Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

mardi 24 juin 2014

L'erreur monothéiste


Un texte essentiel et d'une très haute spiritualité de l'indianiste Alain Daniélou, frère du cardinal Jean Daniélou, un texte qui révèle aux catholiques, aux uniates, aux orthodoxes voire aux anglicans combien, dans le vécu de leur foi religieuse, ils n'ont aucun point commun tant avec les juifs ou les musulmans qu’avec les églises réformées évangélistes dites chrétiennes et les protestants… Et se ressentiront infiniment plus proches des hindouistes et des bouddhistes que de ceux-là. Que soit donc définitivement repoussé le mythe de prétendues racines juives du christianisme… Le christianisme dans l'intimité de tout catholique fervent ne peut marquer qu'une rupture catégorique d'avec le judaïsme. Sinon quelle serait sa signification ? En paraphrasant les propos récents tenus par le pape François le 12 juin 2014 à Barcelone, lors d'un entretien avec La Vanguardia, disons : « Vous ne pouvez pas vivre le catholicisme, vous ne pouvez pas être un catholique authentique sans rejeter toute racine juive ». Que soient affirmées les influences esséniennes et leurs sources…
Le Roi Ashoka (c.269 - 232 av. J.-C.), l’un des souverains les plus prestigieux de l’Inde, après avoir conquis tout le nord de cet immense pays jusqu’à l’Afghanistan et porté l’Empire Maurya à son apogée, se convertit brusquement et sincèrement au Bouddhisme. Il renonça à la violence et envoya dans toutes les directions des missionnaires pacifiques –moines bouddhistes– répandre l’enseignement de Gautama Çakyamuni (le Bouddha). Ceux qui atteignirent le Proche-Orient y laissèrent une marque indélébile. En effet, deux notions jusqu’alors totalement inconnues dans cette région, le célibat monastique et le respect de la vie animale, trouvèrent un écho dans le cœur de certains Juifs…

COSMOLOGIE SHIVAÏTE ET POLYTHÉISME


De la négation du sacré en dehors du polythéisme…                  … à la confiscation du sacré par le judaïsme politique


La philosophie shivaïte ignore tout dogme. Il n'existe pas de séparation entre théologie et cosmologie, entre science et religion. Leur objet commun est de chercher à comprendre la nature du monde, le rôle et le destin des êtres vivants. L’univers, vu de l’intérieur, peut être envisagé comme un jeu, une fantaisie issue de la pensée d'un être transcendant. Mais l'être qui conçoit le monde est nécessairement extérieur à lui. Il est en deçà de la naissance de l’espace, du temps, de l’existence. Il est ce qui existe avant la création de l’espace, du réceptacle qui permet la formation de l’univers, puis de l’explosion énergétique qui va donner naissance à l’apparence de la matière, aux atomes, aux soleils, et à la mesure du temps.

L'être qui rêve le monde

L’être qui pense le monde est en dehors de l’espace et du temps ; inconnaissable, imperceptible, inactif, inexistant. Il est au-delà du nombre, ni un ni plusieurs. Il est au-delà de l’existence. Nous ne pouvons en aucune façon le personnifier, l’imaginer, le nommer, si ce n'est sous une forme négative.
Le premier principe qui apparaît est celui de l’espace appelé âkâsha ou éther, qui représente la possibilité du développement de l’Univers. Puis apparaît le plan, le système selon lequel va se développer le monde. Les lois d'attraction, de gravitation, qui vont permettre la formation des atomes et des galaxies doivent précéder leur formation, ainsi que les principes de la conscience et de la perception. Cet ensemble de lois, formant une image préexistante du monde, est appelé Purusha, l’homme universel.
Enfin apparaît l'Énergie, la Shakti, qui est la substance dont seront formés tous les composants de l’Univers, tout ce que l’on peut désigner comme « quelque chose », (Tattva). Cette masse d'énergie dont tout va être façonné est appelée Pradhāna (la base) ou Prakriti (la nature), mais aussi Mâyâ (le pouvoir d'illusion), puisque toutes les apparences du Monde ne sont en fait que des combinaisons, plus ou moins instables de tensions, de vibrations énergétiques. La matière n'est qu'une apparence.

Le principe du moi

Le premier principe issu de Prakriti est la notion d'individualité, du « moi ». Tout atome, toute cellule, tout être vivant, tout système solaire, se forme autour d'une sorte de conscience individuelle. Un être vivant n'est qu'un conglomérat de cellules qui ont chacune une individualité, un comportement autonome et qui se groupent en un système complexe autour d'un « moi », de quelque chose qui dit « Je » et qui est pourtant indépendant des différentes parties qui le forment. Il en est de même de tout atome, de tout système solaire qui sont construits autour d'une conscience d'être, d'une individualité. Une forme de conscience est donc présente dans chaque atome, dans chaque système planétaire. II existe une conscience solaire, comme il existe une conscience dans tout être vivant. Cette notion est très importante car la notion d'un dieu, d'un personnage divin, est une projection de la notion d'individualité, d'un être qui dit « Je ». Le monothéisme n'est que la divinisation de la notion d'individualité.

Les seize tattva

Ensuite apparaissent les différentes composantes dont l’Univers va être formé et qui peuvent être définies comme « quelque chose », les Tattva. Les Tattva sont au nombre de seize. Ils sont les principes de ce qui nous apparaît comme les cinq états de la matière (Tanmâtrâ), les cinq formes de perception qui leur correspondent, ainsi que les cinq formes d'action, auxquels s'ajoute le principe de la pensée.
Les cinq états de la matière vont d'abord se manifester comme une tension magnétique, puis sous une forme gazeuse, puis ignée, puis liquide, puis solide et en même temps apparaissent cinq formes de perception qui leur correspondent. Dans l’homme, les cinq formes de perception se manifestent dans cinq sens : l’ouïe perçoit la vibration, le toucher correspond à l'état gazeux, la vue à l'état igné et à la lumière, le goût à l’état liquide et l’odorat à l'état solide. Ces formes de perception sont liées aux états de la matière : les particules gazeuses communiquent par choc, par le toucher, les astres qui sont des centres de fusion communiquent entre eux par la lumière, c'est par le goût que les éléments liquéfiés se mêlent ou se rejettent etc.
Partout, dans chaque atome, dans chaque groupement de particules qui forme une entité, un « moi », le principe de la pensée est présent, ainsi que la conscience, car Purusha, le plan, l’intellect universel, investit tous les aspects de Prakriti, de la nature.
Lorsque nous cherchons à comprendre la nature du monde, son origine, sa raison d'être, suivant le stade auquel nous parvenons, nous rencontrons un aspect plus ou moins abstrait de ce que nous appelons le divin. Au niveau des principes des sens, des éléments, nous pouvons envisager un dieu des Vents, Vâyu, un dieu du Feu, Agni, un dieu des Eaux, Varuna, et nous représenter la terre nourricière comme une déesse-mère. Le soleil, centre du monde où nous vivons, qui nous donne la lumière et la vie, est pour nous l'image même de la divinité. Il est également possible d'envisager des esprits qui n'ont d'autre substance que la pensée comme les personnages d'un rêve. Nous pouvons concevoir des dieux qui correspondent aux pouvoirs d'action, qui personnifient la force, le courage, la justice, l’amour, l’amitié, mais aussi la destruction, la mort.

Substance et archétype (Prakriti, Purusha)

Remontant au-delà on arrive à la notion de Prakriti, de la substance du créé, considérée comme un aspect féminin, ou bien à celle du plan, de l’archétype, c'est-à-dire de Purusha, considéré comme un principe masculin. C'est cet aspect qui est représenté dans le shivaïsme par le culte du phallus, du principe masculin d'où est issue la semence qui contient le code génétique, le plan de l'être vivant, lequel se manifeste dans la substance, dans l'œuf contenu dans l'organe féminin.
Mais là s'arrête notre possibilité d'approche car au-delà du couple Purusha-Prakriti ou Shiva-Shakti, se trouve la barrière qui sépare le créé du non-créé, du non-existant, du non-être, de l’inconnaissable. Nous ne pouvons vénérer le principe du monde que dans sa manifestation, dans son œuvre. Quel que soit l’aspect du monde que nous envisageons, nous y voyons transparaître un aspect du plan divin. Mais l’œuvre divine est d'une variété infinie. Nous pouvons reconnaître le divin dans n'importe quel aspect de son œuvre que nous choisissons comme son image, dans ce que nous aimons le plus. Cette image peut être un arbre, un animal, un homme, une femme, un oiseau, une pierre, un symbole, une idée. C'est pourquoi les dieux sont innombrables.
Tous les chemins mènent au Créateur, mais ne l’atteignent jamais. Seule la force de l’amour, de la dévotion, permet d'aller chaque fois un peu plus loin, mais notre effort de concentration a besoin d'un support et c'est ce support qui devient pour nous l’image du divin. Nous contemplons le visage de l'être aimé tout en sachant que ce visage n'est pas sa personne. Le divin nous apparaît sous de multiples formes, sous d'innombrables dieux.

L'erreur monothéiste

Le monothéisme est donc une erreur métaphysique car le principe du monde, qui lui est extérieur, est au-delà du nombre, impersonnel, indescriptible, inconnaissable. Surtout, le monothéisme est dangereux par ses conséquences car il est une projection du « moi » humain dans la sphère divine, qui remplace l’amour, le respect de l’œuvre divine dans son ensemble par celui d'un personnage fictif, d'une sorte de roi céleste qui régit les affaires humaines et auquel on attribue les édits les plus absurdes. Intolérant, le dieu soi-disant unique n'est finalement que celui d'une tribu. Ce sont les religions monothéistes qui servent d'excuse aux persécutions, aux massacres, aux génocides et qui se battent entre elles pour imposer aux autres la domination de leur tyran céleste.
 Le monothéisme n'est en fait qu'une fiction politique. Il n'existe pas sur le plan religieux. Nous vénérons la déesse-mère, la terre-mère qui apparaît dans les cavernes. Nous vénérons des symboles divers, des prophètes, des héros, des saints, des lieux sacrés. Dans notre approche du divin, la question n'est pas l’image, le visage que nous lui attribuons. Nous pouvons très bien nous dire : « C'est en Jésus que je vois Dieu. Il représente pour moi la forme visible dans laquelle je conçois le mieux le visage de Dieu ». Mais lorsque nous disons : « Baal n'est pas dieu, détruisons ces idoles, ou bien Apollon n'est pas dieu, Dieu ne réside pas dans l'arbre sacré, le phallus n'est pas le symbole du Créateur », nous nions la présence du divin dans l’œuvre manifestée. Dieu est tout. Il est partout ou il n’est rien.
Nous confondons ce que les Hindous appellent l’Ishta Devatâ, « le dieu élu », l’aspect sous lequel chacun de nous choisit de se représenter le divin et de le vénérer, avec la réalité cosmogonique de l'Être Universel. Notre dévotion envers notre dieu élu ne doit pas devenir la négation des autres visages du divin. Nous pouvons très bien dire : « La femme que j'aime est pour moi la femme élue ». Mais nous ne disons pas à d'autres hommes : « Ma femme est l’unique femme. C'est avec elle que vous devez faire l’amour ». C'est dans un raisonnement similaire que réside l'erreur du monothéisme, qui oppose un dieu élu aux mille visages à travers lesquels transparaît la réalité divine.
Qui peut savoir à travers quel aspect du monde se manifestera un jour pour nous l’expérience du divin ? Pour beaucoup c'est dans l’acte amoureux qu'apparaît tout à coup la sensation fulgurante de cette réalité. L’union des corps dans l’acte d'amour, reflet de l'union des principes cosmiques, est peut-être l’expérience la plus haute, la plus directe, que nous puissions avoir de la béatitude, de la joie sans limites qui est la nature de l'état divin.

Alain Daniélou

Source : Extrait du recueil de textes d'Alain Daniélou : Shivaïsme et tradition primordiale

Jean Soler : L'Invention du monothéisme

Jean Soler : L'Invention du monothéisme en pdf

Des Origines talmudiques de l'islam…

Jean-Pierre Sara : Jésus et les esséniens

La paix entre nous est-elle possible si nous ne respectons pas ce qui est sacré pour les autres ?

La Vanguardia - Entrevista al papa Francisco : “usted no puede vivir su cristianismo, usted no puede ser un verdadero cristiano, si no reconoce su raíz judía”… L'erreur du pape est manifestement double. "Juif" désigne d'abord un peuple, et ses tribus. Tribus autoproclamées "élues de Dieu", de leur dieu [cf. Jean Soler]. Peuple et ses tribus dont la religion est le judaïsme. Tout au contraire, le catholicisme (et non le christianisme comme le dit faussement le pape) est comme son nom l'indique "universel", c'est à dire ouvert à tous, à tous les hommes, à toutes les tribus, à tous les peuples. En tant que religion le catholicisme marque une rupture définitive d'avec le judaïsme… Ses racines spirituelles, malgré tout ce que l'on aurait voulu nous faire croire, sont plus proches de l'Inde que de celles des juges juifs siégeant sur le sol de ses premières prédications, racines spirituelles contre lesquelles Jésus et ses disciples se sont insurgés. À Jérusalem où les juifs ont jugé et mis à mort Jésus. Il convient de toujours savoir distinguer les fondements d'une religion des éléments syncrétiques, contingents, destinés à se faire comprendre et admettre des peuples à qui l'on prêche. Il est des contextes où il sera plus aisé de conter des histoires d'Abraham plutôt que de chanter les hauts faits d'Hanumâm… Les bavardages politico-religieux entre le pape et une gazette espagnole de Barcelone ne doivent être considérés que comme ce qu'ils sont : des déconnades de café du commerce. Contingence jésuite. À vrai dire, pour tous ceux qui auront lu attentivement le texte ci-dessus d'Alain Daniélou c'est tout cela qui est bien contingent. Dans le respect de l'intimité de chaque appartenance.





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