Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

lundi 7 mai 2012

La malédiction du Maréchal Alphonse Juin


« ... Que les Français, en grande majorité aient, par referendum, confirmé, approuvé l'abandon de l'Algérie, ce morceau de la France, trahie et livrée à l'ennemi, qu'ils aient été ainsi complices du pillage, de la ruine et du massacre des Français d'Algérie, de leurs familles, de nos frères musulmans, de nos anciens soldats qui avaient une confiance totale en nous et ont été torturés, égorgés, dans des conditions abominables, sans que rien n'ait été fait pour les protéger : cela je le pardonnerai jamais à mes compatriotes :
La France est en état de péché mortel.
Elle connaîtra un jour le châtiment. »
Maréchal Alphonse JUIN, 2 juillet 1962           

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Le drapeau taché du sang d'Hernandez,
La foule qui crie "Algérie Française",
Des civils en armes derrière des pavés,
Je suis dans l'enceinte du camp retranché.

Il y a quelques heures une fusillade
A semé la mort chez mes camarades:
Venant du Forum avec leurs fusils
Des gardes casqués ont tiré ici.

Sur cette esplanade
Où des barricades
Se sont élevées.
Flotte le drapeau taché.

Lorsque le FM a craché ses balles,
Les Pieds-Noirs chantaient l'hymne national,
Un homme parlait du haut d'un balcon,
Alger se levait contre l'abandon.

La nuit qui commence sera difficile.
Des hélicoptères survolent la ville,
Où des soldats crient, des enfants ont peur.
Où des femmes prient et des hommes meurent.

Sur cette esplanade
Où des barricades
Se sont élevées,
Pleure le drapeau français.

Alger, 24 janvier 1960

« (...) Il est 18 heures. L'armée vient de recevoir l'ordre de dégager le bas du Forum des manifestants qui s'y trouvent. Les parachutistes se font attendre. Les gendarmes mobiles font mouvement. L'ordre est délibérément provocateur (...) Les escadrons descendent de front les larges marches des grands escaliers du Forum. Un hélicoptère s'approche. La première grenade lacrymogène tombe sur la foule paralysée par une vision d'épouvante. Des rangées d'hommes casqués, aux yeux cerclés par des lunettes de protection avancent d'un pas de robot en tenant leurs mousquetons à deux mains, à hauteur de la hanche. Les insultes giclent comme des crachats, des pierres tourbillonnent, des objets lourds sont lancés des balcons. Les gendarmes avancent. Les crosses de fusils brisent les visages, enfoncent les poitrines, ouvrent les crânes. Algérie française ! scandent les Pieds-noirs.

Deux coups de feu claquent. Une arme de petit calibre. Une grenade offensive explose au milieu des manifestants. Genoux à terre, les gendarmes ajustent leurs tirs. Sur le balcon du PC d'Ortiz, les hommes des Unités Territoriales ripostent pour protéger les manifestants. De lourdes rafales de fusils-mitrailleurs se mêlent aux explosions des grenades larguées par les hélicos ou projetées par les lance-patates des gardes mobiles. La foule se disperse en hurlant, cherchant un abri. Les enfants crient, effrayés. Les yeux brûlés par les gaz qui les enveloppent et les étouffent, les mains collées à leurs oreilles pour atténuer le bruit des explosions. (...)

Un gendarme qui se prépare à lancer une grenade défensive sur des manifestants qui fuient est fauché par un sniper. L'engin meurtrier explose au milieu de ses camarades qui tombent, touchés par les éclats. Pris entre le feu de leur unité et ceux des trois F.M. d'Ortiz, des gendarmes s'effondrent au milieu des jardins du Forum. (...)

Il est 18 heures 25. Les bérets verts du 1er REP et les bérets rouges du 1er RCP s'interposent. Le feu s'arrête après quinze minutes de tirs.(...) Huit morts, vingt blessés chez les manifestants. Quatorze morts dont deux officiers, cent-vingt-trois blessés dont six officiers chez les gendarmes mobiles. (...)

Le drapeau tâché du sang d'Hernandez, Pied-noir de Bab-el-Oued, tué dans la fusillade flotte sur les barricades du camp retranché. (...) »



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