Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

samedi 3 décembre 2011

À propos de la publication intégrale de l'œuvre de Louis-Ferdinand Céline


Note par "respect" pour les auteurs [et d'abord respect pour les lecteurs de ce blog : à eux seuls d'apprécier !],  je n'ai rien corrigé du document ci-après publié par  le blog "annoncesdelaseine.fr"… 

Un communiqué des Éditions de le Reconquête vient répondre aux propos et effets de manches du "bien subtil" [sic] Me Fabrice Epstein…


*   *
*

La Rentrée Solennelle du Barreau de Paris s’est tenue le 2 décembre dernier au Palais de justice en présence de prestigieuses personnalités au premier rang  desquelles   le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Libertés, Michel Mercier. Après les interventions du Bâtonnier Jean Castelain et du vice-Bâtonnier Jean-
Yves Le Borgne qui ont dressé le bilan de deux ans de gouvernance partagée, les lauréats du concours de la Conférence des avocats du Barreau de Paris 2011 ont  prononcé les discours d’usage.
Grégoire Etrillard, Premier  Secrétaire de la Conférence, a d’abord fait l’éloge du « plus grand tribun de la Révolution française », Georges Jacques Danton (1759 – 1794) en retraçant la dernière scène de la vie de cet homme de discours et de parole pendant la Terreur. Fabrice Epstein, deuxième Secrétaire, a ensuite livré un talentueux  « Plaidoyer pour la publication des pamphlets racistes de Louis-Ferdinand Céline », se prononçant « à la fois pour la condamnation des idées du texte et en même temps pour leur libre publication ».


Plaidoyer pour la publication des pamphlets racistes de Louis-Ferdinand Céline

Cessons d’avoir peur de nos peurs !
par Fabrice Epstein

Ames grands-pères, A mes parents qui m’ont transmis le mot penser, A mes soeurs qui veulent voir un artiste en moi, A mon maître, A mes amis de toujours, Aux nerveux esthètes, les deuxièmes secrétaires, A Astrid, sans qui tout cela n’aurait pas été possible.
« On empoisonne un verre d’eau. On n’empoisonne pas un fleuve. Une assemblée est suspecte. Une nation est incorruptible comme l’océan », Alphonse de Lamartine
« No man can wear one face to himself and another to the multitude without  finally getting bewildered as to which may be true », Nathaniel Hawthorne
1. Louis-Ferdinand  Céline : un procès incomplet
Votre vie, ma vie, « notre vie est un voyage
Dans lHiver et dans la Nuit, Nous cherchons notre passage Dans le Ciel où rien ne luit. »(1)
« le ciel… leau grise… les rives mauvestout est caresses et l’un  dans l’autre,  ne se commande, doucement entraînés à la ronde, à lentes voltes et tourbillons, vous vous charmez toujours plus loin vers d’autres songes… tout est à périr à beaux secrets, vers d’autres mondes qui s’apprêtent en voiles et brumes à grands desseins pâles et flous, parmi  les mousses à la chuchote… Me suivez-vous ? »(2)
Eh oui, c’est beau, c’est très beau et
Je l’avoue,  Mesdames et Messieurs les Hauts
Magistrats,
Je le revendique, Messieurs les Bâtonniers, Oui, Mes Chers Confrères,
J’ai surmonté mon dégoût pour Louis Ferdinand
Céline
Et j’ai ouvert le Voyage, Semmelweis et Mort à crédit.
J’ai avalé ces romans et ils eurent un goût de miel. Céline… un écrivain prodigieux.
Céline… un médecin pour le moins honorable. Céline… un homme abominable.
Et Céline…l’auteur d’ouvrages innommables. L’homme était condamnable et il fut condamné. Les ouvrages ignobles, eux, ont échappé au procès jusqu’ici, jusqu’à cette minute.
Rien n’interdit de les condamner. Encore faudrait- il les publier.
Et pourtant personne, en France, n’ose les éditer. Cette hypocrisie a assez duré.
Je  suis  venu rouvrir devant vous le procès incomplet de Céline le raciste, l’antisémite, le
« génocidaire  », le nettoyeur ethnique, l’auteur lyrique des appels aux crimes de masse les plus affreux dans les termes les plus clairs.
Je rouvre aujourd’hui ce procès « pour de faux », mais dès lundi, je déposerai une assignation devant vous, Monsieur le Président du Tribunal de grande instance,
Avec moi, ni liberté, ni égalité, ni fraternité, ni droits
de l’homme,
Mais le non-droit et l’inhumain
Et le Génie… excusez du peu…le Génie oui, mais maléfique,
A visage découvert, à visage grimaçant…
Avec moi, ce ne sera pas le siècle des Lumières, mais celui des ténèbres…
Car je ne sais pas qui de nous deux est le plus répugnant :
Lui, qui poussa littéralement au crime, ou moi, qui me vautre avec plaisir et délectation dans cette fange.
Il faut le lire Céline, se confronter à lui, pour souffrir, avec lui, dans les méandres de son émotion, se laisser prendre aux tripes,
Choisir ensuite, d’en faire une œuvre d’art ou, bien plus dangereux, un art de vivre.
J’ai une très sale affaire à plaider.
Une belle sale dégueulasse crade affaire,
Sur fond d’horreur… d’hypocrisie généralisée…de bien-pensance… de paranoïa peut-être,
En tout cas, j’ai choisi d’être l’avocat de ses livres, franco de port, Messieurs les Editeurs.
J’assume…
Ce sont les génies, les créateurs, les démiurges qui m’intéressent…bons ou mauvais…
Avec leurs fautes diaboliques et leurs espérances sublimes…
Ni plus…ni moins…
Céline…. Epstein !…il ne lui manquait plus que cette ironie de l’histoire.
Car si pas moi, qui ?
Et si pas maintenant, quand ???? Et si pas ici…où ?
2. Céline, c’est vous et c’est moi
Et pour ceux qui ne connaîtraient pas le « cas Céline »,  ce milouin fagoté des oripeaux du clochard céleste.
Pour ceux qui pensent en leur âme et conscience que ça pue encore la querelle bien française…
Je leur pose une question en toute perfidie : Pourquoi, oui pourquoi venez-vous  ici, chaque année, si ce n’est pour entendre ressasser les vieilles gloires ou les vieux crimes de la vieille France… Mais prenez garde ;  ne dites pas : cela   ne me concerne pas ; les pamphlets antisémites de Céline, ce n’est pas mon affaire ; je ne m’appelle pas Epstein. Et je ne suis pas Céline. En êtes-vous si sûrs ? Car
« Nul de vous n’a l’honneur d’avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis ».
Oui, avec Victor Hugo, je vous l’affirme « la destinée est une […] Hélas, quand je vous parle de moi, je vous parle de vous, ah, insensé, qui crois que je ne suis pas toi.(3)  »
D’ailleurs, nobles Magistrats et avocats ici présents, n’êtes-vous pas les meilleurs ?
Et bien Céline aussi était le meilleur. Et pourtant, il a été capable du pire.
Oui, je  sens,  je  sais que  vous allez vous y reconnaître… C’est que vous et moi avons des points communs avec Louis-Ferdinand…
Les saloperies, les délits et les crimes, ça nous connaît, n’est-ce pas ?
Nous sommes bien proches…
Mais il faut bien le reconnaître, dans le pire, c’est
Céline le meilleur, écoutez plutôt :
« Racisme d’abord ! Racisme avant tout ! Dix fois ! Mille fois racisme ! Racisme suprêmement ! Désinfection ! Nettoyage ! Une seule race en France : l’Aryenne !… très normalement adaptée, installée. Le reste c’est que des farcissures, des impostures, des saloperies […] les Juifs sont ici pour notre malheur. Ils ne nous apportent que du malheur. […] Nous nous débarrasserons des Juifs ou bien nous crèverons des Juifs. »(4)
« Racisme ! Mais oui ! Mais comment ! Mais
plutôt mille fois qu’une ! Racisme ! Assez de nos religions molles ! Nous avons été suffisamment comme ça introduits par tous les apôtres, par tous les Evangélistes. Tous Juifs d’ailleurs depuis Pierre, le fondateur, jusqu’au pape actuel, en passant par Marx. »(5)
Céline virulent, contagieux, génialement intempestif, dans le pire disais-je, mais dans le meilleur aussi…
Tu as bien raison, Louis-Ferdinand :
« La grande défaite en tout, c’est d’oublier, et surtout ce qui vous a fait crever,
et de crever sans comprendre jusqu’à quel point les hommes sont vaches.
Quand on sera au bout du trou,
faudra pas faire les malins nous autres mais faudra pas oublier non plus,
faudra raconter tout ça sans changer un mot, de ce qu’on a vu de plus vicieux chez les hommes et puis poser sa chique  et puis descendre. Ça suffit  comme boulot pour  une  vie tout
Alors n’oublions pas !
Ecoutez…
C’est un procès… et c’est une tragédie. C’est une tragédie… et c’est de l’Histoire. C’est de l’Histoire… et c’est un crime.
Le crime le plus horrible du monde,
Le crime de l’esprit… de Louis-Ferdinand Céline.
3. Pain de vieillesse se pétrit en jeunesse  : Louis- Ferdinand et Adolf
Ça a débuté… comme ça… du côté de 14-18
Deux hommes que je choisis à dessein, Deux hommes, lourds de peines,
Nobles et ignobles, dans la boue… à la boue, Deux hommes purifiant leur malheur du côté de Verdun dans les orages d’acier, de feu et de sang, Une guerre qui tue les uns et ôte aux autres l’envie de vivre,
Le sang inutile des hommes qui coule, jeunes dans leur mort,
Des millions de pétochards,  lâches,  foireux, honteux et impuissants,
Se jetant à corps perdu, à cœur blessé, au-devant des balles et des blessures,
Tel est le destin de Louis-Ferdinand et d’Adolf,
Tel fut le destin de Céline et d’Hitler :
Tous deux blessés, qui aux yeux, qui à l’épaule droite.
Tous deux décorés, naturellement. Celui-ci n’est pas encore un dictateur. C’est juste un artiste raté.
Celui-là n’est pas encore un grand écrivain.
C’est juste un futur médecin de banlieue. Qu’est-ce que des anciens combattants  ? Des rescapés qui ne seront jamais en paix.
Mais ces deux-là, ils ont les idées noires, très noires.
1923…Laissons l’apprenti  dictateur en prison rédiger son chef d’œuvre, son best-seller, Mon Combat, Mein Kampf.
Suivons plutôt Louis-Ferdinand Destouches… Donnez-lui un père employé d’assurances, une mère commerçante en dentelle…
Faites le naître en pleine affaire Dreyfus, rampe du
Pont, Courbevoie, Seine,
Faites le grandir à Paris, Passage Choiseul, Trouvez-lui une  place de commis dans des bijouteries… à Paris, à Nice.
Louis-Ferdinand Destouches, qu’avez-vous à dire pour votre défense : « la vraie haine, elle vient du fond, elle vient de la jeunesse perdue au boulot sans défense. »(7).
Secouez un peu. On dirait du Zola. On se croirait aux comparutions immédiates…
Ne dit-il pas, Mesdames et Messieurs les juges que
« presque tous les désirs du pauvre sont punis de prison »(8)  !
Londres, Soho, prostituées et souteneurs.
Il s’enfonce en Afrique, entend hurler les premiers hommes…au cœur des ténèbres…
Il entre à New-York, il agit, il souffre.
Il croise la mort et couche avec la misère. Il devient médecin hygiéniste.
Il est médecin de tout son être et il  le sera passionnément jusqu’à son dernier souffle… ô, il ne fait pas de différence… médecin des pauvres… de tous, pour tous, à tous, envers et contre tous… Il délire. Il écrit. Il écrit des chefs d’œuvre.
Il chante notre misère, notre trouille et notre malaise.
Malaise dans la civilisation. Voyage au bout de la nuit.
Nulle part, c’est déjà une destination.
On tire tous les rideaux, c’est le Noir total.
A part… à part peut-être les danseuses…  sa passion ! Et à part Molly, ah Molly, quand on la voit, dit-il : « on a honte de ne pas être riche en cœur et en tout et aussi d’avoir jugé quand même l’humanité plus  basse qu’elle   n’est vraiment au fond(9) »
Un
Instant de bonheur…et  puis le style échevelé reprend son errance au fin fond des banlieues, aux sources du vulgaire, mêlant l’argot, la saillie, le bon sens populaires aux raffinements les plus élaborés. Puis vient le Déclin de l’Occident.
Mort à crédit, ça tourne autour des minuits de la vie, ça a quelque chose d’un bleu noir, un désespoir jazz, bebop et hardbop.
Et puis un jour, un jour…c’est 1936…la crise a six ans, le IIIème Reich a trois ans.
4. Le tribun et l’écrivain : petite leçon de rhétorique à l’usage des Gentils Aryens
Et voici comment le vin tourne en vinaigre. C’est parti pour le délire verbal : les Juifs ?
«  Qu’on se représente  les ravages  que la contamination par le sang  juif  cause quotidiennement dans notre race et que l’on réfléchisse que cet empoisonnement du sang ne pourra être guéri que dans des siècles, ou jamais, (…) ;
décomposition de la race diminue, souvent
même anéantit les qualités aryennes de notre peuple
Cette contamination  pestilentielle de notre sang, que ne savent pas voir des centaines de milliers de nos concitoyens,  est pratiquée aujourd’hui systématiquement par les Juifs.
Systématiquement, ces parasites aux cheveux
noirs, qui vivent aux dépens de notre peuple, souillent nos jeunes filles inexpérimentées et causent ainsi des ravages que rien en ce monde ne pourra plus compenser. »(10)
Ça c’est Hitler. Du Mein Kampf dans le texte. Du
Hitler tout… craché ! (si j’ose dire). Voici maintenant Céline. Les Juifs ?
« Qu’on les enferme ! Qu’on les fricasse ! Qu’on les branche !
Qu’on les fouette tous jusqu’à l’os ! Que ça gicle ! Que ça éclabousse !
Ah ! Vous allez me la respecter l’Apostellerie judaïque ! Merde ! (11) […] Tout est mystérieux dans le microbe comme tout est mystérieux dans le Juif. Un tel
microbe si gentil, un tel
Juif si louable hier, sera demain la rage, la damnation, l’infernal fléau. »(12)
Pu naise…c’est qu’ils ont l’art et la manière, ces deux-là.
Le médecin et le despote, l’écrivain et le dictateur Ils savent les chercher,  les tripes des pauvres humains…appuyer  là où ça fait mal
« Il faut avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse(13)  » comme dit Nietzsche.
C’est beau  !…
Mais quand le « chaos », c’est laguerrelacrise ledésespoir, il enfante
non une étoile qui danse
Mais une étoile jaune qui tue.
Et les blessures de guerre de Céline ou d’Hitler deviennent…morsures de vipère.
Hitler et Céline, même combat ?!!
plus encore…même  danger ? Même pouvoir de
séduction  vénéneuse  ?
Les mots, ces petites lettres innocentes de l’alphabet, deviennent-ils des crimes ?!
Hitler, au moins on est tranquille,  il est mort, lui, vaincu, anéanti, détesté.
Mais Céline, lui, est bien vivant, triomphant de toute la puissance de son verbe.
Alors que faire ?
Les écrivains sont-ils au-dessus des lois, par-delà le bien et le mal ?
Louis-Ferdinand, bonne et fausse monnaie, beauté du style et hideur des idées, alpha et aleph,
Ne dis-tu pas toi-même que « ça serait pourtant pas si bête s’il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants. »(14)
Entendez-le et dites-moi si c’est un bon ou un méchant :
« Un Juif est composé de 85 % de culot et 15 % de vide, l’aryen n’a aucun  culot…. »(15)
« Tout petit juif, à sa naissance, trouve dans son berceau toutes les possibilités d’une jolie carrière de metteur en scène, de grand acteur, de grand rabbin, de grande salope, de grand banquier »(16)
Voilà le « tout petit problème de rien du tout » dont je me suis senti le droit de m’entretenir avec vous…
Et « si lon veut savoir de quel droit jinterviens dans cette affaire, je réponds : de l’immense droit du premier venu(17) ».
Et ne me reprochez pas de sortir les phrases de leur contexte : il y en a deux mille aussi subtilement affreuses que cet extrait !
Il s’agit bien du même homme…le génie et le maudit,
Regardez-le, cet homme, beau, osseux.
Il porte un costume en tweed, épaules hautes, torse large et taille affinée.
Edouard VII, Prince de Galles…arbore le même…
le style fait rage à cette époque
Il a déboutonné sa veste…maintenant…il est en
transe…plus rien   ne  compte…les   cheveux
hirsutes…qu’il tient dans sa main gauche…
La main droite, nervurée des lignes du démon, Il écrit.
5. Les fameux pamphlets  racistes : les mots qui tuent
Il publie
1937, « Bagatelles pour un massacre ». Devinez le massacre de qui !?
1939, « L’Ecole des Cadavres ». Devinez  quels cadavres !?
1941, « Les Beaux Draps »(18). Devinez pour qui il prépare un linceul…
1942, au cas où vous auriez des doutes, il récidive et réédite Bagatelles pour un massacre
Au moment où le premier convoi français quitte
Paris pour Auschwitz…
1943, troisième édition…c’est que l’ouvrage est l’un des titres qui se vendent le mieux(19),
Jugez vous-même, amateurs de littérature, des centaines de milliers d’exemplaires !
Chemin faisant, des lettres antisémites dans les journaux de la collaboration.
Bagatelles que tout cela, n’est-ce pas !
Le voici maintenant au café avec Karl Epting, de l’Institut Allemand…il est pressenti pour diriger l’Institut des Questions Juives…mais, pas de chance, ce sera Darquier de Pellepoix !
Il se rend en Allemagne et n’oublie surtout pas de planquer son or au Danemark.
Il habite Montmartre avec son chat Bébert, ses potes Marcel Aymé, sa femme Lucette Almanzor, une jeune danseuse bien sûr.
Juste à l’étage au-dessus de chez lui, il sait qu’il y a des résistants(20).
Il ne les dénoncera pas : des résistants, des voyous, des terroristes…
« Et si on tuait Céline » propose, un soir, l’un d’entre eux ; ça conciliabule et puis ça délibère toute la nuit, parce que la mort, c’est l’unanimité qu’elle requiert. Au petit matin, à l’heure des exécutions capitales, le Verdict tombe: « on ne flingue pas l’auteur du Voyage au Bout de la Nuit ». On ne tue pas la plus grande gueule de France. Céline, sacré… Décidément, il est bien difficile à verser, le sang des poètes, fussent-ils maudits.
Echappé belle…une première fois
Mais les résistants ne savaient pas encore que Quand ça a commencé vraiment à sentir trop fort l’odeur des charniers…
Céline va s’enfuir…mais pas n’importe où, ni avec n’importe qui :
Au cœur du bunker de l’Allemagne NAZIE avec Pétain et avec les derniers, les pires des collabos. Et quand Hitler crève dans Berlin,
Il s’enfuit  de plus belle…Où  cela  ?  Mais au Danemark bien entendu, près de son magot, toujours plus près de ses sous, sain et sauf, exilé mais peinard !
Il n’écrit plus de romans. A quoi bon ?! « Ecrire sans être lu, c’est danser dans le noir(21)  »…
Il se fait discret ; il se fait oublier…enfin,  il l’espère !
6. Céline détenu,  Céline outragé, Céline condamné,  Céline…amnistié,  cqfd !
Mais en France, on s’avise quand même de le poursuivre :
« Intelligence avec l’ennemi »
Au Danemark, on l’emprisonne.
Ce n’est pas drôle, mais ce n’est pas la mort : cela vaut tout de même mieux qu’extradition, épuration et lynchage judiciaire.
Il attend, comme tous les condamnés à vivre…la peur au ventre…l’estomac vide…
Il se lamente un peu, beaucoup, pitoyablement… En tout cas, rien ne va plus ! Les jeux sont faits. La messe est dite.
L’affaire  est entendue. Il va suivre  son ami
Brasillach et finir comme Danton, quel honneur, sous le rasoir bien affuté des soixante kilos d’acier de la guillotine.
Et ce sera justice !…N’a-t-il pas écrit :
« Je ressens, tellement je suis drôle, des choses encore bien plus perverses.
Des véritables sadismes.
Je me  sens  très ami d’Hitler, très ami de tous les Allemands, je trouve que ce sont des frères, qu’ils ont bien raison d’être racistes.
Ça me ferait énormément de peine si jamais ils étaient battus.
Je trouve que nos vrais ennemis c’est les Juifs et les francs-maçons. »(22)
Qui dit MIEUX ???? Qui dit PIRE ????
Le voilà condamné avant même que d’être jugé, pensez-vous…
Non, pas vraiment, voyez plutôt… en crabe… en douce…
L’instruction piétine d’avril 1945 jusqu’à décembre… 1948(23)…
Intelligence avec l’ennemi ? Cela  ne tient pas vraiment debout…
Céline est intelligent, c’est certain. Mais avec l’ennemi, non…
Les Allemands ne s’y sont pas trompés d’ailleurs. Ils n’en ont jamais voulu de ce grand clown triste, trop crasseux, miteux, fielleux, trop Jean Foutre le Ferdine.
Comment sortir du piège ? Rien ne vaut un très bon avocat : il vient de prendre attache avec Albert Naud.
Rien ne vaut un allié de cœur : ce sera Isorni pour Pétain, Tixier-Vignancour pour Céline aux côtés de Naud.
Un peu de dilatoire, quelques renvois, on s’éloigne de la période  la plus sanglante de l’épuration et, curieusement, opportunément, miraculeusement, exit l’intelligence avec l’ennemi, passible de mort…Désormais,   l’on   reproche
l’occupation(24)  :
- les « Beaux Draps » ;
- la réédition des « Bagatelles » ;
- les lettres antisémites publiées dans le Pilori ;
- l’adhésion au Cercle Européen, pro-nazi, un congrès  « scientifique  » « médical  » à Berlin et bien sûr le départ pour la mère patrie des nazis.
Notez   que   l’homme  des   pamphlets
expressément  visé dans la prévention. Céline s’angoisse ; il s’agite
Il devient même un infatigable épistolier, rédige
deux mémoires en défense et s’improvise avocat :
« Mon éditeur, Denoël, a été acquitté. Or je n’existe qu’à travers mon éditeur.
Donc, je dois être acquitté ! » Parfait syllogisme judiciaire, Maître Céline(25).
Et six ans après le début des poursuites, en 1950,
la décision finit par tomber
Louis-Ferdinand Destouches est condamné à un an d’emprisonnement, 50.000 francs d’amende, la confiscation de la moitié de ses biens présents et à venir, le tout assorti de l’état d’indignité et de dégradation nationale.
Ce n’est pas cher payé ?!
Mais rassurez-vous, le terrible Tribunal militaire veille  : il s’empare de l’affaire…et avec quel brio ! Puisque le Maréchal des logis,  12ème  cuirassier Destouches est amnistié, sur le fondement d’une loi de 1947 bénéficiant… aux anciens combat- tants !
Entré coupable au Palais de Justice à 9 h…
Sorti presque aussi blanc que blanc à 9h05, lui écrira Tixier-Vignancour.
Céline détenu, Céline outragé, Céline condamné, mais Céline libéré…
Le reste est littérature…
7. Je suis l’avocat des livres, les immondes autant que les sacrés
Oui, littérature,
Et justement les fameux pamphlets racistes, ne sont pas interdits de publication et ils ne sont pas condamnés.
Personne ne les lit ou plutôt… personne n’ose dire qu’il les a lus… délicieuse  contradiction.
Tout cela parce que, depuis 1951, Céline est un demi-coupable !
Mesdames et Messieurs les Juristes, connaissez- vous les demi-droits !? Et les demi-procès ?
Et toi, humanité,  connais-tu  les demi-génies ?
Or – vous l’avez remarqué – les pamphlets ne sont pas des demi-pamphlets !
Tel est pourtant le sort qui leur est réservé :
Par un tour de passe-passe, par une astucieuse et artificieuse lâcheté,
Nous n’osons ni publier, ni poursuivre, ni condamner ;
La veuve, d’abord, que j’ai  rencontrée dans le pavillon de Céline à Meudon :
99 ans, la durée d’une personne morale, la titularité des droits d’auteur, et une volonté absolue de ne pas publier…
Pourquoi  ?
Notre confrère Gibault, exécuteur testamentaire, beau, ouvert et cultivé,
Mais bien décidé à ne rien décider. Pourquoi  ?
Pourquoi le Voyage au bout de la nuit est-il au
Paradis des chefs d’œuvre,
Pourquoi l’Ecole des cadavres n’est-elle pas en enfer, même pas au Purgatoire  ?
Pourquoi l’apologie  du massacre,  la prémédita- tion lyrique de l’assassinat de masse ne sont-ils nulle part, dans un no man’s land littéraire et judi- ciaire ?
Parce que les chefs d’œuvre sont la circonstance atténuante des actes et des pamphlets  ?
Parce que le style sublime, forcément sublime, est une excuse absolutoire des idées ignobles, absolument  ignobles ?
Parce que les livres, c’est ce truc qui permet à tous les salopards de devenir encore plus salopards,
Un talisman d’impunité ?
Mesdames et Messieurs les Hauts Magistrats, ne serait-ce pas là un déni de justice,
Qui à ma connaissance est un crime d’Etat ?
Alors de l’audace, encore de l’audace, foutrebleu, publiez, lisez et jugez, que diable, jugez.
En 1950, le procès des livres ne s’est pas tenu puisqu’ils étaient « hors de la loi ».
Cinq ans, plus tard, Céline dira « c’est interdit ça aujourd’hui »…
Ça… comme ça sent bon la psychanalyse… Ça… c’est plus fort que moi…
Ça m’a échappé…
Allons-nous continuer de continuer à baisser la tête ?
Serons-nous les Bartleby du procès, serons-nous de la race de ceux qui « préféreraient  ne pas » ?
Eh bien, je vous l’avoue, l’usage du conditionnel m’est inconnu…c’est le mode des empafés, des faibles et des canailles…
C’est l’indicatif que je révère et ma préférence avouée va à l’impératif
Ecoutez-le, écoutez notre Louis-Ferdinand une dernière fois, au bord du tombeau :
« Cessez de me juger d’après vous-même, à votre mesure. Enfin, pour en terminer, si la question vous tracasse, malgré toutes mes explications, que ça vous empêche de dormir, vous obsède, venez donc m’interroger personnellement, bien en face, carrément, l’un de ces jours…ne vous touchez plus dans les coins »(26)
Eh bien, Céline, me voici…Nous sommes là…entre gens raffinés, n’est-ce pas ?!
Et maintenant je  ne le comprends que trop
clairement :
Si nous  n’osons pas te publier tout entier, tel que tu es vraiment,
C’est nous qui sommes condamnables,
C’est nous qui nous n’avons pas confiance en nos concitoyens
Nous pensons que les pamphlets sont encore dangereux…
Nous sommes convaincus que notre société n’est pas immunisée contre les racismes
Car c’est vrai, personne ne sort indemne de la lecture de tes pamphlets…ces textes nous fouaillent, nous fouillent, nous palpent et révèlent au grand jour, ce qu’il y a de rouillé, de souillé en moi, en vous, en nous, ces yeux furtifs de jalousie que l’on jette sur son voisin, cette messe basse que l’on partage entre marchands de petite joie, en somme notre peur d’y croiser notre regard.
Et seuls les génies, sont capables de nous faire éprouver ces sentiments, aux confins, aux extrêmes… à la limite de la limite…
Céline est de ceux-là, indubitablement, capable de parler de ces maux rampants qui ne demandent qu’une mauvaise occasion pour sortir, avec une éloquence telle qu’elle force l’admiration.
C’est une philosophe qui m’a ouvert la voie, avec
pesanteur et grâce, Simone Weil :
« La pureté est le pouvoir de contempler la souillure(27)  » Je plaide pour cette pureté, pour cette extrême pureté qui peut regarder en face, le pur et l’impur avec le sourire, avec un regard clair,
Le procès des pamphlets sera l’exorcisme de nos vices cachés
Et à ce procès, la peur serait certainement le premier témoin !
Faut-il donc continuellement  avoir peur de ses propres peurs ?
Nos Déclarations des droits de l’Homme, nos lois Monnerville Gayssot et autres ne sont pas des sérums efficaces contre le racisme !
Le meilleur vaccin, le remède souverain, c’est la parole, la controverse,  le débat public, l’étude, l’exégèse.
Ma décision est prise : Je persiste et signe
Lundi 5 décembre, j’assigne les éditions de la Reconquête qui, du fond du Paraguay, diffusent les pamphlets en français bien sûr, vendus via internet, avec en prime un commentaire critique de Robert Brasillach.
Oui je demande la condamnation  de cette vente illégale,
Mais dans le même mouvement, je plaiderai
A la fois pour la condamnation des idées du texte ET en même temps pour leur libre publication. Position infernale, schizophrénique mais cathar- tique qu’est  la  mienne, car ce dossier,  s’il  est impossible à plaider, est également impossible à ne pas plaider…
Mais en tout cas, je ne ferai pas à Céline le cadeau de la clandestinité et du martyr,
NON, ne laissons pas les morts enterrer  les morts car il n y a pas de peine de mort pour les mots : même interdite et bâillonnée, la parole du poète survit à toute persécution, s’évade et circule sous le manteau.
C’est au grand jour qu’un texte se critique !
Et on ne touche pas aux livres, et ce, depuis la Bible. C’est l’instrument de torture, de délices ou de rêve qui bat la mesure du cœur du petit enfant
Et guérit de ses blessures le coupable impénitent… Même le livre le plus immonde est sacré, fécond et fructueux ;
Comme Ezéchiel, j’ai mangé le livre et il a le goût du miel.
L’appel à une Saint Barthélémy des catholiques par Agrippa d’Aubigné est un chef d’œuvre de la poésie française !!!
Baudelaire est au programme du bac français !!!
Sade est étudié dans nos classes préparatoires !!!! De l’apologie de la drogue et de la perversion sexuelle, de ce qui est absolument monstrueux et vil…l’enseignement humaniste a su tirer quelque chose de beau…qu’il enseigne  aux adolescents… Ce n’est pas une banalisation du mal, c’est une sublimation du mal.
J’aime Céline… Je défends Céline, je porte sa voix, ses livres et son crime,
Horreurs et beautés, enlacées comme les Amants terribles !
8. Affronter nos racismes  ! Prévenir la haine  ! Lorsqu’on crèvera tous, nous autres, lorsque l’on sera bien sous terre, nous autres, que restera-t-il de nous ? Nos bibliothèques, parchemins, vélins,il ne restera que nos bibliothèques… nos souve-
nirs… immobiles… statiques… ces grandes mai- sons,  pour tous les exilés,  pour tous les laissés pour compte, pour les traduits, les non-traduits, les versions originales, les premières versions, les ébauches…
Dans ce bas-monde qui n’est en somme qu’une belle
et sombre bibliothèque, l’horreur doit être un
chemin de réflexion.
Encore un effort Mesdames et Messieurs les Elus de la République
Une société, disait Orwell, se juge à ses poubelles… Et après tout, le racisme, cette ordure si quotidienne, n’est-il pas une langue première,
Une peur devant l’autre, son visage, ses habits, Sa différence ?!
N’avons-nous pas tous de drôles de pulsions  ? Quel barbier, qui rase depuis 20 ans, n’a-t-il pas songé un jour à couper une gorge ?
Tous autant que nous sommes, avons été tentés, un jour, par les petites joies de la persécution, jouissant de voir un autre, qui nous est semblable, exclu de la communauté des hommes. Et les plus pervers d’entre nous n’hésitent pas à se persécuter eux-mêmes.
Alors, alors, Céline est-il coupable ? OUI, coupable de nous donner à réfléchir !!
Car je ris dans l’horreur, avec mes dents de cadavre, cadavre que je suis en puissance, et cadavre qu’ont été les miens, en acte, poussés au bord du gouffre, dans la fosse commune,  par la barbarie humaine, toujours dictée par les mots.
« Un mot et tout est perdu…un mot et tout est sauvé »(28)
9. Pour en finir avec Louis-Ferdinand Céline, il faut publier ses abominables pamphlets
Alors puisque j’ai eu la décence de ne pas vous faire le procès de l’antisémitisme… il est déjà gagné ou perdu…en tout cas, il n’est plus à faire.
Une bonne fois pour toutes.
Car ça y est, c’est fini, je suis au bout de mon voyage, Je plaide en faveur de la libre publication des abominables pamphlets de Céline.
Parce que cela suffit l’hypocrisie…
Fini de jouer dans cette cour de petits bras… Assez de faire les choses à moitié, insidieuses et sournoises
J’ai décidé de porter l’estocade… J’ai décidé d’en finir avec Céline.
Je veux la republication de ses œuvres cachées sous le boisseau.
Car c’est de l’obscurité que naîtra la lumière… Les mots sont des rois thaumaturges,
Ils peuvent tuer, bien sûr, mais
Ils soulagent les entrailles de la honte… Alors il me faut
Parler le dernier, dire le vrai…enfin
Que les mots se hurlent, qu’ils ressuscitent, qu’ils retrouvent leur sens originel
Pour insuffler de la vie et faire renaître logique et
raison,
Mais les racismes, ça vit et ça renaît aussi… me direz-vous…
Raison de plus!
Mieux vaut se battre ensemble au lieu de se débattre les uns contre les autres…
Car y a-t-il un vivre ensemble autrement qu’entre premières personnes  ?
Et si c’était maintenant,
Après les guerres de religion, Après l’esclavage,
Après la dictature du prolétariat
Si, ce 2 décembre chargé d’histoire
Etait un de ces moments où les hommes et les femmes assoiffés de justice et de sang que nous sommes,
Décidaient   d’affronter  le  racisme, celui des autres mais aussi le nôtre !
Alors ce discours, tout juste un peu de bruit et de fureur,
Cette petite poignée de phrases
Ce petit tas de glaise(29)…
Auront été l’occasion, pour nous tous, de refuser que tout soit absurde,
De refuser le silence, de combattre le tiraillement, la tension
De prévenir la haine…
pour dire qu’il faut veiller le démon
et que le bacille de la peste doit mourir. Un jour, ce soir, vendredi soir,
Avant la fête qui sera belle,
Avant les crises qui grondent autour de nous, N’attendez  plus / que dis-je,  préparez-vous, dépêchez-vous
Car au fait j’allais oublier de vous le dire, En 2016,
Alors que les œuvres de Céline dans la Pléiade sont toujours incomplètes,
Fini de rire, bande de morts à crédit, C’est Mein Kampf
Qui tombera dans le domaine public !
Notes :
1 – Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Chanson des gardes  suisses, Editions Gallimard, collection Folio p.1.
2 – Louis-Ferdinand  Céline, Guignol’s Band I, Editions   Gallimard, collection Folio, p. 38.
3 – Victor Hugo, Les Contemplations,  Préface,  Editions Gallimard, collection Folio.
4 – Louis-Ferdinand Céline, L’Ecole des Cadavres, Editions Denoël, 1942, p. 215.
5 – Louis-Ferdinand Céline, L’Ecole des Cadavres, Editions Denoël, 1942, p. 223.
6 – Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Editions Gallimard, collection Folio p.25.
7 – Louis-Ferdinand Céline, Mort à crédit, Editions Gallimard, collection
Folio, p. 119.
8 – Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Editions Gallimard, collection Folio, p. 67.
9 – Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Editions Gallimard, collection Folio, p. 235.
10 – Adolf Hitler, Mein Kampf, illégalement  téléchargé  sur internet, p.289.
11 – Louis-Ferdinand Céline, L’Ecole des Cadavres, Editions Denoël de
1942, pp. 114 et 115.
12 – Louis-Ferdinand Céline L’Ecole des Cadavres, Editions Denoël de
1942, p. 261.
13 – Frédéric Nietzsche,  Ainsi parlait Zarathoustra,  Prologue, Editions
Le livre de poche, collection classiques, p. 26.
14 – Louis-Ferdinand  Céline, Voyage au bout de la nuit, Editions
Gallimard, collection Folio p. 160.
15 – Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre, Editions
Denoël, p. 84.
16 – Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre, Editions
Denoël, p. 142.
17 – Victor Hugo, Pour un soldat.
18 – L’ouvrage est édité chez Denoël et colligé dans une collection
« d’intérêt national » intitulée « Les Juifs en France  ».
19 – Bagatelles pour un massacre  fut un succès de librairie, à la différence de Mort à Crédit. Il est vendu à 75.000 exemplaires lors de sa publication.
20 – Cet épisode est rapporté par Roger Vailland et Jacques Francis- Rolland, tous deux résistants. Des extraits de ces témoignages ont été rassemblés par David Alliot, in D’un Céline l’autre, Editions Robert Laffont, collection Bouquins, pp. 597 à 603.
21 – Ovide, Tristes  et Pontiques,  Edition P.O.L, traduit par Marie Darrieussecq.  Solitude d’Ovide chez les Gètes et les Sarmates, au fond de la Mer Noire, proche de celle de Céline au Danemark (Copenhague puis Korsør).
22 – Louis-Ferdinand Céline, L’Ecole des cadavres, Editions Denoël,
1942, p. 198.
23 – Les principaux éléments de la procédure ont été réunis dans un ouvrage récent, intitulé Le Procès de Céline, éditions du Lérot. Par ailleurs,  j’ai eu accès à de nombreux éléments de procédure grâce à Monsieur Emile Brami. Maître Sébastien  Bono, enfin, m’a fourni d’autres éléments de procédure.
24 – Exposé du commissaire du gouvernement Charasse, in Le Procès de Céline, éditions du Lérot, pp. 162 à 173.
25 – Les Editions Denoël ont été acquittées de la charge de collaboration avec l’ennemi. A la question selon laquelle la société d’édition Denoël est-elle coupable d’avoir entre le 16 juin 1940 et la date de la libération, en temps de guerre, imprimé et publié des brochures et des livres en faveur de l’ennemi, du racisme ou des doctrine  totalitaires,  il a été répondu non à la majorité. La copie du jugement rendu par la Cour de Justice le 30 juin 1948 est reproduit  in Le Procès de Céline, éditions du Lérot, pp. 186 à 189. Il a été adressé par Céline au Président Deloncle.
26 – Louis-Ferdinand Céline, L’Ecole des cadavres, Editions Denoël,
1942, p. 198.
27 – Simone  Weil, Pesanteur et grâce, Editions Pocket, collection
Classiques.
28 – André Breton, Sans connaissance,  Le revolver à cheveux blancs, Clair de Terre, Editions Gallimard, collection Poésie, p.141.
29 – Cette formule m’a été soufflée par un orateur du concours inconnu de la conférence 2011. Je l’en remercie sincèrement et espère qu’il se reconnaîtra.
Mes remerciements les plus chaleureux vont à
Maître François Gibault, qui m’a ouvert la porte (fermée ?) des Céliniens, m’a permis de rencontrer Mme Destouches, m’a encouragé dans mon projet (il ne m’en  voudra pas de cette petite saillie célinienne glissée dans le discours), à Monsieur Emile Brami qui m’a  beaucoup éclairé sur la personnalité de  Louis-Ferdinand Céline, à Monsieur Henri Godard qui a pris le temps d’écouter mon projet, à Monsieur  Yves Ozanam, dont la conversation est unique, à Monsieur Philippe Cohen, pour son initiative éclairée de prévention de la haine, à Maître Dominique Tricaud pour ses encouragements et sa disponibilité, Maître Jean-Marie Biju-Duval pour sa bienveillance et son intelligence, Maître Serge Perez, qui m’a donné le souffle, Maître Sébastien Bono,  qui m’a  poussé dans mes plus intimes retranchements, Maître Sabrina Goldman pour son dévouement et enfin au cabinet Sekri Valentin Zerrouk pour sa compréhension et son soutien. Votre bien subtil et amical Fabrice Epstein.

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LOUIS-FERDINAND CELINE

Maître Epstein/Les Editions de La Reconquête



Le 2 décembre 2011, lors de la rentrée solennelle du barreau de Paris et de la Conférence 2011, Maître Fabrice Epstein a fait un discours de plus de trente minutes autour des pamphlets de Louis-Ferdinand Céline pour annoncer qu’il partait en guerre contre Les Editions de La Reconquête. Lequel discours fut suivi le 5 décembre du dépôt d’une plainte contre Les Editions de La Reconquête pour « vente illégale ». La vidéo et le texte du discours sont disponibles sur le site Le Petit Célinien, entrée du 7 décembre.



On ne peut pas dire que cela nous enchante de consacrer du temps à la rédaction de ce qui va suivre, mais l’intérêt incessant porté à l’œuvre de Louis-Ferdinand Céline et les travaux sérieux qu’elle suscite méritent une mise au point quant aux menées de Maître Epstein.

Nous aurions pu donner pour titre à ce texte « Epstein n’est pas Einstein » tant l’affaire est grotesque, grotesque par plus d’un point, et teintée d’hypocrisie comme vous allez le découvrir.

Grotesque par la prestation huileuse de Maître Epstein. Que ne ferait-on pas pour faire parler de soi ? Il est vrai que de plus en plus souvent le monde de l’édition se retrouve devant les tribunaux, qui se convertissent à l’occasion en arènes pour marchands de tapis, afin de discuter d’autorisations, d’interdictions et autres sujets purement livresques – Pierre Assouline en tient malheureusement souvent la triste chronique dans ses articles couvrant l’actualité littéraire.

Grotesque de par les erreurs. Pour reprendre les remarques d’un commentateur à la lecture du discours de Maître Epstein : « … Dommage que ses conseillers François Gibault et Emile Brami ne lui aient pas dit que Vignancour s'écrivait sans t à la fin, que les "massacres" des Bagatelles ne désignaient pas ceux des Juifs mais le massacre des troufions, juifs ou pas, que les "cadavres" de l'Ecole visaient les mêmes, tous les petits, juifs ou pas, que les Beaux Draps de février 41 étaient ceux de la France vaincue en trois semaines comme précédemment prédit... Vivement en effet qu'on réédite ces textes pour qu'on ne commette plus ce genre de contres ens et qu'on cesse d'en exhumer des phrases hors de leur contexte !... »

Grotesque par le contexte présent également. Alors que les unes après les autres les économies des nations explosent, que ces déflagrations vont propulser des millions d’individus dans des situations désespérées, que nous sommes très probablement à la veille d’un troisième conflit mondial, que, d’une manière plus symptomatique dans ce chaos en fermentation, les œuvres blasphématoires succèdent aux œuvres blasphématoires et que ceux qui s’y opposent doivent faire face à une répression démesurée, Maître Epstein décide de mobiliser les attentions et de partir en guerre contre une petite maison d’édition située à l’autre bout du monde. Vous nous direz que cela n’a rien à voir, si, justement, cela a beaucoup à voir !

Grotesque toujours par la contradiction inhérente au discours de Maître Epstein. Il se lamente que personne en France n’ose publier les pamphlets, alors qu’il sait parfaitement que c’est présentement impossible, et quand il découvre que quelqu’un ose les publier en Français, il veut interdire lesdites publications.

Grotesque enfin, car les trente minutes d’effets de manche ne suffisent pas à masquer la réalité du propos : la prochaine réédition des pamphlets de Louis-Ferdinand Céline, très probablement dans la collection La Pléiade (tout serait déjà prêt), et la nécessité d’assainir le paysage avant ladite réédition. Car, c’est bien de gros sous qu’il s’agit. De gros sous et du contrôle qui va avec.

Considérons le scénario probable d’une telle réédition. Annonce en fanfare… sortie du livre… demande d’interdiction immédiate de Maître Klarsfeld (celui qui décide de qui les Français peuvent ou non célébrer la mémoire) dans le rôle du méchant – Maître Klarsfeld a déjà fait part de sa volonté de demander l’interdiction d’une réédition… défense passionnée de Maître Epstein dans le rôle du gentil qui n’épargnera pas ses larmes… décisions, appels interjetés… vite, achetez les livres avant leur interdiction dé-fi-ni-ti-ve… ça y est ? tout le stock d’imprimés est parti ?... interdiction !… tapes sur l’épaule… ce fut un beau combat… la morale est sauve… des deux côtés.

Mais là où le grotesque se teinte d’hypocrisie c’est quand on sait que Les Editions de La Reconquête, depuis un certain temps déjà, ne vendent quasiment plus aucun des pamphlets de Louis-Ferdinand Céline qu’elles éditent, pour la bonne et simple raison que de petits malins, professionnels de l’édition, se sont mis à en fabriquer en Europe de bonnes contrefaçons qu’ils écoulent sans problème en nombre à travers leurs réseaux. La chose est un secret de polichinelle et l’on peut s’étonner que Maître Epstein, si bien conseillé et introduit au Saint des Saints du milieu célinien n’en soit informé, ou alors… on n’y comprend plus rien. Toujours est-il que, délibérément ou non, Maître Epstein aboie devant l e mauvais arbre.

Les Editions de La Reconquête maintenant. Cette maison d’édition est de conviction catholique traditionnaliste. Une de ses missions est la libre circulation des textes, car il faut que la vérité circule. Elles ont décidé de rendre disponibles de Louis-Ferdinand Céline les ouvrages qui ne l’étaient pas – pas moins d’un tiers de l’œuvre de l’un des plus grands écrivains de tous les temps ! Personne ne l’avait fait, personne d’autre ne pouvait le faire. Elles ont pu le faire car elles sont situées dans Le Seul pays au monde qui assure, au-delà du slogan, et c’est à son honneur, une véritable liberté d’expression.

Au passage, dans ses pamphlets, Céline n’épargne pas l’Eglise et les catholiques, mais nous n’avons pas pour habitude de pleurer sur nos misères, ni de les vendre pour en tirer de l’argent.

La libre circulation des textes et de la vérité… A-t-on déjà vu les textes des pères de l’Eglise, des théologiens, des saints et saintes, être régis par des droits d’auteur, des ayants-droit, des décisions de justice ? Maître Epstein, dans l’une des ses approximations coutumières, brandit le nom de Robert Brasillach pour faire trembler et pour rallier à son blanc panache. Il nous dit « avec en prime un commentaire critique de Robert Brasillach », or, si effectivement le texte des Beaux Draps possède en fin de volume en appareil critique l’article Céline, prophète de Robert Brasillach, les autres pamphlets sont précédés, eux, d’une présentation érudite par l’un des meilleurs spécialistes de Céline, de ces présentations que l’on réclame à grands cris pour précéder et resituer toute nouvelle réédition des textes !

Mais que viennent faire les pères de l’Eglise, les prophètes et Robert Brasillach dans cette affaire, eh bien Robert Brasillach, qui n’appréciait pas particulièrement Céline et ses écrits, avait fini par reconnaître à Céline une qualité de prophète, il le comparaît même à Ezéchiel… il allait jusqu’à dire : « … on ne discute pas avec Ezéchiel ».

Eh bien, pas plus que l’on ne discute avec Ezéchiel ou d’autres prophètes, on ne les régule ou les interdit. Ce serait là, pour les âmes de celui ou ceux qui s’y emploieraient, un grave péché d’orgueil aux lourdes conséquences.



Les Éditions de La Reconquête


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Marc Laudelout, l’un des plus éminents spécialistes de Céline – et certainement le plus équitable, a rédigé pour le numéro 337 de son Bulletin célinien le texte qui fait suite. Il y traite de la démarche de Maître Epstein.

Le Bulletin célinien n°337 - Bloc-notes

On sait que les titres des brûlots céliniens font l’objet de contresens. Lors du colloque de février, à Beaubourg, un vétéran du célinisme voulut spécifier leur signification véritable. Tentative d’explication rejetée avec fracas. Feu mon ami Pierre Monnier, mobilisable en 1939, rappelait volontiers la bande de Bagatelles – « Pour bien rire dans les tranchées » –, afin d’indiquer de quel massacre il s’agissait dans l’esprit de Céline (1). Précision toujours d’actualité : pour beaucoup, dès lors qu’il s’agit de massacre sous la plume de Céline, cela ne peut être que celui des juifs.

Lors de la rentrée solennelle de la Conférence du stage, un jeune avocat, Fabrice Epstein, a prononcé un Plaidoyer pour la publication des pamphlets de Louis-Ferdinand Céline. Quant aux contresens, jugez plutôt : « [Céline] publie — 1937, Bagatelles pour un massacre. Devinez le massacre de qui !? ; 1939, L’École des cadavres. Devinez quels cadavres !? ; 1941, Les Beaux draps. Devinez pour qui il prépare un linceul... ». Avant de rédiger le texte de cette conférence, Me Epstein s’est documenté auprès de son confrère François Gibault et d’Émile Brami. Que ne leur a-t-il demandé la signification de ces titres ! Cela nous aurait épargné ces commentaires tendancieux (2). Je note que c’est aussi grâce à François Gibault qu’il a pu rencontrer Lucette Destouches. Pour la remercier de son accueil, lui a-t-il annoncé que, dans son allocution, il se proposait de gratifier son mari d’épithètes aussi tempérées que « abominable », « génocidaire » ou « répugnant » ? Étrange démarche enfin que celle consistant à plaider pour la réédition des pamphlets et à poursuivre une maison d’édition qui les publie à l’étranger. Motif invoqué ? L’illégalité de cette vente, lesdites rééditions étant faites sans l’aval de la veuve de Céline (3).

Notre robin se révèle ainsi plus catholique que le pape de la Célinie, François Gibault, défenseur des intérêts de Lucette. Le souci des prérogatives de l’ayant droit inspire donc Me Epstein. Encore eût-il pu questionner le manque de cohérence qui consiste à interdire la réédition de trois pamphlets mais à permettre celle de Mea culpa, des lettres aux journaux de l’occupation et de la préface de L’École des cadavres. Paraphrasant le proverbe yiddish placé en exergue de sa plaidoirie, je conclurai en affirmant que si la justice s’attache à poursuivre les écrits d’un auteur mort il y a cinquante ans, elle pourrait aussi mettre en accusation la société – critiques et public – qui les a, pour une grande part, favorablement accueillis à l’époque. Mais n’est-ce pas précisément ce qu’implique ce plaidoyer ? L’originalité de la démarche étant de faire condamner pénalement ces écrits et, dans le même élan, de plaider pour qu’ils soient réédités (4).

Marc LAUDELOUT
Le Bulletin célinien n°337, janvier 2012


1. Rappelons que la défaite de 1940 fit 60.000 soldats français morts en six semaines de combats.
2. Il serait aussi bien inspiré de réviser ses connaissances historiques. Ainsi il écrit que Céline « est pressenti pour diriger l’Institut des Questions juives… mais, pas de chance, ce sera Darquier de Pellepoix » ? Soit deux erreurs en une phrase. Pour la première affirmation, Epstein aurait dû consulter le tome 2 de la biographie de son confrère Gibault (p. 257) ; quant à la seconde, tous ceux qui s’intéressent à cette période ne confondent évidemment pas IEQJ (Institut d’Étude des Questions juives) et CGQJ (Commissariat général aux questions juives). Lorsqu’on veut traiter d’un sujet, il importe de bien le connaître. Coïncidence amusante (qu’ignore sans doute Me Epstein) à propos de cette époque : son cabinet, rue des Pyramides, est voisin de l’immeuble qui fut le siège du PPF (!).
3. Réédition d’autant plus scandaleuse que, horresco referens, elle s’accompagne, pour l’un de ces textes, d’un « commentaire critique de Robert Brasillach », comme le souligne le conférencier. Si l’on ajoute que ces livres sont édités au Paraguay, ancien refuge de nazis en fuite, cette initiative devient, on le comprend, intolérable.
4. Considérant cette allocution comme « la plus importante de cette année célinienne surchargée », Henri Thyssens, lui, a tenu à « saluer ce jeune avocat qui a eu le courage de briser le silence (…) qui entoure l’œuvre de Céline ». La teneur de ce discours est-elle de nature à compromettre sa carrière naissante ? Chacun jugera…
( texte disponible sur www.lepetitcelinien.com)





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