Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

lundi 8 juin 2015

Vae Victis… Tarek Aziz ou le martyre d'un chrétien au Proche-Orient


Communiqué de presse de Jean-Marie LE PEN

Président d’honneur du Front National

À Saint-Cloud, le 5 juin 2015

Jean-Marie LE PEN et son épouse Jany LE PEN, présidente de "SOS enfants d'Irak", saluent la mémoire de Tarek AZIZ, l'ancien premier ministre chrétien des Affaires étrangères du gouvernement de Saddam HUSSEIN, mort en prison. Ils présentent leurs condoléances affectueuses à sa famille réfugiée en Jordanie.


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À partir de plusieurs entretiens exclusifs avec le chrétien Tarek Aziz, – alors premier ministre de Saddam Hussein, – ce livre nous plonge dans les arcanes et les drames engendrés par l'intervention militaire des USA en mars 2003. Témoin et acteur hors normes, Jean-Marie Benjamin nous fait découvrir les aberrations de la politique américaine au Moyen Orient et de ses alliés européens qui ne savent plus comment arrêter le monstre qu’ils ont créé de leurs propres mains !

Janvier 2003, J-M Benjamin rencontre Tarek Aziz à Bagdad et lui porte une invitation à rencontrer le pape Jean-Paul II. Février 2003 la DGSE envoie Benjamin à Bagdad pour quérir les derniers éclaircissements avant le discours de Villepin à l'ONU. Les coulisses de la visite de Tareq Aziz à Rome, au Vatican et à Assise : exfiltration par la DGSE et asile politique ?

Le chrétien Tarek Aziz et la situation des chrétiens aujourd’hui en Irak et Syrie. Le bilan de l’occupation américaine et les conséquences de la politique de l’Occident au Moyen Orient. Une introspection de l’État islamique et de son leader. Retour avec Tarek Aziz sur le « piège américain » de 1990 : le Koweït et le pétrole. Retour au présent : qui finance l’État islamique ? Le jeu dangereux de l’Arabie Saoudite. L’axe Téhéran-Bagdad-el Assad-Hezbollah. Des témoignages exclusifs sur les Kurde, le PKK, la Syrie… Pourquoi partent-ils pour le djihad ? Quelle prospective pour demain ?


Tareq Aziz - The other truth : Les mensonges de G. W. Bush, les vérités de Tareq Aziz. Le désastre américain en Irak. Un document exclusif. [Vidéo, 1 heure 05]

Extrait de Présent n° 8347 daté du samedi 2 mai 2015
[cliquez sur le texte pour l'agrandir]


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Prisonnier des Américains, puis du régime chiite de Bagdad, depuis 2003, l'ancien ministre des Affaires étrangères de Saddam Hussein, Tarek Aziz, vient de mourir en détention. Il avait été condamné à mort en 2010 par les juges irakiens, mais les autorités n'avaient pas osé l'exécuter : supprimer un chrétien, membre d'une communauté persécutée, aurait très gênant en termes d'image internationale. En effet, Tarek Aziz était chrétien, de l'Église catholique chaldéenne, majoritaire en Irak. Sa famille était assyrienne chaldéenne, de cette nation ayant ses spécificités culturelles et ethniques se rattachant au christianisme, présente dans l'Arménie historique, dans le nord de la Syrie, et dans la région de Mossoul, en Irak.

Tarek Aziz personnifie à lui seul le destin tragique des chrétiens d'Orient pendant la seconde moitié du XXe siècle : né Mikhaïl Johanna, en 1936, à Mossoul, il rallie le Parti Baas, nationaliste et laïque, qui suggère l'égalité de traitement entre musulmans et non-musulmans. Pourtant, Johanna prend une identité arabe, "Tarek Aziz", en gage de soumission à la véritable colonne vertébrale idéologique du nationalisme baasiste : se rallier à la culture dominante, arabo-musulmane. Fondé notamment par un chrétien, Michel Aflak, le Parti Baas tolère les chrétiens, et leur assure la liberté de culte (conditionnée à l'interdiction d'évangéliser, et à la surveillance du clergé), mais précise bien que l'unité de la nation arabe doit se faire sous le joug d'un islam dompté par les autorités politiques. Ce qui doit relativiser l'image idéaliste du nationalisme arabe, qui n'a jamais permis aux chrétiens d'exister autrement que soumis à l'ordre établi. Même si leur sort était plus doux qu'aujourd'hui, et paraît rétrospectivement merveilleux.

Journaliste de formation, éditeur de l'organe de presse du Parti Baas, Al-Thawra (La Révolution, en arabe), Tarek Aziz devient ministre de l'information en 1974, puis vice-Premier ministre de 1979 à 1983. Saddam Hussein apprécie ses talents de négociateur, et sa culture : "quand je vais à Paris, je vais à l'Opéra, alors que les chefs d'États du Golfe vont dans des cabarets", disait-il, à ses hôtes français. Tarek Aziz est en effet très francophile, à l'image de nombreux Irakiens de la classe moyenne-supérieure, formée à l'école de la coopération avec la France, initiée dans les années 1970, et intensifiée pendant la guerre contre l'Iran.

De 1983 à 1991, Tarek Aziz est ministre des Affaires étrangères. Il est au premier rang des négociations internationales qui précèdent la guerre du Golfe. Malgré tout son talent diplomatique, il échoue à empêcher la foudre américaine de s'abattre sur l'Irak, en représailles de l'invasion du Koweït. Dès lors, son influence décroît. Il demeure un des cadres principaux du régime, qui continue de le mettre en avant à l'intention de l'étranger, pour valoriser sa protection des chrétiens. Mais il s'efface progressivement au profit du clan rapproché de Saddam Hussein : Ibrahim al-Douri, et les fils du dictateur, Oudaï et Quoissaï.

En 2003, Tarek Aziz, prévoyant la chute du régime, fait le nécessaire pour mettre sa famille à l'abri en Jordanie, avec l'aide du Vatican. Ne cherchant pas à rallier le maquis avec d'autres baasistes, il se rend aux forces américaines, pensant être épargné, et offrant même ses services pour la reconstruction du pays. Mais les Américains, dans leur volonté de faire table rase du passé irakien, le sanctionnent comme dignitaire de l'ancien régime, puis le livrent aux chiites, ivres de vengeance. Poursuivi pour des crimes de la dictature commis en-dehors de ses compétences, il ne retrouva jamais sa famille.

Le sort de Tarek Aziz cache celui d'innombrables prisonniers politiques qui croupissent encore dans les prisons irakiennes : anciens militaires de Saddam Hussein, officiers, fonctionnaires, membres du Parti Baas, chefs tribaux, épouses d'insurgés… Certains depuis 2003. Leur libération est une des revendications principales des rebelles sunnites. Un autre enjeu dans la lutte contre l'État islamique et ses alliés objectifs.

Source : Pierre Jova [Jovabien] - Vae Victis



Tarek Aziz a quitté cette vallée de larmes dans l’indifférence universelle. Une mort opportune qui enveloppe d’un linceul de silence les crimes des vainqueurs.



À la fin des fins, la mort a eu pitié de Tarek Aziz, soixante-dix-neuf ans, ancien vice-Premier ministre irakien sous la présidence de Saddam Hussein. Condamné à la pendaison, il attendait son exécution comme une délivrance qui ne vint jamais. Ses impitoyables bourreaux ne daignèrent jamais accéder à sa si légitime prière. Peut-être étaient-ils de farouches partisans des fins de vie difficiles ? Car la survie dans les conditions ignominieuses qui lui étaient faites fut bien pire que la corde. Mais entre sadisme, lâcheté et calcul politique, il s’agissait, pour ses tortionnaires, d’attendre que le temps accomplisse les basses œuvres devant lesquelles ils se dérobaient.

Tarek Aziz, ministre des Affaires étrangères du régime baasiste de 1983 à 1991, puis vice-Premier ministre en 1991 d’un Irak soumis à un mortel embargo (lequel fera, d’après les Nations unies, presque un million de victimes), et ce jusqu’au printemps 2003. Les GIs viendront le cueillir le 24 avril à son domicile où il les attendaient. Ces mêmes forces d’occupation, feignant d’ignorer l’oppressive culture orientale de la vengeance, le remirent au nouveau pouvoir chiite, comme il le firent pour l’ancien Raïs (Guide), sachant pertinemment quelle en serait l’immanquable issue. À Nuremberg, les vainqueurs avaient eu au moins le courage de juger et de pendre eux-mêmes leurs vaincus. Cependant, forts de leur expérience et pour éviter les lourdes sentences à venir du grand tribunal de l’Histoire, les gens de Washington jugèrent plus expédient de se défausser de leurs responsabilités sur le nouveau pouvoir chiite qui ne faillit pas, au moins en ce domaine.

L’ancien chef de la diplomatie aura donc été condamné au moins cinq fois à la peine capitale. En octobre 2010, la sentence précise : pour « meurtre délibéré et crimes contre l’humanité » pour la répression contre les partis religieux chiites, ceci après l’attentat dont il est l’objet en 1980 à Bagdad, à l’université Al-Moustansiriya. Le Conseil de la Révolution adopte alors une résolution punissant de la peine capitale la simple appartenance au parti Al-Daawa et à l’Organisation de l’action islamique.

Le Vatican aura, en vain, plaidé la grâce du condamné. Le président irakien [2005-2014], le Kurde Jalal Talabani, avait certes déclaré qu’il ne signerait jamais l’ordre d’exécution. Ce qui n’empêchait pas Tarek Aziz de demander, en 2006, au nouveau Premier ministre Nouri Al-Maliki de hâter son exécution en raison de l’insupportable dégradation de sa santé. Tarek Aziz aura donc prié le Dieu de miséricorde, durant dix ans, du fond de sa geôle pour ne pas connaître l’ultime déchéance de la mort lente à laquelle ses juges l’avaient inexorablement condamné. Né de confession catholique en 1936, près de Mossoul, région aujourd’hui ravagée par l’État islamique, l’Assyro-Chaldéen Tarek Hanna Mikhaïl (Jean-Michel) Issa adhère très tôt à la doctrine du nationalisme arabe, le Baas, qui selon lui « associe le socialisme au panarabisme, liant ainsi l’homme à sa culture, à son vécu et à sa civilisation ». Idéologie conçue par le chrétien syrien Michel Aflak, dont la statue sera brisée à la chute de Bagdad. Après la défaite, à l’issue de la guerre israélo-arabe de juin 1967, l’année suivante, en juillet 1968, Saddam Hussein et Tarek Aziz, en charge de la presse, organisent le coup d’État qui portera le Baas au pouvoir. Un binôme inamovible jusqu’à la chute du régime vingt-quatre ans plus tard en mars 2003.

Remarquons que notre chère intelligentsia n’en finit jamais de se lamenter sur le sort des résidents des « couloirs américains de la mort ». Ainsi, France Culture, service public, s’est par exemple fait une spécialité d’inlassablement attirer l’attention de l’opinion sur la situation d’Abou Jamal, condamné à mort en 1982 (sa peine a, depuis, été commuée), mais jamais un traître mot sur les inhumaines conditions de détention d’Aziz. Deux poids, deux mesures. Chacun sait que les assassins sont, par définition, réputés innocents, victimes d’erreur judiciaire, qu’ils sont d’une certaine façon le sel de la terre, et qu’à ce titre ils méritent aide et compassion. Leurs victimes, quant à elles, sont prédestinées à passer par pertes et profits.

Jean-Michel Vernochet






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