Il plaide pour la levée des ambiguïtés qui sous-tendent nos relations avec ce royaume de l’extrémisme. À noter qu’en France, pas moins de cinq agences de conseil en communication se chargent de « corriger » l’image des Saoud dans l’opinion.


8. Comment éradiquer cette menace ?

15 ans après le début des attentats barbares qui ne cessent d’ensanglanter le monde arabo-musulman, l’Occident et la France, la menace terroriste n’a nullement diminué.
Les événements des années 2015 et 2016 dans notre pays en sont la triste illustration. Les autorités gouvernementales ont accru les moyens accordés à la lutte antiterroriste et ont mis en place, avec plus ou moins de réussite, un dispositif destiné à lutter contre la radicalisation.
Mais force est de constater que rien de concret n’a été fait pour lutter contre les idéologies (salafisme, wahhabisme, Frères musulmans) sur lesquelles se fondent ces mouvements radicaux terroristes  et les États qui les soutiennent, au premier rang desquels l’Arabie saoudite – mais aussi le Qatar et la Turquie. 

- Sur le plan intérieur

Il est essentiel de dénoncer l’idéologie wahhabite comme néfaste et hostile, incitant à la haine et au terrorisme, à l’antisémitisme et contraire aux valeurs et lois de la République. Cette idéologie – ainsi que celle des Frères musulmans – doit donc être déclarée hors-la-loi, ses textes interdits de vente et de distribution, ses mosquées fermées, ses associations dissoutes et ses représentants interdits de s’exprimer dans nos médias.

Nous devons les combattre avec la plus grande fermeté. Ce que nous avons fait jadis pour lutter contre Action directe et divers groupuscules d’extrême droite doit aujourd’hui s’appliquer aux wahhabites, aux salafistes et aux Frères musulmans. 

- Sur le plan international

Un virage à 180° vis-à-vis du régime saoudien s’impose, car cette monarchie prône une idéologie haineuse, contraire à nos valeurs ; elle encourage et soutient – directement ou indirectement – le terrorisme et l’extrémisme religieux partout dans le monde, et jusque dans nos banlieues. Il convient de dépasser les promesses – parfois illusoires – de contrats mirobolants et ne pas se laisser acheter par des cheiks autocrates, dont les comportements à l’égard de leur propre population et des étrangers sont incomparablement plus éloignés des règles démocratiques qu'on le prétend pour la Syrie et l’Iran. 

- Sur le plan religieux

Enfin, pour Alain CORVEZ, le défi que représente le wahhabisme doit entraîner chez les théologiens sunnites, comme les y a invités le président égyptien Sissi, un aggiornamento salutaire pour supprimer à l’intérieur du corpus religieux les ferments de divisions que le terrorisme takfiri a révélés et cristallisés.

La crise provoquée par cette vision inculte, haineuse et sommaire de l’islam sunnite entraîne en son sein des craquements et des divisions, et pourrait amener les grands théologiens à vivifier les saintes bases de la foi sunnite pour l’adapter au monde moderne, en l’orientant vers l’avenir, à l’instar du chiisme tourné vers la prophétie et l’attente d’un monde meilleur.

Des voix s’élèvent en ce sens, depuis deux ans environ, venant de responsables sunnites religieux, comme à Kazan et Grozny en 2016, et de chefs politiques, musulmans mais laïques comme le président Sissi en Égypte. 
*   *   *
Comment éliminer radicalement le terrorisme wahhabite ?…

Wayne MADSEN - Les Dönmeh : le secret le plus chuchoté du Moyen Orient (25 octobre 2011)
Christophe Lamfalussy, Jean-Pierre Martin : Molenbeek-sur-djihad (Grasset, 18 janvier 2017)
Molenbeek. Le monde entier connaît le nom de cette commune de Belgique. Que se passe-t-il à Molenbeek, et depuis longtemps, puisque dès 2001, le commandant Massoud a été abattu par deux hommes qui y vivaient ? Pourquoi l’avant-garde d’un commando de l’Etat islamique en est-elle partie, une nuit de novembre 2015, pour assassiner 130 personnes à Paris ? Christophe Lamfalussy et Jean-Pierre Martin se sont plongés dans cet étrange creuset du terrorisme, étudiant sa réalité actuelle et son histoire pour essayer de comprendre l’explosion d’un islam radical au cœur de l’Europe.
D’argent saoudien en mères fanatisées qui envoient leurs fils en Syrie, voici la désolante rencontre du fanatisme religieux, du plus misérable gangstérisme et de l’incompétence politique. Trente ans de dérives. Une leçon, non seulement pour la Belgique, mais pour toute l’Europe.

Le terrorisme n’est pas un ennemi mais un moyen de faire la guerre, tous les États l'utilisent

*   *   *

Le site Stratpol (www.stratpol.com) dirigé par Xavier MOREAU, qui fournit des analyses politico-stratégiques et économiques sur toutes les zones, pays et continents, dans le but de permettre des prospectives réalistes, a publié une série de vidéos de ce colloque du Cf2R (Centre français de Recherche sur le Renseignement) sur le thème de l'idéologie wahhabite. Juste au moment où Trump arrive au pouvoir ? Assiste-t-on à un revirement géopolitique dont les Saoudiens vont faire les frais ?


Colloque sur le wahhabisme : Introduction d’Éric DENÉCÉ et intervention de Pierre CONESA (partie 1/7)

Éric Denécé, docteur ès Science Politique, habilité à diriger des recherches, est directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Pierre Conesa, auteur de "Dr Saoud et Mr Jihad, la diplomatie religieuse de l'Arabie Saoudite" (Robert Laffont) Ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défens.


Colloque sur le wahhabisme : intervention d'Alain Corvez (partie 2/7)



Colloque sur le wahhabisme : intervention d'Abderrahmane Mekkaoui (partie 3/7)



Colloque sur le wahhabisme : intervention de Richard Labévière (partie 4/7)



Colloque sur le wahhabisme : intervention de Mezri Haddad (partie 5/7)



Colloque sur le wahhabisme : intervention de Michel Raimbaud (partie 6/7)



Colloque sur le wahhabisme : allocution de Pierre Lellouche (partie 7/7)






Les Dönmeh : le secret le plus chuchoté du Moyen Orient




Un « gorille historique de 400 kilos » hante l’arrière-plan de presque chaque incident militaire et diplomatique grave impliquant Israël, la Turquie, l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Irak, la Grèce, l’Arménie,  les Kurdes, les Assyriens, et quelques autres acteurs au Moyen Orient et dans l’Europe du sud-est. C’est un facteur qui est généralement seulement chuchoté dans les réceptions diplomatiques, les conférences d’information et les séances des « think tank », à cause de la nature explosive et controversée du sujet. Et c’est le secret attaché au sujet qui a été la raison de la si grande incompréhension concernant la récente rupture des relations entre Israël et la Turquie, le réchauffement croissant des relations entre Israël et l’Arabie Saoudite, et l’hostilité croissante entre l’Arabie Saoudite et l’Iran…


Sabbataï Zevi, Nathan of Gaza et Yakov Leib Frank dit “Jacob Frank“


Bien que connue des historiens et des experts religieux, l’influence politique et économique séculaire d’un groupe connu sous le nom turc de « Dönmeh » ne fait que commencer à apparaître sur les lèvres des Turcs, des Arabes et des Israéliens qui hésitaient à discuter de la présence en Turquie et ailleurs d’une secte de Turcs descendant d’un groupe de Juifs sépharades qui avaient été expulsés d’Espagne par l’Inquisition espagnole aux XVIe et XVIIe siècles. Ces réfugiés juifs d’Espagne furent autorisés à s’établir dans l’Empire ottoman et avec le temps ils se convertirent à une secte mystique de l’islam qui mélangea finalement la Kabbale juive et les croyances semi-mystiques soufies islamiques dans une secte qui finit par soutenir la laïcité dans la Turquie post-ottomane. Il est intéressant de noter que le mot « Dönmeh » ne désigne pas seulement les « convertis douteux » à l’islam en Turquie mais est aussi un mot turc désobligeant désignant un travesti, ou quelqu’un qui prétend être ce qu’il n’est pas.


Sabbataï Zevi, l'Élu, en 1665



La secte dönmeh du judaïsme fut fondée au XVIIe siècle par le rabbin Sabbataï Zevi, un kabbaliste qui croyait être le Messie mais qui fut contraint de se convertir à l’islam par le sultan Mehmet IV, le souverain ottoman. Beaucoup des fidèles du rabbin, connus sous le nom de sabbataïstes, mais aussi des « crypto-juifs », proclamèrent publiquement leur foi islamique mais pratiquèrent secrètement leur forme hybride de judaïsme, qui n’était pas reconnue par les principales autorités rabbiniques juives. Parce que c’était contre leurs croyances de se marier en-dehors de leur secte, les Dönmeh créèrent un clan assez secret à l’intérieur de la société.


LES DÖNMEH PRENNENT LE POUVOIR EN TURQUIE

Beaucoup de Dönmeh, avec des Juifs traditionnels, devinrent de puissants dirigeants politiques et commerciaux à Salonique. C’est ce groupe central de Dönmeh qui organisa l’organisation secrète des Jeunes Turcs, également connue sous le nom de Comité pour l’Union et le Progrès, les laïcistes qui déposèrent le sultan ottoman Abdülhamid II lors de la révolution de 1908, proclamèrent la République post-ottomane de Turquie après la Première Guerre mondiale, et qui lancèrent la campagne qui dépouilla la Turquie de la plus grande part de son identité islamique après la chute des Ottomans. Abdülhamid II fut traité de tyran par les Jeunes Turcs, mais il semble que son seul crime ait été de refuser de rencontrer le dirigeant sioniste Theodore Herzl durant une visite à Constantinople en 1901 et de rejeter les propositions financières sionistes et dönmeh en échange d’un contrôle sioniste de Jérusalem.



Abdülhamid II


Comme d’autres dirigeants qui ont croisé le chemin des sionistes, le sultan Abdülhamid II semble avoir scellé son sort avec les Dönmeh avec cette déclaration devant la cour ottomane : « Dites au Dr. Herzl de ne rien faire de plus concernant son projet. Je ne puis abandonner ne serait-ce qu’une poignée de terre de ce pays, car ce n’est pas le mien, il appartient à toute la nation islamique. La nation islamique a fait le djihad pour cette terre et l’a arrosée de son sang. Les Juifs peuvent garder leur argent et leurs millions. Si le Califat islamique est détruit un jour, alors ils pourront prendre la Palestine gratuitement ! Mais tant que je suis vivant, je me passerais une épée à travers le corps plutôt que de voir la terre de Palestine arrachée à l’État islamique ». Après son éviction par les Dönmeh Jeunes Turcs d’Atatürk en 1908, Abdülhamid II fut emprisonné dans la citadelle dönmeh de Salonique. Il mourut à Constantinople en 1918, trois ans après qu’Ibn Saoud ait donné son accord pour un foyer juif en Palestine et un an après que Lord Balfour ait accordé la Palestine aux sionistes dans sa lettre au baron Rothschild.


L’un des dirigeants jeunes turcs à Salonique était Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la République de Turquie. Quand la Grèce obtint la souveraineté sur Salonique en 1913, beaucoup de Dönmeh, ne parvenant pas à se faire enregistrer comme juifs, allèrent s’établir à Constantinople, plus tard renommée Istanbul. D’autres partirent pour Izmir, Bursa, et pour la capitale nouvellement proclamée d’Atatürk et futur siège du pouvoir de l’Ergenekon, Ankara.



Mustafa Kemal Atatürk


Certains textes suggèrent que les Dönmeh dépassaient le nombre de 150 000 et se trouvaient principalement dans l’armée, l’administration et le commerce. Cependant, d’autres experts suggèrent que les Dönmeh représentaient peut-être 1,5 million de Turcs et étaient encore plus puissants qu’on ne le pensait généralement,  et que leur pouvoir s’étendait à tous les secteurs de la société turque. Un Dönmeh influent, Tevfik Rustu Arak, était un ami proche et un conseiller d’Atatürk et fut le Premier ministre de la Turquie de 1925 à 1938.


Atatürk, dont on dit qu’il était lui-même un Dönmeh, ordonna que les Turcs abandonnent leurs noms arabo-musulmans. Le nom du premier empereur chrétien de Rome, Constantin, fut effacé de la plus grande ville turque, Constantinople. La ville devint Istanbul, après que le gouvernement d’Atatürk ait rejeté le nom traditionnel en 1923. De nombreux bruits ont circulé sur le nom d’Atatürk lui-même, puisque « Mustapha Kemal Atatürk » était un  pseudonyme. Certains historiens ont suggéré qu’Atatürk adopta ce nom parce qu’il était un descendant de Rabbi Zevi en personne, le Messie autoproclamé des Dönmeh ! Atatürk abolit aussi l’usage de l’écriture arabe en Turquie et força le pays à adopter l’alphabet occidental.



LA TURQUIE MODERNE : UN ÉTAT SIONISTE SECRET CONTRÔLÉ PAR LES DÖNMEH


Les fortes racines juives suspectées d’Atatürk, sur lesquelles toutes les informations furent supprimées pendant des décennies par un gouvernement turc qui interdisait toute critique du fondateur de la Turquie moderne, commencèrent à refaire surface, d’abord en-dehors de la Turquie et dans des publications écrites par des auteurs juifs. Le livre publié en 1973, The Secret Jews, par le rabbin Joachim Prinz, affirme qu’Atatürk et son ministre des finances, Djavid Bey, étaient tous deux des Döhmeh ardents et qu’ils étaient en bonne compagnie, car « trop de jeunes Turcs dans le Cabinet révolutionnaire nouvellement constitué priaient Allah, mais avaient leur propre prophète [Sabbataï Zevi, le Messie de Smyrne] ». Dans The Forward du 28 janvier 1994, Hillel Halkin écrivit dans le New York Sun qu’Atatürk récitait le « Sheema Israël » (« Écoute, Ô Israël ») juif, disant que c’était « ma prière aussi ». L’information est tirée d’une autobiographie du journaliste Itamar Ben-Avi, qui affirme qu’Atatürk, à cette époque jeune capitaine de l’armée turque, révéla qu’il était juif dans le bar d’un hôtel de Jérusalem lors d’une nuit pluvieuse durant l’hiver 1911. De plus, Ataturk suivit les cours de l’école primaire Semsi Effendi à Salonique, dirigée par un Dönmeh nommé Simon Zevi. Dans l’article du New York Sun, Halkin parla d’un e-mail qu’il avait reçu d’un collègue turc : « Je sais maintenant – je sais (et je n’ai jamais eu le moindre doute) – que la famille du père d’Atatürk était en fait de souche juive ». 



Mustafa Kemal Atatürk faisant de la main le signe maçonnique


C’est l’appui d’Atatürk et des Jeunes Turcs au sionisme, la création d’un foyer juif en Palestine, après la Première Guerre mondiale et durant la domination nazie en Europe, qui fit apprécier la Turquie par Israël et vice-versa. Un article du 8 mai 2007 dans The Forward révéla que les dirigeants turcs,  dominés par les Dönmeh « du président aux principaux diplomates… et une grande partie des élites militaires, culturelles, académiques, économiques et professionnelles de la Turquie », écartèrent la Turquie d’une alliance avec l’Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale, et privèrent Hitler de la route turque vers les champs pétrolifères de Bakou. Dans son livre, The Donme: Jewish Converts, Muslim Revolutionaries and Secular Turks, le professeur Marc David Baer écrivit que beaucoup d’entre eux parvinrent à des positions élevées dans les ordres religieux soufis.


Symboles de la franc-maçonnerie turque

Israël a toujours été réticent à décrire le massacre des Arméniens par les Turcs en 1915 comme un « génocide ». On a toujours pensé que la raison de la réticence d’Israël était la crainte de compromettre les liens militaires et diplomatiques étroits entre Israël et la Turquie. Cependant, on découvre toujours plus de preuves que le génocide arménien fut largement l’œuvre des dirigeants dönmeh des Jeunes Turcs. Des historiens comme Ahmed Refik, qui servit comme officier de renseignement dans l’armée ottomane, affirma que c’était le but des Jeunes Turcs de détruire les Arméniens, qui étaient chrétiens pour la plupart. Les Jeunes Turcs, sous la direction d’Ataturk, expulsèrent aussi les chrétiens grecs des villes turques et tentèrent de commettre un génocide à plus petite échelle contre les Assyriens, qui étaient aussi principalement des chrétiens.


Un Jeune Turc de Salonique, Mehmet Talaat, était le dirigeant qui mit en œuvre le génocide des Arméniens et des Assyriens. Un mercenaire vénézuélien qui servit dans l’armée ottomane, Rafael de Nogales Mendez, nota dans ses annales du génocide arménien que Talaat était connu sous le nom de « l’Hébreu renégat de Salonique ». Talaat fut assassiné en Allemagne en 1921 par un Arménien dont toute la famille avait disparu durant le génocide ordonné par l’« Hébreu renégat ». Certains historiens du génocide pensent que les Arméniens, connus comme de bons commerçants, furent ciblés par les Dönmeh doués pour le commerce parce qu’ils étaient considérés comme des rivaux commerciaux.



Mehmet Talaat


Ce n’est donc pas le désir de protéger l’alliance israélo-turque qui a poussé Israël à éviter de rechercher les raisons du génocide arménien, mais la connaissance par Israël et les Dönmeh que c’est la direction dönmeh des Jeunes Turcs qui non seulement assassina des centaines de milliers d’Arméniens et d’Assyriens mais qui supprima aussi les coutumes et les habitudes musulmanes traditionnelles de la Turquie. La connaissance que c’est les Dönmeh, dans une alliance naturelle avec les sionistes d’Europe, qui furent les responsables de la mort des chrétiens arméniens et assyriens, de l’expulsion hors de Turquie des chrétiens orthodoxes grecs, et de l’éradication culturelle et religieuse des traditions islamiques turques, aurait fait surgir une nouvelle réalité dans la région. A la place des Chypriotes grecs et turcs vivant sur une île divisée, des Arméniens menant une vendetta contre les Turcs, et des Grecs et des Turcs se querellant pour des territoires, tous les peuples attaqués par les Dönmeh auraient compris qu’ils avaient un ennemi commun qui était leur véritable persécuteur.


LE DÉFI AU RÈGNE DES DÖNMEH : LE COMBAT DE LA TURQUIE CONTRE L’ERGENEKON


C’est la purge contre les fidèles kémalistes d’Atatürk et de son régime dönmeh laïc qui est le motif de l’enquête sur la conspiration de l’Ergenekon en Turquie. La description de l’Ergenekon cadre complètement avec la présence dönmeh dans la hiérarchie diplomatique, militaire, judiciaire, religieuse, politique, académique, commerciale et journalistique de la Turquie. L’Ergenekon tenta de stopper les réformes mises en œuvre par les dirigeants turcs non-dönmeh successifs, incluant la réintroduction des coutumes et rituels islamiques turcs traditionnels, en préparant une série de coups d’État, certains réussis comme celui qui déposa le gouvernement islamiste du Refah (Bien Public) du Premier ministre Necmettin Erbakan en 1996 et certains manqués, comme l’OPÉRATION SLEDGEHEMMER, qui visait à déposer le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan en 2003. Certains réformistes de tendance islamiste, incluant le Président turc Turgut Ozal et le Premier ministre Bulent Ecevit, moururent dans des circonstances suspectes. Le Premier ministre démocratiquement élu Adnan Menderes fut déposé et pendu en 1961, après un coup d’État militaire.




L'exécution d'Adnan Menderes en 1961


Les politiciens et les journalistes américains, dont la connaissance de l’histoire de pays comme la Turquie et l’Empire ottoman précédent est souvent gravement lacunaire, ont dépeint la friction entre le gouvernement d’Israël et le gouvernement turc du Premier ministre Erdogan comme étant basée sur la dérive de la Turquie vers l’islamisme et le monde arabe. Loin de là, Erdogan et son Parti pour la Justice et le Développement (AKP) semblent avoir finalement trouvé un moyen de se libérer de la domination et de la cruauté des Dönmeh, que ce soit sous la forme des fidèles kémalistes d’Atatürk ou des comploteurs nationalistes de l’Ergenekon. Mais avec le « Jour de l’Indépendance » de la Turquie, le vitriol est venu de la part des Dönmeh et de leurs alliés naturels en Israël et du lobby israélien aux États-Unis et en Europe. La Turquie comme membre de l’Union Européenne convenait très bien à l’Europe tant que les Dönmeh demeuraient au pouvoir et permettaient que la richesse de la Turquie soit pillée par les grandes banques, comme cela s’est passé en Grèce.


Quand Israël lança son attaque sanglante contre le vaisseau d’aide turque pour Gaza, le Mavi Marmara, le 31 mai 2010, la raison n’était pas vraiment le passage du navire à travers le blocus israélien de Gaza. La brutalité des Israéliens pour abattre des Turcs désarmés et un citoyen turco-américain, certains à bout portant d’après un rapport de l’ONU, indiquait qu’Israël était motivé par quelque chose d’autre : la vengeance et les représailles après la répression du gouvernement turc contre l’Ergenekon, la purge contre les Dönmeh dans les hauts postes de l’armée et du renseignement turcs, et l’inversion des politiques religieuses et culturelles antimusulmanes instaurées par le fils favori des Dönmeh, Atatürk, quelque quatre-vingt-dix ans plus tôt. En effet, l’attaque israélienne contre le Mavi Marmara était en représailles contre l’emprisonnement par la Turquie de plusieurs haut-gradés militaires, journalistes et académiques turcs, tous accusés de faire partie du complot Ergenekon pour renverser le gouvernement de l’AKP en 2003. Derrière le complot de l’Ergenekon, le fait caché est que les Dönmeh et l’Ergenekon sont liés par toute leur histoire en tant que kémalistes, ardents laïcistes, pro-israéliens et pro-sionistes.


Avec les crises de colère éclatant maintenant entre l’Iran d’un coté et Israël, l’Arabie Saoudite et les États-Unis de l’autre, en résultat d’une affirmation douteuse par la police US que l’Iran préparait l’assassinat de l’ambassadeur saoudien aux États-Unis sur le sol américain, la relation de longue date, étroite mais secrète, entre Israël et l’Arabie saoudite arrive maintenant au premier plan. La connexion israélo-saoudienne avait fleuri durant l’OPERATION TEMPÊTE DU DESERT, quand les deux pays furent la cible des missiles Scud de Saddam Hussein.


Partie II

Ce qui surprendra ceux qui ont peut-être déjà été surpris par les liens des  Dönmeh avec la Turquie, c’est les  liens des Dönmeh avec la Maison des Saoud en Arabie Saoudite.


Un rapport top-secret des Mukhabarat irakiens (Directorat du Renseignement Militaire Général), « L’émergence du wahhabisme et ses  racines historiques », daté de  septembre 2002 et publié le 13 mars 2008 par l’Agence américaine de Renseignement pour la Défense [U.S. Defense Intelligence Agency] en traduction anglaise, indique les racines dönmeh du fondateur de la secte wahhabite saoudite de l’islam, Muhammad ibn Abdul Wahhab. Une grande partie des informations sont tirées des mémoires d’un « Mr. Humfer » (ainsi orthographié dans le rapport de la DIA, mais orthographié « Mr. Hempher » dans les archives historiques), un espion britannique qui utilisait le nom de « Mohammad », et qui était soi-disant un Azéri parlant le turc, le persan et l’arabe et qui prit contact avec Wahhab au milieu du XVIIIe siècle avec l’idée de créer une secte de l’islam qui provoquerait finalement une révolte arabe contre les Ottomans et qui préparerait la voie pour l’introduction d’un État juif en Palestine.  Les mémoires de Humfer sont citées par l’auteur et amiral ottoman Ayyub Sabri Pacha dans son ouvrage de 1888, The Beginning and Spreading of Wahhabism.


Dans son livre The Dönmeh Jews, D. Mustafa Turan écrit que le grand-père de Wahhab, Tjen Sulayman, était en fait Tjen Shulman, un membre de la communauté juive de Bassora en Irak. Le rapport des Renseignements irakiens dit aussi que dans son livre, The Dönmeh Jews and the Origin of the Saudi Wahhabis, Rifat Salim Kabar révèle que Shulman s’établit finalement dans le Hedjaz, dans le village de al-Ayniyah dans ce qui est aujourd’hui l’Arabie Saoudite, où son petit-fils fonda la secte wahhabite de l’islam. Le rapport des Renseignements irakiens dit que Shulman avait été banni de Damas, Le Caire et La Mecque à cause de son « charlatanisme ». Dans le village, Shulman engendra Abdul Wahhab. Le fils d’Abdul Wahhab, Muhammad, fonda le wahhabisme moderne.




Abdul Aziz Ibn Saoud


Le rapport irakien fait aussi quelques affirmations stupéfiantes sur la famille des Saoud. Il cite le livre d’Abdul Wahhab Ibrahim al-Shammari, The Wahhabi Movement: The Truth and Roots, qui dit que le roi Abdul Aziz Ibn Saoud, le premier monarque du Royaume d’Arabie saoudite, descendait de Mordechai ben Ibrahim ben Moishe, un marchand juif également originaire de Bassora. Dans le Nedjd, Moishe rejoignit la tribu des Aniza et changea son nom en Markhan ben Ibrahim ben Moussa. Finalement, Mordechai maria son fils, Jack Dan, qui devint Al-Qarn, à une femme de la tribu des Anzah du Nedjd. De cette union naquit la future famille Saoud.


Le document des renseignements irakiens révèle que le chercheur Mohammad Sakher fut l’objet d’un contrat de meurtre des Saoudites à cause de ses recherches sur les racines juives des Saoud. Dans le livre de Said Nasir, The History of the Saud Family, il est affirmé qu’en 1943, l’ambassadeur saoudite en Égypte, Abdullah ben Ibrahim al Muffadal, paya Muhammad al Tamami pour forger un arbre généalogique montrant que les Saoud et les Wahhab étaient une seule famille qui descendait directement du Prophète Mahomet.



Jendral Badui, Abdul Aziz Ibn Saoud, Prince Husein, Muhammad bin Abdul Wahhab, Sir Percy Cox


Au commencement de la Première Guerre mondiale, un officier britannique juif d’Inde, David Shakespeare, rencontra Ibn Saoud à Riyad et conduisit plus tard une armée saoudite qui vainquit une tribu opposée à Ibn Saoud. En 1915, Ibn Saoud rencontra l’envoyé britannique dans la région du Golfe, Bracey Cocas. Cocas fit la proposition suivante à Ibn Saoud : « Je pense que c’est une garantie de votre durabilité autant que c’est dans l’intérêt de la Grande-Bretagne que les Juifs aient un foyer national et une existence [nationale], et les intérêts de la Grande-Bretagne sont, par tous les moyens, dans votre intérêt ». Ibn Saoud, le descendant des Dönmeh de Bassora, répondit : « Oui, si mon acceptation est si importante pour vous, j’accepte mille fois d’accorder un foyer national aux Juifs en Palestine ou ailleurs qu’en Palestine ». Deux ans plus tard, le Secrétaire britannique aux Affaires Étrangères Lord Balfour, dans une lettre au baron Walter Rothschild, un dirigeant des sionistes britanniques, déclara : « Le gouvernement de Sa Majesté regarde avec faveur l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif… ». Le pacte avait l’appui tacite de deux des acteurs majeurs de la région, tous deux descendants des Juifs dönmeh qui soutenaient la cause sioniste, Kemal Atatürk et  Ibn Saud. La présente situation au Moyen Orient devrait être vue sous ce jour, mais pour des raisons évidentes l’histoire de la région a été expurgée par certains intérêts religieux et politiques.



Sir Percy Cox et l'aventurière Miss Gertrude Bell à Bassora en 1917, en compagnie  d'Abdul Aziz Ibn Saoud


Après la Première Guerre mondiale, les Britanniques facilitèrent l’arrivée au pouvoir du régime des Saoud dans les anciennes provinces du Hedjaz et du Nedjd de l’Empire ottoman. Les Saoud établirent le wahhabisme comme la religion d’État du nouveau Royaume d’Arabie Saoudite et, comme les Dönmeh kémalistes en Turquie, commencèrent à s’opposer à d’autres croyances et sectes islamiques, incluant les sunnites et les chiites. Les Saoud wahhabites accomplirent ce que les Dönmeh kémalistes avaient réussi à accomplir en Turquie : un Moyen Orient fracturé qui était mûr pour les desseins impérialistes occidentaux, et firent le travail préparatoire pour la création de l’État sioniste d’Israël.


États profonds et Dönmeh


Durant deux visites en Turquie en 2010, j’eus l’occasion de discuter de l’« État profond » [appareil clandestin] de l’Ergenekon avec d’importants officiels turcs. Il était plus qu’évident que des discussions sur le réseau de l’Ergenekon et ses connexions « étrangères » sont un sujet hautement sensible. Cependant, un important officiel turc des Affaires étrangères me glissa aussi qu’il y avait d’autres « États profonds » dans les nations voisines, et les noms de l’Égypte, de l’Arabie saoudite, de la Jordanie et de la Syrie furent mentionnés. Au vu des liens entre l’Ergenekon et les Dönmeh en Turquie et des liens étroits dans le domaine militaire et dans celui du renseignement entre les Saoud descendants des Dönmeh et les wahhabites en Arabie, les rapports évoquant des liens étroits entre l’ex-président égyptien Hosni Moubarak et son chef des renseignements Omar Suleiman et le gouvernement de Binyamin Netanyahu en Israël peuvent être vus sous un jour entièrement nouveau… Et cela expliquerait le soutien d’Erdogan à la révolution égyptienne : en Turquie, c’est une révolution démocratique qui réfréna l’influence des Dönmeh. L’influence des salafistes wahhabites dans le nouveau gouvernement de la Libye explique aussi qu’Erdogan avait hâte d’établir des relations avec les rebelles basé à Benghazi – pour aider à supplanter l’influence des wahhabites, les alliés naturels de ses ennemis, les Dönmeh (l’Ergenekon) de Turquie.


Le désir d’Erdogan de remettre les pendules à l’heure en restaurant l’histoire expurgée par les kémalistes et les Dönmeh lui a valu des déclarations au vitriol de la part du gouvernement d’Israël, comme quoi il serait un néo-ottomaniste qui aurait l’intention de former une alliance avec les Frères Musulmans dans les pays arabes. Il est clair que les Döhmeh et leurs frères sionistes en Israël et ailleurs craignent que le révisionnisme historique dönmeh et sioniste, incluant leur rôle dans le génocide des Arméniens et des Assyriens, et leur négation du génocide, soient révélés.


Mavi Marmara : les proches des victimes contre l'abandon des poursuites anti-israéliennes


En Égypte, qui était autrefois un royaume ottoman, c’est une révolution populaire qui chassa ce qui pourrait être l’équivalent des Dönmeh concernant le régime Moubarak. Le « Printemps arabe » égyptien explique aussi pourquoi les Israéliens se hâtèrent de tuer six policiers égyptiens peu après que neuf passagers turcs aient été tués à bord du Mavi Marmara, certains quasiment exécutés, par des soldats israéliens. La doctrine dönmeh est remplie de références aux Amalécites de l’Ancien Testament, une tribu nomade qui fut attaquée par les Hébreux d’Égypte sur l’ordre du Dieu juif, pour faire place aux partisans de Moïse dans la région sud de la Palestine. Dans le Livre des Juges, Dieu ordonne sans succès à Saül : « Maintenant va et frappe Amalek et voue à la destruction tout ce qu’ils ont. Ne les épargne pas, mais tue les hommes, les femmes et les enfants, les bœufs et les moutons, les chameaux et les ânes ». Les Dönmeh, dont la doctrine est aussi présente dans la secte hassidique et dans d’autres sectes orthodoxes du judaïsme, semblent n’avoir aucune difficulté à remplacer les Amalécites par les Arméniens, les Assyriens, les Turcs, les Kurdes, les Égyptiens, les Irakiens, les Libanais, les Iraniens et les Palestiniens pour mener leurs agressions militaires et leurs pogroms.


Avec des gouvernements réformistes en Turquie et en Égypte beaucoup plus désireux d’examiner le passé de ceux qui ont divisé le monde islamique, Atatürk en Turquie et Moubarak en Égypte, les Saoud sont probablement tout à fait conscients que c’est seulement une question de temps avant que leurs liens, à la fois modernes et historiques, avec Israël soient pleinement révélés. Ceci explique que les Saoud aient réussi à mettre en œuvre un complot douteux impliquant des agents du gouvernement iranien pour tenter d’assassiner l’ambassadeur saoudite à Washington, dans un restaurant non-nommé de Washington D.C. Le rapport des renseignements irakiens aurait pu faire allusion aux sionistes et aux Dönmeh lorsqu’il déclarait : « cela vise… [au] meurtre des musulmans, à la destruction, et à favoriser l’agitation ». En fait, le rapport des renseignements irakiens parlait des wahhabites.


Une liberté nouvelle existant en Turquie et en Égypte pour examiner leur passé, Israël et ses partisans, ainsi que les Saoud, ont des raisons supplémentaires de dissimuler la véritable histoire de l’Empire ottoman, de la Turquie laïque, des origines d’Israël, et de la Maison des Saoud. Divers acteurs recherchant maintenant la guerre avec l’Iran, la vraie histoire des Dönmeh et leur influence sur des événements passés et actuels au Moyen Orient devient plus importante.


Wayne MADSEN, 25 octobre 2011



Erdogan posant devant le portrait de Mustafa Kemal Atatürk


NDT :

T. E. Lawrence (plus connu sous le nom de « Lawrence d’Arabie ») décrivit le mouvement Jeune Turc comme étant« 50% crypto-juif et 95% franc-maçon ».


D’autres auteurs confirment cela :


« Ils [Les Dönmeh] ont fourni de nombreux membres à l’intelligentsia des Jeunes Turcs… Ils ont joué un rôle important dans les débuts du Comité Union et Progrès, organisation du mouvement Jeune Turc qui eut son origine à Salonique… » (Gershom Sholem, Le messianisme juif, 1971)


« Il est intéressant de rappeler que les trois principaux membres du gouvernement ‘Jeune Turc’ – Enver Pacha, Talaat Pacha, et Essad Pacha – étaient trois Juifs d’origine dont les familles avaient été ‘converties’ à l’islam. » (Savitri Devi, Souvenirs et réflexions d’une Aryenne, 1976)



Sources :

Wayne Madsen - Les Dönmeh : le secret le plus chuchoté du Moyen Orient

Wayne Madsen - The Dönmeh: The Middle East’s Most Whispered Secret (Part I)

Wayne Madsen - The Dönmeh: The Middle East’s Most Whispered Secret (Part II)

Léon Camus : Cryptarchie Dönmeh et Turquie moderne

Léon Camus : Turquie - Grands procès et épuration de l’Armée kémaliste…

« Ergenekon », un nom mythique très prisé en politique (1997)

Hannibal Genséric : Origines de la connivence wahhabisme-sionisme

Kabbale révolutionnaire

Les 22 lettres de la kabbale

Bektachi

L'occulte sceau de Salomon : un symbole comme une énigme...

Léon Camus : Syrie, une guerre confessionnelle et idéologique

Ordo Templi Orientis

Élisabeth Raynal - La franc-maçonnerie ottomane : un mythe qui suscite toujours les fantasmes

Aline de Diéguez : Aux sources du chaos mondial actuel

Alain Fini : Juifs ou khazars ? Qui sont les Khazars ?Catherine Shakdam : A History of Wahhabism and the Hijacking of the Muslim faith


Saudi salafi terrorists (hypocrytes) may destroy grave of Muhammad (SA) any time. Come forward. Sauds planning to destroy Green Dome

La Kabbale

Turquie

Sionisme





Le terrorisme n’est pas un ennemi mais un moyen de faire la guerre, tous les États l'utilisent







« Les Français doivent être conscients que nous allons vers des attentats majeurs. Les pouvoirs politiques doivent dire aux Français que nous allons vers des attentats de masse. »
Général Vincent Desportes, le 29.10.2015

Il faut faire un peu d’ordre conceptuel dans le moment où les émotions, la propagande, et l’hystérie risquent de fourvoyer la considération équilibrée des événements du vendredi 13 novembre à Paris.

À Paris, nous faisons face à une Morale Operation. Dans l’art de la guerre non orthodoxe, sont appelées Morale Operations ces opérations dont le but est d’induire sidération, confusion et mystification pour semer défiance, terreur et désarroi dans les rangs de l’ennemi, ou de l’allié indécis et incertain. Il s’agit d’un type de guerre psychologique élaboré et mis en œuvre en 1943 par le colonel William J. Donovan de l’OSS américain [2].

Le haut commandement militaire français savait très bien qui se cache derrière Daech (État islamique), puisque le Général de division Vincent Desportes déclarait ouvertement, dès le 17 décembre 2014, juste avant l’opération Charlie Hebdo, dans un débat en séance publique au Sénat, en face de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées :

« Quel est le docteur Frankenstein qui a créé ce monstre [Daech] ? Affirmons-le clairement, parce que cela a des conséquences : ce sont les États-Unis. Par intérêt politique à court terme, d’autres acteurs – dont certains s’affichent en amis de l’Occident – d’autres acteurs donc, par complaisance ou par volonté délibérée, ont contribué à cette construction et à son renforcement. Mais les premiers responsables sont les États-Unis. » [3].

L’entrée en jeu en Syrie des forces russes contre l’État islamique a disloqué tous les plans des USA et d’Israël, dont l’État islamique est le coûteux jouet : la France, peu de jours avant Poutine, avait elle aussi pris l’initiative, de manière autonome, de bombarder l’État islamique, en Irak et (par deux fois) en Syrie. Pour les vrais patrons de l’État islamique cela était un défi : il s’agissait donc de rappeler à l’ordre la France, et de réunir le front occidental sous leur commandement.

Par une action diversifiée de commandos militaires en plein Paris, contre des lieux attentivement choisis et symboliques, les responsables politiques français ont donc été rudement avertis le 13 novembre.

Il n’existe nulle part dans le monde aucune guerre contre le terrorisme, puisque tous les États s’en servent : on sait bien que le terrorisme n’est pas un ennemi, mais simplement un des moyens pour faire la guerre.

Déjà en 2008 le lieutenant-colonel Jean-Pierre Steinhofer écrivait, dans la Revue Défense Nationale :

“La notion de ‘guerre mondiale contre le terrorisme’ est une perversion sémantique, stratégique, militaire et juridique qui, en confondant ennemi et méthode de combat de l’ennemi, a conduit les États occidentaux dans une impasse intellectuelle qui brouille leur réflexion dans de nombreux domaines et aboutit à des situations absurdes” [4].

Les velléités d’action indépendante de la France, laquelle semble oublier de faire désormais irrévocablement partie intégrante de l’OTAN, ainsi que la dispersion de ses forces armées dans trop de théâtres, de l’Afrique au Moyen Orient, les flottements et les hésitations gouvernementales, les embrouilles de la politique, l’intoxication schizoïde de l’information, condamnent son action militaire à l’échec, alors qu’elles exposent la France même à toutes les rétorsions. Ainsi que nous venons de le voir à Paris.

Les responsables politiques français se trouvent maintenant dans l’inconfortable situation de faire semblant de ne pas savoir d’où vient le coup, ils préfèrent comme d’habitude mentir à la population et passer pour des imbéciles inconscients plutôt que de risquer de fâcher ultérieurement leurs traîtres alliés. La population est sous contrôle grâce à l’État d’urgence. Les Allemands et les autres alliés de l’OTAN sont avertis du même coup.

Le spectacle des masques, le théâtre des ombres, le jeu de dupes, la mise en scène, la dramaturgie et la narration mainstream des choses font partie de ce que le lieutenant-colonel cité plus haut a appelé "l’impasse intellectuelle qui brouille [la] réflexion dans de nombreux domaines et aboutit à des situations absurdes".

Entre-temps on habitue les populations aux massacres qu’on leur prépare. Elles doivent apprendre dans le sang que complice du terrorisme n’est pas seulement qui le commande et qui l’exécute, mais aussi bien tous ceux qui croient les versions officielles. Sans eux, le terrorisme devient une arme peu tranchante, et même très dangereuse pour celui-là même qui s’en sert [5].

On se rappelle que le moderne terrorisme sous fausse bannière fut d’abord expérimenté, à partir de 1969, et pour quinze ans, par les services secrets en Italie, sur la chair des Italiens, ce qui est aujourd’hui universellement admis et prouvé par les historiens, ainsi que par les sentences des tribunaux. Lorsque je le dénonçai à l’époque, j’écrivais que :

« Le terrorisme italien est la dernière énigme de la société du spectacle… Il est donc nécessaire et suffisant de résoudre cette énigme pour mettre fin non seulement au terrorisme, mais aussi à l’État italien… Et quoi que l’on en dise aujourd’hui, dans dix ou vingt ans, ou avant, lorsque tout deviendra clair pour tous, c’est de ce que j’ai écrit sur le terrorisme que l’on se rappellera, et non point des fleuves d’encre que tous les menteurs professionnels et les stupides répandent actuellement à ce propos » [6].

Gianfranco Sanguinetti

Genève, le 15 novembre 2015


[2] cf. par exemple : https://en.wikipedia.org/wiki/Morale_Operations_Branch
[3] Présidée par Jean-Pierre Raffarin la Commission a interrogé lors des débats le Général Henri Bentégeat (2S), ancien chef d’état-major des armées, le Général de corps d’armée Didier Castres, sous-chef d’état-major Opérations, Monsieur Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, le Général de division (r) Vincent Desportes, professeur associé à Sciences Po Paris et Monsieur Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense. On peut donc conclure que non seulement les militaires, mais tous les responsables politiques étaient aussi au courant. Cf. : http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20141215/etr.html.
[4] J.P. Steinhofer, L’Ennemi innomé. In Revue Défense Nationale, n°712.
[5] Dans un document militaire U.S. daté 4 Décembre 1942, déclassifié, au titre The Use of Terror Propaganda, on peut lire : « Terror propaganda, while immensely successful under proper conditions, may well be used imprudently to increase the resolution and determination of the enemy ». (National Archives, declassified by NARA.)
[6] Cf. Gianfranco Sanguinetti, Del Terrorismo e dello Stato, Milan, 1979, 1980. Traduit en français sous le titre Du Terrorisme et de l’État, Paris et Grenoble, 1980, 1981.

La source originale de cet article est Mondialisation.ca








[article écrit en janvier 2016]