Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

lundi 28 avril 2014

Louis de Bourbon : « Je suis prêt à servir la France »


Pour le retour du Roi Très-Chrétien !
Avant 1789, la France était la première puissance Occidentale.
République mondialiste, DEHORS !





L’héritier du trône de France était à Aigues-Mortes pour célébrer Saint Louis

Le prince Louis et son épouse la princesse Marguerite étaient à Aigues-Mortes
à l'occasion du 800e anniversaire de la naissance de Saint Louis

Si la France avait le bonheur d'être une monarchie, le prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, serait notre souverain sous le nom de Louis XX. Le prince, qui s’est rendu vendredi à Aigues-Mortes pour commémorer le 800e anniversaire de la naissance de Saint Louis, a accepté de répondre aux questions de La Provence.


Monseigneur, vous vous êtes rendu, vendredi, à Aigues-Mortes pour commémorer le 800e anniversaire de la naissance de Saint Louis. Que représente ce roi, majeur dans notre histoire, pour vous ? Et pourquoi célébrer sa naissance, qui est aussi le jour de votre quarantième anniversaire, à Aigues-Mortes ?
Louis de Bourbon : C’est vrai que la concordance des dates et des prénoms est amusante : Saint Louis est né le 25 avril 1214, je suis né 760 ans plus tard et nos épouses se prénomment Marguerite… Mais plus sérieusement, oui, il m’a paru important de venir à Aigues-Mortes à l’occasion du 800e anniversaire de Saint Louis. J’ai accepté cette invitation des autorités civiles et religieuses car honorer ce saint roi, bon époux et bon père de famille, est tout un symbole. Il fonda cette cité en 1240, ouvrant à la France une porte sur la Méditerranée qui ne s’est jamais refermée depuis. Roi réformateur, bâtisseur, juste, il était très aimé car il avait grand souci du faible. Tout cela est présent à Aigues-Mortes, mais j’irai cette année dans d’autres lieux, tant en France qu’à l’étranger, à commencer par le Grau-du-Roi pour la restauration d’un reliquaire.

Alors que notre pays semble de plus en plus divisé, quel serait, selon vous, l’intérêt d’une restauration de la monarchie ?
Louis de Bourbon : L’avantage de la royauté, c’est précisément de faire l’union. D’ailleurs, ce fut tout au long de l’Histoire le leitmotiv de nos rois : unir, rassembler, lutter contre les intérêts particuliers au profit de l’intérêt général. Un roi, par nature, est au-dessus de tous les partis. Il est au service de tous. Au service de son pays et c’est naturellement qu’il mettra tout en oeuvre pour le transmettre à son successeur en bonne santé. C’est la concordance commune d’intérêts qui est l’un des secrets de la réussite du système, et cela est unique et irremplaçable.

Peut-on encore concilier modernité et monarchie, notamment en ce qui concerne les problèmes de société ?
Louis de Bourbon : Déjà, on peut constater que des monarchies existent en Europe et, en général, les pays concernés révèlent une adaptation plus dynamique, tant sur le plan social qu’économique. La France est très attachée à son système de protection sociale que Saint Louis aurait sûrement soutenu, lui qui, à l’époque, créait les grands hôpitaux et les premiers fonds de retraite pour les soldats. Mais pour garder cette protection, il faut être vigilant et lucide. Rien n’est pire que l’utopie. La royauté, elle, s’est construite sur du réel, c’est-à-dire, au départ, une famille, des fiefs, des communes, des artisans, des commerçants, des entrepreneurs, etc. Tout un tissu social travaillant chacun pour soi et pour le bien de tous, grâce à un contrôle minime mais efficace exercé par le minimum d’État qu’est la royauté. Ce système donnait ainsi beaucoup de libertés aux individus. Où en sommes-nous avec les libertés ?

Dans la France actuelle, quel rôle entendez-vous jouer ?
Louis de Bourbon : Un rôle à la fois discret et concret. Les autorités, tant civiles que religieuses, qui m’ont invité savent très bien qui je suis et c’est bien en tant qu’aîné de la Maison de Bourbon, descendant direct de Saint Louis, que je suis venu à Aigues-Mortes. Les choses sont claires et je suis très heureux de pouvoir incarner cet attachement profond des Français à leur Histoire. Chaque année, le programme des Célébrations nationales présente beaucoup d’occasions d’évoquer ce lien si particulier qui existait entre le Roi et son peuple, un lien à la fois charnel et spirituel, là encore quelque chose d’irremplaçable. Que vous dire d’autre ? J’existe, je suis là et si je peux un jour oeuvrer plus concrètement pour la France, je prendrai mes responsabilités. J’ai aujourd’hui 40 ans, trois enfants, une vie active, je sens bien que ma génération et celle qui suit attendent un changement profond et pacifique.

Frédéric Cheutin, pour la Provence

Source : La Provence : Louis de Bourbon : "Je suis prêt à servir la France"


Reportage : Le duc et la duchesse d’Anjou à la messe pontificale en l’honneur de Saint Louis

Entretien intégral du prince Louis de Bourbon par Stéphane Bern (Le Figaro du 24 avril 2014)



dimanche 27 avril 2014

La France d'aujourd'hui… Demain : rebelle ?… Espérons-la, à l'image de Louis-Alexandre…


"Plus con que le Français ? Vraiment n’est-ce pas, c’est impossible ?"
Louis-Ferdinand Céline, Les Beaux Draps, Éd. de la Reconquête, p.125


Triste pauvre France bouffie d'aujourd'hui… Vivement que se lève une génération nouvelle…




Louis-Alexander Désiré : un garçon rebelle, un formidable exemple…

La France, aujourd'hui… et demain…


Kei Nishikori succède à Rafael Nadal à Barcelone… et pourquoi pas à Roland-Garros ?




'Emperador' de Barcelona


Par cette victoire sur terre battue Kei Nishikori, "Emperador" de Barcelona, s’affirme en redoutable prétendant pour Roland-Garros. Concentration et impassibilité à l’épreuve de toutes les diversions, coup d’œil de matador, anticipation pour une prise de balle fulgurante, génie d'inventer des angles de snooker… Élégant, Kei Nishikori nous offre un jeu tout aussi plaisant que terriblement efficace. Joueur éminemment sympathique. Vainqueur modeste, comme un peu gêné d’être là… Une fraicheur bienvenue dans cet univers démonstratif de gorillons, battant leur poitrine et exhibant leurs biscoteaux. Kei a remporté le tournoi mais le plus difficile aura été de soulever le trophée… Quelle a été belle et légère cette victoire… mais cette coupe ce qu’elle a été lourde à soulever ! Il aura fallu s’y prendre à plusieurs reprises pour y réussir… et encore en se faisant aider… Souhaitons à Kei de connaître le même succès à Roland-Garros que celui inattendu de son entraîneur, en 1989, Michael Chang… 






Pour Michael Chang, un seul obectif : Roland-Garros !


Barcelone : Kei Nishikori bat Santiago Giraldo [6-2 6-2]

Kei Nishikori

Facebook : http://www.keinishikori.com



Il n'y aura pas de finale entre deux espagnols à Madrid. La faute à Kei Nishikori qui a écarté en trois sets (7/6(5) 5/7 6/3) celui que l'on peut considérer comme le second meilleur joueur espagnol sur terre battue, David Ferrer. Le japonais s'est imposé au terme d'un match indécis jusqu'au bout dans lequel chacun des deux joueurs a eu son temps fort. Le Japonais rejoint Rafael Nadal pour sa première finale de Masters 1000 en carrière.

Il a bien failli ne plus y croire après avoir gâché 9 balles de match. Mais la dixième fut la bonne pour Kei Nishikori (12ème joueur ATP) qui s'est brillament qualifié pour la finale en disposant de l'Espagnol David Ferrer (5ème joueur mondial) en deux sets (7/6(5) 5/7 6/3) ce samedi à Madrid. C'est une rencontre intense à laquelle on a pu assisté, même si le premier set ne se présentait pas sous les meilleurs auspices. Décousue à souhait, la première manche est un round d'observation pour deux joueurs qui peinent à se lâcher sur le court. Nishikori et Ferrer commettent de nombreuses fautes directes plus grossières les unes que les autres, mais le tie break du premier set remporté par Kei Nishikori, mené 5-2 dans cette manche avant de revenir à 6-6, a le mérite de lancer enfin cette rencontre.

Kei Nishikori aura eu besoin de dix balles de match pour écarter David Ferrer en demie à Madrid

Le deuxième set monte en intensité et les deux joueurs se rendent coup pour coup. L'occasion pour Kei Nishikori de démontrer ses aptitudes à la volée,domaine où le Japonais est loin d'être maladroit. L'Espagnol l'emporte tout de même dans cette deuxième manche sous haute tension et on pense alors que david Ferrer est parti pour dérouler et offrir une finale entre espagnols à ce public madrilène. C'était sans compter sur Kei Nishikori qui réalise le break au meilleur moment et achève son adversaire sur sa dixième balle de match au terme d'un dernier jeu irrespirable. Kei Nishikori qui vise un deuxième titre sur terre battue cette saison va devoir gravir l'ultime marche vers les sommets. Et celle-ci se nomme Rafael Nadal (N°1).







samedi 26 avril 2014

Camerone 2014 : "Des étrangers au service de la Liberté"…









Le 30 avril prochain, à Aubagne, pour la célébration du 151ème anniversaire de Camerone, c’est le lieutenant-colonel (er) Zlatko Sabljic qui portera la main du capitaine Danjou. Devant les légionnaires, les officiers, les anciens, les autorités et les invités dont, vraisemblablement, le prince Albert II de Monaco, dont la présence est espérée depuis plusieurs mois*.

Engagé en 1974, ce croate d'origine servit dans tous les grades et distinction de militaire du rang et de sous-officier - y compris celui de major - au 2è Régiment Étranger de Parachutistes (REP, Calvi). Participant en 1978 à l'opération Bonite à Kolwezi, l'une des très nombreuses missions extérieures accomplies par ce képi blanc qui termina sa carrière en 2012, comme adjoint au chef de la DSPLE (division statistique et protection de la Légion étrangère). Quelques semaines après avoir quitté le service actif, Zlatko Sabljic devint directeur de la Maison du légionnaire, fondée par le général Rollet en 1934. Il est officier de la Légion d'honneur.


C’est le lieutenant-colonel (er) Zlatko Sabljic qui portera la main du capitaine Danjou

Vous avez assisté à tellement de Camerone…mais le 30 avril, c’est vous qui porterez la main du capitaine Danjou !
Oui… quarante précisément dont trente huit en activité de service… et jamais, à aucun moment, je n’ai pensé y assister autrement qu’en spectateur.

Comment appréhendez-vous cette cérémonie ?
Comme le point d’orgue de ma carrière… Porter la main, symbole de la fidélité à la parole donnée et de l’accomplissement de la mission à tout prix, est bien évidemment l’honneur suprême que fait la Légion étrangère à l’un de ses serviteurs. Au-delà de ma fierté personnelle cette désignation fait, cette année plus particulièrement, honneur à tous ces étrangers venus servir volontairement la France et qui y ont trouvé la liberté, une patrie à aimer, une famille…Et c’est bien ce qui est absolument extraordinaire dans la Légion étrangère et qui me fascine encore, que cette aptitude à forger des serviteurs émérites, attachés à leur nouvelle patrie jusqu’au sacrifice de leur vie, à partir d’hommes aussi différents qui, pour certains, se haïraient, voire s’entretueraient s’ils n’étaient légionnaires ou anciens légionnaires.

Vous incarnez cette Légion : l’étranger au service de la France, la cohésion, l’intégration…
On peut effectivement penser que je suis un exemple d’intégration réussie. Jeune candidat à l’engagement j’étais étranger, non-francophone, dépourvu de bagages universitaire et technique. Je suis parti de presque rien, sans rien… Et cette intégration s’est faite tout naturellement avec le temps, avec l’acquisition de la langue française et grâce, en particulier, à ce style de commandement « à la française » en usage à la Légion étrangère. Je me sens un citoyen français à part entière : je pense en français, je vote, je suis heureux de payer mes impôts, j’ai une vie de famille en France, beaucoup d’amis. Ma vie et mes centres d’intérêt sont définitivement ici.

Képi blanc, vous terminez votre carrière lieutenant-colonel. À quoi rêvait le jeune croate ?
A quoi rêve un gamin de 18 ans, dont les parents ne possédaient pas même la carte du Parti dans un pays du bloc communiste ? Je me suis évadé de mon pays natal tout simplement pour vivre une vie « meilleure » que celle qui m’était promise.

Pourquoi avoir rejoint la Légion ?
J’avais tout d’abord une image très « romantique » de la France, qui m’avait été donnée par son histoire telle qu’elle était enseignée dans mon lycée. Ensuite, j’ai entendu parler de la Légion étrangère par des amis, anciens légionnaires, et ce que j’en ai entendu –sa réputation de meilleure troupe du monde entre autres- m’a convaincu. Le surlendemain de l’obtention de mon baccalauréat et moins de quarante huit heures après avoir franchi les frontières, je me présentais au Bas Fort Saint-Nicolas à Marseille. Le légionnaire Sablek venait de naître…

L’heure de la retraite a sonné il y a quelques mois. Pourquoi aujourd’hui diriger la Maison du légionnaire ?
Si j’avais pu continuer à servir, je serais encore en activité ! A cinquante sept ans, j’ai atteint la limité d’âge statutaire de mon grade. La Maison du légionnaire est un maillon important de la chaîne de solidarité. L’opportunité de continuer à servir l’Institution s’est ainsi présentée dans ce poste qui me permet de rendre à la Légion étrangère et aux légionnaires, un peu de tout ce que j’ai reçu…

* Présence du prince Albert II de Monaco annoncée par le site de la Fédération des sociétés d’anciens de la Légion étrangère (FSALE) et par celui du quotidien Var-Matin. Un détachement de la compagnie des carabiniers du Prince pourrait, également, être présent.


Source : http://www.chemin-de-memoire-parachutistes.org/t15073-camerone-2014

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Joyeuses fêtes de Camerone ! … 150 ans !

Ados, Français et djihadistes… Mais où est l'offre opposée ?… L'Appel de la Russie ?…

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Jean-Pax Méfret : Camerone

Garçon
Si par hasard sur ton livre d'histoire,
Tu tombes sur ce nom :

Camerone,

Garçon Regarde bien cette page d'histoire,
Et n'oublie pas ce nom :

Camerone

Le ciel de feu du Mexique
A jamais se souviendra
De ce combat héroïque
Dans les murs de l'Hacienda.

Dans ce décor gigantesque
La terre se désaltérait
Du sang qui courait, dantesque,
Sur la prairie qui brûlait.

A Camerone,

A Camerone

Garçon,
Sur le chemin qui conduit à la gloire,
Tu dois trouver ce nom :

Camerone.

Garçon
Si ton destin exige une victoire,
N'oublie jamais ce nom :
Camerone.

Pour l'honneur de la Légion :
Sachant qu'ils allaient mourir,
Jusqu'au bout de leur mission,
Fiers de tomber pour l'Empire

Ils étaient soixante-deux,
Face à deux mille cavaliers
Le soleil baissa les yeux
Lorsqu'ils furent exterminés.

A Camerone,
A Camerone

Ce nom qui sonne
Et qui résonne,
Ce nom qui tonne
Et qui t'étonne

Camerone, Camerone, Camerone.
Camerone, Camerone, Camerone.
Camerone, Camerone, Camerone.




Souvenous-nous d'Avril-1961 : Hommage au 1er RCP et au lieutenant Roger Degueldre…


"Le Soldat n’est pas un homme de violence. Il porte les armes et risque sa vie pour des fautes qui ne sont pas les siennes. Son mérite est d’aller sans faillir au bout de sa parole tout en sachant qu’il est voué à l’oubli…"
Antoine de Saint-Exupéry



Roger Degueldre, lieutenant au 1er Régiment Étranger de Parachutistes, créateur des commandos Delta en 1961, assassiné le 6 juillet 1962… au 6ème coup de grâce…



Manifestations organisées, soutenues ou encouragées par l'ADIMAD

Manuel Gomez : La grande muette grogne de plus en plus fort



vendredi 25 avril 2014

Entretien d'El Watan avec Raphaëlle Branche sur les "Prisonniers du FLN", ceux d'avant la piteuse capitulation de DeGaulle du 19 mars 1962



Prisonniers du FLN,  article de El Moudjahid, 1er février 1958

C’est une tranche d’histoire inédite que l’universitaire Raphaëlle Branche éclaire dans son livre Prisonniers du FLN, paru aux éditions Payot.

D’autant que le thème étudié fait le lien entre « intérêt historique » pour le chercheur et le lecteur, mais aussi la « valeur émotionnelle pour les vivants », comme l’écrit l’historienne en introduction. Ainsi, « ce livre fait le choix de nommer les prisonniers et de décrire avec le plus de précision possible ce que chacun a pu vivre entre les mains du Front de Libération Nationale. Il assume aussi un tombeau pour tous ceux qui ne sont pas revenus vivants ». Tout au long du livre, Raphaëlle Branche pose une série de questions sur cet aspect relativement obscur de la guerre de Libération nationale algérienne et notamment celle-ci : « Pourquoi faire des prisonniers quand on est une guérilla dont la survie dépend de la mobilité et de la rapidité d’exécution ? » La réponse, au fil des pages s’éclaircit : « Les prisonniers étaient des instruments utiles autour desquels des opérations médiatiques d’ampleur étaient menées. »

Il s’agit de donner une épaisseur de légitimité internationale au combat dont pendant plusieurs mois les autorités françaises disent qu’il s’agit seulement de rétablissement de l’ordre dans le pré-carré national français. C’est une guerre, répondent les soldats de l’ALN et les prisonniers sont des prisonniers de guerre. La plupart sont des militaires français. Peu sont des civils, et encore moins des Algériens. Pour ces derniers, le choix est assez limité. Il consiste au ralliement, ou à la mise à mort. La mort a aussi été le lot des personnes disparues à jamais dont aucune trace n’a pu permettre d’en savoir plus sur leur sort une fois l’indépendance acquise.


*     *     *





- La question des prisonniers du FLN a été occultée dès l’indépendance venue, autant du côté algérien que français. Pourquoi ? Est-ce un sujet qui gêne ?

Les raisons de cette disparition du sujet dans les mémoires dominantes sont diverses. Tout d’abord, la question n’a pas été visible tout au long de la guerre, elle l’a été plutôt par à-coups, lorsque certains étaient libérés ou exécutés. Pour ce qui concerne les prisonniers civils, leur sort a été largement occulté par l’importance de la question des disparitions après le cessez-le-feu.

- Que disent les archives de ces faits ? Avez-vous pu travailler en Algérie ?

Les historiens avaient peu conscience de l’importance de cette question. Or, au-delà des cas médiatisés, il y a eu plus de mille prisonniers faits par l’ALN et sans doute largement plus. Les archives permettent de les identifier nominativement pour ce qui concerne les Français et de comprendre les logiques qui ont présidé à leur capture. Pourtant, beaucoup de choses ne se trouvent pas dans les archives. Tout d’abord, des éléments chiffrés précis sur les prisonniers algériens : beaucoup d’Algériens qui servaient dans l’armée française ont été faits prisonniers, mais combien se sont, en fait, ralliés ? Il est impossible de l’établir. Encore plus obscur est le sort des civils algériens capturés.

Ensuite, les archives disent trop peu sur les conditions concrètes de détention. Au-delà des prisonniers, c’est bien sûr la réalité quotidienne de la vie dans les maquis dont il est question. Or, sur ce point, seule l’enquête orale permet de répondre aux multiples questions que l’on peut se poser. À défaut d’avoir pu me rendre en Algérie comme je l’aurais aimé pour ce livre — des problèmes de visa m’en ayant à plusieurs reprises empêchée —, j’ai mené une enquête orale en France auprès d’Algériens ayant connu le maquis et de prisonniers français.

- Un aspect mérite qu’on y revienne, celui du rôle autant d’acteur que d’institution utilisé par le FLN-ALN, à savoir la Croix-Rouge internationale. Quel a été son impact sur la survie ou le sauvetage des prisonniers ? En 1957, l’Algérie combattante a créé du reste sa propre instance : le Croissant-Rouge algérien. Cela va-t-il changer quelque chose au sort des prisonniers ?

La guerre d’indépendance algérienne est la première mise à l’épreuve de la bonne volonté française de respecter les nouvelles conventions de Genève de 1949 dont la France est signataire et qu’elle a ratifiées. Le Comité international de la Croix-Rouge veille à l’application de ces conventions et tente, pendant la guerre, d’obtenir des informations sur les prisonniers, que ce soit dans les camps et prisons français ou entre les mains du FLN. Son rôle est important car il maintient la pression sur le gouvernement français comme sur ses interlocuteurs algériens sur le sujet mais son efficacité est faible, et encore plus faible pour les prisonniers aux mains du FLN auxquels il n’a, sauf exception, aucun accès.

À partir de 1957, le CRA est créé pour être l’interlocuteur du CICR. Le CRA participe à des opérations diplomatiques menées par le FLN pour se voir reconnaître, par de multiples moyens, une stature internationale — quand la France continue à parler de hors-la-loi ne représentant personne. Concrètement, le CRA n’aura pas d’efficacité sur le sort des prisonniers, ou très marginalement. Sa raison d’être était ailleurs. C’est d’ailleurs dans la continuité de ces opérations diplomatiques qu’en 1960 le GPRA demande son adhésion aux conventions de Genève. Là encore, cela ne change rien au sort des prisonniers sur le terrain.

- L’une des particularités des prisonniers du FLN est que quel que soit leur statut (civil, militaire, algérien ou français), il n’y eut jamais de demande de rançon. La monnaie d’échange qu’ils constituaient valait-elle seulement comme arme politique pour faire connaître le conflit, ou les échanger contre les combattants algériens ?

Effectivement, à la différence des situations contemporaines où des guérillas font des prisonniers, le combat du FLN n’est pas entaché de pratiques crapuleuses visant à utiliser les prisonniers comme monnaie d’échange pour obtenir de l’argent. En revanche, les prisonniers peuvent être utilisés de la même manière que les otages aujourd’hui, c’est-à-dire en médiatisant leur sort afin de faire pression sur l’opinion publique. Comme les otages, il suffit de peu de personnes capturées pour que le message politique soit diffusé et que la guérilla soit prise au sérieux, au moins ponctuellement. On peut en revanche s’étonner que les prisonniers n’aient pas été utilisés pour négocier des échanges avec des prisonniers algériens.

Cette pratique n’est avérée au plus haut niveau qu’à la fin de la guerre pour le cas du colonel Bencherif. J’en ai aussi trouvé des exemples locaux où telle ou telle personne est enlevée avec l’idée de peser sur les autorités françaises qui viennent d’arrêter tel ou tel Algérien. Mais les cas sont très rares. Le sort des prisonniers aux mains du FLN est pourtant mis en balance avec celui des prisonniers aux mains des Français mais pas pour des échanges : il s’agit de peser sur les exécutions de condamnés à mort et de menacer la France que toute exécution de condamnés à mort sera suivie de l’exécution de prisonniers. Le FLN et le GPRA ont utilisé à plusieurs reprises cette menace et affirment être passés à l’acte. Aucun corps n’a été retrouvé pour le prouver, mais il est évident que le sort des condamnés à mort préoccupait beaucoup les instances indépendantistes comme les combattants des maquis.

- Dans le déroulement des faits, on remarque, à vous lire, le lent éloignement de la décision entre les moudjahidine de l’intérieur, qui se battent et notamment font des prisonniers, et les prises de décision de la direction politique, parfois à l’extérieur de l’Algérie et dont les ordres ne sont pas toujours suivis d’effet. Dans les archives, ressent-on ce cafouillage ?

Il ne s’agit pas tant d’un cafouillage que d’un problème de communication et de hiérarchie. Dans les années centrales de la guerre, à partir du départ à l’extérieur du CCE et de la construction des barrages aux frontières, il est quasiment impossible à l’extérieur d’imposer quelque chose à l’intérieur sur la question des prisonniers. Typiquement ici, les enjeux de grande politique doivent céder devant les nécessités militaires ou politiques, mais locales. Cela se marque sur la décision même de faire des prisonniers (ce que le FLN a souhaité très tôt) comme sur leur survie, leur exécution ou leur libération.

- Aujourd’hui, cinquante-deux ans après la fin du conflit, sait-on combien de prisonniers ont été retenus, combien sont morts, combien ont été échangés ? Les services de renseignements français n’ont-ils pas été dépassés par les événements ? Y-a-t-il encore des familles en recherche des leurs ?

J’ai tenté une approche chiffrée de la question et établi un chiffre qui me paraît fiable pour les militaires français (environ 400) et les civils français (environ 500). Leur taux de mortalité se situe autour de 58% dans un cas, 70% dans l’autre. Les chiffres sont beaucoup plus douteux pour les militaires algériens (plusieurs centaines ont disparu mais combien furent prisonniers ?) et quasiment impossible à établir pour les civils algériens (très rarement faits prisonniers de toute façon). De très nombreux corps n’ont pas été retrouvés et de très nombreuses familles ont dû se contenter d’un avis de décès établi après la guerre, se contentant d’attester l’ignorance totale de la situation par les administrations française comme algérienne. Cette question des disparus rejoint ici le cas des probablement dizaines de milliers de personnes disparues dans les mains françaises ou lors des opérations militaires pendant la guerre.

- Qu’est-ce que vous a appris votre travail ?

L’immense douleur de la disparition, mais aussi la souffrance des prisonniers qui ne se sont pas sentis reconnus par l’État français et par leur société alors qu’ils avaient eu à affronter des situations de capture particulièrement difficiles. Beaucoup n’ont d’ailleurs pas souhaité évoquer cette période de leur vie, mais ceux qui l’ont fait ne sont pas marqués par des sentiments agressifs vis-à-vis des maquisards algériens. S’ils ont de l’amertume, elle tient davantage à la guerre qu’ils ont été faire en Algérie et à l’insuffisante reconnaissance qu’ils estiment avoir eu en retour. J’ai aussi pu mieux approcher les réalités du maquis algérien sur lesquelles j’aimerais tant pouvoir recueillir de nombreux témoignages.

- Le livre sera-t-il publié en Algérie ?

Je le souhaite, mais pour l’instant je ne crois pas que cela soit envisagé.

Raphaëlle Branche : Prisonniers du FLN, essai, 284 pages, éditions Payot, décembre 2013, Paris

Walid Mebarek

Source : El Watan : «Il y a eu plus de mille français emprisonnées par l’ALN »

Publications du CHS – Centre d'histoire sociale : Prisonniers du FLN - Raphaëlle Branche

Témoignage d'un soldat métropolitain enlevé par le FLN en juillet 1962





jeudi 24 avril 2014

Madagascar et les îles Éparses… profiter de la "mollesse du Loukoum"…


Derrière ce pseudo déniché sur Madagascar-Tribune.com chacun aura bien sûr reconnu un nouveau et bien joli avatar à Flanby…

"Un démembrement du territoire national malgache
au mépris du principe de l’intangibilité des frontières coloniales"



Éditorial de Madagascar Tribune


Monsieur le Président de la République,

Les îles Éparses constituées par l’archipel des Glorieuses, les îles Juan de Nova, Europa, Bassa da India et Tromelin n’ont pas été restituées en 1960 par la France, à cause de l’entrée en vigueur d’un décret français le 1er avril 1960, sachant que notre indépendance (ou notre retour à l’indépendance) datait du 26 juin 1960. Selon M. André Oraison, professeur de droit public à l’université de la Réunion, en 2010, « en réalisant le démembrement du territoire national malgache sans consultation préalable du peuple de Madagascar ou de ses représentants élus et au mépris du principe de l’intangibilité des frontières coloniales, le décret du 1er avril 1960 déroge aux principes généraux de la succession d’États. On peut de surcroît mettre en doute la thèse française selon laquelle Madagascar aurait acquiescé au démembrement de son territoire. Cette amputation lui a plutôt été imposée par la Puissance administrante à la veille de sa résurrection en tant qu’État souverain, le 26 juin 1960. » En 1973, la remise en cause à bon escient de cette annexion indue par le président de l’époque, M. Didier Ratsiraka, a donné jour à une succession de démarches juridiques internationales pour faire reconnaître le droit de Madagascar sur ces îles. Ces dernières n’ont pas vraiment encore abouti, peut-être à cause de l’attitude (dira-t-on molle ?) des dirigeants successifs sur ces îles, et pour diverses raisons.

Car il s’avère probable comme nous le savons, que ces îles Éparses regorgent de richesses dont le gaz et le pétrole.
La France a déjà entre autres octroyé des permis exclusifs d’explorations offshore en 2008 à Juan de Nova.

Monsieur le Président de la République, nous sommes bien en présence d’un différend qui touche notre souveraineté nationale : sujet extrêmement sensible s’il en est.
Vous aviez déclaré quelques jours à peine avant la fin de la propagande du premier tour (23 octobre 2013) : « Je promets de me battre pour la restitution de nos îles… Cela fait dix ans que Madagascar se bat pour avoir ces îles. Elles contiennent beaucoup de richesses, d’où la difficulté de les récupérer ».
Dans une conférence que vous donniez à la presse présente à Washington DC mercredi 19 mars dernier, vous proposez une co-gestion des îles avec la France : il ne s’agit plus de revendiquer mais plutôt de négocier avec la France la gestion conjointe de ces îles, et notamment l’île Juan de Nova, située à 150 km des côtes malgaches.

Monsieur le Président, pour cette question sensible de souveraineté nationale, les citoyens ont plus que jamais le droit de savoir et d’être informés de la manière la plus transparente possible.
Permettez moi de poser quelques questions de la manière la plus simple possible (non exhaustives sur le sujet ) :

- Pourquoi avoir changé d’avis en 5 mois, au-delà du fait que vous comptiez séduire l’électorat avant l’élection présidentielle ?

- Avez-vous consulté les spécialistes malgaches sur ces questions territoriales (juristes éminents, techniciens sur les questions territoriales maritimes…) au-delà de votre cercle de conseillers nationaux et étrangers : des experts malgaches qui peuvent apporter un avis indépendant, objectif, de sorte qu’un président de la République ne commettrait pas d’impair devant la population et l’histoire de son pays en prenant décision ?

- Quelles seraient les caractéristiques exactes de cette co-gestion avec la France ?

- Quelles sont les raisons qui font que la société Exxon Mobil vous approche aussi rapidement aujourd’hui ?

Monsieur le Président,
Dans une démocratie directe, cette question de portée nationale aurait fait l’objet d’un référendum. Il ne s’agit pas de vous conseiller d’en entreprendre un, mais de vous (re)-souligner l’importance extrême qu’un dirigeant a de consulter, de travailler en concertation avant de prendre une décision qui met en cause la souveraineté nationale et qui de fait doit être mûrement réfléchie. Nous remarquons que vous décidez cette cogestion deux mois à peine après votre investiture, et avant la formation de votre gouvernement. N’est-ce pas hâtif ?

Je me permettrai dans l’humilité de vous rappeler que toute décision touchant le territoire national vous rend redevable devant les générations futures, en plus du fait que vous êtes déjà redevable avec l’actuelle. Si cette cogestion suppose le partage des richesses d’un pays avec un autre, aimeriez-vous être dépeint dans l’Histoire comme le Président qui a vite entrepris un compromis avec un autre pays pour pouvoir jouir des richesses nationales de son pays ? Soulignons qu’il ne s’agit pas de rejeter la France qui est un partenaire historique privilégié de Madagascar. Il s’agit de faire valoir notre souveraineté, à l’intérieur ou sur la base de laquelle Madagascar solliciterait des services à la France, comme à un autre pays respectueux de cette souveraineté.

Il se dit que vous n’auriez pas eu le choix compte tenu des paramètres en place, dont la gestion passée de l’équipe de transition (cette transition désastreuse à laquelle vous avez participé) qui aurait pris des engagements à l’insu de la nation (pour changer !). Si cela était, il vous appartient de nous dire de manière transparente en quoi vous vous retrouvez sous pression et pourquoi vous êtes forcé de prendre cette décision de cogestion aussi rapidement . Nous pouvons faire de l’empathie si cela était justifié.

Mais de grâce Monsieur le Président, ayez de l’empathie pour les citoyens de ce pays que vous dirigez pour cinq ans et qui ont besoin d’être informés et non pas mis devant le fait accompli, sans autre forme d’explication satisfaisante. Cela est d’un autre temps et constitue un schéma révolu, considérant notre soif de plus en plus élevée de bonne gouvernance et de participation citoyenne. Au passage, nous vous suggérons, le plus humblement encore, d’améliorer votre système de communication rapidement, car la manière de rendre compte dans les médias dont vous faites état, avec votre équipe, est plutôt étonnante et peu satisfaisante : nous voulons pour preuve par exemple le manque de clarté et de transparence sur l’existence et l’utilisation future des 350 voitures 4x4 de marque asiatique. L’argument du « win-win » non étayé et non détaillé devrait-il suffire pour apaiser la soif de transparence sur ce sujet, obscur à ce jour ?

Monsieur le Président,
Dans cette ère nouvelle qui semble s’ouvrir pour Madagascar après ces cinq ans catastrophiques pour la majorité de la population, nous comptons sur un président qui sache pratiquer la vraie concertation devant les enjeux de portée nationale et adopter de nouvelles pratiques axées sur la redevabilité. Est-ce que ce souhait vous semble accessible dans votre perception de votre rôle de président actuel ?

Bien respectueusement,

Faraniaina Ramarosaona
23 mars 2014


Sujet sensible à Madagascar. Très nombreux commentaires à découvrir sur le site : Madagascar-Tribune.com

Madagascar: le contentieux territorial des îles Éparses

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Rapport d'information n° 299 (2009-2010) de M. Christian COINTAT, fait au nom de la commission des lois, déposé le 17 février 2010
Disponible au format Acrobat (16 Moctets)
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Les îles Éparses :
le sujet qui empoisonne les relations entre la France et Madagascar

  • Par Erwann Ponnet
  • Publié le 28/04/2014 par Réunion 1ère
La souveraineté française sur les îles Eparses de plus en plus contestée à Madagascar alors qu'à Paris le CNRS se penche sur l'avenir de cet " Eldorado des mers du Sud ".

Les îles Glorieuses qui font partie des îles Eparses...(photo prise le 3 août 2003) © NASA
© NASA Les îles Glorieuses qui font partie des îles Éparses...(photo prise le 3 août 2003)

Harimanana Raniriharinosy, maître de conférences en droit international à l’Uni­versité d’Antananarivo, est pour le moins direct dans ses déclarations. Le Jeudi 24 avril, au cours d'une conférence-débat consacrée aux Îles Eparses, cet expert en relations internationales a indiqué, selon l'Express de Madagascar, que la France " a volé ces îles au trésor naturel de Madagascar".

La souveraineté sur les Îles Eparses empoisonne les relations franco-malgaches depuis l'indépendance de la Grande Île proclamée le 26 juin 1960. Le sujet a particulièrement alimenté la campagne électorale lors des dernières élections présidentielles malgaches. Depuis, l'opinion publique se saisit régulièrement de la question.

Comme une réponse à la conférence-débat au ministère des Affaires étrangères (MAE) à Antananarivo, coté français, on organise, au CNRS à Paris, ce lundi 28 et demain, mardi 29 avril, un colloque sur l'avenir de ces îles dont la gestion est confiée depuis 2005 à l'administrateur des Terres australes et antarctiques françaises (Taaf).



Aperçu des îles Éparses, le 5ème district des TAAF by TAAF

Au début du mois d'avril, cinq navires de pêche malgaches ont été arraisonnés par la Marine nationale en pleine action de pêche illégale au large de Juan de Nova. Au nom de la protection d'un éco-système vierge, certains dénoncent l'attitude de la France qui veillerait ainsi sur un véritable trésor. Selon le site Survie, qui dénonce la Françafrique, le canal du Mozambique présente un véritable enjeu stratégique pour la France. La quantité d'hydrocarbures potentiellement exploitable entre Madagascar et l'Afrique, du sud du Kenya au Mozambique, est énorme au point que le canal du Mozambique est surnommé " l'Eldorado des mer du sud ".

Dans une note, du 28 février 2014, intitulée " 
Afrique de l'Est et canal du Mozambique : une nouvelle province gazière et pétrolière ", l'Ambassade de France au Kenya souligne que 4 des 5 découvertes majeures ont été faite au Mozambique, surnommé " le petit Qatar ". 
 






mercredi 23 avril 2014

Lettre de Mgr Bernard Fellay à propos de prochaines canonisations…


"La sainteté n’est pas la perfection. Saint Louis a fait des erreurs et ses actes de gouvernement ne sont pas infaillibles. Ce ne sont pas les décisions d’un homme qui sont canonisées, mais la personne elle-même."


Lettre de Mgr Bernard Fellay
aux
Amis et Bienfaiteurs de la FSSPX
n° 82 d'avril 2014

22-04-2014  
LAB_82 
Chers Amis et bienfaiteurs,
Si elle a lieu le 27 avril prochain, la canonisation de Jean XXIII et de Jean-Paul II posera à la conscience des catholiques un double problème. Problème d’abord de la canonisation en tant que telle : comment serait-il possible de donner à toute l’Église en exemple de sainteté, d’une part, l’initiateur du concile Vatican II et, d’autre part, le pape d’Assise et des droits de l’homme ? Mais aussi, et plus profondément, problème de ce qui apparaîtra comme une reconnaissance d’authenticité catholique sans précédent : comment serait-il possible de garantir du sceau de la sainteté les enseignements d’un tel Concile, qui ont inspiré toute la démarche de Karol Wojtyla et dont les fruits néfastes sont l’indice non équivoque de l’autodestruction de l’Église ? Ce deuxième problème donne de lui-même sa solution : les erreurs contenues dans les documents du concile Vatican II et dans les réformes qui ont suivi, spécialement la réforme liturgique, ne sauraient être l’œuvre du Saint-Esprit, qui est à la fois Esprit de vérité et Esprit de sainteté. Voilà pourquoi il nous apparaît nécessaire de rappeler quelles sont ces principales erreurs et quelles sont les raisons fondamentales pour lesquelles nous ne pouvons pas souscrire aux nouveautés du Concile et des réformes qui en sont issues, de même qu’à ces canonisations qui voudraient en fait “canoniser” Vatican II.
C’est la raison pour laquelle nous voudrions, tout en protestant avec force contre ces canonisations, dénoncer l’entreprise qui dénature l’Eglise depuis le concile Vatican II. En voici les principaux éléments.

I – Le concile
« Alors que le Concile se préparait à être une nuée lumineuse dans le monde d’aujourd’hui si l’on avait utilisé les textes préconciliaires dans lesquels on trouvait une profession solennelle de doctrine sûre au regard des problèmes modernes, on peut et on doit malheureusement affirmer que, d’une manière à peu près générale, lorsque le Concile a innové, il a ébranlé la certitude de vérités enseignées par le Magistère authentique de l’Église comme appartenant définitivement au trésor de la Tradition. […] Sur ces points fondamentaux, la doctrine traditionnelle était claire et enseignée unanimement dans les universités catholiques. Or, de nombreux textes du Concile sur ces vérités permettent désormais d’en douter. […] Il faut donc, acculé par les faits, conclure que le Concile a favorisé d’une manière inconcevable la diffusion des erreurs libérales » [1].

II – Une conception œcuménique de l’Eglise.
L’expression du « subsistit in » (Lumen gentium, 8) veut dire qu’il y aurait une présence et une action de l’Église du Christ dans les communautés chrétiennes séparées, distinctes d’une subsistance de l’Église du Christ dans l’Église catholique. Prise en ce sens, elle nie l’identité stricte entre l’Église du Christ et l’Église catholique, toujours enseignée jusqu’ici, notamment par Pie XII, à deux reprises, dans Mystici corporis [2] et dans Humani generis [3]. L’Église du Christ est présente et agissante comme telle, c’est-à-dire comme l’unique arche de salut, seulement là où est le vicaire du Christ. Le Corps mystique dont celui-ci est le chef visible est strictement identique à l’Église catholique romaine.
La même déclaration (LG 8) reconnaît aussi la présence « d’éléments salvifiques » dans les communautés chrétiennes non-catholiques. Le décret sur l’œcuménisme renchérit en affirmant que « le Saint Esprit ne refuse pas de se servir de ces Eglises et communautés comme moyens de salut, dont la force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Eglise catholique » (UR 3).
De telles affirmations ne sont pas conciliables avec le dogme « Hors de l’Eglise point de salut », réaffirmé par la Lettre du Saint Office du 8 août 1949. Une communauté séparée ne saurait se prêter à l’action de Dieu, puisque sa séparation est une résistance au Saint Esprit. Les vérités et les sacrements qui y sont éventuellement conservés ne peuvent produire un effet salutaire qu’en opposition aux principes erronés qui fondent l’existence de ces communautés et entraînent leur séparation d’avec le Corps mystique de l’Église catholique, dont le chef visible est le vicaire du Christ.
La déclaration Nostra aetate affirme que les religions non chrétiennes « apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes », bien que ceux-ci doivent trouver dans le Christ « la plénitude de la vie religieuse » et « considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines » (NA, 2). Une pareille affirmation tombe sous le même reproche que la précédente. Tels que dans l’hérésie ou le schisme, les sacrements, les vérités partielles de foi et l’Écriture sont dans un état de séparation d’avec le Corps mystique. C’est la raison pour laquelle la secte qui les utilise ne peut réaliser, en tant que telle, car privée de la grâce surnaturelle, la médiation ecclésiale ni contribuer au salut. On doit en dire autant des manières de penser, de vivre et d’agir, telles qu’elles sont dans les religions non chrétiennes.
Ces textes du concile favorisent déjà la conception latitudinariste  de l’Église, condamnée par Pie XI dans Mortalium animos ainsi que l’indifférentisme religieux également condamné par tous les papes, de Pie IX à Pie XII [4]. Toutes les initiatives inspirées par le dialogue œcuménique et interreligieux, dont la réunion d’Assise de 1986 demeure l’exemple le plus visible, ne sont que la mise en pratique, « l’illustration visible, la leçon de choses et la catéchèse intelligible à tous » (Jean-Paul II) de ces enseignements conciliaires. Mais elles expriment aussi l’indifférentisme dénoncé par Pie XI, lorsqu’il réprouve l’espoir « qu’il serait possible d’amener sans difficulté les peuples, malgré leurs divergences religieuses, à une entente fraternelle sur la profession de certaines doctrines considérées comme un fondement commun de vie spirituelle. […] Se solidariser des partisans et des propagateurs de pareilles doctrines, c’est s’éloigner complètement de la religion divinement révélée » [5].

III – Une conception collégialiste et démocratique de l’Eglise.
1. Après avoir ébranlé l’unité de l’Église dans sa foi, les textes du concile l’ont aussi ébranlée dans son gouvernement et sa structure hiérarchique. L’expression du « subjectum quoque » (LG 22) veut dire que le collège des évêques uni au pape comme à son chef est lui aussi, en plus du pape seul, le sujet habituel et permanent du pouvoir suprême et universel de juridiction dans l’Eglise. C’est la porte ouverte à une diminution du pouvoir du Souverain Pontife, voire à sa remise en cause, au risque de mettre en péril l’unité de l’Eglise.
Cette idée d’un double sujet permanent du primat est en effet contraire à l’enseignement et à la pratique du magistère de l’Église, spécialement à la constitution Pastor aeternus du concile Vatican I (DS 3055) et à l’encyclique Satis cognitum de Léon XIII. Car seul le pape possède de manière habituelle et constante le pouvoir suprême, qu’il communique seulement dans des circonstances extraordinaires aux conciles, selon qu’il le juge opportun.
2. L’expression du « sacerdoce commun » propre aux baptisés, distingué du « sacerdoce ministériel » (LG 10) ne précise pas que seul le second doit s’entendre au sens vrai et propre du terme, tandis que le premier s’entend seulement au sens mystique et spirituel.
Cette distinction était affirmée clairement par Pie XII dans son Discours du 2 novembre 1954. Elle est absente des textes du Concile et ouvre la porte à une orientation démocratique de l’Église, condamnée par Pie VI dans la Bulle Auctorem fidei (DS 2602). Cette tendance à faire participer le peuple à l’exercice du pouvoir se retrouve dans la multiplication des organismes de toutes sortes, en conformité avec le nouveau droit canon (canon 129 § 2). Elle perd de vue la distinction entre clercs et laïcs, pourtant de droit divin.

IV – Des faux droits naturels de l’homme.
La déclaration Dignitatis humanae affirme l’existence d’un faux droit naturel de l’homme en matière religieuse. Jusqu’ici, la Tradition de l’Église était unanime à reconnaître aux non-catholiques le droit naturel de ne pas être contraints par les pouvoirs civils dans leur adhésion (d’intention au for interne et d’exercice au for externe) à l’unique vraie religion et légitimait, tout au plus dans certaines circonstances, une certaine tolérance dans l’exercice des fausses religions, au for externe public. Vatican II reconnaît de plus à tout homme le droit naturel de ne pas être empêché par les pouvoirs civils d’exercer au for externe public une religion fausse et prétend reconnaître comme un droit civil ce droit naturel d’exemption de toute contrainte de la part des autorités sociales. Les seules limites juridiques à ce droit seraient celles de l’ordre purement civil et profane de la société. Le Concile fait ainsi aux gouvernements civils une obligation de ne plus faire de discrimination pour des motifs religieux et d’établir l’égalité juridique entre la vraie religion et les fausses.
Cette nouvelle doctrine sociale est en opposition avec les enseignements de Grégoire XVI dans Mirari vos et de Pie IX dans Quanta cura. Elle se fonde sur une fausse conception de la dignité humaine, purement ontologique et non point morale. En conséquence, la constitution Gaudium et spes enseigne le principe de l’autonomie du temporel (GS 36), c’est-à-dire la négation de la royauté sociale du Christ pourtant enseignée par Pie XI dans Quas primas, et finalement ouvre la porte à l’indépendance de la société temporelle par rapport aux commandements de Dieu.

V – La protestantisation de la messe.
Le nouveau rite de la messe, « s’éloigne de manière impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail »[6] de la définition catholique de la Messe, telle qu’elle résulte des enseignements du concile de Trente. Par ses omissions et ses équivoques, le nouveau rite de Paul VI atténue l’identification de la messe au sacrifice de la croix, au point que la messe y apparaît beaucoup moins comme ce sacrifice que comme son simple mémorial. Ce rite réformé occulte aussi le rôle du prêtre au profit de l’action de la communauté des fidèles. Il diminue gravement l’expression du but propitiatoire du sacrifice de la messe, c’est-à-dire l’expiation et la réparation du péché.
Ces défaillances interdisent de regarder ce nouveau rite comme légitime. Dans l’interrogatoire des 11-12 janvier 1979, à la question posée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi : « Soutenez-vous qu’un fidèle catholique peut penser et affirmer qu’un rite sacramentel, en particulier celui de la messe approuvé et promulgué par le Souverain Pontife puisse être non conforme à la foi catholique ou favens haeresim ? », Mgr Lefebvre a répondu : « Ce rite en lui-même ne professe pas la foi catholique d’une manière aussi claire que l’ancien Ordo missae et par suite il peut favoriser l’hérésie. Mais je ne sais pas à qui l’attribuer ni si le pape en est responsable. Ce qui est stupéfiant c’est qu’un Ordo missae de saveur protestante et donc favens haeresim ait pu être diffusé par la curie romaine »[7]. Ces défaillances graves nous interdisent de regarder ce nouveau rite comme légitime, d’en accomplir la célébration et de conseiller d’y assister ou d’y participer positivement.

VI – Le nouveau Code, expression des nouveautés conciliaires.
Selon les dires mêmes de Jean-Paul II, le nouveau Code de droit canon de 1983 représente « un grand effort pour traduire en langage canonique » [8] les enseignements du concile Vatican II, y compris – et surtout – sur les points gravement fautifs signalés jusqu’ici. « Parmi les éléments qui caractérisent l’image réelle et authentique de l’Église », explique encore Jean-Paul II, « il nous faut mettre en relief surtout les suivants : la doctrine selon laquelle l’Église se présente comme le Peuple de Dieu et l’autorité hiérarchique comme service ; la doctrine qui montre l’Eglise comme une communion et qui, par conséquent, indique quelles sortes de relations doivent exister entre les Églises particulières et l’Église universelle et entre la collégialité et la primauté ; la doctrine selon laquelle tous les membres du Peuple de Dieu, chacun selon sa modalité, participent à la triple fonction du Christ : les fonctions sacerdotale, prophétique et royale. À cette doctrine se rattache celle concernant les devoirs et les droits des fidèles et en particulier des laïcs ; et enfin l’engagement de l’Église dans l’œcuménisme ».
Ce nouveau droit accentue la fausse dimension œcuméniste de l’Église, en permettant de recevoir les sacrements de pénitence, d’eucharistie et d’extrême-onction de ministres non catholiques (canon 844) et favorise l’hospitalité œcuménique en autorisant les ministres catholiques à donner le sacrement de l’eucharistie à des non catholiques. Le canon 336 reprend et accentue l’idée d’un double sujet permanent du primat. Les canons 204 § 1, 208, 212 § 3, 216 et 225 accentuent l’équivoque du sacerdoce commun et l’idée corrélative du Peuple de Dieu. Enfin, se profile aussi dans ce nouveau Code une définition fautive du mariage, où n’apparaît plus l’objet précis du contrat matrimonial ni la hiérarchie entre ses fins. Loin de favoriser la famille catholique, ces nouveautés ouvrent une brèche dans la morale matrimoniale.

VII – Une nouvelle conception du magistère
1. La constitution Dei Verbum affirme en manquant de précision que « l’Église, tandis que les siècles s’écoulent, tend constamment vers la plénitude de la divine vérité, jusqu’à ce que soient accomplies en elle les paroles de Dieu » (DV 8). Cette imprécision ouvre la porte à l’erreur de la Tradition vivante et évolutive, condamnée par saint Pie X dans l’Encyclique Pascendi et le Serment antimoderniste. Car l’Église ne saurait « tendre vers la plénitude de la vérité divine » que parce qu’elle en donne une expression plus précise, non au sens où les dogmes proposés par l’Eglise verraient se donner « un sens différent de celui que l’Église a compris et comprend encore » (Dei Filius, DS 3043).
2. Le Discours de Benoît XVI du 22 décembre 2005 essaye de justifier cette conception évolutive d’une Tradition vivante et de disculper par le fait même le Concile d’une quelconque rupture dans la Tradition de l’Eglise. Vatican II a voulu « redéfinir la relation de la foi de l’Eglise vis-à-vis de certains éléments essentiels de cette pensée » et pour ce faire ses enseignements ont « revisité ou également corrigé certaines décisions historiques. Mais, dans cette apparente discontinuité, le Concile a maintenu et approfondi sa nature [de l’Eglise] intime et sa véritable identité », celle « de l’unique sujet-Eglise, que le Seigneur nous a donné ; c’est un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l’unique sujet du Peuple de Dieu en marche ». Cette explication suppose que l’unité de la foi de l’Eglise repose non plus sur un objet (car il y a discontinuité, au moins sur les points signalés jusqu’ici, entre Vatican II et la Tradition) mais sur un sujet, au sens où l’acte de foi se définit beaucoup plus en fonction des personnes croyantes qu’en fonction des vérités crues. Cet acte devient principalement l’expression d’une conscience collective, et non plus l’adhésion ferme de l’intelligence au dépôt des vérités révélées par Dieu.
Pie XII enseigne pourtant dans Humani generis que le magistère est la « règle prochaine et universelle de vérité en matière de foi et de mœurs », vérité objective du dépôt de la foi, consigné comme dans ses sources dans les saintes Ecritures et la Tradition divine. Et la constitution Dei Filius du concile Vatican I enseigne aussi que ce dépôt n’est pas « une invention philosophique que l’on pourrait compléter par le génie de l’homme », mais qu’il a été « confié à l’Epouse du Christ pour qu’elle le garde saintement et le déclare infailliblement » (DS 3020).
3. Manifestement, le discours d’ouverture du pape Jean XXIII (11 octobre 1962) et son allocution adressée au Sacré-Collège le 23 décembre 1962, assignent au concile Vatican II une intention très particulière, de type soi disant « pastoral », en vertu de laquelle le magistère serait censé « exprimer la foi de l’Église suivant les modes de recherche et de formulation littéraire de la pensée moderne ». L’encyclique Ecclesiam suam du pape Paul VI (6 août 1964) précise encore cette idée en disant que le magistère de Vatican II vise « à insérer le message chrétien dans la circulation de pensée, d’expression, de culture, d’usages, de tendances de l’humanité telle qu’elle vit et s’agite aujourd’hui sur la face de la terre » (n° 70) ; en particulier, l’annonce de la vérité « ne se présentera pas armée de coercition extérieure, mais par les seules voies légitimes de l’éducation humaine, de la persuasion intérieure, de la conversation ordinaire, elle offrira son don de salut, toujours dans le respect de la liberté personnelle des hommes civilisés » (n° 77). La Constitution pastorale Gaudium et spes affirme que « le Concile se propose avant tout de juger à cette lumière les valeurs les plus prisées par nos contemporains et de les relier à leur source divine. Car ces valeurs, dans la mesure où elles procèdent du génie humain, qui est un don de Dieu, sont fort bonnes ; mais il n’est pas rare que la corruption du cœur humain les détourne de l’ordre requis : c’est pourquoi elles ont besoin d’être purifiées » (GS 11). De ces valeurs du monde procèdent les trois grandes nouveautés introduites par Vatican II : la liberté religieuse, la collégialité et l’œcuménisme.
4. Nous nous appuyons alors sur cette règle prochaine et universelle de la vérité révélée qu’est le magistère de toujours pour contester des doctrines nouvelles qui lui sont contraires. C’est bien là en effet le critère donné par saint Vincent de Lérins : « Le critère de la vérité, et d’ailleurs de l’infaillibilité du pape et de l’Eglise, c’est sa conformité à la Tradition et au dépôt de la foi. Quod ubique, quod semper. Ce qui est enseigné partout et toujours, dans l’espace et dans le temps » [9]. Or, la doctrine de Vatican II sur l’œcuménisme, la collégialité et la liberté religieuse est une doctrine nouvelle, contraire à la Tradition et au droit public de l’Église, lui-même basé sur des principes divinement révélés et comme tels immuables. Nous en concluons que ce Concile, ayant voulu proposer ces nouveautés, est privé de valeur magistérielle contraignante, dans la mesure même où il les propose. Son autorité est déjà douteuse en raison de l’intention nouvelle, soi-disant « pastorale », signalée au paragraphe précédent. Elle apparaît de plus certainement nulle, quant aux quelques points où il se met en contradiction avec la Tradition (cf. ci-dessus, I à VII,1).

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Fidèles à l’enseignement constant de l’Église, avec notre vénéré fondateur, Mgr Marcel Lefebvre, et à sa suite, nous n’avons cessé jusqu’ici de dénoncer le Concile et ses textes majeurs comme l’une des causes principales de la crise qui ébranle l’Eglise de fond en comble, la pénétrant jusqu’à ses « entrailles mêmes » et à ses « veines » selon la vigoureuse formule de saint Pie X. D’ailleurs, plus nous y travaillons et plus nous voyons se confirmer les analyses déjà exposées avec une extraordinaire clarté par Mgr Lefebvre le 9 septembre 1965 dans l’aula conciliaire. Qu’il nous soit permis de reprendre ses propres paroles à propos de la Constitution conciliaire sur « l’Église dans le monde d’aujourd’hui » (Gaudium et Spes) : « Cette constitution n’est ni pastorale, ni émanée de l’Église catholique : elle ne paît pas les hommes et les chrétiens de la vérité évangélique et apostolique et, d’autre part, jamais l’Église n’a parlé ainsi. Cette voix, nous ne pouvons l’écouter, parce qu’elle n’est pas la voix de l’Épouse du Christ. La voix du Christ, notre berger, nous la connaissons. Celle-ci, nous l’ignorons. Le vêtement est celui des brebis ; la voix n’est pas celle du Berger, mais peut-être du loup. J’ai dit » [10]. Les cinquante ans écoulés depuis cette intervention n’ont fait que confirmer cette analyse.
Dès le 7 décembre 1968, trois ans seulement après la clôture du Concile, Paul VI dut admettre : « L’Eglise se trouve en une heure d’inquiétude, d’autocritique, on dirait même d’autodestruction. » Et le 29 juin 1972, il reconnut : « Par quelque fissure est entrée la fumée de Satan dans le temple de Dieu : c’est le doute, l’incertitude, la problématique, l’inquiétude, la confrontation. » Il constata, mais ne fit rien. Il poursuivit la réforme conciliaire que ses promoteurs n’avaient pas hésité à comparer à la Révolution de 1789, en France, ou à celle de 1917, en Russie.
Nous ne pouvons rester passifs, nous ne pouvons nous rendre complices de cette autodestruction. C’est pourquoi nous vous invitons, chers amis et bienfaiteurs, à demeurer fermes dans la foi, et à ne pas vous laisser troubler par ces nouveautés de l’une des plus formidables crises que doit traverser la sainte Eglise.
Puissent la Passion de Notre Seigneur et sa Résurrection nous conforter dans notre fidélité, dans notre amour indéfectible envers Dieu, envers Notre Seigneur, vrai Dieu et vrai homme, envers sa sainte Eglise, divine et humaine, dans une espérance sans faille… in Te speravi non confundar in aeternum. Daigne le Cœur douloureux et immaculé de Marie nous protéger tous et que son triomphe arrive bientôt !

Winona, dimanche des Rameaux 13 avril 2014
+Bernard Fellay


[1] Mgr Lefebvre, « Lettre du 20 décembre 1966 adressée au cardinal Ottaviani » in J’accuse le Concile, Ed. Saint-Gabriel, Martigny, 1976, p. 107-111.
[2] Pie XII, Encyclique Mystici corporis, 29 juin 1943, Enseignements pontificaux, L’Eglise, Solesmes-Desclée, 1960, t. 2, n° 1014.
[3] Pie XII, Encyclique Humani generis, 12 août 1950, Enseignements pontificaux, L’Eglise, Solesmes-Desclée, 1960, t. 2, n° 1282.
[4] Sur l’indifférentisme et le latitudinarisme, voir les propositions condamnées du Syllabus, chapitre 3, n°15 à 18 : « Il est libre à chaque homme d’embrasser et de professer la religion qu’il aura réputée vraie d’après la lumière de la raison. Les hommes peuvent trouver le chemin du salut éternel et obtenir ce salut éternel dans le culte de n’importe quelle religion. Tout au moins doit-on avoir bonne confiance dans le salut éternel de tous ceux qui ne vivent pas dans le sein de la véritable Église du Christ. Le protestantisme n’est pas autre chose qu’une forme diverse de la même vraie religion chrétienne, forme dans laquelle on peut être agréable à Dieu aussi bien que dans l’Église catholique. »
[5] Pie XI, Encyclique Mortalium animos, 6 janvier 1928, Enseignements pontificaux, L’Église, t. 1, n° 855.
[6] Cardinaux Ottaviani et Bacci, « Préface au pape Paul VI » dans Bref examen critique du Novus ordo missae, Ecône, p. 6.
[7] « Mgr Lefebvre et le Saint-Office », Itinéraires n° 233 de mai 1979, p. 146-147.
[8] Jean-Paul II, Constitution apostolique Sacrae disciplinae leges, 25 janvier 1983, La Documentation Catholique, n° 1847, p. 245-246.
[9] Mgr Lefebvre, « Conclusion » in J’accuse le Concile, Ed. Saint-Gabriel, Martigny, 1976, p. 112.
[10] Mgr Marcel Lefebvre, J’accuse le Concile, Ed. Saint Gabriel, 1976, p. 93.


Source : http://laportelatine.org/publications/bienfait/82/82.php#


Détruire l'Église en 33 points, Directives du Grand Maître de la Maçonnerie